Drogue et alcool: 400 hospitalisations et 10 décès par jour au Canada

La Presse canadienne – Ottawa

Plus de 400 Canadiens sont hospitalisés chaque jour en raison de maux liés à la consommation de substances et dix personnes en décèdent tous les jours, selon un nouveau rapport de l’Institut canadien d’information sur la santé (ICIS).

Les données de l’ICIS ont été recueillies en 2017-2018, notamment afin de mesurer le fardeau de la consommation de drogue ou d’alcool sur le système de santé. Les chiffres ont toutefois été prélevés avant la légalisation du cannabis à des fins récréatives, en octobre 2018.

Selon le rapport, les hospitalisations relatives à la consommation de substances sont plus nombreuses que celles liées à des crises cardiaques ou à des accidents vasculaires cérébraux (AVC).

La consommation d’alcool serait particulièrement dévastatrice : parmi les dix décès par jour, 7,5 sont liés à cette substance. En général, l’alcool est responsable de la moitié des séjours à l’hôpital.

La mortalité est probablement plus élevée en réalité, puisque l’ICIS n’a pas tenu compte des décès survenus à l’extérieur des hôpitaux – comme cela arrive pour plusieurs personnes qui succombent à des surdoses d’opioïdes.

Parmi les Canadiens hospitalisés pour des méfaits liés aux substances, deux sur trois sont des hommes.

Le portrait est très différent chez les plus jeunes, âgés de 10 à 19 ans. Les filles sont plus nombreuses à être hospitalisées que les garçons, et leurs problèmes sont plus souvent causés par la consommation de cannabis.

« Chez les femmes, le taux de méfaits atteint un sommet à la mi-vingtaine, puis redescend à mesure qu’elles avancent en âge », précise-t-on dans le rapport.

Par ailleurs, les gens vivant dans des quartiers défavorisés seraient trois fois plus susceptibles de se retrouver à l’hôpital pour ces raisons.

Le Québec dépasse la moyenne

Les données entre les provinces varient beaucoup, et le Québec dépasse légèrement la moyenne canadienne. Le taux d’hospitalisation par 100 000 habitants était de 477 au Canada, et il s’élevait à 507 au Québec.

Le Québec se situe toutefois bien loin des sommets constatés dans les territoires. Aux Territoires du Nord-Ouest, le taux d’hospitalisation atteint 2015, et il est de 1022 au Yukon. Au Nunavut, il y avait eu 870 hospitalisations par 100 000 habitants.

C’est à Terre-Neuve-et-Labrador que l’on retrouve le taux d’hospitalisation le plus bas, avec un taux de 373 hospitalisations sur 100 000.

Troubles de santé mentale

L’ICIS note par ailleurs que plusieurs de ces Canadiens hospitalisés présentent des problèmes de santé mentale – quatre patients sur dix étaient atteints de troubles comme l’anxiété, la dépression et la schizophrénie.

« Un lien complexe unit les problèmes de santé mentale et la toxicomanie. En effet, les problèmes non maîtrisés de santé mentale peuvent mener à la consommation d’alcool ou de drogues sous forme d’automédication, alors que l’usage chronique de substances peut entraîner des problèmes de santé mentale comme l’anxiété, la dépression ou la psychose », explique l’organisation dans son rapport.

D’ailleurs, ces patients sont plus susceptibles de passer plus de jours à l’hôpital par rapport aux autres, selon l’ICIS.

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Cannabis: des «conséquences importantes sur la santé mentale des ados»

La Dre Gabriella Gobbi est catégorique. « Le cannabis, ce n’est pas une drogue légère », a mentionné la chercheuse en marge d’une présentation faite au congrès de l’ACFAS lors d’un colloque sur les nouvelles perspectives scientifiques et l’importance pour la prévention du suicide.

Les données qu’elle a présentées sont évocatrices, alors qu’environ « 16 000 cas de tentatives de suicide au Canada seraient évités chaque année si les adolescents ne fumaient plus de cannabis ».

Psychiatre à l’Hôpital général de Montréal, la Dre Gobbi observe dans sa propre pratique une hausse des consultations pour des problèmes de santé mentale chez de jeunes consommateurs de cannabis.

Elle a notamment évoqué le cas d’un jeune Français, fils de deux médecins, qui avait consommé du cannabis une fois avant d’arriver au Canada pour ses études, lorsqu’il avait 19 ans.

Mais « pendant une période de stress et d’insomnie, ses amis lui offrent du cannabis », a relaté la Dre Gobbi. À 22 ans, sa copine l’amène à l’urgence. Il est en dépression sévère et a des idées suicidaires.

La Dre Gobbi souligne que le cas de cet étudiant illustre « le risque du groupe ». « Quand il habitait avec ses parents, il n’avait pas vraiment consommé, […] mais avec les pairs, quand tous tes amis consomment, tu consommes aussi, explique-t-elle.

Selon des données de 2013, l’âge moyen de la première consommation de cannabis se situait à 15,1 ans au Canada et à 13,5 ans au Québec.

La prévention devrait donc commencer à la préadolescence, entre 11 et 13 ans, croit la Dre Gobbi. «Les études sont très claires et disent que quand les parents sont très informés des conséquences du cannabis sur la santé mentale, c’est là que la prévention est la plus efficace, expose-t-elle. C’est donc très important que les parents soient bien informés que le cannabis n’est pas une drogue légère, que ce n’est pas une drogue récréative.»

Les conséquences sur le cerveau peuvent se faire sentir à l’adolescence, mais aussi «plus tard dans la vie», souligne par ailleurs la psychiatre. Les jeunes adultes sont «encore à risque entre 18 et 21 ans», dit-elle, alors qu’on observe une «augmentation exponentielle» de la consommation de cannabis dans cette petite tranche d’âge.

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Google Play Store arrête les livraisons de cannabis

Google Play Store arrête les livraisons de cannabis

Le roi des Gafa va bannir les applications qui vendent ou conseillent les potentiels consommateurs de marijuana.

À contre-courant d’une vague mondiale de légalisation du cannabis, récréatif ou thérapeutique, Google déclare la guerre à cette substance polémique. C’est contre l’achat de cannabis via Google Play Store, grand magasin virtuel d’applications sur mobile, que le géant américain entend lutter. Il a suffi d’une mise à jour, mercredi, de la politique de cette plateforme. Le roi des Gafa va en bannir, d’ici un mois, les applications, nombreuses, qui vendent ou conseillent le potentiel consommateur de marijuana ou de produits en contenant pour qu’il se fasse livrer.

Google n’a pas fait les choses à moitié: même les résidents d’États ayant légalisé cette drogue ne pourront, en effet, se soustraire à sa décision.

Google emboîte ainsi le pas d’Apple, dont l’Apple Store interdit déjà les applis qui facilitent la vente de marijuana, mais aussi de tabac ou substances contrôlées.

En riposte à ce durcissement de Google, le porte-parole d’une des applications incriminées (Eaze) a évoqué le risque que ces décisions «aident uniquement le marché illégal à prospérer». Google précise que les applications visées peuvent s’adapter à ses nouvelles règles, en évoquant le cannabis, par exemple, mais sans vente intégrée. Déterminé à séduire les plus jeunes, le groupe ne peut en outre se permettre de sembler promouvoir drogues et violences. D’autant qu’il a, encore tout récemment, été taclé après la découverte de contenus violents inappropriés dans des jeux pourtant destinés aux enfants.

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Effets épigénétiques du cannabis : Si importants qu’il faut les connaître

Par le Pr. Jean Costentin (1)

Président du Centre National de Prévention, d’Etudes et de Recherches sur les Toxicomanies (CNPERT)

Une course de vitesse se joue entre les tenants de la légalisation du cannabis, pressés de commettre l’irrémédiable, et ceux qui, informés des méfaits de cette drogue, expliquent pourquoi sa légalisation serait un drame sanitaire, une mise en danger de notre société et de la vie d’autrui.

Les manifestations de sa toxicité psychique liées à son principal constituant, le THC,  consistent en une ivresse, source de dangers pour la conduite automobile et diverses activités professionnelles ; en des effets désinhibiteurs suscitant des prises de risques ; en une perturbation de la capacité d’apprendre et, partant, des activités éducatives ; en la survenue d’anxiété, de troubles dépressifs pouvant inciter au suicide ; en l’apparition ou l’aggravation d’une schizophrénie (la folie dans le langage commun) qu’on ne sait guérir ; en une dépendance / addiction dont on ne sait débarrasser ses victimes ; en une escalade vers d’autres drogues…

Sa toxicité physique est d’ordre cardio-vasculaire, avec des artérites, des accidents vasculaires cérébraux, c’est la troisième cause de déclenchement d’infarctus du myocarde. Il a des effets cancérogènes sur les sphères ORL, broncho-pulmonaire, ainsi que pour les testicules. Il  diminue les défenses immunitaires. Il perturbe le déroulement de la grossesse, affecte le développement de l’enfant qui en naîtra ; il manifestera, à l’adolescence, une vive appétence pour les drogues.

De fait, à l’adolescence, les enfants dont les parents consommaient du cannabis, sont plus vulnérables aux toxicomanies. On pensait, assez logiquement, que c’était la conséquence du mauvais exemple donné par les parents, de leur permissivité, d’un accès plus facile aux drogues… Depuis  quelques années une autre explication s’est ajoutée, en relation avec effets épigénétiques du THC. Leur importance justifie les explications suivantes.

Nos caractères exprimés (phénotype) sont déterminés par notre programme génétique (génotype), dont le support est l’ADN (acide désoxyribonucléique). Cet ADN est le constituant majeur, mais non exclusif de nos gènes (portés par les chromosomes présents dans le noyau de chacune de nos cellules). A chacun de ces gènes correspond un de nos caractères. Des mutations (spontanées ou provoquées) de notre ADN, sont transmissibles à notre descendance ; elles peuvent modifier les caractères exprimés.

Il existe d’autres types de modifications, dites épigénétiques, qui affectent non pas l’ADN lui même, mais des éléments associés à son enveloppe, à sa chromatine, qui est telle une gaine associée à ces gènes. Ce type de modifications peut influer sur l’intensité d’expression des gènes ; conduisant à des modifications non pas qualitatives mais quantitatives de certains caractères. Diverses substances, dont le THC, produisent des modifications épigénétiques, qui affectent des éléments de l’enveloppe des gènes (les histones de la chromatine),  et modifient, ce faisant, leur expression.

Les chercheurs de l’équipe de Y. Hurd  (Mont Sinaï Addiction Institute, de New York) ont étudié les effets épigénétiques du THC. Ils ont montré qu’il provoquait (entre autres modifications) la méthylation d’histones associées au gène codant le récepteur D2 de la dopamine, avec pour effet d’en diminuer l’expression.

Les enfants issus de parents ayant consommé du cannabis avant leur procréation, présentent une raréfaction de ces récepteurs D2, dans une structure cérébrale – le noyau accumbens. Comme à la stimulation de ces récepteurs est associée la perception du plaisir (dont chacun de nous a un impérieux besoin), ces individus, aux récepteurs D2 raréfiés, pour éprouver du plaisir, doivent les confronter à une plus grande concentration de la dopamine, que libèrent les neurones dopaminergiques de ce noyau accumbens. Ils recourent pour ce faire aux drogues, à n’importe quelles drogues (c’est leur caractéristique d’action neurobiologique) afin qu’elles instaurent une haute concentration de dopamine (« l’amine du plaisir »)2.

Ainsi, les individus en âge de procréer qui consomment du cannabis, exposent leurs gamètes (spermatozoïdes, ovules) aux effets épigénétiques du THC. Ils pourront conférer à leur progéniture, une sous expression des récepteurs D2 accumbiques avec, pour corollaire, une plus vive appétence pour les drogues.

En conclusion, un libre accès au cannabis des individus en âge de procréer, fera de leurs enfants des toxicomanes. Les « décideurs » doivent bien se pénétrer de ces conséquences. Tout doit être fait pour qu’ils le sachent et ne puissent ultérieurement s’abriter derrière le fait qu’ils ne savaient pas. Passant outre à ces données ils deviendraient responsables, non seulement de la mise en danger de la vie d’autrui, car le cannabis peut tuer, mais aussi d’avoir corrompu les enfants de ses consommateurs.

1« Le désastre des toxicomanies en France » J. Costentin Ed. Docis 2018

2« La dopamine dans tous ses états » J. Costentin Ed. Docis 2017    

Alcool dans les stades : on vous explique pourquoi la loi Evin est menacée

Une propositions de loi déposée à l'Assemblée nationale veut rétablir la vente d'alcool dans les stades / © J. Petitcolas / France 3 Lorraine
Une propositions de loi déposée à l’Assemblée nationale veut rétablir la vente d’alcool dans les stades / © J. Petitcolas / France 3 Lorraine

Lutter contre l’hypocrisie 

Ceux qui ne fréquentent pas assidûment les stades ne le savent pas toujours. Mais l’alcool n’a en fait jamais été complètement banni des enceintes sportives. Actuellement, la loi Evin autorise un club sportif à vendre de l’alcool dix fois par an. Des dérogations accordées par le maire ou le préfet jugées insuffisantes par Stéphane Viry. Ce député des Vosges et ancien président du club de foot d’Epinal a déposé un projet de loi visant à supprimer ces restrictions, au nom de l’équité.

Certains privilégiés consomment du vin ou du champagne parce qu’ils sont invités dans des espaces VIP. Alors qu’à quelques mètres de là, le supporter lambda n’a pas le droit de boire une bière. Stéphane Viry, député de la 1ere circonscription des Vosges.

Soutenu par une quinzaine d’autres députés LR, Stéphane Viry défend sa proposition de loi en rappelant aussi que la vente d’alcool est autorisée à l’extérieur des stades. « Cela provoque un phénomène d’alcoolisation massive avant d’aller voir le match », explique-t-il à nos confrères de Vosges matin. « Des supporters achètent des bouteilles et les consomment en dix minutes. C’est dangereux, » conclut-il.

Des recettes supplémentaires pour les clubs

L’autre argument avancé par le député de la première circonscription des Vosges est l’aide financière que pourrait apporter sa proposition de loi aux clubs locaux. Si ces buvettes redevenaient pérennes, elles seraient une source supplémentaire de revenus non négligeable pour ces associations sportives confrontées à des baisses de subventions.

Des sponsors viticoles sur les maillots ?

Assouplir la loi Evin pour permettre aux clubs de survivre, c’est également l’idée que défend Valérie Beauvais. Cette députée de la Marne propose d’autoriser à nouveau le parrainage des clubs sportifs par des entreprises viticoles et des brasseurs. Ce qui était possible avant la loi Evin. Les joueurs pourraient donc à l’avenir porter des maillots aux couleurs d’une marque d’alcool.

Drogue : ce qu’une étude mondiale nous apprend de la consommation des Français

La cocaïne, produite en Amérique du Sud, est vendue en Europe autour de 70 euros le gramme (illustration). LP/Olivier Arandel
Plus de 120 000 personnes, dans 35 pays, ont participé à l’unique enquête internationale sur les drogues. Cannabis, MDMA et cocaïne sont en tête des produits consommés.
En matière de drogues, les possibilités semblent infinies. L’organisation « Global drug survey » vient de publier une grande enquête sur leur consommation. Depuis 2011, GDS, en s’appuyant sur des référents scientifiques de différents pays, réalise l’unique sondage international sur les drogues et l’attitude des consommateurs.

Les résultats 2019 ont été obtenus en recueillant les déclarations de 123 814 personnes, vivant dans 35 pays dont la France, pendant tout le mois de décembre 2018 via des questionnaires en ligne.

Les auteurs de l’étude précisent bien qu’ils ne travaillent pas selon un échantillonnage représentatif de la population des consommateurs de drogues pays par pays. Ce qui explique que 35 000 personnes aient répondu en Allemagne, trois fois plus qu’aux Etats-Unis qui arrivent pourtant deuxième. En France, 3 185 personnes ont complété le questionnaire relayé par des associations comme la Fédération addiction.

70 euros le gramme en France

Après le cannabis et la MDMA, la cocaïne est la substance illicite la plus consommée dans le monde. En Colombie, pays producteur, un gramme coûte 3,80 euros. La France est le dixième pays le plus cher, à 70 euros le gramme, un prix stable depuis plusieurs années. La marchandise produite en Amérique du Sud arrive sur les marchés occidentaux de plus en plus pure, ce qui peut, notent les auteurs de l’étude, accroître les risques pour la santé ainsi que le niveau de dépendance.

Sur les 123 814 personnes interrogées, seules 0,3 % consomme presque chaque jour (plus de 301 jours par an). Ce sont les Écossais qui en prennent le plus souvent : douze fois dans l’année, deux fois plus que la moyenne. Viennent ensuite le Canada, le Brésil, l’Italie, le Portugal et le Danemark (10 fois dans l’année). Les consommateurs français sont, avec huit prises de cocaïne dans l’année, dans une pratique dite « festive » de la drogue.

Une récente enquête de notre journal montrait que, soumis à l’action des douanes et de la police, et face à la concurrence d’internet, les dealers avaient modifié leurs habitudes de travail. Le « four » à l’ancienne, point de deal en banlieue où les clients viennent se fournir le plus discrètement possible, est de moins en moins la norme. L’étude GDS le montre : l’an dernier, plus des deux tiers des Français consommateurs ont été livrés dans la journée. Et pour 30 % d’entre eux, c’était même dans la demi-heure, preuve qu’un service de livraisons « à la demande » se normalise.

Cannabis : tombola, pub et livraison à domicile, les nouvelles méthodes des dealers

L’étude estime qu’en dehors de leur penchant pour une drogue interdite, les consommateurs sont des citoyens respectueux des lois. Ils ont pourtant bien conscience de soutenir des organisations mafieuses.

Pour cette raison, ou pour éviter des pépins de santé, seuls 42 % des consommateurs français ont envie de prendre moins de cocaïne cette année. Un résultat dans la moyenne (41,5 %), quoique bien loin de l’Italie où 64,6 % des habitués veulent lever le pied. Mais un monde comparé aux 80 % de Finlandais qui n’ont pas du tout envie de prendre moins.

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