Cirrhose: quand l’alcool détruit le foie

INFOGRAPHIE – Une consommation excessive et régulière d’alcool produit une inflammation chronique du foie qui conduit à la destruction de l’organe. D’autres facteurs peuvent aussi entrer en jeu.

«La mortalité liée aux maladies du foie est légèrement en baisse en France», indique le Pr Éric Nguyen-Khac, responsable du service d’hépato-gastro-entérologie du CHU d’Amiens. «La première cause de maladie du foie reste très majoritairement l’alcool, responsable de plus de 70 % des cas de cirrhose». Une consommation excessive et régulière d’alcool produit une inflammation chronique du foie qui conduit à la formation de tissu fibreux, c’est la cirrhose.

Environ 200.000 personnes en sont atteintes en France, dont un tiers à un stade avancé, responsable de 10.000 à 15.000 décès par an. Les cirrhoses et leurs complications suivent naturellement la courbe de consommation d’alcool, en baisse constante dans notre pays depuis la Seconde Guerre mondiale. Au Royaume-Uni, passé d’une consommation copieuse de bière peu alcoolisée à la consommation régulière d’alcool fort, les maladies du foie sont en hausse constante.

En parallèle, les progrès majeurs réalisés dans la prise en charge des hépatites virales ont permis, dans certains pays, d’en réduire largement le poids sur la mortalité hépatique.

Une importante étude publiée en septembre dernier par l’European Association for the Study of the Liver (EASL) dresse ainsi un portrait en évolution de la santé de nos foies, analyse l’influence des différents facteurs de risque de cirrhose et pose la question des interventions utiles pour leur prévention. Elle dessine également, en filigrane, l’influence potentielle d’un autre facteur de risque, en hausse sensible dans certaines régions d’Europe: l’obésité et le syndrome métabolique qui l’accompagne.

A quoi est due la cirrhose?

La cirrhose est la conséquence attendue du stress inflammatoire répété que divers agresseurs font subir au foie, principalement virus, alcool et syndrome métabolique. Alcool et syndrome métabolique conduisent à l’accumulation de graisses dans le foie, c’est la stéatose hépatique.

Ce «foie gras» s’accompagne d’un état inflammatoire qui agit principalement sur les vaisseaux sanguins du foie, qui s’obstruent puis se nécrosent, isolant des groupes de cellules hépatiques qui meurent et laissent à leur place un tissu fibreux non fonctionnel. De nouvelles cellules hépatiques peuvent se former autour de ce tissu cicatriciel, mais elles se regroupent en nodules répartis de manière anarchique dans l’organe, dont l’efficacité se trouve ainsi réduite. Les vaisseaux biliaires étant également affectés, c’est l’ensemble de la circulation hépatique qui est amoindrie, provoquant une accumulation de fluides dans le foie et parfois dans l’abdomen.

Des facteurs génétiques semblent par ailleurs jouer sur l’évolution de la maladie: 10 à 20 % des personnes atteintes d’un «foie gras» seront atteintes de cirrhose et, parmi celles-ci, environ 30 % seront finalement atteintes d’un cancer du foie.

La cirrhose est diagnostiquée autour de l’âge de 50 ans, soit parce qu’elle se révèle par l’une de ses complications (hémorragies digestives, ascite, cancer…) ou de manière fortuite

Ce processus se produit après quinze ou vingt ans d’exposition régulière à un virus hépatique (B et C), à une consommation excessive et régulière d’alcool ou à une obésité (notamment lorsqu’elle affecte le tour de taille).

La cirrhose est la maladie du «bon vivant» avec un effet synergique des facteurs de risque. L’étude de l’EASL montre ainsi que, pour un indice de masse corporelle supérieur à 35, deux verres d’alcool en valent quatre pour le foie. La cirrhose est donc diagnostiquée autour de l’âge de 50 ans, soit parce qu’elle se révèle par l’une de ses complications (hémorragies digestives, hypertension portale, ascite, encéphalopathie hépatique, cancer…), soit de manière fortuite lors d’un examen lié à ses facteurs de risque.

Revenir à une fonction «presque normale»

«Si la cirrhose est déjà présente, les cicatrices ne disparaissent pas, souligne le Pr Romain Moirand, hépato-gastro-entérologue et responsable de l’unité d’addictologie du CHU de Rennes. Lorsqu’elle est récente, le foie peut cependant récupérer une fonction presque normale.»

Dans tous les cas, il n’existe pas de traitement de la cirrhose et l’objectif de la prise en charge vise à stabiliser la dégradation pour donner une chance au foie de produire de nouvelles cellules hépatiques assez bien organisées pour être fonctionnelles. Plus la cirrhose est dépistée tôt, plus l’intervention est efficace. La question d’un dépistage systématique se pose donc aujourd’hui.

L’alcool reste alors la première cible, d’autant qu’une consommation excessive d’alcool n’est pas forcément synonyme d’alcoolisme qui modifierait le comportement. Deux demis de bière le soir et un verre de vin à midi s’accumulent vite pour constituer 21 unités d’alcool par semaine, une quantité très importante, largement plus que suffisante pour favoriser la cirrhose. Les patients trouvent d’ailleurs souvent plus facile d’agir sur leur ingestion d’alcool – dont ils n’avaient pas toujours conscience – que sur leur poids, bien difficile à perdre après 50 ans!


Protéger le foie du gras et du sucre

Le foie est un élément essentiel de la digestion, responsable de nombreuses fonctions vitales de transformation des aliments. Il transforme, stocke et répartit les nutriments issus de la digestion vers les diverses cellules de l’organisme, il produit la plupart des protéines du sang ainsi que la bile et dégrade de nombreuses substances toxiques. Il est ainsi au cœur du métabolisme de l’alcool, des lipides et des sucres qui tous, s’ils sont apportés en excès, modifient l’ensemble des processus métaboliques de l’organisme.

Si ces excès se prolongent, le foie stocke majoritairement des lipides qui «étouffent» les cellules hépatiques et devient véritablement un «foie gras»: la stéatose hépatique, pathologique chez l’humain. Dans le même temps, de nombreuses molécules inflammatoires sont produites dans le foie mais également dans d’autres organes, avec des effets délétères sur l’ensemble de l’organisme.

Si les cas de cirrhose sont encore largement liés à l’alcool en Europe ou aux hépatites virales pour la planète, elles semblent être de plus en plus liées au syndrome métabolique en Amérique du Nord

Ce syndrome métabolique est de plus en plus fréquent, largement lié à l’épidémie d’obésité qui sévit dans le monde entier. Lorsque le foie reste gras trop longtemps, il peut évoluer vers une cirrhose. Si les cas de cirrhose sont encore largement liés à l’alcool en Europe ou aux hépatites virales pour l’ensemble de la planète, elles semblent cependant trouver de plus en plus être liées au syndrome métabolique en Amérique du Nord.

L’étude HEPAHEALTH de l’EASL, publiée en 2018, donne une prévalence de 23,71 % de stéatose hépatique non alcoolique en Europe, qui ont représenté 12 % des causes de greffes de foie – seul traitement de la cirrhose – entre 1988 et 2016. S’il ne faut pas parler de maladie du soda en France – la consommation n’atteint pas celle des États-Unis où l’ajout de fructose modifié semble être particulièrement en cause -, l’alimentation inadaptée et le manque d’exercice physique sont bien au cœur d’une probable augmentation des cirrhoses non alcooliques et des cancers hépatiques. À l’image des oies et canards sauvages, faudra-t-il, prescrire de longues migrations aux humains pour qu’ils éliminent eux aussi leur foie gras?


Les cirrhoses liées aux virus hépatiques, bientôt une histoire ancienne?

«La proportion de cirrhoses liées à l’alcool reste élevée en France en partie parce que les cirrhoses virales leur laissent peu à peu la place», souligne le Pr Romain Moirand, hépato-gastro-entérologue et responsable de l’unité d’addictologie du CHU de Rennes. L’exposition de longue durée aux virus de l’hépatite B et C peut provoquer un stress hépatique responsable, au bout de quinze à vingt ans, d’une cirrhose semblable à celle que provoque l’alcool. Il existe désormais un vaccin et des traitements permettant de contrôler l’hépatite B, ainsi que de nouveaux médicaments permettant d’envisager une éradication de l’hépatite C à moyen terme, ce qui élimine le risque de cirrhose virale. Comme souvent, ces traitements sont essentiellement disponibles dans les pays où la couverture médicale est satisfaisante…

Source : Le Figaro

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