Paris : un nouveau décès près de la salle de shoot

Cécile Beaulieu|16 novembre 2018
Un homme a trouvé la mort, ce jeudi, rue Ambroise-Paré (Xe). A côté de la salle de shoot. DR

Ce jeudi, un homme a trouvé la mort près de la salle de consommation de drogue, rue Ambroise-Paré (Xe). Il s’agirait du troisième décès ces deux dernières années.

« C’est le mort de trop. Nous savons tous que cette sanisette est une salle de shoot bis ». Rue Ambroise-Paré (Xe), où est installée depuis deux ans la salle de consommation à moindre risque (SCMR), le constat est le même, d’immeuble en immeuble.

Le décès, ce jeudi, d’un homme de 37 ans devant les toilettes publiques ne fait que rendre plus tendue encore la situation.

De sources judiciaires, une enquête pour « recherche des causes de la mort » est diligentée, mais il est évident que le lieu et les circonstances de son décès posent une multitude de questions, dans un secteur où les habitants dénoncent sans relâche les scènes ouvertes de toxicomanie et la dégradation de leurs conditions de vie : « Notamment l’utilisation des toilettes comme lieu d’injection, souligne une riveraine. Les gens font même la queue, chaque jour, pour s’y injecter. »

L’homme décédé ce jeudi a été retrouvé en possession d’un passeport suédois, d’un kit d’injection et d’un pochon contenant du crack. Il « n’était pas inscrit à la salle de consommation » du Xearrondissement, où plus de 1100 personnes sont enregistrées, tient toutefois à préciser la Ville.

« Je ne me voile pas la face, assène de son côté Alexandra Cordebard, la maire (PS) du Xe. Je voudrais que ces toilettes soient fermées, définitivement. Mais plus encore, que les horaires de la salle de consommation soient étendus à la matinée, alors qu’elle n’ouvre qu’à 13 heures. J’ai parfaitement conscience du mal-être des personnes qui vivent là, et je compte bien obtenir les crédits nécessaires à l’extension des horaires de la SCMR. La salle joue son rôle sanitaire, et il ne faudrait pas que l’impression inverse domine ».

Mais, dans le quartier Lariboisière, colère et lassitude dominent. « Nous venons, nous et nos enfants, d’assister au troisième décès sous nos fenêtres », s’agace Pierre (*), habitant du quartier depuis 15 ans. « Avant, les toxicomanes étaient là, mais ils faisaient partie de notre environnement. On les connaissait. Depuis l’installation de la salle et le démantèlement de la colline du crack (XVIIIe), il y a eu un véritable appel d’air, on découvre des gens qui arrivent de partout. Très agressifs, pas du tout enclins à partager notre vie. Bref, des tox très durs. On est démunis… Et changer les horaires de la salle, franchement, ça reviendrait à valider les problèmes plus qu’à les résoudre ».

En juillet dernier, un homme d’une quarantaine d’années avait déjà été découvert sans vie, au pied du 9, rue Ambroise-Paré. Et quelques jours seulement après l’installation de la salle en 2016, un homme serait également mort d’overdose. Jamais les enquêtes n’ont été rendues publiques.

La Ville de Paris réfléchit actuellement à l’installation d’une deuxième salle de shoot dans le nord-est parisien, ainsi qu’à la mise en place d’un bus itinérant qui permettrait d’assurer la prise en charge médicale des toxicomanes et de les accompagner dans un parcours de réinsertion.

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