La « Manip » du cannabis thérapeutique

Avant que la submersion médiatique à l’œuvre subvertisse tous les esprits désinformés, les amenant à requérir l’avènement du 

« cannabis thérapeutique »,

le président du CNPERT  exprime ici des arguments dissonants.

 

Professeur Jean Costentin, Président du CNPERT

(Centre national de prévention, d’études, et de recherches sur les toxicomanies)

 Ces arguments prennent la forme de trois réponses :

  1. l’une au député,
  2. l’autre au médecin,
  3. la dernière au neurologue,Véran, figure de proue à l’Assemblée nationale,          du forcing visant à habiller le cannabis en médicament.

I- Adresse au député de LaReM,

Monsieur le Député,

Vous ne pouvez ignorer que, s’agissant du cannabis, vous participez activement à la confusion, entretenue à dessein, entre drogue et médicament, qui vise à la légalisation de cette drogue ; cela sur l’air «c’est bon pour tout» dans un premier couplet, qui deviendra bientôt, « c’est bon pour tous».

Notre crédulité s’est épuisée au cours des trois dernières décennies, à démonter sans cesse des manipulations de l’opinion au service du pitoyable dessein de la légalisation du cannabis. Rappelons que tous les Etats qui ont légalisé cette drogue, l’ont préalablement (telle une figure obligée) fait adouber comme « médicament ».

Pour habiller une substance, ou l’ensemble des substances présentes dans une plante, en médicament a t’on jamais mis en œuvre une telle procédure exceptionnelle afin de constituer un dossier en vue d’obtenir l’autorisation de mise sur le marché d’un nouveau médicament ?

C’est pourtant ce qui se passe avec la création d’un comité scientifique spécialisé temporaire (CSST) présidé par un psychiatre (converti à la pharmacologie) qui utilise l’expression « cannabis thérapeutique » comme un fait acquis, alors que ce devait être justement l’objet de ce comité de le déterminer.

A t’on déjà vu un tel battage médiatique épauler l’expérimentation d’un nouveau médicament potentiel ?

A t’on jamais fixé, avant d’en connaître les résultats, la durée d’une expérimentation ?

A t’on convié dans les auditions pratiquées devant cette commission, les experts connus pour avoir des avis dissonants ? (tel un membre de la commission « addiction » et un autre de la commission pharmacologie de l’académie nationale de Médecine, ainsi qu’un membre de la commission « substances vénéneuses et dopants » de l’académie nationale de Pharmacie) ?

A t’on donné à l’expert toxicologue entendu (le professeur J.-C. Alvarez), qui s’inscrivait en faux contre cette vraie mauvaise idée, le temps de s’en expliquer ?

A toutes ces questions on doit répondre par la négative ; ce qui « plombe » a priori les conclusions subodorées depuis la mise en place de cette commission, émanant de ce simulacre de jugement publique, en rupture complète avec la discrétion et le sérieux seyant autrefois aux travaux de l’agence française de sécurité du médicament (A.N.S.M.). C’était avant que la précédente ministre de la Santé, madame M. Touraine, ait changé la composition de la commission ad hoc ; substituant à des experts « capés », des membres ayant, pour nombre d’entre eux, une notoriété scientifique modeste et, de ce fait, faciles à influencer et prompts à lui recommander d’accorder l’autorisation de mise sur le marché du Sativex® (association de THC au CBD).

Rappelons à monsieur le Député que ce Sativex®, qui a obtenu il y a cinq ans, dans l’urgence et les conditions précitées, l’autorisation de mise sur le marché (AMM), s’accompagnait déjà d’une intense campagne médiatique. Les médias le présentaient comme « irremplaçable », « incontournable », déplorant que, « scandaleusement », les victimes de sclérose en plaques en aient été si longtemps privées. Et bien aujourd’hui ce « médicament » n’est toujours pas dispensé dans les pharmacies Françaises, en raison du prix demandé (350 €) par le laboratoire Espagnol Almirall et du faible niveau de remboursement retenu par la sécurité sociale (15%), en raison d’un « service médical rendu » jugé «insignifiant» (niveau 5), par la commission de transparence de l’agence française de sécurité du médicament (A.N.S.M.).

Indiquons aussi à monsieur le Député que si ce THC a un caractère indispensable, il est disponible dans les hôpitaux en France, avec le statut d’autorisation temporaire d’utilisation (ATU). Les prescriptions dûment argumentées par leurs auteurs ne dépassent pourtant pas quelques centaines chaque année.

Prenant connaissance de la diversité et de l’importance des effets secondaires de ces cannabinoïdes, qui pour certains sont, en intensité et en fréquence, manifestement adverses, on frémit à l’idée qu’en connaissance de cause on veuille obstinément les naturaliser en  médicaments. Ceci survient à une période où sont mis en accusation des médicaments qui, lors de leur mise sur le marché, semblaient irréprochables mais dont l’utilisation par un grand nombre de patients, a fait apparaître des effets franchement délétères.

Dans la contradiction qui vous oppose à un ancien Président de l’Académie nationale de pharmacie (F. Chast) sur ce sujet, vous évoquez, je vous cite : « La thérapeutique ne vise évidemment pas à créer des addictions, il y aura bien évidemment des surveillances ». Que la thérapeutique ne vise pas à cela, c’est heureux, mais qu’elle en crée, c’est en l’occurrence très vraisemblable. Quant aux surveillances annoncées, si elles sont du même niveau et de la même efficacité que celles qui, depuis près de 20 ans, concernent le Subutex® (produit de substitution à l’héroïne), objet d’un énorme scandale sanitaire qui ne semble pas émouvoir la représentation nationale, nous voilà très peu rassurés.

Lors de l’ouverture en Californie de dispensaires délivrant du cannabis à partir d’ordonnances médicales, il s’est trouvé de nombreux médecins pour le prescrire à la polycopieuse. Notre monde médical français n’est pas exempt d’idéologues ni de démagogues ; aussi n’est-on pas à l’abri de semblables dérapages, qui renvoient à ceux du Subutex®. N’oublions pas que les praticiens qui se sont saisi des « manettes » de l’addictologie, prônent ouvertement la légalisation du cannabis ainsi que, d’ailleurs, celle de toutes les drogues.

Ce n’est pas impunément, monsieur le Député, que l’on outrepasse, pour des raisons idéologiques et/ou démagogiques, les bonnes pratiques patiemment accumulées au service de la qualification de molécules en médicaments.

Si vous voulez laisser de votre passage à l’Assemblée nationale le souvenir, dans l’opinion publique et peut être dans l’histoire (si les accidents redoutés sont au niveau de nos craintes), de votre dévouement au service de l’intoxication de nos concitoyens, libre à vous, mais comptez sur nous, sur le Centre national de prévention, d’études et de recherches sur les toxicomanies (CNPERT), pour que votre attitude ne puisse bénéficier du statut de « responsable mais pas coupable ». Vous disposez, comme nous, d’assez d’éléments pour être convaincu que le rapport des bénéfices escomptés pour le patient, relativement aux risques auxquels il serait exposé penchent beaucoup trop vers ces derniers.

Gouverner, c’est prévoir, et si le principe de précaution a une pertinence c’est bien en souscrivant à l’un des principes fondamentaux de la médecine : « primum non nocere » (d’abord ne pas nuire).

II- Adresse au médecin

Cher Confrère

Ayant contesté précédemment votre initiative parlementaire, d’habiller le cannabis en médicament,  c’est maintenant au médecin que vous êtes aussi, que s’adresse l’exposé des données pharmaco-thérapeutiques qui auraient dues inspirer vos réflexions ; données qui s’inscrivent contre l’usage, comme médicament, du cannabis ou de son tétrahydrocannabinol / THC.

Le décret paru au J.O. qui «autorisait l’usage du cannabis et de ses dérivés », fut rédigé par un administratif ignorant qu’une plante, le cannabis, n’a pas de dérivés. ll voulait vraisemblablement parler de ses constituants, tel le THC ou le cannabidiol/CBD. Mais à ne pas les nommer il validait la centaine de cannabinoïdes présents dans la plante, dont le THC et le CBD sont les moins méconnus…

Exit, du moins pour l’instant, les cigarettes médicamenteuses et leurs méfaits pour l’appareil respiratoire ; la forme fumée du cannabis est exclue ; mais jusqu’à quand, puisque « ça se pratique ailleurs ».

La toxicité physique du THC comporte : tachycardie, vasodilatation ; déclenchement d’infarctus du myocarde, artérites des membres inférieurs ; accidents vasculaires cérébraux ; diminution de l’immunité et de la résistance aux infections.

Le THC perturbe la croissance ; réduit la sécrétion testiculaire de l’hormone mâle (testostérone) ; diminue la libido et la fertilité ; induit des cancers du testicule (« germinome non séminome »).

Le cannabis perturbe la grossesse ; abrège sa durée avec des bébés plus hypotrophes que le ferait la seule prématurité ; accroît le risque de mort subite inexpliquée ; retarde le développement psychomoteur ; favorise l’hyperactivité avec déficit de l’attention.

Les individus qui exposent leurs gamètes (spermatozoïdes, ovules) au THC, infligent à leur progéniture, par un mécanisme épigénétique, une diminution des récepteurs dopaminergiques D2 impliqués  dans la perception du plaisir. Pour pallier ce déficit, l’adolescent recourra à des drogues, afin d’intensifier la libération de dopamine à proximité des récepteurs raréfiés (propension aux toxicomanies analysée par Hurd et coll.).

Les méfaits cérébraux du THC sont nombreux et graves :

Addictif, il piège 20% de ceux qui l’ont expérimenté (1.400.000 usagers réguliers ; 900.000 usagers quotidiens, la France championne européenne.

Il persiste dans le cerveau de nombreux jours (« drogue très lente »).

Il perturbe l’éveil, l’attention, la mémoire ; suscitant de graves perturbations cognitives.

Comme l’alcool, il produit une ivresse ; leur rencontre multiplie par 14 le risque d’accidents mortels de la route.

Il induit délires et hallucinations, comme ceux observés dans la schizophrénie ; Il peut déclencher une psychose cannabique; Il peut décompenser une vulnérabilité à la schizophrénie ;  affection grave dont on ne  guérit pas.

Anxiolytique, il incite l’anxieux à en user puis à en abuser ; une tolérance se développant alors fait réapparaître une anxiété plus intense qu’auparavant.

Perçu comme anti dépresseur,  le déprimé en use, puis en abuse ; l’effet disparaissant fait réapparaitre une dépression intense, avec son risque suicidaire.

Ses effets s’atténuant le cannabinophile y ajoute d’autres drogues (poly toxicomanie).

Les effets pharmacologiques potentiels sont multiples, ses récepteurs cérébraux   étant nombreux et présents dans toutes les structures cérébrales :

Ebriété, sédation, anxiolyse, analgésie, myorelaxation, amnésie, élévation du seuil épileptogène, augmentation de l’appétit ; diminutions des vomissements, induction de troubles de l’équilibre et de la coordination motrice, analgésie…

La thérapeutique répugne aux « soupes végétales » associant en proportions non définies des principes actifs variés dont les effets peuvent s’épauler ou se contredire.

Un médicament doit développer un effet principal, éventuellement un ou deux effets latéraux qu’on peut parfois utiliser, mais pas plus. Avec le THC on redécouvre la thériaque d’Andromède, médecin de Néron). Sollicitant une analgésie, on déplorera les autres effets servis « en prime » : ivresse, appétit accru, sédation, troubles de la coordination motrice, délires, hallucinations…, et, surtout, la dépendance qui rend son utilisation indispensable pour échapper aux troubles de sa privation.

Les effets thérapeutiques potentiels sont d’une intensité assez modeste, alors qu’on dispose, pour chacun des effets développés par le THC, d’authentiques médicaments, plus efficaces, avec une bonne spécificité d’action. Ainsi, pour contrer les vomissements des chimiothérapies, les sétrons sont des molécules beaucoup plus efficaces que le THC.

L’accès à la dignité de médicament s’acquiert à partir du rapport bénéfices/risques ; Les bénéfices que le patient pourra en retirer doivent l’emporter sur les risques qu’il encourra à l’utiliser. Ce rapport est spécialement mauvais pour le THC.

Le devenir du THC dans l’organisme est une autre préoccupation. Son exceptionnelle lipophilie le laisse persister des semaines dans les tissus riches en lipides (cerveau en particulier), d’où une durée d’action longue et imprévisible. Il interagit avec différents médicaments, par un système impliqué dans leur excrétion, la glycoprotéine P (GpP).

On peut affirmer que le cannabis, comme son constituant psychotrope essentiel, le THC, ne satisfont pas aux critères requis pour être acceptés comme médicaments, dans les indications proposées ou anticipées.

Chercheur pharmacologue, je ne puis évidemment exclure que parmi les dizaines de cannabinoïdes que recèle le chanvre indien l’un ou plusieurs d’entre eux soient dotés  d’intéressantes propriétés pharmacologiques, sans effets adverses manifestes. Le CBD, rapidement réputé « non psychotrope », pourrait être un candidat sérieux, mais cette assertion est prématurée.

Il n’est besoin ni de ce tapage, ni que s’en mêle la représentation nationale pour initier des études pharmaco-toxicologiques. Certains Etats « étant en pointe » sur des utilisations cliniques, prenons le temps d’analyser leurs données. Il importe de ne pas s’emballer, ni d’aborder sous un angle démagogique et/ou idéologique ce qui touche à la santé de nos concitoyens.

Un médecin s’impliquant dans les aspects législatifs d’un médicament, doit manifester une prudence redoublée. Il ne lui sera pas pardonné, encore moins qu’à quiconque, de s’être mépris sur ce sujet aux conséquences sanitaires majeures.

III-Adresse au neurologue

 L’intérêt du cannabis dans la sclérose en plaques reste à démontrer, mais il a déjà beaucoup de plomb dans l’aile

 Cher Confrère, spécialiste en Neurologie

Je focaliserais mon propos sur une pathologie familière de votre spécialité, la sclérose en plaques (SEP).

Un jugement aussi superficiel que rapide pourrait conduire à l’émerveillement : le principe actif majeur du cannabis, le tétrahydrocannabinol / THC, serait susceptible d’agir sur trois éléments de la SEP :

– par son effet immunodépresseur, il pourrait diminuer l’agressivité du processus auto-immun, par lequel l’organisme fabrique des anticorps dirigés contre la gaine de myéline des nerfs (équivalent de la gaine d’un fil électrique entourant le métal conducteur). Les anticorps anti -myéline la font disparaître, par plaques, troublant le passage rapide des potentiels électriques (électrons) qui parcourent les neurones, en sautant d’un rétrécissement de cette gaine de myéline (nœuds de Ranvier), au rétrécissement suivant, selon un mécanisme décrit comme la « conduction saltatoire » ;

– par son effet myorelaxant, il réduirait les spasmes et autres contractures que l’affection peut susciter ;

– par son effet analgésique, il diminuerait l’intensité des douleurs suscitées par les contractures précitées.

Ainsi présenté on serait tenté de conclure à une heureuse conjonction d’effets, justifiant le recours au THC dans la SEP, d’autant que certains patients qui en ont « bénéficié » ne tarissent pas d’éloges à son égard.

Rappelons que le THC est une drogue, un agent toxicomanogène. Aussi, ceux qui en ont usé pendant un certain temps vont souvent en abuser ; au point d’en devenir dépendants et de ne plus supporter d’en être privés. Cela peut expliquer leur enthousiasme et l’apologie de ses bienfaits que, plus objectivement, la plupart des praticiens ne constatent pas.

Si les trois effets précités peuvent se vérifier à un certain degré, ils sont néanmoins d’une intensité modeste, inférieure voire au mieux égale à celle des médicaments de référence utilisés dans cette affection.

Les effets immunodépresseurs ou immunomodulateurs des sérums anti lymphocytaires d’antan, de l’azathioprine / Imurel®, du méthotrexate, du glatiramère / Copaxone®, de la mitoxantrone / Elsep®, du chloraminophène / Chlorambucil®, des doses élevées de glucocorticoïdes, de l’interféron bêta, l’emportent de loin sur celui du THC.

L’effet myorelaxant, antispastique, du THC est faible comparé à celui du tétrazépam / Myolastan®, (retiré du marché en raison d’accidents cutanés rares mais parfois graves) ; ou comparé à celui du baclofène / Liorésal® ou du dantrolène / Dantrium®.

Quant à l’effet antalgique du THC, il se situe entre celui du paracétamol et celui de l’aspirine ; bien en deçà de la codéine ou du tramadol (ces deux derniers étant addictifs comme lui).

Ce qui caractérise un médicament, par rapport à un toxique (poison) c’est son rapport bénéfices / risques ; quels bénéfices peuvent être espérés pour le patient et quels risques seront encourus. Avec le THC, comme on vient de le dire, les bénéfices sont modestes, alors que les risques, comme nous allons le voir, sont nombreux et parfois graves.

Les méfaits du THC sont multiples, à la mesure du grand nombre et du caractère diffus des deux cibles principales de son action, les récepteurs CB1 (au niveau cérébral) et CB2 (au niveau du corps). Ces récepteurs, auquel le THC se fixe réversiblement pour agir, sont portés par la membrane des cellules. Ils constituent des sortes de guichets, auxquels le THC vient s’adresser pour communiquer des ordres ou du moins des informations aux cellules qui les portent. Dans le cerveau, parmi tous les types connus de récepteurs (au nombre de plus de trois cents), qui sont à l’écoute d’une centaine de neuromédiateurs et / ou de neuromodulateurs impliqués dans les dialogues intercellulaires, les récepteurs CB1 sont les plus nombreux. Ils sont présents dans presque toutes les structures cérébrales, quoique certaines (cervelet, striatum, hippocampe…) en comportent beaucoup plus que d’autres. C’est pour cette raison que le THC suscite simultanément un très grand nombre d’effets. Ce seul constat l’invalide en tant que médicament. C’en est fini, depuis longtemps, des thériaques, panacées et autres « sirops Typhon ». A un médicament doit correspondre un effet majeur ; on pourra tolérer, à la rigueur, quelques effets latéraux, mais point trop n’en faut.

Des multiples effets indésirables suscités par le THC, nous mettrons en exergue quelques uns d’entre eux.

-Le THC induit une ivresse, une ébriété, incompatible avec la conduite des engins à moteur. Les victimes de SEP, s’ils peuvent les conduire, leur sont très attachés, car ils sont un élément d’autonomie. L’ivresse est également incompatible avec l’exercice d’un certain nombre de professions, auxquelles les patients essaient de se consacrer le plus longtemps possible.

-Il induit des troubles de l’équilibre et de la coordination motrice, qui ressemble au syndrome cérébelleux, expression fréquente de la SEP, ce qui est particulièrement malencontreux chez ceux dont la pathologie expose déjà à ces troubles.

-Il affecte la mémoire à court terme / la mémoire de travail / la mémoire opérationnelle ; ce qui perturbe l’action, sa programmation, sa réalisation ; ce qui empêche également de forger une mémoire à long terme. Quand son corps le trahit, le patient victime de SEP est tenté de demander davantage à son esprit, à son intellect, ce que le THC lui refuse.

-Le THC peut susciter des délires (état de rêve éveillé, pensée coupée du réel) ainsi que des hallucinations (perceptions erronées, fallacieuses).

-Il ouvre l’appétit (orexigène), or cet accroissement de la consommation de nutriments, coïncide avec une diminution de la dépense énergétique (en raison des effets sédatifs du THC mais aussi d’une limitation de l’exercice chez un patient présentant un handicap moteur). La conséquence en sera une prise de poids, parfois importante. Outre qu’elle pourra altérer l’esthétique du patient, elle rendra sa mobilisation plus difficile, tant pour lui que pour ceux qui l’assistent.

-Dans la SEP, alors que le patient a spécialement besoin d’un psychisme équilibré pour affronter le handicap qui lui est infligé, l’effet stupéfiant, onirogène, l’effet « planète » du cannabis, l’amènent dans un état d’ivresse, apragmatique, avec des rires bêtes, immotivés, des troubles de l’élocution, avec la recherche du mot, le passage du coq à l’âne, avec une  distorsion de la personnalité, une perte de l’estime de soi, un renoncement, une négligence, un retrait social….

– Le THC, en réduisant la sécrétion testiculaire de l’hormone mâle, la testostérone, diminue la libido, ce qui aggrave les troubles de la sexualité, fréquents dans cette affection (qui disjoint de nombreux couples).

– Des données récentes (concernant il est vrai le cannabis fumé et non le seul THC), montrent sa toxicité cardio-vasculaire, avec des artérites, le déclenchement d’infarctus du myocarde, la survenue d’accidents vasculaires cérébraux…

Mal à l’aise pour commercialiser le seul T.H.C. comme médicament, un laboratoire pharmaceutique l’a associé au cannabidiol / CBD. Il est prêté à cet autre composant du chanvre indien, dont le mécanisme d’action est peu connu, de potentialiser les effets recherchés du THC et de prévenir ses effets les plus délétères (vrai miracle de la phytothérapie). En l’état des données disponibles, ce Sativex®, qui s’administre en spray nasal, apparaît au pharmacologue rédacteur de ce texte, comme un « bricolage », loin des démarches rigoureuses qui doivent présider au développement de vrais et nouveaux médicaments. La commission de transparence de l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) ne s’y est pas laissée prendre, en estimant son prix exorbitant (350 €), et le service médical rendu insignifiant (niveau 5) ; de son côté la sécurité sociale ne propose qu’un taux de remboursement de 15%. Ces appréciations conduisent au fait que 5 ans après avoir obtenu de la ministre M. Touraine l’autorisation de mise sur le marché, ce médicament n’est toujours pas disponible dans les pharmacies françaises.

Ce cannabidiol (CBD) a été sorti des limbes, quand il est apparu difficilement acceptable de commercialiser le THC. Comment recycler toutes les serres que certains avaient bâties dans l’attente de la légalisation du THC ? Il suffisait génialement de mettre en exergue un autre constituant du cannabis, le CBD ; de lui décrire des propriétés exceptionnelles, et d’insister (pour le démarquer du THC) sur le fait qu’il était dénué d’effets psychotropes. Il a fallu néanmoins lui décrire des effets anxiolytiques, sédatifs, antiépileptiques dans des épilepsies graves du nourrisson (syndromes de Dravets, de Lennox-Gastaut), anti-inflammatoires, antidépresseurs, et même anticancéreux…

Le THC est une drogue, un agent toxicomanogène, Son utilisation répétitive aboutit non seulement à l’adopter mais aussi à éprouver le besoin tyrannique de le consommer pour échapper aux troubles induits par sa privation. Son pouvoir d’accrochage est intense. Il suffit, pour s’en convaincre, de constater qu’en dépit de son caractère illicite le cannabis recrute déjà dans notre pays 1.500.000 usagers réguliers qui, ainsi, en usent régulièrement en raison de leur incapacité à s’en passer, avec parmi eux 900.000 (chiffre le plus récent de  l’Observatoire français des drogues et toxicomanies-OFDT) d’usagers quotidiens et même multi quotidiens.

Après avoir produit dans les premières semaines de son usage des effets anxiolytiques et même de type antidépresseur, qui contribuent à l’appétence qu’il suscite, ces effets s’amenuisent au fil du temps, au point que l’anxiété deviendra plus vive qu’elle n’était primitivement et que l’humeur pourra devenir franchement dépressive, voire suicidaire ; dans le contexte de la SEP ces troubles sont particulièrement malencontreux.

On voit ainsi que dans une des principales pathologies où le cannabis / THC a des prétentions thérapeutiques, les bénéfices escomptés sont d’une grande modestie, alors que les risques encourus, curieusement relativisés voire occultés, peuvent être considérables.

Les lobbies prônant la légalisation du cannabis sont à la manœuvre dans de nombreux pays ; ils ont obtenu gain de cause dans plusieurs d’entre eux ; soit par l’autorisation du recours au cannabis à des fins thérapeutiques, soit en obtenant la dépénalisation de l’usage ludique du cannabis, soit même la légalisation de cette drogue (Uruguay). Ce sont trois stades d’une même démarche. En France, quelques addictologues avancent à visage découvert, en se faisant tonitruants dans chacune de ces strates en vue de sa légalisation (et même celle de toutes les drogues) ; on en identifie au sein de l’ANPAA, acronyme d’« Association nationale de prévention en alcoologie et addictologie », cherchez l’erreur !

La santé de nos concitoyens vaut beaucoup plus que ces manœuvres, pétries d’idéologies, que leurs défenseurs ne prennent même plus la peine de dissimuler.

Autoriser comme médicament une drogue, dont on connaît, avant sa commercialisation, les multiples et parfois très graves méfaits, est aberrant. Cette aberration intervient à une période où l’on élimine de la pharmacopée des médicaments qui y avaient droit de cité depuis des dizaines d’années, estimant, avec le recul du temps, que leurs rapports bénéfices/risques sont insuffisants…Logique, cohérence, rigueur, science et épidémiologie déserteraient-elles la santé publique ? Tout porte en l’occurrence à le croire !

Post scriptum : Un article du 22 oct. 2019 : dans  Front. Pharmacol., par Thorten Rudroff, du Département de Neurologie Clinique et Universitaire de Iowa City (U.S.A.) s’intitule : « Cannabis for neuropathic pain in multiple sclerosisHigh expectations, poor data