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Lettre du CNPERT Décembre 2022

Lettre N°LXXXI Président Pr. J. Costentin Éditeur en chef Pr. J.-P. Tillement ­­
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­­­­La Lettre du CNPERT­­­­­Comité National de Prévention, d’Etudes et de Recherches sur les Toxicomanies­­
­­S’il faut être attentif à l’état de la planète que nous léguerons à nos enfants, il est majeur de nous préoccuper de l’état des enfants que nous lui léguerons.­­
­­­­­­­­­ In memoriam­­­­­
­­­­­C’est avec tristesse que nous vous faisons part du décès de monsieur Jean-Claude MITERAN, qui fut membre de notre CNPERT dès sa création. Récemment encore il en suivait les travaux. Il épaulait nos actions de ses cotisations généreuses.  Enseignant puis inspecteur de l’Education Nationale, l’attention qu’il portait aux jeunes s’exprimait au-delà de son activité professionnelle.

Il dirigea des colonies de vacances pour des enfants handicapés ; il fut cofondateur d’une association « culture, loisirs, animations » d’Issy les Moulineaux. La prévention des conduites à risque était une de ses préoccupations ; il inscrivait le sport dans cette démarche, ce qui lui valut la médaille d’Or de la jeunesse et des sports.  
Nous présentons à sa famille et à ses amis nos très sincères condoléances.­­­­
­­­­­­­­­ À la peste tabagique ajouterait-on le choléra cannabique ?­­­­­
­­­­­On pourrait, d’un trait de plume rejeter toute idée de légalisation de l’usage du cannabis, une drogue avérée et perçue comme telle par une majorité de Français, subissant déjà les méfaits de deux drogues légales qui font des ravages, l’alcool et le tabac responsables respectivement de 49.000 et 75.000 décès annuels. Faudrait-il y ajouter le cannabis ? Le bon sens dit non, la médecine aussi

Dans son projet de lutte contre le tabagisme, le ministère des Solidarités et de la Santé affirmait, le 20 décembre dernier : « Première cause de mortalité évitable, de mortalité par cancer et de mortalité avant 65 ans, le tabac est responsable dans notre pays de près d’un décès sur huit. La stratégie nationale de santé et le plan Priorité Prévention font de la lutte contre le tabac une priorité de santé publique de premier plan. Le programme national de lutte contre le tabac 2018-2022 traduit la volonté d’agir encore plus fortement contre ce fléau : combinant des actions sur le volet économique et sur les volets sociaux et sanitaires, il élargit la palette d’interventions. Toutes ces actions doivent converger vers un but : aider nos enfants d’aujourd’hui à devenir, dès 2032, la première génération d’adultes sans tabac ».

Comment concilier dès lors cette lutte contre le tabagisme, son objectif zéro tabac et d’accepter l’usage du cannabis ?De nombreux pays s’engageant dans cette légalisation, serions-nous en retard ? Pourtant les preuves des méfaits du cannabis s’accumulent, montrant sonrôle dans : les accidents routiers ; l’augmentation des urgences hospitalières ; les comportements violents ; les crimes ; les échecs scolaires ; ses conséquences néfastes sur l’enfant à naître (ses effets épigénétiques, faisant transmettre par les parents à leur enfant une appétence accrue pour toutes les drogues et ainsi une vulnérabilité aux toxicomanies).Pour tenter d’expliquer l’attrait pour la légalisation, laissons de côté les recherches individuelles d’évasion, d’idées nouvelles, de transgression, en ne s’intéressant qu’aux fournisseurs.

L’Europe a été mise sous la coupe des marchands de drogue qui utilisent des stratégies commerciales habiles, prenant de court nombre de gouvernements.D’abord ont été proposés des produits peu concentrés en tétrahydrocannabinol (THC). Leur activité modérée était suffisante pour créer un temps de « récréation », presque anodin.  Une propagande bien orchestrée et la naïveté l’ont fait qualifier de « drogue douce », ouvrantle piège. Progressivement, insidieusement, les concentrations de THC ont été accrues, engendrant l’addiction.L’effet s’épuisant au fil de la répétition des doses, le sujet dépendant passe alors d’une consommation tous les trois jours (ces « consommateurs réguliers sont 1.500.000 en France), à une consommation quotidienne puis multi quotidienne.

Le maintien des sensations éprouvées est au prix de cette augmentation des doses. L’utilisateur ignore quel’addiction, loin de s’épuiser, s’accroîtau contraire,le rendant de plus en plus dépendant ; progressivement le piège s’est refermé. Le THC est, de toutes les drogues, celle qui s’élimine le plus lentement ; chaque nouveau « joint » s’ajoute au reliquat du précédent ; il se stocke, pour des semaines, en particulier dans les lipides du cerveau, d’où la rémanence de ses effets psychiques. Il exerce aussi des effets sur le cœur (risque d’infarctus), sur les vaisseaux (accidents vasculaires cérébraux et/ou artérite des membres inférieurs), sur les voies aériennes (pathologies broncho-pulmonaires et O.R.L. etc.. Les effets du cannabis/THC   dépendent de ses concentrations. Plus elles s’élèvent, plus ils sont intenses, alors que de nouveaux effets apparaissent, non seulement physiques mais aussi psychiatriques. 

Le cannabinophile n’a pas conscience du caractère cumulatif de ses prises : le cannabis est une drogue dure et lente. Alors que l’alcool s’élimine en quelques heures, le THC persiste plusieurs jours dans l’organisme.  Les cellules de dégrisement des commissariats de police, utiles pour l’ivresse alcoolique, sont sans effet pour le cannabis.Le subterfuge des doses progressives utilisé par les trafiquants est très efficace pour rendre l’addiction irréversible, en fidélisant le consommateur devenu dépendant. Il est épaulé par des organisations, puissantes pour les unes (livraisons discrètes à domicile ou par la poste), artisanales mais aussi actives, pour d’autres. L’Europe est le territoire privilégié de cette industrie très lucrative, car les Européens peuvent payer !

Est-il encore possible agir ? 

Les « campagnes » de répression et de prévention, (très peu et très mal faites) sont peu efficaces pour le cannabis. La loi de prohibition de 1970 a été très peu appliquée, d’autant que beaucoup d’élus et même de magistrats ont décidé qu’elle est inapplicable, au prétexte « qu’on ne ne peut mettre tout le monde en prison ». S’il y a du vrai dans ce propos, il occulte le manque initial de réactivité des pouvoirs publics, leur laisser faire. La société subit la loi des trafiquants qui ont atteint leur but : un très grand nombre d’intoxiqués de façon irréversibleet un marché durable.Cette situation n’est cependant pas désespéréeLes actions contre letabac sont d’une certaine efficacité.

Son coût a notablement augmenté ; l’interdiction de fumer dans les lieux publics, le paquet neutre, l’interdiction de la vente aux mineurs (qu’il serait facile de faire respecter), la lutte contre la contrebande ont un impact positif, mais trop partiel sur la baisse du tabagisme ; ce qui invite à redoubler d’efforts. L’alcoolisme, lui aussi en régression, le doit beaucoup aux campagnes de sensibilisation aux maladies qu’il provoque, aux contrôles routiers, à la description de la déchéance physique et mentale auxquelles il peut conduire. Quant au cannabis, on doit observer qu’il est souvent associé à l’alcool et au tabac, leurs effets étant cumulés. Combattre les deux mais ouvrir la porte au troisième défie le bon sens ; pourtant, nombre de voix réfutent ce raisonnement.

Certains voient dans sa légalisation, la possibilité d’en contrôler l’usage alors que l’exemple du Canada prouve l’inverse. D’autres y voient le moyen de renflouer les caisses vides de l’Etat ; l’expérience américaine (Colorado) montre le contraire, la consommation s’accroît, comme les hospitalisations, les accidents, les violences, l’incurie de nombre de ses consommateurs, rendant le bilan économique négatif.L’action devrait porter sur les réseaux de diffusion des drogues, qu’elles soient naturelles ou de synthèse.  Ces trusts ont subverti certains de nos politiques et de nos médias…L’éducation est le levier principal sur lequel il faut peser. Si l’expérimentateur potentiel d’une drogue en connait les méfaits, il sera plus réticent à l’expérimenter. S’il franchit le pas de l’expérimentation il identifiera les troubles annoncés, (effet nocebo), ce qui en changera négativement la perception et lui en laissera un souvenir entre mauvais et mitigé.

La diffusion des images des junkies de la colline du crack, de l’état de déchéance psychique et physique suscitera peur et compassion. Dans les établissements d’enseignement, les exposés des gendarmes sont utiles mais rares et brefs, pour effectuer le rappel de la loi et les peines encourues à y déroger. On ne saurait s’en contenter. Il faut mettre en place un véritable plan d’éducation à la santé. Ce plan développera une information, détaillée précise, claire, avec preuves scientifiques et médicales à l’appui, des dégâts provoqués par toutes les drogues sur le cerveau (particulièrement lors de sa maturation à l’adolescence) ainsi que sur d’autres organes.Aussi, comment justifier la légalisation du cannabis, à l’opposé de toute mesure d’éducation, de prévention et qui constituerait une incitation :comment refuser ce qui est permis ?Le choix est donc entre la facilité d’accepter une dérive qu’on n’a pas su maitriser et la résistance aux pressions qui s’exercent et qui flattent. 

On attend en haut lieu la voix courageuse qui osera dire non à la drogue, au cannabis comme aux autres.
Prs Jean-Paul Tillement et Jean-Pierre Goullé­­­­
­­­­­­­­­ L’offre et la consommation de drogues reprennent après les perturbations liées à la Covid-19­­­­­
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Dans son rapport annuel sur les drogues en date du 23 juin 2022 (1), l’Observatoire européen des drogues et des toxicomanies (EMCDDA en anglais), constate un rebond rapide de l’offre et de la consommation de drogues après la COVID-19.La disponibilité des drogues reste élevée dans l’ensemble de l’UE.

Pour certaines, comme la cocaïne elle dépasse les niveaux d’avant la pandémie. De plus, de nouvelles drogues fortement dosées et dangereuses pour la santé font irruption sur le marché, au rythme, en 2021, d’une nouvelle substance par semaine en Europe. Il révèle aussi que les produits dérivés du cannabis se diversifient et que la production de drogues de synthèse est en hausse.En ce qui concerne leur consommation, on constate un retour aux niveaux d’avant la pandémie. L’analyse des eaux usées révèle une augmentation de la consommation de cocaïne, de crack, d’amphétamine et de méthamphétamine, dans un certain nombre de villes, entre 2020 et 2021. 

Ylva Johansson, commissaire européenne chargée des affaires intérieures, déclare : « L’escalade continue de la production de drogues de synthèse au sein de l’UE nous montre les efforts acharnés déployés par les groupes criminels organisés pour tirer profit du commerce clandestin de drogues, ce qui met en péril la santé et la sécurité publiques. Les partenariats entre les réseaux criminels européens et internationaux sont particulièrement préoccupants. Ils ont donné lieu à une disponibilité record de la cocaïne et à la fabrication de méthamphétamine à une échelle industrielle en Europe. Cela s’accompagne d’une potentielle augmentation de la consommation et des risques associés. L’UE et ses États membres continueront de lutter contre ces menaces émergentes au moyen d’un effort collaboratif, fondé sur les priorités de l’UE en matière de criminalité et sur ses stratégies en matière de drogue et de sécurité. » 

Alexis Goosdeel, directeur de l’EMCDDA, ajoute : « Le message à retenir de ce rapport est que les drogues classiques n’ont jamais été aussi accessibles et de nouvelles substances fortement dosées continuent d’apparaître. Aujourd’hui, presque tout ce qui présente des propriétés psychoactives peut être   une drogue, étant donné que les frontières s’estompent entre les substances licites et les substances illicites. Et tout le monde peut être touché, directement ou indirectement, car les problèmes de drogue aggravent la plupart des autres défis sanitaires et sociaux importants auxquels nous sommes confrontés aujourd’hui ».De nouvelles substances psychoactives dangereuses sont disponibles et parmi elles les cathinones sont une source de préoccupation majeure. En 2021, 52 nouvelles substances ont été identifiées par l’intermédiaire du système d’alerte précoce EWS ou « early working system de l’UE », ce qui porte à 880 le nombre total de drogues surveillées par l’Observatoire.

En 2021, de nombreux produits de synthèse ont été signalés pour la première fois : 6 opioïdes, 6 cathinones et 15 cannabinoïdes.  Avec 6,9 tonnes, des quantités record ont été saisies en Europe en 2020. Parmi ces produits on compte 3,3 tonnes de cathinones de synthèse, souvent vendues comme substituts de stimulants classiques (cocaïne, MDMA, par exemple). À la suite de l’interdiction des cathinones de synthèse en Chine depuis 2020, ces substances font désormais l’objet d’un trafic vers l’Europe depuis l’Inde, ce qui montre l’adaptation rapide du marché en fonction de la réglementation.

Fin 2021, l’EMCDDA surveillait 162 cathinones de synthèse, ce qui en faisait la deuxième catégorie de drogues la plus nombreuse après les cannabinoïdes de synthèse, au nombre de 224.Ainsi, une augmentation de la production, du trafic et de la disponibilité des drogues est constatée en Europe. Plus de 350 laboratoires clandestins de production ont été démantelés en 2020.

Si le darknet est en déclin, les réseaux sociaux et les applications de messagerie constituent une source d’approvisionnement privilégiée, ceci souligne la nécessité d’apporter des réponses dans ce domaine si préoccupant. Observatoire européen des drogues et des toxicomanies (2022), Rapport européen sur les drogues 2022 : Tendances et évolutions, Office des publications de l’Union européenne, Luxembourg, 60pp.Pr Jean-Pierre Goullé­­­­
­­­­­­­­­Le “chemsex” in France­­­­­
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Le terme chemsex (condensation des mots chemical – substance chimique et sex) correspond à l’utilisation de drogues pour s’adonner à une activité sexuelle, dans le dessein « d’améliorer ses performances ». L’usage de ce terme est assez récent, comme le développement de cette pratique.Une enquête effectuée en milieu estudiantin par Malandain et coll. Chemical sex (chemsex) in a population of French university students. Dialogues Clin. Neurosci. 2022, 23:39-43, révèle des éléments inattendus : Une fréquence élevée, puisque 22,5 % de la population étudiée s’y serait adonné au cours de l’année précédant la réponse à l’enquête.

­Parmi les drogues utilisées : les cathinones, la métamphétamine et autres amphétaminiques qui sont des agents   libérateurs de dopamine et de noradrénaline ; la cocaïne ; la kétamine ; le gamma hydroxybutyrate. Dans cette enquête cette pratique concerne principalement des célibataires, des partenaires ayant tous les deux cette pratique, il s’agit essentiellement d’homosexuels et plus encore d’individus ayant une orientation de type bisexuel. Les dangers viennent en particulier : des risques de surdosages ; des relations non protégées avec les risques de SIDA et d’autres infections sexuellement transmissibles ; de la décompensation ou de l’exacerbation de maladies psychiatriques. En bref, un pas de plus dans la mauvaise direction, « et la tendresse bordel » ! (Film datant de 1979) Jean Costentin  ­­­­
­­­­­­­­­Les addictions (écrans, alcool et autres drogues…) : une situation préoccupante chez les jeunes après la crise sanitaire­­­­­
­­­­Consommation de drogue, d’alcool, d’écrans et comportement à risque sur la route, … la crise sanitaire, dont nous venons de sortir, a fragilisé les jeunes Français et a inscrit leurs comportements négatifs dans la durée. Malgré un retour à la « vie normale », cette tranche de la population particulièrement sensible déclare avoir besoin de s’amuser, de se détendre, quitte à se mettre en danger ou à perdre leur propre contrôle.C’est ce que révèle la deuxième édition du baromètre «

Les addictions et leurs conséquences chez les jeunes ». Réalisé avec l’institut Ipsos et en concertation avec un collectif d’experts composé de psychologues, d’addictologues et de la Fédération des associations générales étudiantes (1). Cette deuxième édition permet de faire le point sur les évolutions des consommations de substances addictives chez les jeunes de 16 à 30 ans et les comportements à risque qu’elles engendrent.Le rapport montre quatre tendances chez les jeunes de 16 à 30 ans : ● 58 % d’entre eux ont déjà perdu le contrôle d’eux-mêmes au moins une fois, du fait de leur consommation d’alcool, de tabac, de cannabis ou d’autres drogues et 70% après avoir passé du temps devant un écran.


Ces tendances sont à la hausse par rapport à 2021. ­­

● Alcool et écrans : une perception du risque toujours très minimisée par les intéressés avec notamment 2 jeunes sur 5 qui passent plus de 6 h par jour devant un écran. ● 74% des jeunes déclarent avoir ressenti des troubles, des sentiments de mal-être ou des difficultés concrètes (accidents, situations de violence, problèmes financiers) liées à leur consommation de substances et d’écrans, soit +6 points par rapport à 2021) ● 4 jeunes sur 5 ont déjà adopté un comportement à risque dans leurs déplacements en raison de leur consommation (83%), dont 62% plusieurs fois.

Un tiers d’entre eux est déjà rentré en voiture en tant que conducteur (34%) ou à vélo (31%). Un sur 5 est déjà rentré en trottinette, hoverboard, rollers (21%) ou en scooter, moto en tant que conducteur (20%).       1 – Seconde édition du baromètre d’Ipsos et de la Macif sur les addictions chez les jeunes, juin 2022.Pr. Jean-Pierre Goullé­­­­
­­­­­­­­­La consommation de captagon au Moyen-Orient  ­­­­­
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­L’attention a été attirée au cours de cet été par la collusion entre états, groupes terroristes et trafic de drogues. C’est le cas pour le trafic de captagon ou fénétylline au Moyen Orient ou pour la reprise de la culture du pavot en Afghanistan. La fénétylline a été synthétisée vers 1961 en associant deux molécules : celle de la  théophylline et celle de l’amphétamine, réunies par un pont éthyle, afin d’obtenir un psychostimulant. Cette molécule n’a pas eu de développements thérapeutiques.

La théophylline, d’origine végétale est facilement accessible sur le marché et l’amphétamine est d’une synthèse très facile. Aussi le captagon a fait partie des nombreuses drogues de synthèse produites dans des états comme la Bulgarie, à destination du marché européen.Dans les années 1990, il y a eu un transfert vers la Syrie. Sa production, sa mise en forme galénique et ses circuits de distribution étaient très liés aux proches de la famille Assad, au pouvoir depuis 1970. En cela ce modèle socio-économique s’apparente au modèle qui prévaut en Amérique latine, pour la production et l’exportation de cocaïne, qui sont aux mains de trafiquants suffisamment puissants pour défier et influencer les pouvoirs locaux.

Les quantités de captagon mises en circulation l’an passé, sont évaluées en dizaines de millions de comprimés, pour un marché de l’ordre de 5 à 6 milliards de dollars. Le Liban peut être considéré comme la plaque tournante de la redistribution du captagon vers l’Arabie Saoudite et les Emirats, en passant par la Jordanie. Les envois sont souvent dissimulés dans des livraisons de fruits (principale production libanaise exportée). Ce trafic est facilité par la déliquescence de l’état libanais et la présence de nombreux intermédiaires dont la milice chiite du Hezbollah. Ce trafic constitue une ressource financière non négligeable pour ces groupes, que ce soit au Moyen Orient, au Sahel, ou encore en Afghanistan.Qui consomme le captagon ? Il est souvent présenté comme la drogue des terroristes.

Leur consommation ne peut être que très marginale par rapport aux quantités produites. Une certaine partie est consommée au Liban, par l’importante partie de la population confrontée à un état de misère économique, sociale et morale. Cela constitue un dopant pour des personnes obligées de cumuler plusieurs activités pour survivre. Mais quelles explications peuvent être avancées pour la consommation dans les divers Etats de la péninsule arabique ? En premier lieu, on peut penser que cette consommation est le fait de la masse des immigrés employées comme travailleurs dans les divers grands chantiers de construction, qui suscitent des reportages admiratifs des médias européens. Mais il est tout aussi vraisemblable que cette consommation soit aussi le fait des autochtones.

A première vue, il semble inutile de rechercher une analyse officielle de cette toxicomanie en raison du déni de la possibilité de consommer de telles substances à commencer par celle de boissons alcoolisées. Seules les réponses policières, en l’occurrence les annonces de saisies faites à diverses étapes du trafic sont mises en avant comme cela se fait dans la plupart des Etats du monde et cela sans plus d’efficacité. Leur seul intérêt est de révéler l’importance de ce trafic puisqu’il est couramment admis, selon des sources policières, que le volume des saisies est de de l’ordre 10 à 15% du total. Il faut donc admettre une importante consommation locale méconnue.

Ainsi, malgré les « interdits religieux » ces pays font face à une montée des addictions qui touchent non seulement des populations dont les conditions de vie ne laissent peu d’espoir de progrès, mais d’autres dont on peut penser qu’elles ont davantage de possibilités de choix de vie. Quoiqu’il en soit, la montée rapide de cette addiction dans la péninsule arabique constitue un cas d’école. Une fois de plus, l’ampleur de cette consommation de substances addictives montre que les actions policières ou les accommodements législatifs n’apportent pas de réponses suffisantes.

Cela pose la question fondamentale du pourquoi ? Ce qui amène à s’interroger sur failles de nos sociétés, de nos modes de vie, de leur transposition très rapide dans d’autres pays. D’un point de vue historique, pourquoi l’usage précédemment ritualisé puis socialisé de diverses substances psychotropes, tel qu’il a pu être relevé dans quasiment toutes les populations du monde est-il devenu commun, débridé, en dehors de toutes règles et rites.  Tant qu’une telle analyse n’aura trouvé sa réponse, le reste ne sera que cris et lamentations.Pr. Jean Féger­­­­
­­­­­­­­­Évolution de l’usage du cannabis et d’autres drogues hallucinogènes aux États-Unis Voilà ce qui nous attend­­­­­
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Dans une communication récente, l’officiel et très sérieux National Institute of Drug of Abuse américain (NIDA) tire la sonnette d’alarme1. Son alerte concerne la progression constante de l’usage du cannabis, mais aussi de toutes les autres drogues hallucinogènes. Ainsi chez les jeunes adultes, de 19 à 30 ans, le NIDA relève des niveaux d’usage les plus élevés jamais enregistrés depuis 1988 (début des statistiques), qu’il s’agisse de cannabis, d’autres drogues hallucinogènes ou du vapotage de cannabis. Ainsi, par exemple, 43% de cette tranche d’âge a consommé du cannabis en 2021.

Cumul de la consommation de cannabis dans le mois et quotidienne (soit au moins à 20 reprises au cours des 30 derniers jours) :17% en 2011 ; 21% en 2016 ; 29% en 2021­Consommation quotidienne de cannabis :6% en 2011 ; 8% en 2016 ;11% en 2021Vapotage de cannabis au cours du mois :6% en 2017 ; 12% en 2021 ;Usage d’autres hallucinogènes au cours de l’année :3% en 2011 ; 5% en 2016 ; 8% en 2021.Le vent de légalisation du cannabis qui souffle outre-Atlantique n’est certainement pas étranger à cette flambée de la consommation de toutes les drogues hallucinogènes. Le même phénomène touche également les 35-50 ans pour lesquels la plus forte prévalence d’usage de cannabis jamais enregistrée est constatée (16% d’usage au cours du mois en 2021).

Voilà ce qui nous attend ! Ce message devrait alerter nos autorités, les élus et responsables politiques, ainsi que les partisans de la légalisation du cannabis, puis de toutes les drogues.1- Study Finds Historic Levels of Marijuana, Hallucinogen Use Among Young Adults JAMA, 6-09-2022.Lien: JAMA Health Forum. 2022;3(9): e223737.doi:10.1001/jamahealthforum.2022.3737Pr. Jean-Pierre Goullé­­­­
­­­­­­­­­ Encore un des méfaits potentiels très grave du cannabis passé sous silence :Sa responsabilité dans le développement de la leucémie lymphoblastique aigüe chez l’enfant.­­­­­
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Cette leucémie est l’un des plus fréquents cancers pédiatriques. Sa fréquence s’accroit dans de nombreuses nations. Aux USA, entre 1975 et 2016, sa fréquence s’est accrue de 93,5%, doublant presque, en passant de 1,9 à 3,7 cas pour 100.000 habitants. Cet accroissement s’observe davantage chez les américains de type Caucasien que parmi les autres ethnies. L’usage de cannabis pendant la gestation en constitue une cause avérée. ­L’étude montre que l’exposition à l’alcool, à la cocaïne et au cannabis, seuls ou associés, et en lien avec les doses consommées peut être en cause, mais que c’est le cannabis qui est le plus impliqué.

Les tétrahydrocannabinol, cannabigérol, cannabinol, cannabichromène et cannabidiol contribuent aux différences inter ethniques constatées. Ces effets sont exacerbés par la légalisation du cannabis aux USA.En 2017, 161.000 américaines enceintes consommaient du cannabis. En Californie 24% de jeunes californiennes enceintes ont été récemment testées positives au cannabis.Reece AS et Hulse GK. Cannabinoid exposure as a major driver of pediatric acute lymphoid leukemia rates across the USA: combined geospatial, multiple imputation and causal inference study. BMC Cancer 2021, 21 :1984, 1-33. ­­­­
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