Fumer ou conduire, il faut choisir

Source Jim.fr

Les études expérimentales ont montré que le cannabis altérait les performances cognitives et motrices lors de la conduite automobile. Les expérimentations ne sont toutefois pas le reflet exact de ce qui se passe dans la pratique et l’on peut se demander si conduire sous l’emprise du cannabis a de réelles conséquences sur le terrain. L’interrogation est d’autant plus justifiée que les résultats des études épidémiologiques consacrées à ce sujet ne sont pas toujours cohérents.

Une équipe canadienne a réalisé une revue de la littérature et sélectionné 9 études pour une méta-analyse. Les résultats sont sans appel : conduire sous l’influence du cannabis multiplie par près de deux le risque de collision se soldant par des blessures graves ou un décès (Odds ratio OR 1,92 ; Intervalle de confiance à 95 % : 1,35 à 2,73 ; p = 0,0003). Les résultats diffèrent un peu selon le type de l’étude, avec un effet supérieur dans les études de haute qualité méthodologique, les études cas-contrôle (2,73 ; 1,23 à 6,33) et les études concernant les accidents mortels (2,10 ; 1,31 à 3,36). Si l’effet est moins évident pour les accidents mineurs, il paraît en revanche aggravé par la prise concomitante d’alcool.

Ces résultats sont cohérents avec de récentes données alertant sur l’augmentation de la présence de substances autres que l’alcool (cannabis et antidépresseurs) chez les victimes d’accidents graves ou mortels. D’autres travaux montraient aussi récemment que dans certaines régions, la conduite sous l’emprise du cannabis tend à devenir plus fréquente que la conduite en état d’ivresse chez les jeunes conducteurs.

L’alcool reste toutefois encore la substance le plus souvent retrouvée chez les victimes d’accidents et les données sur la relation entre la consommation d’alcool et les collisions sont plus robustes que pour le cannabis.

Les législations concernant la conduite sous l’emprise de cannabis varient selon les pays. En France, une peine pouvant aller jusqu’à 2 ans de prison et 4 500 euros d’amende s’applique à tout conducteur chez qui l’analyse sanguine détecte la moindre trace de stupéfiant, peine assortie d’un retrait de 6 points du permis de conduire.

Dr Roseline Péluchon

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Asbridge M et coll .: Acute cannabis consumption and motor vehicle collision risk: systematic review of observational studies and meta-analysis. BMJ 2012; 344:e536 doi: 10.1136/bmj.e536

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Plaidoyer du rhumatologue pour l’arrêt du tabac

Source : JIM.fr

La prévalence du tabagisme en Europe va de 14 % en Suède à près de 38 % en Grèce. Aux Etats Unis, elle est en moyenne de 20 %, variable entre les états et en fonction des classes sociales et des ethnies. Elle diminue avec l’élévation du revenu familial et du niveau d’étude.

La consommation de tabac est connue pour ses nombreux effets néfastes, au premier rang desquels un risque accru de cancer du poumon et de maladies cardiovasculaires. La proportion d’hommes et de femmes tabagiques est variable mais le risque de maladies cardiovasculaires semble être plus élevé chez les femmes. Les fumeurs ont une cholestérolémie plus élevée et les femmes fumeuses utilisant des contraceptifs ont un risque augmenté de maladie cardiovasculaire.

Le tabagisme a de plus une influence défavorable sur de nombreuses maladies rhumatismales. Ainsi, une thérapie plus intensive est souvent nécessaire chez les malades atteints de polyarthrite rhumatoïdes fumeurs.

Des études ont également montré un risque accru de maladie plus grave chez les sujets fumeurs atteints de spondylarthrite ankylosante (SA) ou de rhumatisme psoriasique (RP).

Dans une étude récente menée chez 647 malades atteints de SA, le tabagisme était associé à une apparition plus précoce des rachialgies, une plus grande activité de la  maladie, un moins bon  état fonctionnel,  une moins bonne qualité de la vie, une inflammation sacro-iliaque et rachidienne plus fréquente en IRM et une plus grande prévalence de lésions structurales.

Plusieurs travaux ont également suggéré un effet aggravant du tabagisme sur le rhumatisme psoriasique. Dans une étude menée chez 94 874 sujets sur une durée de 14 ans (1 303 970 personnes-années de suivi), 157 cas incidents de RP ont été identifiés. Le tabagisme a été associé à un risque plus élevé de RP (risque relatif par rapport à ceux n’ayant jamais fumé : 1,5 pour les anciens fumeurs et 3,1 pour les fumeurs actuels). Le risque de RP, particulièrement de RP grave, augmentait avec la durée de l’exposition au tabac.

Les interactions entre facteurs environnementaux, apparition, évolution et pronostic des maladies rhumatismales sont complexes, mais l’influence néfaste du tabac est de plus en plus claire. Le rôle du rhumatologue est d’en informer les malades et de les encourager à arrêter de fumer.

Dr Juliette Lasoudris Laloux

Braun J et coll. : The risks of smoking in patients with spondyloarthritides. Ann Rheum Dis., 2012 ; publication avancée en ligne le 13 février.

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Alcoolisme et tabagisme : un seul mécanisme pour deux addictions

Des smartphone pour lutter contre l’addiction à la drogue ?

Selon le site Atelier.net, une étude menée par des chercheurs de la faculté de médecine du Massachusettsconclue que le smartphone pourrait aider à lutter contre les addictions. Pour les chercheurs, les traitements utilisés pour traiter des patients admis en cure de désintoxication deviennent vite inefficaces à l’extérieur, en raison notamment de l’incapacité d’un individu à reconnaître les changements biologiques qui indiquent un risque accru de rechute ou une incapacité à changer ses comportements pour réduire les risques pour la santé.

Les chercheurs se sont donc associés avec l’Institut de technologie du Massachusetts pour mettre en place un système qui aiderait les anciens toxicomanes à ne plus replonger: une bande de capteurs accrochée autour du poignet qui mesure les changements physiologiques (les mouvements du corps, la température de la peau et la fréquence cardiaque), indicateurs de stress, transmettent ces informations au smartphone, à l’aide d’un système sans fil. Les applications logicielles qui y sont présentes permettent ensuite de contrôler et traiter les données physiologiques du patient. Ces informations sont ensuite utilisées pour identifier, en temps réel, le risque de plonger à nouveau dans la drogue et transmises aux spécialistes.

Les chercheurs n’en sont encore qu’à la phase d’essai, mais celle-ci pourrait être concluante dans peu de temps Paris Normandie