Le cannabis altère le cerveau des ados

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Le cannabis thérapeutique une fumisterie lucrative pour légaliser une drogue redoutable.

Le docteur A. Coquerel est médecin, compétent en pédiatrie et en neurologie, radioanalyste, professeur de Pharmacologie à la faculté de Médecine de Caen, il a dirigé le laboratoire de l’agence française de lutte contre le dopage (AFLD) ainsi que le laboratoire de Pharmaco-Toxicologie du CHU de Caen.
Il est membre de l’académie nationale de Pharmacie.

 Le débat sur la dépénalisation du cannabis (CNB) est très ancien en France ; il fait actuellement l’objet de pressions croissantes de « leaders d’opinions »  et de nombreux médias qui, après avoir véhiculé l’image fausse d’une non-toxicité, voient dans la vulgarisation de son usage un moyen de recoller avec une jeunesse qui s’y initie très tôt et en consomme de plus en plus régulièrement. Bien entendu, pour abolir les lois répressives qui intègrent le cannabis aux stupéfiants, ils l’ont comparé aux « drogues légales » que sont le tabac et l’alcool. Comme cela n’a pas suffi il leur faut maintenant lui trouver des vertus thérapeutiques ! Ce coup de baguette magique reproduit ce qui s’est fait ces dernières années aux USA et au Canada, dont le libéralisme prône, sans vergogne, l’usage comme médicament d’une plante stupéfiante,  puisque cela rapporte gros !

La littérature scientifique n’a cessé durant ces 30 dernières années de faire progresser les connaissances sur le CNB et en particulier son interaction avec un système physiologique, celui des endocannabinoïdes. Une multitude d’études lui ont trouvé de nombreuses activités sur le système nerveux central via son composé prédominant, le THC (delta 9-tétra-hydro-cannabinol) : antiémétisant, orexigène, antalgique, anti-spastique. Les grandes compagnies pharmaceutiques ont d’ailleurs dépensé des centaines de millions de dollars dans les années 1990 pour trouver des composés de synthèse qui auraient des propriétés thérapeutiques plus puissantes que le THC sans comporter les nombreux effets indésirables qu’on lui connaît. Cela n’a pas abouti mais il en reste une conséquence négative : de nombreux composés, initialement brevetés, mais désormais dans le domaine public. Leur puissance d’effet est parfois 100 à 500 fois plus élevée que celle du THC avec, en conséquence, une dangerosité majeure. Ces super-cannabinoïdes ont été introduits sur le marché noir depuis une dizaine d’années où ils sont vendus de façon illégale comme  « sels de bains »  ou « parfums d’ambiance», pour tromper les autorités mais pas leurs consommateurs.

Les pays occidentaux sont confrontés à la consommation massive de cannabis par une fraction croissante de leur jeunesse. La France est, à cet égard, la toute première des 28 Etats de l’Union Européenne. Chaque Nation y est allé de sa propre législation – c’est par exemple sa légalisation dans les « coffee shops » aux Pays Bas – Cette course à l’échalote fait que les adolescents ne voient même plus de raison de maintenir une répression quelconque puisque qu’ils en sont déjà dans l’usage régulier lié à une vie festive, devenue prioritaire par rapport à des engagements sociaux à long terme, telles des études longues, le travail en entreprise, activités qui  demandent beaucoup d’énergie, avec « un esprit sain dans un corps sain ».

Dans ce contexte général la France ne veut être en reste ! Et donc depuis près de 30 ans nombre de personnages politiques et de médias « modernes » (« branchés »/« chébrants ») s’échinent à revendiquer qui une dépénalisation, qui une légalisation – la nuance ne porte que sur la possibilité pour l’Etat de tirer des taxes de ce nouveau commerce. Ils assurent que cela tarira le trafic en banlieue, alors qu’on sait qu’il concerne déjà un large panel de différentes drogues : la cocaïne et les nouveaux psychotropes de synthèse (NPS) font déjà partie du paysage du « deal » à grande échelle (6-8 % des jeunes sont initiés à la cocaïne et autant aux NPS). Les enquêtes annuelles de l’OFDT [observatoire français des drogues et toxicomanies] confirment la croissance de leurs usages.

En attendant une éventuelle dépénalisation de tous les stupéfiants les « opinion makers » veulent légaliser le cannabis en lui trouvant des vertus thérapeutiques.

Cela amène une double interrogation :

  • Quels sont les arguments scientifiques qui montrent que le cannabis pourrait être une (bonne) thérapeutique ?
  • Si on observe ou croit entrevoir un rationnel scientifique à l’usage médical du CNB, qui va en faire le commerce ? Pour quelles indications ? Par quel réseau (les pharmaciens d’officine versus des « coffee shops » ?).  Et avec quels éventuels contrôles et/ou évaluations du rapport individuel et collectif des bénéfices-risques ? Rien n’est prévu sauf céder aux sirènes du libre usage…

La France s’enorgueillit de son particularisme et pour cela abrite généralement ses actions collectives sous le couvert d’enquêtes confiées à des organismes publics ou parapublics,  ce qui présente un avantage pour les décideurs politiques. L’avis d’experts dits « indépendants » peut constituer un fusible en cas de conflits (rappelons par exemple l’affaire du Levothyrox®). On charge l’ANSM (agence nationale de sécurité des médicaments et produits de santé) et son réseau de pharmaco-surveillance de faire une enquête limitée et contrôlée par le ministère en charge du dossier pour qu’il rende le rapport attendu par le gouvernement….

Pour le CNB a été créé, sur ordre ministériel, via l’ANSM, un comité scientifique spécialisé temporaire (CSST) ; cette disposition est aberrante s’agissant d’un problème ancien et permanent. En quelques mois seulement ce CSST a fait un tour de table censé interroger les différentes opinions sur le « cannabis thérapeutique ». Les associations « procannabis » ont, bien sûr, pesé lourd ; au contraire les toxicologues et pharmacologues experts du domaine ont à peine été auditionnés et leurs alarmes ont été délibérément ignorées.

La conclusion voulue a été tirée : on peut dès maintenant, et pendant les 2 ans à venir, pratiquer des essais médicaux : pourquoi pas ? Oui, mais, sans se concentrer sur le rapport bénéfice-risque, ni recourir, dans chaque indication explorée, à un comparateur de référence… Sous réserve de quelques pages de lecture et de la promesse (sans contrainte) de signalements d’effets indésirables, tout médecin pourra prescrire du CNB …Quid – Des doses ? – Des formes « pharmaceutiques » ? – Des modalités de la délivrance ? …Cela viendra ! Faisons le pari qu’on sera plus près des « coffee-shops » que des modalités actuelles de délivrance des médicaments stupéfiants… Quant aux autres promesses du type « ce ne sera pas à fumer »,  qui pourra s’en assurer ? Que de fausses naïvetés !!! L’important est de montrer au peuple et à son « aile marchante » qu’on s’occupe bien de l’affaire….

Pour ce qui est des « argumentaires scientifiques » pro-CNB on est abasourdi par les contrevérités exprimées en France, comme ailleurs. Via la caisse de résonnance médiatique ces mensonges éhontés deviennent paroles d’évangile. Ainsi est prêté au cannabis des vertus analgésiques : depuis plus de 15 ans (cf. rapport de l’Académie de médecine) cette analgésie vaut 2 comprimés de codéine (soit 3 mg d’équivalent morphine… donc très peu de chose) ; le THC a des propriétés anti-nausées et orexigène, il serait donc souverain pour les chimiothérapies … Aucune étude n’a encore prouvé une simple supériorité relativement au bon vieux métoclopramide (Primpéran®) et rien relativement aux récents antagonistes de la substance P…

Dans une comparaison aux sétrons (famille d’antagoniste des récepteurs 5HT3 de la sérotonine), qui ont nettement améliorés la tolérance digestive des chimiothérapies, une publication paraît favorable au CNB. On découvre en l’analysant que l’on ne savait pas si les patients étaient ou non antérieurement consommateurs de cannabis (imaginez qu’on ait testé l’alcool chez des alcooliques !), de même ces publications restent très floues sur les équivalents posologiques administrés aux patients (quelle dose de THC par prise ? quelle concentration sanguine de THC lors du pic d’efficacité ?). Pire encore, elles n’étudient pas les effets indésirables ! La drogue mettant les patients dans un état second on a la garantie qu’ils ne se souviendront pas s’ils étaient nauséeux ! Cela peut relever alors de la « soumission chimique » (que l’on retrouve dans les espaces festifs, bien sûr !)

Avec le CNB « thérapeutique » survient une grande nouveauté écologique, on ignore toutes les étapes médico-légales auxquelles doit satisfaire tout médicament et on fait la promotion pour un extraits de plantes, sans préciser la nature ni la concentration du ou des principes actifs, ni les conséquences de cette administration en terme d’effet maximal, de durée d’effet et de risque d’effets indésirables liés à la dose. Bien entendu on ignore sciemment la sévérité potentielle et la durée de ceux-ci. Qui ira dès lors enquêter sur la survenue tardive d’une schizophrénie (la plus grave des maladies psychiatriques) si on se contente de recueillir l’impression immédiate du consommateur ?

Gardons-nous de médire : de grands médias, subvertis par des lobbies pro-CNB (dont des représentants des cultivateurs de chanvre ordinaire) assurent que « près de 300 000 patients sont abandonnés sans traitement » alors que le cannabis les soulagerait. Pourtant 3 produits (le THC, le CBD [cannabidiol, isomère du THC] et leur association) sont autorisés sous conditions / avec quelques restrictions, comme médicaments : ils peuvent être prescrits par tout médecin sous le statut d’autorisation temporaire d’utilisation (ATU) individuelle (i.e. prescription non limitée mais engageant le médecin et son patient qui sont officiellement demandeurs). L’ensemble de ces ATU concerne moins de quelques centaines de cas par an !

Reste qu’un libre usage récréatif, pour tout pseudo-symptôme, voire n’importe quoi –  jusqu’au « malaise social » – pourrait effectivement concerner 300 000 français (on compte déjà près d’un million de fumeurs quotidiens !). En revanche au cours de l’usage et de l’abus  de cannabis leur malaise social ne pourra que s’accroître.

Il s’agit donc d’un schisme avec les tenants d’une « auto-thérapeutique » dérégulée et libre (accès au CNB de manière non contrôlée) qui rappelle un slogan de mai 68 « jouissons sans entraves » et le médicament validé qui répond à de nombreuses exigences légales et impose une exposition minimale et un suivi à long terme.

Cette contradiction, au plan scientifique, est également rédhibitoire : quel est l’intérêt  d’utiliser des extraits de plantes à la composition incertaine alors qu’un traitement médical se fait à la posologie optimisée d’un principe actif connu et de grande pureté ?

Avec quels arguments est-on arrivé à faire croire au citoyen non spécialiste que le cannabis est un produit utile voire bon pour la santé !

  • Les plantes c’est « écolo » : on va se traiter (traduire se « shooter » !), c’est « naturel » donc ça ne peut pas être nocif !

Rappelons que la nature peut être cruelle : ainsi l’alcool, la digitale, nombre de champignons, les extraits de coca et bien d’autres produits « naturels » qui ont des activités biologiques – certains sont à l’origine de vrais médicaments – , ils deviennent néanmoins des poisons quand on ne respecte pas la bonne indication, quand l’administration est incontrôlée (dose, fréquence et durée d’administration, adaptation posologique, association), ou quand on  ne se préoccupe pas des modalités de cessation du traitement. Les études systématiques des « défauts » de ces médicaments issus de produits naturels – telle la morphine (extraite de l’opium, et l’opium issu du pavot) – sont périodiquement réévalués, au point que la morphine, si elle reste un médicament indispensable pour les douleurs majeures, est classée « stupéfiant » afin d’en limiter la dangerosité, car sa toxicité est avérée tant sur le court terme (surdose avec son risque d’apnée mortelle) que sur les moyens et long termes (la dépendance/ l’addiction, l’altération des fonctions cognitives et diverses incapacités sociales …dont celle de conduire des véhicules ou de contrôler des machines).

Toutes ces précautions sont passées à la trappe par les pro-CNB, parce qu’ils les ignorent, ou pire parce qu’ils les méprisent, car elles s’opposent à leur but : le libre accès au CNB.

Les conséquences délétères de l’usage du CNB sont bien connues des membres du CNPERT, grâce  aux excellentes revues et analyses faites par les professeurs Costentin et Goullé. L’Académie nationale de Pharmacie a fait un excellent communiqué de presse le 18 juin 2019 (*) exprimant que le CNB thérapeutique était une appellation fausse et trompeuse en rappelant brièvement les principaux risques auxquels son usage expose. Les commentaires furent peu nombreux….Ignorer la Science est leur meilleure défense possible pour clore rapidement le débat ! Il n’y a pas plus sourds que ceux qui ne veulent pas entendre.

Le mutisme de nombre de grands médias sur ces éléments est scandaleux ; seul un RIC (référendum d’initiative citoyenne) permettrait d’instaurer un véritable débat, à armes égales (avec un temps d’antenne identique pour que s’expriment les opinions opposées). Ce serait plus intéressant que de savoir qui doit gérer les aéroports de Paris, car les familles, parents, adolescents, éducateurs et professions de santé sont tous concernés par l’accès aux drogues et leur usage. Ce RIC permettrait de leur faire enfin connaître les données objectives qui leur sont délibérément cachées, en un temps où la liberté de la presse pourrait devenir dictature de certains journalistes, où l’on ignore délibérément les données de la Science et les exigences modernes de la sécurité sanitaire.

C’est dans ce contexte que les agences créées et financées – à prix d’or – par l’Etat devraient donner l’exemple, ce qu’elles ne font pas. Leur défaillance est telle qu’elles entretiennent l’ambiguïté.

Une seule explication apparaît à l’origine de ce manque de courage, qui laisse proliférer des contre-vérités notoires : la démagogie !

Tentons aussi d’analyser les raisons d’un néo-libéralisme pour l’usage du CNB :

-Une longue succession de mensonges : en mai 68 fleurissait le slogan: « il est interdit d’interdire » ; sa persistance a permis de nourrir les barbaries et la décadence qui nous cancérisent aujourd’hui. Il y a plus d’un demi-siècle, Claude Olievenstein, un addictologue historique, déclarait « il n’y a pas de drogué heureux ». Qu’en sera-t-il quand toute la société aura un libre accès au CNB, porte d’entrée dans l’usage d’autres drogues ?

Lors des années 1980 et du SIDA, contre lequel on était totalement démuni, les créateurs du slogan « cannabis thérapeutique » étaient des groupes libertaires Californiens qui  prônaient l’accès au CNB, dans une démarche de soins palliatifs, pour lutter contre la cachexie et les douleurs terminales. Dans l’émission TV de la Chaîne Parlementaire le 04 mai sur l’évolution du statut du cannabis outre atlantique, le film américain de 50 mn montre que la volonté finale des groupes libertaires était le libre accès à toutes les drogues !

-Reste l’argument fallacieux de la « relance économique » grâce à la culture du CNB…. Il a été présenté aux USA et au Canada comme un grand moyen de lutter et contre la criminalité du trafic illicite et contre la désertification industrielle. C’est effrayant ! Certes la commercialisation est très lucrative. Des sollicitations se multiplient pour acheter des actions  dans des « startups » ou dans de grosses entreprises. Les traders annoncent des progressions trimestrielles de la valeur des actions allant jusqu’à 25 %. Qui dit mieux ! L’argent n’a pas d’odeur, reportons nous à un numéro historique de « Forbes » : le placement le plus rémunérateur était la vente d’arme et les films pornographiques. Donc demain légalisons aussi la prostitution et la production de diverses drogues obtenues par culture ou par synthèse chimique. En effet les NPS (nouveaux psychotropes de synthèse) récemment classés stupéfiants sont encore interdits en vente libre mais leur commerce fleurit, en particulier via internet, sans que les autorités politiques mondiales, européennes et nationales ne fassent grand-chose pour s’y opposer (bloquer une carte bancaire ne serait-il pas possible ?) ….. Il est vrai que ces produits permettent de tellement mieux «s’éclater» dans les espaces festifs, les « rave parties » et autres « fêtes de la musique »….

Ainsi donc, le CNB, déguisé de vertus « thérapeutiques » n’est que le CHEVAL DE TROIE d’une demande libertaire d’accès à tout !

Qui se soucie des conséquences ? L’éthique n’est bonne qu’au travers d’une vision canalaire ou militante ! Si les régimes démocratiques se défoncent pour mieux s’effondrer ce sera bien fait !

Enfin, l’argument que la légalisation fera cesser le trafic est une autre contre-vérité avérée : aux USA les Etats qui ont légalisé le CNB l’interdisent toujours (heureusement !) aux adolescents…. qui continuent de s’en procurer sur le marché parallèle. La vulgarisation du CNB au Colorado a entraîné une augmentation du trafic. Il s’en est même trouvé pour argumenter que les très nombreux mésusages des opiacés aux USA (à l’origine de plus de 60 000 morts par an) seraient moindres si les citoyens avaient un libre accès au CNB. Des articles de presse se sont appliqués à corroborer cette assertion mais, patatras, une publication scientifique très récente vient de démonter le contraire ! En renforçant l’argument maintes fois énoncé que le CNB est une porte d’entrée vers les autres drogues.

– De même on a longtemps argué que si les jeunes fumaient du CNB ils ne buvaient pas ! Cette vision attrayante a fait long feu car c’est tout le contraire  que l’on observe : l’usage de l’un incite à l’usage de l’autre et l’absence de CNB nourrit la « défonce » par alcoolisation aigue (binge drinking / biture expresse). Il faudrait aussi s’interroger sur l’origine de l’épidémie d’obésité chez les jeunes : alcool + boissons sucrées + cannabis ? À suivre….

Au total : ménager la paix sociale, « faire du fric » sans se soucier des générations à venir, sont les vrais motifs de ceux qui veulent vendre du CNB, qu’il soit avec ou sans label « thérapeutique » ; ce dernier n’étant qu’un sas pour aboutir à sa libre consommation.

Si l’impuissance publique succombe à ces sirènes, la suite sera douloureuse : le CNB est une drogue abêtissante, aux conséquences psycho-sociales dramatiques (induction, décompensation, entretien et aggravation de la schizophrénie, dépression et suicides, désinsertion scolaire et professionnelle, accidentologie et criminalité, etc..). Il a fallu un siècle pour diminuer très significativement l’alcoolisme dur lié au libre accès de boissons à très haut degré alcoolique ; la consommation de cigarettes commence tout juste à diminuer ; on contient difficilement – et à grand coût – l’usage de l’héroïne et autres opiacés. Tout cela s’effondrera s’il est donné demain un libre accès au cannabis et après-demain à toutes les drogues.

Si le pouvoir politique est tenté de céder à « la rue », manipulée par des médias influents, réclamons un Référendum d’Initiative Citoyenne.

(*) Académie nationale de Pharmacie : Cannabis « thérapeutique » – une appellation abusive et dangereuse. 18 juin 2019.  https://www.acadpharm.org/avis_propositions/communiques.php

 

 

 

Lettre du CNPERT N° 61

Télécharger la lettre en cliquant ici

Au sommaire

  • Un ami, le docteur André FABRE, nous a quitté
  • Que peut-on opposer à la pandémie cannabique par le Professeur Jean Costentin
  • ALCOOL problème majeur de santé publique, cause de 41 000 décès en France
    Pr. G. Dubois et J.-P. Goullé
  • Le vin et Saint Augustin précurseur de l’alcoologie
    Docteur Jean-Pierre Joly
  • Usages d’alcool, de tabac et de cannabis au collège et au lycée :
    l’enquête EnCLASS 2018 par le Pr Jean-Pierre Goullé
  • Consommation de drogues licites et illicites chez l’adolescent : une situation alarmante qui impose une prévention précoce – Les recommandations de l’Académie de médecine par le Pr Jean-Pierre Goullé

Le cannabis avant 25 ans, des risques psychiatriques mal appréciés

JOURNAL INTERNATIONAL DE MÉDECINE – Publié le 28/07/2019

Alors que certains pays ont déjà légalisé l’usage du cannabis et que d’autres proposent de le faire, une revue systématique d’articles de la littérature médicale sur la psychopathologie induite (ou du moins favorisée) par cette drogue dite (à tort) « douce » rappelle opportunément que « les décideurs devraient tenir compte des effets indésirables de l’utilisation du cannabis chez les jeunes. »

Antérieures à mars 2018, les publications retenues sont des études comparatives (cohorte, cas-témoin, transversale) portant, chez des personnes de moins de 25 ans, sur l’incidence de l’exposition au cannabis sur une symptomatologie psychiatrique : troubles psychotiques, troubles dépressifs, ou/et troubles anxieux. Parmi les 23 études analysées, toutes sauf une « constatent que l’utilisation précoce de cannabis est généralement associée à des risques plus élevés de psychose. »

Majoration du risque de psychose mais aussi de dépression et de troubles anxieux

Cette majoration des risques psychiatriques est vérifiée aussi, mais à un degré moins important, pour les problématiques anxieuses ou/et dépressives, puisque 11 études (sur 23, soit près de la moitié) présentent des résultats indiquant « une majoration des symptômes lors d’un contact précoce » avec cette substance. Les auteurs de cette recherche estiment ainsi que, chez les sujets de moins de 25 ans, « l’utilisation plus importante du cannabis est associée avec un plus grand nombre de symptômes psychiatriques, particulièrement chez les personnes ayant une prédisposition ou une vulnérabilité préalable. »

Les conclusions d’une telle étude incitent donc à une grande prudence dans l’actuel débat sur la légalisation du cannabis, d’autant plus qu’il existe d’autres aspects inquiétants, rappelés par le Pr J. Costentin dans son commentaire sur un article récent du JIM (Légalisation du cannabis : la grande offensive) : « Ascenseur vers d’autres drogues », le cannabis peut « soit induire de novo, soit décompenser une schizophrénie, soit l’aggraver quand elle est déclarée ; il crée une résistance aux médicaments antipsychotiques… Très grand perturbateur de la cognition, il s’abat sur nos jeunes à l’heure des apprentissages. » À l’image du Dr Folamour jouant allègrement avec le risque nucléaire, le pro-légalisateur apprécie mal les risques sanitaires et sociologiques qu’il prend…

Dr Alain Cohen

RÉFÉRENCE

Hosseini S et coll.: The effect of age of initiation of cannabis use on psychosis, depression, and anxiety among youth under 25 Years. Canadian J Psy; 2019; 64(5): 304–312.

 

Apéros en été : quand l’alcool fait payer une lourde addition à la santé

L’été est une période favorable à la consommation et surtout à la surconsommation d’alcool. Les apéros entre amis, les soirées qui durent, la bière en cas de forte chaleur pour se désaltérer (ce qui ne marche pas !), les occasions sont nombreuses de se relâcher sur sa consommation d’alcool. Mais évidement, une fois la fête fini, il faut payer l’addition. Et l’abus d’alcool se paye très cher question santé.

Sans surprise, d’innombrables études ont permis d’identifier l’alcool comme un facteur de risque important de plusieurs types de cancers, notamment ceux de la cavité buccale, du larynx, de l’œsophage, du côlon, du foie et du sein.  Par exemple, la consommation régulière de 80 grammes d’alcool, ce qui correspond à un peu plus de la moitié d’une bouteille de vin, augmente de 18 fois le risque de cancer de l’œsophage comparativement aux personnes qui ne consomment pas d’alcool.

L’excès d’alcool se transforme en cancer

Cette hausse de risque devient encore plus importante pour les personnes qui fument  elles ont alors 44 fois plus de risques d’être touchées par ce cancer redoutable.

Bien que l’exposition prolongée des cellules à l’éthanol (le type d’alcool qu’on retrouve dans les boissons alcoolisées) puisse provoquer un cancer, il semble que les effets cancérigènes de l’alcool sont surtout causés par sa transformation en acétaldéhyde, une molécule très réactive qui peut provoquer des mutations dans le matériel génétique des cellules (ADN).  Les nombreuses bactéries présentes dans la bouche ainsi que dans le côlon peuvent également oxyder l’éthanol en acétaldéhyde, générant de grandes quantités de cette molécule cancérigène dans la salive ainsi que dans le tube digestif des personnes qui consomment de grandes quantités d’alcool.  Des études ont montré qu’à de telles concentrations, l’acétaldéhyde peut entraîner une trop forte croissance des cellules de la muqueuse tapissant le tube digestif et ainsi provoquer des effets toxiques qui favorisent le processus de carcinogenèse.

Quitte à boire mieux vaut que ce soit du vin rouge

En dépit des effets néfastes associés à la consommation excessive d’alcool, plusieurs études ont clairement démontré que la consommation modérée de boissons alcoolisées peut au contraire être bénéfique pour la santé.  Par exemple, il est maintenant bien connu que les personnes qui boivent modérément (1-2 verres pour les hommes et 1 verre pour les femmes) connaissent une incidence réduite de maladies cardiovasculaires, une des principales causes de mortalité en Occident.

Cet effet protecteur est particulièrement prononcé si cette consommation modérée fait partie d’un mode de vie sain, c’est-à-dire qu’elle est associée à une alimentation riche en fruits et légumes, à une activité physique régulière et à l’absence de tabagisme. Cependant, pour éviter que ces bienfaits soient contrecarrés par une augmentation du risque de cancer, cette consommation d’alcool doit demeurer modérée.

Vin rouge : de la modération ou la catastrophe

Le vin rouge est sans contredit l’alcool qui a le plus d’effets positifs sur la santé. En effet, cette boisson très complexe contient plusieurs milliers de composés chimiques, en particulier une molécule nommée resvératrol, qui exercent de multiples actions positives sur le système cardiovasculaire, entre autres celle de réduire la formation de caillots qui peuvent bloquer les vaisseaux sanguins et ainsi provoquer de graves problèmes cardiaques.

Le resvératrol contenu dans le vin rouge est l’une des seules molécules d’origine nutritionnelle à pouvoir agir simultanément sur plusieurs étapes essentielles à la croissance des cancers, autant en prévenant l’apparition de cellules cancéreuses qu’en empêchant celles déjà présentes d’atteindre un stade mature.  Par exemple, certaines études indiquent que la consommation modérée de vin (de 1 à 7 verres par semaine) réduit significativement les risques de développer certains types de cancers, notamment ceux du poumon, de la prostate et de l’œsophage.

Au-delà de cette quantité, cependant, le risque de ces cancers augmente considérablement, ce qui illustre encore une fois à quel point l’alcool, même dans le cas du vin rouge, est une arme à double tranchant qu’il faut savoir utiliser intelligemment.

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Islande : les chevaux avaient abusé du cannabis

Les vétérinaires pensaient que les équidés étaient atteints d’une maladie neurologique rare. Le problème venait de leur alimentation, selon la presse locale.

Les animaux pouvaient souffrir d'un manque de coordinaion musculaire, de tremblements ou d'un appetit accru. Photo d'illustration.
Les animaux pouvaient souffrir d’un manque de coordinaion musculaire, de tremblements ou d’un appétit accru. Photo d’illustration.

© John Fredricks / NurPhoto

La consommation de cannabis aurait des effets similaires aux troubles d’alcoolisation fœtale

Plusieurs études montrent que les méfaits sur le développement du fœtus de la consommation de cannabis pendant la grossesse sont comparables à ceux provoqués par la consommation d’alcool. 

Alors qu’une étude vient de paraître s’inquiétant de l’augmentation de la consommation quotidienne de cannabis chez les femmes enceintes aux Etats-Unis ces neuf dernières années, de nouvelles recherches mettent en avant les méfaits de la drogue sur le foetus. En effet, au cours de la grossesse, la marijuana, consommée seule ou avec de l’alcool, peut entraîner des handicaps morphologiques et comportementaux similaires à ceux observés chez les enfants souffrant de troubles causés par l’alcoolisation foetale (ETCAF), est-il révélé dans un numéro spécial sur La recherche sur les anomalies congénitales publié mardi 23 juillet par la Société américaine de Tétralogie.  

Des chercheurs de l’Université de Caroline du Nord (Etats-Unis) ont travaillé sur un poisson zèbre sur lesquel ils ont testé les effets d’un composé similaire aux cannabinoïdes. Ils ont ainsi pu montrer que « les phénotypes pathologiques et comportementaux associés à l’ETCAF sont induits par l’exposition à des agonistes de CB1R ». « Cette étude, en plus de recherches antérieures sur des souris, suggère que l’exposition au cannabis prénatal (combiné à de faibles niveaux d’alcool ou pas) pourrait entraîner des handicaps similaires à l’ETCAF », explique Scott E. Parnell qui travaille à l’Ecole de Médecine de Caroline du Nord et a co-édité ce numéro spécial sur les anomalies congénitales. 

Par ailleurs, des recherches également menées sur un poisson zèbre par Desire M.Buckley de l’Université du Texas à Austin et ses collègues montrent pour la première fois un lien entre exposition précoce à l’alcool et hétérotopies dans le cerveau postérieur, soit du tissu cérébral situé dans la mauvaise partie du cerveau. Les effets de l’exposition dépendent bien sûr du temps qu’elle a duré et de la dose ingérée. 

L’ETCAF, un « défi mondial de santé publique »

Les effets à long terme de l’exposition alcoolique prénatale ont également été abordés dans ce numéro spécial. La chercheuse Mary J. O’Connor de l’Université de Californie et ses collègues ont ainsi apporté de nouvelles preuves selon lesquelles les adolescents atteints du Syndrome d’Alcoolisation Foetale (forme grave de l’ETCAF) et en particulier les garçons, sont 29% plus susceptibles de faire une tentative de suicide sérieuse. « Cette étude montre que les professionnels de santé devraient faire attention à la vulnérabilité spécifique des adolescents atteints de SAF, surtout les garçons », explique Christina Chambers, professeur de pédiatrie et l’Université de Californie à San Diego et coéditrice de ce numéro. 

« Ce numéro spécial est consacré à l’exposition prénatale à l’alcool et à ses conséquences, aux mécanismes et aux stratégies de prévention et de traitement. L’alcool est probablement l’exposition tératogène la plus courante survenue pendant la grossesse dans le monde. Par conséquent, le syndrome de troubles causés par l’alcoolisation foetale constitue probablement l’incapacité développementale la plus courante entraînant des effets coûteux et durables. Ce numéro présente une série d’articles qui couvrent un large éventail de sujets de recherche pertinents au défi mondial de santé publique qu’est l’ETCAF », expliquent Chambers et E. Parnell dans l’éditorial. 

« Il est extrêmement opportun et pertinent de traiter le sujet de l’exposition prénatale à l’alcool », poursuit Chambers. La chercheuse a récemment attiré l’attention des médias en prouvant que l’ETCAF pourrait toucher jusqu’à 5% des enfants aux Etats-Unis, soit plus que ce qui était connu jusque-là.

21% des Français pensent qu’il faut boire un petit verre de vin de temps à autres pendant la grossesse  

En France, environ 1 enfant sur 1 000, soient 8 000 enfants, naissent chaque année avec des troubles causés par l’alcoolisation fœtale. Sur ces 8 000 enfants, 800 souffrent du SAF, explique l’Association France Assos Santé. « Le syndrome d’alcoolisation fœtale est la première cause de handicap mental non génétique et d’inadaptation sociale de l’enfant en France, car l’alcool traverse le placenta et est toxique pour le bébé », commente François Bourdillon, le directeur de Santé publique France. 

Parmi les troubles causés par l’alcoolisation foetale chez l’enfant, on liste notamment un retard de croissance, un petit périmètre crânien, des malformations diverses, des troubles de l’attention, de la mémoire, de l’apprentissage, du langage, une hyperactivité, de l’impulsivité et de la colère ou encore des difficultés d’adaptation sociale. 

Et malgré toutes ces données relativement bien connues du grand public, selon un sondage réalisé en 2017, seuls 44% des Français déclarent spontanément qu’il n’y a pas de consommation sans risque pour l’enfant pendant la grossesse. Par ailleurs, 21% des personnes interrogées pensent qu’il est recommandé pour les femmes enceintes de boire un petit verre de vin de temps à autres. 

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