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«Il ne faut pas “encadrer” la consommation de drogue, mais y mettre fin»

Par François Diot

FIGAROVOX/TRIBUNE – Alors que la France a fait face à des saisies de cocaïne records en 2022, le thérapeute François Diot plaide pour un changement de paradigme dans la lutte contre la drogue. Selon lui, les salles de shoot, en voulant accompagner la consommation de drogue la normalisent.

François Diot est thérapeute, spécialiste des conduites addictives. Il a notamment dirigé un Centre d’accueil et d’accompagnement à la réduction des risques pour usagers de drogues (CAARUD), un centre d’aide pour les toxicomanes.

Depuis une trentaine d’années, les saisies de cocaïne ne cessent d’augmenter en France, comme en témoignent les chiffres de l’OFDT. Et c’est la cocaïne qui, après un certain mélange, permet la fabrication du crack. Si lors de la décennie 1990, les saisies sur le territoire national s’élevaient en moyenne à 1,8 tonne par an, elles sont passées à 5,3 tonnes dans les années 2000 et à plus de 11 tonnes dans les années 2010.

En 2021, elles ont atteint un record avec 26,5 tonnes, soit deux fois plus qu’en 2020. Cette évolution spectaculaire est la conséquence de plusieurs facteurs.

Le premier est la très forte croissance de la production de cocaïne en Amérique latine et particulièrement en Colombie, d’où provient la majeure partie du chlorhydrate de cocaïne consommé en France. Depuis le début de la décennie 2010, la production colombienne a plus que triplé, passant de 384 tonnes en 2011, à 1 228 tonnes en 2020.

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Convaincus par le Dry January ? Les 7 commandements pour réduire l’alcool sur le long terme

De plus en plus de bars et enseignes proposent des boissons et cocktails sans alcool
De plus en plus de bars et enseignes proposent des boissons et cocktails sans alcool — Michael M. Santiago / GETTY IMAGES NORTH AMERICA
  • Le Dry January séduit de plus en plus de Français, qui renoncent à l’alcool pendant le premier mois de l’année.
  • Les bénéfices d’une baisse de la consommation sont multiples : un meilleur sommeil, une meilleure santé, une meilleure humeur et… un portefeuille épargné.
  • Le Dry January, c’est fini ce mercredi. Mais pour ceux qui voudraient poursuivre leurs efforts, 20 Minutes vous donne, avec l’aide de l’addictologue et préventologue Stéphanie Ladel, les sept commandements à suivre.

C’est l’heure du bilan. Au début du mois de janvier, un tiers des Français pensaient à participer au « Dry January », ce défi consistant à ne pas boire d’alcool pendant 31 jours. Une manière de reposer son corps après les abus des fêtes pour certains, mais aussi de se tester et d’interroger son rapport à l’alcool pour d’autres.

Il y en a qui ont abandonné l’idée dès le(s) premier(s) jour(s), comme une vulgaire résolution. D’autres, plus motivés, ont réussi à aller au bout. De quoi donner des idées pour l’après ? Certains, sur les réseaux sociaux, veulent profiter de cet élan pour diminuer leur consommation le reste de l’année, voire arrêter totalement. Pour les aider, 20 Minutes vous donne les sept commandements à suivre, établis avec l’aide de Stéphanie Ladel, addictologue et préventologue.

L’alcool, tu ne ramèneras pas chez toi

Cela peut sembler évident, mais tomber sur une bouteille de vin dans la cuisine ou nez à nez avec une bière dans le réfrigérateur relève de l’incongruité lorsque l’on souhaite diminuer ou arrêter l’alcool. La simple présence d’un breuvage « interdit » peut rappeler son existence et réveiller une envie, surtout après le sentiment du travail accompli en janvier. Autant se faciliter la vie en s’épargnant les tentations, qui sont déjà en nombre suffisant à l’extérieur.

Anticiper les coups, tu sauras

Pour éviter de se laisser tenter par « un petit verre », mieux vaut anticiper. « C’est souvent quand vous n’avez rien de bon ou de prêt chez vous que vous commandez une pizza », résume Stéphanie Ladel. Elle conseille donc d’avoir toujours une « boisson plaisir » prête à portée de main, comme un cocktail sans alcool, un soft ou un jus. Même chose en déplacement chez des amis. A moins d’être sûr de trouver son bonheur sur place, il vaut mieux apporter sa boisson.

Les choses peuvent se compliquer lors de sorties en extérieur. Aussi, l’addictologue recommande de les préparer en amont : « Le mieux est de repérer les bars et restaurants et de convaincre ses amis d’aller dans des endroits où il y a du sans-alcool. Une soirée dans un bar à bières sera sans doute trop compliquée… 

En public, ne pas boire, tu assumeras

Pour Stéphanie Ladel, c’est « sans doute le point le plus important » dans la quête de sobriété. Beaucoup d’astuces existent pour ne pas boire d’alcool en public sans se faire repérer ni critiquer. Mais pour la spécialiste, rien ne vaut d’assumer son choix. « Cela permet dans un sens de faire face aux moqueries plus facilement, mais aussi de demander le soutien de son entourage. Ne serait-ce que par la non-proposition. »

De plus, cette décision engage l’image de la personne vis-à-vis des autres. Parce qu’elle voudra montrer qu’elle tient sa parole et assume ses choix, elle sera plus solide face à la tentation.

Dégriser les détracteurs, tu apprendras

« Tu ne sais pas t’amuser », « Allez un petit verre, ça ne va pas te tuer », « Ce n’est pas de l’alcool, c’est du vin »… Même la plus grande conviction n’empêchera pas les incitations plus ou moins lourdes pour briser votre détermination.

Des acolytes, tu trouveras

L’union fait la force. Et face à tous les obstacles qui se dressent dans votre résolution, l’aide d’un ou plusieurs compagnons de route peut s’avérer d’une grande aide. Que ce soit avec son ou sa partenaire, son meilleur ami ou même un collègue… se lancer à plusieurs facilite le défi. « Cela permet d’échanger, de débriefer, de se raconter les difficultés. L’idéal est même de se lancer par groupe d’amis, pour créer un environnement encore plus propice à l’éloignement de l’alcool. »

Pour contrer les tentatives, mieux vaut déployer une véritable stratégie. « Il faut s’imaginer sur place et se préparer aux remarques pour savoir comment réagir », suggère Stéphanie Ladel. Ainsi, deux ou trois réparties bien senties pourraient décourager les belligérants. L’une des plus redoutables reste de renvoyer les plus insistants à leur situation en leur demandant pourquoi ils ne peuvent pas s’amuser sans alcool. « Il est impératif de casser cette idée que l’alcool est festif ou culturel », insiste l’addictologue.

De te mettre trop de pression, tu éviteras

L’un des risques, lorsque l’on veut réduire ou arrêter sa consommation d’alcool, est de se mettre trop de pression, et de s’imposer des objectifs trop ambitieux. C’est le meilleur moyen de se dire qu’on n’y arrivera pas et de craquer : « Peu de personnes sont capables de s’ « hyper autodiscipliner » ».

Aussi l’addictologue conseille de se fixer une limite dans le temps, tout en envisageant cette résolution de manière durable. Le but n’est pas seulement de « tenir » jusqu’à une date définie, mais aussi de s’habituer à une autre façon de consommer.

De la même manière, un écart n’est pas forcément à voir comme un échec, mais comme une marge de progression.

Aux avantages à en tirer, tu penseras

Un défi comme celui-ci est souvent perçu comme un sacerdoce. Or, c’est oublier que l’alcool est une molécule toxique qui s’attaque à notre corps. Aussi, réduire ou arrêter sa consommation comporte de nombreux avantages : un meilleur sommeil, une meilleure santé (prévention de cancers, de risques cardiovasculaires), une plus belle peau, une perte de poids et une meilleure sportivité.

De même, l’alcool est un puissant dépresseur. Si quelques verres désinhibent, sa consommation à long terme a un effet très néfaste sur l’humeur et sur l’estime de soi.

Et si ces arguments ne suffisent pas, « imaginez l’effet que cela a sur votre porte-monnaie ! », suggère Stéphanie Ladel. « Patience, toutefois », tempère l’addictologue,

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Alcool : comment le cerveau récupère-t-il après une période d’abstinence ?

Par Benjamin ROLLAND, psychiatre, addictologue, maître de conférences des universités, praticien hospitalier, Inserm U1028 / CNRS UMR5292, responsable du Sual (Service universitaire d’addictologie de Lyon), Université Claude Bernard Lyon 1

La consommation excessive d’alcool a des conséquences sur le cerveau. Elles peuvent être limitées et même inversées après un arrêt prolongé de la consommation d’alcool, mais toutes les régions du cerveau ne récupèrent pas de la même façon.

Au cours des cinquante dernières années, la consommation d’alcool a diminué régulièrement en France, une baisse principalement imputée à la diminution de la consommation de vin. Malgré tout, aujourd’hui, encore 10 % des Français adultes sont en difficulté avec l’alcool.

La consommation excessive d’alcool n’est pas sans dommage sur le cerveau. De nombreuses études ont révélé que le volume de structures cérébrales impliquées dans la cognition et l’apprentissage se réduit de façon conséquente chez les personnes dépendantes à l’alcool. Cette diminution est partiellement réversible après un arrêt prolongé de la consommation, mais toutes les régions du cerveau ne récupèrent pas de la même façon. Quelles sont celles qui bénéficient d’un arrêt de l’alcool ? Et, dans le cas de celles qui n’en bénéficient pas, quelles en sont les conséquences ?

L’alcool diminue le volume cérébral

Même chez des buveurs modérés mais réguliers, une réduction globale du volume cérébral a été constatée. Elle n’est toutefois pas définitive : à l’arrêt de l’alcool, on constate une récupération partielle du volume du cerveau, qui s’accompagne d’une amélioration des capacités cognitives. De nombreux facteurs influent sur cette récupération : l’âge, le genre, des facteurs génétiques, l’existence d’antécédents familiaux d’addiction à l’alcool, le tabagisme, etc.

L’altération cérébrale liée à l’alcool peut-elle, elle-même, influencer les comportements liés aux addictions ? En d’autres termes, peut-elle augmenter les risques de rechute ? Pour le savoir, la première étape était de déterminer quelles régions cérébrales, parmi celles impliquées dans l’addiction, s’avéraient les plus touchées par ces variations de volume. L’équipe de Timothy Durazzo et Dieter Meyerhoff, sans doute les auteurs les plus connus dans le domaine de la neuroimagerie structurale dans l’alcoolodépendance, s’est récemment penchée sur la question.

Une récupération immédiate

Les chercheurs ont analysé par IRM les cerveaux de 85 personnes alcoolodépendantes une semaine, un mois et sept mois après qu’elles ont arrêté de consommer de l’alcool, et les ont comparés aux images cérébrales d’individus témoins consommant très peu ou pas d’alcool, donc sans dépendance.

Étaient considérées comme dépendantes les personnes dont la consommation avait été de plus de 204 verres d’alcool dits « standards » (un verre standard correspond à peu près à un « ballon » de 12 cl de vin soit 10 g d’éthanol) par mois au cours des huit dernières années pour les hommes, et 108 verres pendant les six dernières années pour les femmes. Cette différence s’explique par le fait que les hommes éliminent l’alcool plus rapidement que les femmes, et que les effets cérébraux et organiques sont plus importants chez ces dernières, à dose égale.

Au sujet des différences entre les genres, il est intéressant de souligner que si les hommes nés entre 1891 et 1910 étaient trois fois plus susceptibles que les femmes nées à la même période d’avoir un usage problématique de l’alcool, ce ratio s’est progressivement amenuisé au cours du XXe siècle. Au point qu’aujourd’hui, il n’existe plus d’écart significatif entre les garçons et les filles nés entre 1991 et 2000.

Dans l’étude, les IRM ont révélé que toutes les régions étudiées (cortex cingulaire antérieur, insula, cortex préfrontal dorsolatéral, cortex orbitofrontal) étaient altérées au moment où les participants entamaient leur période d’abstinence. Après l’arrêt de l’alcool, néanmoins, le volume des structures cérébrales affectées augmentait à nouveau au fil du temps, et ce dès que les personnes cessaient leur consommation. Les effets de l’arrêt de consommation étaient en effet détectables dès la première semaine ou le premier mois d’arrêt. Ces récupérations suivaient toutefois des trajectoires très différentes selon les individus, certains récupérant moins bien que d’autres.

En outre, une structure ne récupérait jamais : l’hippocampe. Or celle-ci joue un rôle important la mémorisation, en particulier dans la formation de nouveaux souvenirs.

Des différences qui expliqueraient l’inégalité face à l’alcool

Les anomalies neurobiologiques survenant dans l’hippocampe semblent donc plus persistantes que celles se produisant dans le cortex. Ceci pourrait entraîner des problèmes d’apprentissage, en particulier en ce qui concerne les nouvelles tâches intervenant dans la gestion de l’abstinence sur le long terme. Conjugué au fait que la plasticité de la matière grise observée durant l’abstinence varie d’un individu à l’autre, ceci suggère que certaines personnes pourraient présenter plus de risques de rechute.

L’étude avait toutefois certaines limites. D’abord, aucune IRM n’avait été réalisée avant l’arrêt de l’alcool. L’obtention de tels enregistrements est bien entendu difficile, en raison de contraintes à la fois techniques et éthiques. Ensuite, la plupart des sujets n’avaient pas passé les trois enregistrements successifs (à une semaine, un mois et sept mois après l’arrêt de l’alcool), ce qui limite la valeur des données recueillies. Enfin et surtout, aucune mesure cognitive associée n’a été réalisée (ce point doit faire l’objet de recherches futures). C’est regrettable, car elles auraient été nécessaires pour montrer que les atteintes des structures cérébrales ont de réelles significations cliniques.

À la recherche des origines de la susceptibilité individuelle

Les études du même type déjà réalisées sur des sujets alcoolodépendants ont montré qu’ils subissent deux types d’atteintes. D’une part, des atteintes qu’on peut qualifier « d’irritation », à la fois diffuses et fréquentes, mais aussi réversibles après arrêt de l’alcool. D’autre part, des atteintes devenues « fixées », qui perdurent bien après l’arrêt de l’alcool.

Dans ce contexte, beaucoup de questions restent sans réponse. D’abord, même si l’on suspecte l’existence d’un lien fort avec les atteintes cognitives (lesquelles se séparent d’ailleurs selon les deux mêmes types – « irritatifs » et « fixés »), celui-ci n’a jamais vraiment été correctement étudié jusqu’à présent, alors qu’il a une importance évidente en pratique. Ensuite, il est crucial de comprendre pourquoi certaines atteintes (la plupart) sont réversibles, alors que d’autres se figent et laissent des traces, sinon indélébiles, au moins durables. Enfin, il est essentiel de comprendre pourquoi certains sujets sont plus exposés que d’autres aux atteintes fixées.

S’agit-il d’une question de dose et de durée d’exposition à l’alcool ? Trop simpliste, sans doute. Les différences observées d’un patient à l’autre s’expliquent probablement par des facteurs individuels de susceptibilité neurobiologique à l’alcool, encore méconnus. Mieux connaître ces déterminants sera l’enjeu majeur des prochaines années pour les chercheurs.

La version originale de cet article a été publiée dans The Conversation.

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« Depuis 2010, plus de 3 000 enfants de moins de 6 ans ont été hospitalisés pour intoxication au cannabis, plus de la moitié entre 2016 et 2019 »

Isabelle Claudet professeure de pédiatrie, cheffe du Pôle Enfants et cheffe de service des urgences pédiatriques au CHU de Toulouse

Isabelle Claudet, professeure de pédiatrie et cheffe de service des urgences pédiatriques au CHU de Toulouse, alerte dans une tribune au « Monde » sur le risque encouru par les enfants face à la banalisation de la consommation de cannabis. Les urgences et les services de réanimation pédiatrique sont confrontés à une augmentation des intoxications chez des patients de moins de 2 ans.

La France est en tête des pays européens consommateurs de cannabis, les usagers français représentent près du quart de l’ensemble des usagers européens (22 millions), selon les données de l’Observatoire français des drogues et des tendances addictives (OFDT). Même si le marché de l’herbe est en progression et représente 30 % des saisies, la consommation sous forme de résine reste prépondérante, singularité nationale.

Après une inflexion du trafic en 2020 en lien avec les restrictions de circulation liées au Covid, le marché reste très dynamique et repart très nettement à la hausse (75 tonnes saisies en 2021 versus 60 en 2020, selon la Direction générale des douanes et des droits indirects).

Les principaux consommateurs sont de jeunes adultes (25-35 ans) et parents de jeunes enfants exposés de façon passive à la fumée et à des produits laissés à leur portée et ingérés : résine, space cake, barres chocolatées ou encore bonbons (gummies) contenant la substance active (THC ou tétrahydrocannabinol) en quantité pouvant être importante.

Une accélération de la dégradation de la situation

En parallèle de sa banalisation et d’une circulation importante sous différentes formes, les pédiatres des services d’urgence, de pédiatrie et de réanimation s’inquiètent depuis plusieurs années de l’augmentation des recours pour intoxication chez de petits enfants (âgés de moins de 2 ans), d’une plus grande sévérité (30 % des présentations cliniques en 2014 étaient des comas) avec nécessité de mise sous assistance ventilatoire de plus en plus fréquente (40 à 60 enfants admis annuellement en réanimation depuis 2017, 75 % d’entre eux ont moins de 2 ans). Lire aussi : Article réservé à nos abonnés Les « jardiniers » du cannabis, des trafiquants en herbe de plus en plus nombreux en France

Les équipes de ces unités et les centres antipoison et de toxicovigilance du territoire national ont publié plusieurs études dans des revues scientifiques entre 2019 et 2022 afin d’alerter, d’illustrer et de confirmer cette situation inquiétante. L’analyse toxicologique dans un même centre de cheveux de 41 enfants intoxiqués a montré en 2020 que 39 % d’entre eux avaient une exposition environnementale intense et des répercussions physiques (poids inférieur, plus souvent comateux à l’admission).

Augmentation de la présence du THC dans de nombreux produits

La plus grande sévérité des cas d’intoxication de l’enfant est en lien avec une croissance exponentielle de la concentration en produit actif (THC) dans la résine, ce taux moyen est passé de 9 % en 2004 à 28 % en 2019, selon le système d’identification national des toxiques et des substances de l’OFDT. Depuis 2010, plus de 3 000 enfants âgés de moins de 6 ans ont été hospitalisés pour intoxication au cannabis, plus de la moitié entre 2016 et 2019.

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Source : Le Monde

Un membre du CNPERT à l’honneur

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Le Président Goullé et sa fille ainée lors de la séance inaugurale


Depuis longtemps vice –Président du CNPERT, co-éditeur du blog drogaddiction.com le Professeur Jean-Pierre Goullé a été récemment élu Président de l’Académie nationale de médecine.

Nous lui adressons toutes nos félicitations pour cette nouvelle distinction qui récompense et souligne son activité inlassable et efficace.


Toxicologue de stature internationale, il a dans son discours inaugural, précisé les orientations qu’il compte donner à son mandat.

Bien évidemment, la lutte contre les drogues et le traitement des toxicomanes font partie de ses priorités, soulignant les dangers des toxiques « classiques » tabac, alcool, cannabis mais aussi ceux qui arrivent, substances organiques de synthèse très puissantes, difficiles à déceler et distribuées par des circuits très protégés .


Son discours a été entendu puisque différentes personnalités conseils de nos dirigeants étaient venues l’écouter.

On peut espérer que son message sera retenu.
Nous souhaitons à notre ami tout le succès qu’il mérite dans ses nouvelles fonctions et l’assurons de tout notre soutien.


Jean-Paul Tillement

L’alcool est dangereux dès le premier verre confirme le Canada

Le Centre canadien sur les dépendances a publié en janvier 2023 de nouvelles recommandations concernant la consommation d’alcool et la dangerosité pour la santé. Des recommandations bien plus restrictives que celles habituelles : l’alcool y est jugé dangereux dès le premier verre, quelle que soit la boisson consommée.

Le seul moment où l’alcool n’est pas dangereux… c’est quand il n’est pas bu

L’alcool est dangereux dès le premier verre confirme le Canada

Le rapport publié par le Centre canadien des dépendances présente une évolution dans les recommandations. Une évolution qui découle de celle de la science. « La recherche montre qu’aucune quantité ou type d’alcool est bon pour la santé », précise-t-il. « Cela ne dépend pas du type d’alcool, vin, bière, cidre ou spiritueux. »

Outre le type de boisson alcoolisée, l’âge, l’ethnie, le genre, le sexe ou le style de vie du consommateur n’influencent pas sur la possibilité que l’alcool ne soit pas dangereux pour la santé. Et le Centre canadien sur les dépendances va plus loin : ses recommandations parlent de consommation hebdomadaire, et non quotidienne. Et c’est ainsi que le verre de vin quotidien se retrouve en réalité parmi les modes de consommation les plus dangereux.

Un risque pour la santé dès un verre par semaine

Les nouvelles recommandations sont donc claires : il ne faut pas boire d’alcool. Le risque minimum pour la santé est franchi dès le premier verre hebdomadaire, bien que un à deux verres représentent un risque limité.

Entre trois et six verres par semaine, le risque pour le consommateur est « modéré ». Cette consommation augmente le risque de développer plusieurs cancers, dont le cancer du sein et le cancer du colon.

Le risque maximum est atteint dès 7 verres par semaine, soit un verre par jour. Une telle consommation d’alcool entraîne d’importants risques pour la santé et l’augmentation des crises cardiaques et autres maladies cardio-vasculaires.

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Une arnaque monumentale !!

Arnaque repérée par X. Beaupère

Pour en savoir plus sur cette arnaque cliquez ici

Publicité du vin au 20ème siècle … et au 21ème

Comment considère-t-on le vin d’un siècle à l’autre

au 21ème siècle

Comment l’Angleterre a subverti la Chine. L’opium, une arme de guerre.

Par Mme la Professeure Sophie Rochefort Gillouet, spécialiste de l’histoire asiatique (1)

Tout commence par l’économie et par un sérieux malentendu diplomatique. L’Empire Chinois, replié sur lui-même depuis les derniers Ming a été conquis par les Qing en 1644, des souverains d’origine manchoue. La Compagnie des Indes Orientales Britannique y perd de l’argent.

Les achats massifs de thé de Chine au XVIIIe siècle avoisinent 20.000 tonnes par an vers 1750 et plus de 300.000 tonnes en 1800. Ils ne sont compensés en retour par aucun commerce substantiel au bénéfice des Anglais. En Septembre 1793, le roi d’Angleterre, Georges III, poussé par les marchands de la City, envoie vers la Chine une ambassade de prestige.

A sa tête, il place Lord McCartney. Les vaisseaux britanniques emportent vers l’Orient des cadeaux destinés à impressionner l’empereur Qing Qianlong (1711-1799). L’ambassade tourne au fiasco : L’Empereur Qianlong considère ces étrangers, venus sans invitation mais chargés de présents, comme des inopportuns et, pire encore, comme des tributaires de l’Empire du Milieu, selon la longue tradition chinoise de vassalité.

McCartney réclame au nom du Roi Georges III l’accréditation de diplomates, la permission pour les missionnaires de venir en Chine, l’ouverture de ports à un négoce libre d’intermédiaires et le privilège d’extraterritorialité pour les Anglais.
Qianlong, vexé par l’attitude des Barbares anglais rejette en bloc toutes les demandes. L’ambassadeur refuse quant à lui de faire le kowtow, le salut cérémonial, devant Qianlong. Pire encore, il méprise les cadeaux que celui-ci adresse à Georges IIII, notamment des pièces en jade précieux.

De son côté, Qianlong dénigre les présents artistiques et technologiques d’Albion, affirmant haut et fort que la Chine n’a nul besoin de pacotille anglaise et dispose de tout ce dont elle a besoin sur son territoire. MacCartney repart, éconduit et humilié, avec une lettre pour le Roi Georges III d’une incroyable dureté. Le fils du dragon s’adresse avec véhémence au « Barbare qui règne sur un petit pays entouré de vagues, et qui a besoin des productions du Céleste Empire. » La chancellerie britannique ne daigne même pas répondre à ce camouflet.


Dans son isolation splendide et son rêve d’autarcie, la Chine vient de mettre en route une machine infernale, visant à l’affaiblir de l’intérieur avant de la réduire à un statut semi colonial. Pour les dirigeants d’aujourd’hui et pour la population chinoise dans sa grande majorité, le XIX est tenu pour le Siècle des humiliations, un stigmate à effacer dans l’histoire millénaire de la Chine pour les nouveaux empereurs rouges. Une seconde ambassade, en 1816, échoue également. La Chine refuse de s’ouvrir davantage au commerce international. Une idée germe alors à Londres pour briser l’obstruction.

La Compagnie des Indes Orientales s’apprête à mettre l’Inde en coupe réglée après en avoir déjà chassé les Français. Le modèle est simple : faire produire de l’opium en Inde dans les régions dominées, notamment au Bengale, et l’introduire en contrebande en Chine. La Compagnie est en effet déficitaire en raison de l’inflation de la demande pour les biens chinois. Le bénéfice en serait double : combler le déficit commercial et affaiblir la Chine, en rendant dépendants un grand nombre de ses habitants à la drogue acheminée clandestinement. Cette stratégie remplacerait avantageusement les négociations diplomatiques infructueuses.

Elle produirait à terme des profits impressionnants. « Une compagnie anglaise créée en 1600, la Compagnie des Indes Orientales, réussit à survivre à diverses crises grâce à l’instauration, en 1773, d’un monopole officiel sur la production d’opium […]Cela représente les 2/3 des recettes indiennes de la compagnie et, pour l’Angleterre, le 1/7 des revenus totaux en provenance des Indes. » (Histoire de l’opium). Si la demande d’opium a toujours existé en Chine, la consommation est brutalement décuplée par l’offre qui inonde le marché.

Les autorités prennent rapidement la mesure du danger. Du côté de la Couronne, l’immoralité d’un tel trafic n’entre pas en ligne de compte, du moment que les comptes se rééquilibrent au profit de la Compagnie des Indes. Les Chinois se mettent en effet à dépenser l’argent thésaurisé pendant des décennies pour acheter de l’opium.

Le péril économique et social imminent poussera à des mesures drastiques pour endiguer un fléau exogènement induit.

Un mandarin écrit en 1830 dans un rapport à l’Empereur :  « L’âme de la nation se détruit. Dix millions de taëls sortent chaque année pour abrutir un nombre croissant de Chinois. Si Votre Majesté laisse traîner les choses, la Chine ne disposera plus bientôt ni de soldats pour la défendre ni d’argent pour payer leurs soldes.  » En 1838, l’opium importé clandestinement atteint un volume record de 2000 tonnes. Des millions de Chinois consomment de la drogue, un trafic lucratif pour l’Angleterre et qui affecte alors toutes les classes sociales. La fuite du métal d’argent contribue aussi à appauvrir le pays.

Le paiement des salaires, les transactions, se font maintenant en sapèques, la monnaie de cuivre, faute de monétaire d’argent. La situation sanitaire s’aggrave en proportion. Une partie de la population chinoise, trop atteinte par les ravages de la consommation d’opium, devenue une addiction à grande échelle, n’est plus en mesure de travailler. Lin Zexu (1785-1850) constate lui-même les effets du manque chez ses éminents collègues. Ce haut fonctionnaire, commissaire impérial, sous le règne de Qing Daoguang (1782-1850), en appelle à la Reine Victoria.

Dignitaire intègre autant que déterminé, Lin Zexu fait procéder à des milliers arrestations de Chinois impliqués dans le trafic. Il fait interdire par décret impérial toute importation d’opium puis rédige une lettre à la souveraine pour lui montrer l’injustice d’une telle pratique dont les effets sur la population se font sentir, jusque et y compris dans les cercles du pouvoir. Il est probable que l’entourage de Victoria a intercepté la lettre dans laquelle Lin Zexu conseillait à la Reine de remplacer la culture de l’opium en Inde par celle de cultures vivrières. Il prend alors en 1839 la décision d’arraisonner des jonques, de confisquer l’opium et de brûler en public les 20.000 ballots saisis.

Ce faisant, il fournit ainsi aux Anglais le casus belli attendu. Mal préparées, mal équipées, l’armée et la flotte chinoises subissent revers sur revers face à la Navy en 1840. Le Gouvernement impérial doit capituler et signer le premier des Traités Inégaux, d’abord avec la Grande Bretagne, le 29 aout 1842, puis avec les nations européennes qui voient là l’occasion de profiter de l’ouverture du pays aux intérêts occidentaux. Les termes du traité sont léonins, Hong Kong est cédé à la Grande- Bretagne.


Une seconde guerre de l’opium suivra, en 1860, une expédition franco anglaise cette fois, les Chinois ne s’étant pas acquittés des pénalités financières. A l’époque, on a oublié en Europe le goût des philosophes des Lumières pour la Chine, les Occidentaux caricaturent désormais la Chine comme un dragon endormi qu’il faut dépecer. Ils perçoivent les Chinois comme un peuple en retard face à une Europe conquérante, décadent par rapport aux brillantes dynasties du passée, corrompu et cruel.

Un deuxième Traité Inégal complète le premier… il ne comporte d’amitié et de coopération que dans le titre. On notera deux points : la légalisation du commerce de l’opium sous monopole est imposée à la Chine et les Anglais vengent une offense cuisante : Les sinogrammes qui désignent un barbare (野蛮人) ne doivent plus être utilisés pour désigner des officiels ou des sujets de la Couronne.


Dans ce contexte, Lord Elgin, à la tête de l’expédition franco-britannique, ordonnera la destruction du Palais d’été. De nos jours, les autorités chinoises encouragent la visite du site où se dressait jadis le Jardin de la Parfaite Clarté, pour que cet épisode soit présent dans la mémoire des jeunes générations. Le 18 octobre 1860, Le haut-commissaire, Lord Elgin donne l’ordre de détruire le Palais, officiellement en représailles et pour dissuader les Chinois de prendre des otages. 3500 soldats français et britanniques mettent le feu au Palais qui brûlera pendant trois jour. Presque tous les pavillons sont réduits en cendres, des milliers d’objets, des manuscrits, sont vandalisés, le reste est partagé par la troupe comme butin.

Victor Hugo, à qui un voisin de Guernesey avait demandé son avis sur les succès de l’expédition d’Orient, lui adressa une lettre vibrante d’indignation. Si Lin Zexu est un héros national, Victor Hugo est très connu en Chine car cette lettre, datée du 25 novembre 186, figure toujours en bonne place dans les manuels d’histoire chinois actuels. Entretemps, le goût de l’opium a aussi migré vers l’étranger. On trouve alors des fumeries à Paris, à Londres, dans les colonies d’Asie mais c’est là une autre histoire.

1 – Sophie Rochefort-Guillouet, ancienne élève de l’ENS en lettres classiques, de l’université Paris IV Sorbonne et diplômée de Sciences Po Paris, enseigne l’histoire comparée de l’Europe et de l’Asie et l’histoire de l’art à Sciences Po Paris, ainsi que la littérature à l’université de Rouen, dans la section Humanités et monde contemporain. Ses cours portent sur l’histoire de la route de la soie et de ses nouvelles implications économiques et culturelles. Elle a vécu et enseigné à l’étranger (Londres, Washington DC, Madrid) et effectue des missions régulières en Asie.

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