Fumer du cannabis entraîne de plus en plus de graves complications

Les morts impliquant le cannabis ont augmenté ces dernières années. Selon une enquête, les hommes trentenaires sont les principaux exposés.

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Publié le  Le Point.fr
Dans cette étude, l’usage du cannabis était « à visée autothérapeutique », notamment anxiolytique, sédative et hypnotique, pour plus d’un patient sur cinq.
Le nombre de notifications de problèmes de santé et de décès liés au cannabis et aux cannabinoïdes a augmenté en France entre 2012 et 2017. Les données présentées au Comité scientifique spécialisé temporaire sur le cannabis thérapeutique devraient inciter à la prudence. Ce comité a été créé en septembre par l’Agence nationale de sécurité sanitaire du médicament et des produits de santé pour juger de la pertinence et de la faisabilité de la mise à disposition du cannabis à visée thérapeutique dans notre pays.
Il a récemment recueilli le point de vue des professionnels de santé et a examiné des données de vigilance afin d’évaluer les éventuels risques.

Le Dr Émilie Bouquet, du Centre d’évaluation et d’information sur les pharmacodépendances et addicto-vigilance du CHU de Poitiers, a présenté les résultats d’une enquête nationale menée dans 13 centres français. L’analyse a porté sur 2 217 notifications de vigilance impliquant du cannabis seul ou en association à de l’alcool et/ou du tabac entre 2012 et 2017.

« Le nombre de cas avec du cannabis a triplé, passant de 179 en 2012 à 562 en 2017, quand le nombre global des notifications doublait, passant de 2 833 à 5 560 cas », a-t-elle précisé.

Les trentenaires les plus touchés

Globalement, les hommes trentenaires sont les principaux concernés, avec le plus souvent une exposition chronique ainsi qu’une consommation fréquente de tabac, voire d’alcool. Pour plus d’un patient sur cinq, l’usage de cannabis était « à visée autothérapeutique », notamment anxiolytique, sédative et hypnotique. Les complications rapportées étaient psychiatriques dans plus de la moitié des cas, avec une dépendance et/ou une demande de sevrage (35 %), devançant largement les troubles psychotiques, une agressivité, une impulsivité et/ou de la violence ainsi que des manifestations anxieuses, dépressives, voire des idées suicidaires. Selon le Dr Bouquet, des antécédents psychiatriques étaient retrouvés chez la moitié des personnes concernées.

Mais les problèmes ne s’arrêtent pas là. Les notifications font état de problèmes neurologiques dans 15,6 % de cas, touchant surtout les âges extrêmes. Il s’agit principalement de troubles de la conscience, de la mémoire, des fonctions cognitives et de la concentration, d’accidents vasculaires cérébraux ainsi que de convulsions et d’épilepsie. Les complications gastro-intestinales concernent 7,8 % des personnes (essentiellement des nausées et des vomissements, ainsi que des douleurs abdominales). Quant aux troubles cardiaques, retrouvés dans 7,7 % des cas, ils prennent en général la forme de tachycardie, de palpitations et parfois d’infarctus.

Plus d’une centaine de décès

Toujours selon le Dr Bouquet, les morts impliquant le cannabis ont augmenté entre 2012 et 2016. Sur cette période, la spécialiste dénombre 131 décès directs, dont 62 liés au seul cannabis, et 136 décès indirects, dont 73 avec cette unique drogue. Entre 2012 et 2017, 16 décès ont été notifiés spontanément, impliquant le cannabis seul ou en association avec le tabac et/ou l’alcool, hors drames.

Dans le cadre de l’évaluation d’une mise à disposition du cannabis à visée thérapeutique et de spécialités à base de cannabinoïdes, Émilie Bouquet estime donc qu’il faut « impérativement tenir compte de ce risque de complications rares mais graves pour les éventuels futurs patients exposés, maintenir la vigilance, poursuivre la recherche sur la sécurité d’emploi et former/informer les professionnels de santé amenés à prescrire, délivrer et administrer ces produits ».

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