Robin Tutenges — 22 novembre 2021

Un vilain cercle vicieux, dans lequel il ne vaut mieux pas s’empêtrer.

Fumer et boire sont terriblement mauvais pour la santé. | Diego Indriago via Pexels
Fumer et boire sont terriblement mauvais pour la santé. | Diego Indriago via Pexels

Il y a des êtres singuliers, que l’on peut observer en fin d’après-midi ou en début de soirée, au moment où leur vraie nature surgit. Des êtres qui, toute la journée, refusent les invitations à fumer une cigarette. «Je ne fume pas, merci», lancent-ils parfois, suscitant l’admiration des masses accros au tabac. Mais, une fois qu’ils sont attablés à un bar, pinte de bière ou verre de vin sous le pif, leur discours change du tout au tout: une gorgée d’alcool et l’envie de fumer surgit. «Je fume seulement quand je bois», expliquent-ils alors timidement, tout en grattant une clope. Il a bon dos, le non-fumeur.

Les habitués du tabac peuvent se moquer. Eux plus que quiconque sont esclaves de ce drôle de phénomène. Verre en main, l’envie de fumer est irrésistible, au point d’enchaîner cigarettes et gorgées à un rythme effréné. C’est un fait: quand on boit, l’envie de fumer est exacerbée. Derrière ce désir incontrôlable se cache en fait une explication scientifique.

Fumer, c’est repartir

On s’en doute, associer cigarette et alcool entraîne d’une manière ou d’une autre une sensation de plaisir. Sinon, peu de gens y trouveraient un intérêt. Une découverte scientifique confirme cette hypothèse: fumer et boire actionnent simultanément le système de récompense dans le cerveau, créant un sentiment d’euphorie. Le plaisir, lui, n’en est que décuplé.

Cet état de bien-être est loin d’être la seule explication. Un autre phénomène entre dans la danse, bien plus insidieux encore. Il concerne directement les effets qu’entraînent les deux substances sur le corps humain. Des effets qui se nourrissent mutuellement, engouffrant le consommateur dans un dangereux cercle vicieux.

«La nicotine affaiblit l’effet de fatigue induit par l’alcool en stimulant la zone du cerveau qui contrôle le sommeil.»

Mahesh Thakkar, directeur de recherche

Pour les besoins d’une étude publiée dans la revue Journal of Neurochemistry, des scientifiques de l’université du Missouri, aux États-Unis, ont équipé des rats d’électrodes, avant de les exposer à du tabac et à de l’alcool (pas sûr que les rongeurs aient eu leur mot à dire dans l’affaire). En observant les résultats, les chercheurs ont remarqué que la nicotine contenue dans les cigarettes permettait de réduire la somnolence. Une somnolence elle-même provoquée par la consommation d’alcool. Vous voyez le genre.

«Nous avons découvert que la nicotine affaiblit l’effet de fatigue induit par l’alcool en stimulant une réponse dans une zone particulière du cerveau, le proencéphale basal (région du cerveau contrôlant le sommeil)», explique Mahesh Thakkar, membre de l’étude, cité par le média Sciences et Avenir. L’effet léthargique de l’alcool serait donc contrebalancé par la sensation de dynamisme qu’entraîne la consommation de cigarettes. Pour faire simple: quand on boit on s’endort, quand on fume on se réveille. Le terrain parfait pour une escalade des vices.

Pire, quand ce dangereux mécanisme s’installe, il devient encore plus difficile de s’en débarrasser. À chaque verre, la recherche de ce plaisir de récompense s’associe à l’effet de fatigue qu’entraîne la consommation d’alcool, à la recherche d’un esprit festif et à la sensation d’énergie que vous apporte la cigarette. Difficile alors de ne pas craquer, de plonger à nouveau sa main dans un paquet, surtout quand, autour, les gens fument à tout va.

Arrêter de boire pour arrêter de fumer

On ne va pas vous refaire le topo. On le sait, fumer et boire sont terriblement mauvais pour la santé. Foie, poumons, cœur, vaisseaux… tout morfle lorsqu’on consomme des cigarettes ou de l’alcool. Alors mélanger les deux n’est clairement pas la meilleure des choses à faire pour votre corps. Notamment quand on est jeune.

Certains dégâts de ce cocktail néfaste sont déjà visibles dès l’adolescence, selon une étude parue en 2018 dans l’European Heart Journal. Fumer et boire à cette tranche d’âge entraîne par exemple une rigidité des artères et un risque de maladies cardiovasculaires. En outre, après 100 cigarettes, soit quatre par jour pendant moins d’un mois, les ados ont des artères environ 4% plus rigides que celles des non-fumeurs.

Alcool et tabac ne font clairement pas bon ménage. Pas de quoi vous faire arrêter pour autant ce dangereux cocktail? Voici un argument infaillible: associé à l’alcool, le tabac pourrait aggraver la gueule de bois.

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Une étude américaine datant de 2012, menée sur 113 étudiants, a montré que ceux qui fumaient et buvaient en soirées présentaient des symptômes plus fréquents et plus sévères de gueule de bois. Un argument de poids pour stopper totalement la cigarette, ou même l’alcool (sans aucun doute le meilleur moyen de dire adieu à la gueule de bois). De toute façon, pour faire une croix sur la cigarette, rien de mieux que de surveiller son débit de boissons.

La meilleure façon d’arrêter définitivement l’une des deux habitudes reste de limiter la consommation de l’autre. Autrement dit: pour arrêter d’enchaîner cigarette sur cigarette, mieux vaut arrêter de s’enfiler en toute insouciance des verres d’alcool dans le gosier.

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