Alcool, tabac, cannabis : les ados risquent gros

Selon une expertise collective de l’Inserm, les niveaux de consommation d’alcool, de tabac et de cannabis « demeurent élevés » chez les jeunes.

Les experts relèvent que les effets neurotoxiques de l’alcool sont plus prononcés chez les adolescents.

Une consommation régulière de cannabis peut altérer les résultats scolaires.

Quels messages de prévention convient-il de tenir pour les adolescents qui consomment de l’alcool, du tabac ou du cannabis ? Et comment aider les parents à dialoguer avec eux sur le sujet ? « Ce sont des questions compliquées. Et pour y répondre, la priorité est d’abord de se baser sur des connaissances scientifiques incontestables », souligne Danièle Jourdain-Menninger, présidente de la Mission interministérielle de lutte contre la drogue et la toxicomanie (Mildt). C’est la raison pour laquelle cette instance a demandé à l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) de faire le point sur les conduites addictives des adolescents. Rendue publique jeudi 6 février, son expertise collective constate que les niveaux de consommation de l’alcool, du tabac et du cannabis « demeurent élevés » chez les jeunes.

ALCOOL DES EFFETS NEUROTOXIQUES PLUS PRONONCÉS À L’ADOLESCENCE

C’est à la fin des années collège qu’apparaissent les usages réguliers d’alcool : en 2010, 7 % des élèves de 3e déclaraient avoir bu au moins 10 fois dans le mois écoulé. Ensuite, l’usage se poursuit au lycée. En 2011, cette consommation régulière concernait 15 % des garçons et 6 % des filles de 17 ans. Au même âge, 53 % des garçons et des filles déclaraient avoir vécu, dans le mois écoulé, une alcoolisation ponctuelle importante (au moins cinq verres bus en une même occasion). Familièrement appelée« binge drinking », cette pratique est en hausse puisqu’elle n’était déclarée que par 46 % des jeunes de 17 ans en 2005.

Ces chiffres inquiètent les experts car il est désormais acquis que le cerveau des adolescents est plus vulnérable que celui des adultes face à cette consommation d’alcool surtout lorsqu’elle est massive et sur un temps très court. « Des études récentes montrent que le cerveau connaît un important processus de maturation jusqu’à l’âge de 20-25 ans. Ce processus de maturation cérébrale entraîne une plus grande vulnérabilité des adolescents chez lesquels les effets neurotoxiques de l’alcool sont plus prononcés », explique Mickael Naassila (université de Picardie).« Chez eux, l’alcool peut entraîner des atteintes des fonctions cognitives avec un impact sur la mémoire et un retard au niveau de l’apprentissage scolaire », poursuit le chercheur. Autre constat : plus la consommation d’alcool est précoce plus grand est le risque de devenir alcoolo-dépendant à l’âge adulte.

TABAC 30 % DES FILLES ET 33 % DES GARÇONS DE 17 ANS SONT DES FUMEURS QUOTIDIENS

À 17 ans, 30 % des filles et 33 % des garçons sont des fumeurs quotidiens. Chaque année, on recense 70 000 décès en France liés au tabac dont les conséquences sanitaires (cancers, maladies cardiovasculaires, pathologies respiratoires) sont bien connues. Mardi, en présentant le 3 e  plan cancer, François Hollande a marqué les esprits en affirmant qu’un « jeune sur deux qui fume régulièrement à 17 ans mourra avant 60 ans ». « C’est une réalité qu’il faut maintenant intégrer dans des messages de prévention qui pourront convaincre les jeunes », indique Danièle Jourdain-Menninger, en reconnaissant que la tâche n’est pas simple. « On sait que le discours ‘‘le tabac, c’est risqué pour la santé’’, cela ne marche pas chez les ados », ajoute-elle.

CANNABIS UN RISQUE DE DÉPENDANCE

En 2011, 42 % des ados de 17 ans déclaraient avoir déjà fumé au moins une fois. Quant à l’usage régulier (au moins 10 fois dans le mois), il concerne 2 % des élèves de 3e , 6 % de élèves de seconde et 7 % de ceux de terminale. À 17 ans, 5 % des jeunes présenteraient un risque « d’usage problématique » : 7 % des garçons et 3 % des filles. Les experts notent que, dans les heures suivant l’usage de cannabis, on observe des troubles cognitifs portant sur l’attention, le temps de réaction, la mémoire.« Plus on fume et plus on a du mal à organiser sa pensée. Une consommation régulière peut altérer les résultats scolaires », indique Alain Dervaux, addictologue à l’hôpital Sainte-Anne à Paris.

Ces troubles cognitifs ont tendance à disparaître dans le mois suivant l’arrêt de la consommation. Mais « certains de ces troubles peuvent persister, y compris après sevrage, en particulier si la consommation a débuté avant l’âge de 15 ans », souligne l’Inserm, en précisant que les troubles cognitifs à long terme sont corrélés à la dose, la fréquence, la durée d’exposition et l’âge de la première consommation.

« Contrairement à ce qu’on pensait il y a dix ans, on sait désormais que le cannabis peut induire une dépendance. Quand on fume beaucoup, on peut se retrouver avec une envie de consommer qu’on n’arrive pas à réprimer », indique Alain Dervaux. Enfin, les experts relèvent que le cannabis peut « précipiter » la survenue de troubles psychiatriques : troubles anxieux ou dépressifs, symptômes psychotiques et schizophrénie.« Cela peut déclencher une schizophrénie chez des sujets prédisposés. C’est un événement grave mais qui reste rare puisqu’il concerne une personne qui fume sur 2000 environ », ajoute le chercheur.

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