Jeux olympiques 2018 : la bière sans alcool, secret des médailles allemandes

Les Allemands occupent actuellement la deuxième place du classement des médailles derrière la Norvège. REUTERS
La délégation allemande est venue avec 3 500 litres de cette boisson en Corée du Sud.

Avec déjà dix titres olympiques, vingt médailles en tout et une actuellement deuxième place au classement des médailles derrière la Norvège, l’Allemagne réussit d’excellents Jeux d’hiver de Pyeongchang. Leur secret ? La bière sans alcool, nous apprend le New York Times dans un article publié lundi.

La délégation germanique est partie en Corée du Sud avec 3 500 litres de houblon, fournis par le brasseur Krombacher. Médecin de l’équipe olympique allemand de ski, Johannes Scherr affirme que presque tous ses athlètes la savourent à l’entraînement.

Des effets positifs sur la santé ?

Si aucune consigne collective n’existe, Scherr met en avance une étude, financée par un brasseur, qu’il a menée en 2009. Des coureurs du marathon de Munich s’étaient hydratés trois semaines avant et deux semaines après la course avec de la bière sans alcool. Résultat : ils souffraient moins d’inflammations ou d’infections respiratoires que ceux qui avaient consommé un placebo.

« C’est très bon après l’échauffement ou la compétition », confirme le biathlète Simon Schempp, battu à la photo-finish par Martin Fourcade dimanche. « Ça a bon goût, et c’est bénéfique pour notre corps », appuie le géantiste Linus Strasser.

Rassurez-vous, les Allemands restent fidèles à leur réputation d’amateurs de leur boisson nationale. 11 000 litres de bière, avec alcool cette fois, accompagnent la délégation allemande à Pyeongchang. Il faut bien fêter les médailles.

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ALAIN DE BENOIST : LA DROGUE, PHÉNOMÈNE DE MASSE

UNE SOCIÉTÉ DE DROGUÉS, C’EST DÉJÀ PRESQUE UNE SOCIÉTÉ DE ZOMBIES  Alain de Benoist  Intellectuel, philosophe et politologue

L’éternel serpent de mer revient avec le débat sur une possible légalisation du cannabis. Certaines régions des États-Unis viennent, d’ailleurs, d’en autoriser la vente à « usage récréatif ». En France, le gouvernement annonce un aménagement des sanctions frappant ses utilisateurs. On se souvient que les Américains n’ont jamais autant bu que sous la prohibition. Le combat est-il perdu d’avance ?

Précisons, d’abord, que la légalisation et la dépénalisation ne sont pas la même chose et qu’en France, les autorités ne s’orientent, pour l’instant, ni vers l’une ni vers l’autre. Selon la législation actuelle, les fumeurs de joints sont, en principe, passibles d’une peine d’un an de prison. Comme on compte environ 700.000 fumeurs quotidiens, si l’on appliquait la loi, il faudrait transformer des villes ou des régions entières en prisons. C’est donc une loi inapplicable – et il n’y a rien de tel, pour discréditer la loi, que de la rendre inapplicable. En rendant l’usage du cannabis justiciable d’une simple contravention, on rend au moins la loi applicable. C’est donc le contraire d’une dépénalisation. (Vous remarquerez que, dans l’immédiat, rien n’est prévu pour les drogués au Nutella®.)

Les stupéfiants sont aussi vieux que l’humanité. Il en était fait, autrefois, un usage religieux, chamanique ou divinatoire. Freud était cocaïnomane, Nabokov morphinomane, Rimbaud et Pierre Loti fumeurs d’opium, Antonin Artaud a eu recours à toutes les drogues, Ernst Jünger a essayé le LSD.

Le problème ne commence vraiment que lorsque la drogue devient un phénomène de masse : une société de drogués, c’est déjà presque une société de zombies. Quant aux États-Unis, qu’on y légalise maintenant le cannabis (la coke et le crack s’y consommant déjà à la tonne) alors que fumer une cigarette dans la rue suffit presque à vous faire considérer comme un terroriste, disons qu’ils nous surprendront toujours…

C’est en grande partie grâce à l’interdiction des stupéfiants, et donc à leur trafic, que nos « cités sensibles » demeurent relativement « tranquilles ». Si ces substances venaient à se retrouver en vente libre, les mêmes « banlieues » exploseraient pour de bon. Le prix à payer pour cette paix sociale vous paraît-il trop élevé ?

Le principe du racket mafieux, c’est : Tu payes pour ta « protection » ou on casse tout ! La « loi des banlieues », c’est la même chose : Tu laisses faire le trafic ou ce sera l’émeute ! Cela n’a rien à voir avec une éventuelle légalisation du cannabis. Si celle-ci se produisait, les bandits et les voyous se reconvertiraient instantanément dans un autre trafic juteux, et la situation serait la même. Faire reposer la « paix sociale » sur des concessions faites à la pègre, cela revient à reconnaître que c’est elle qui a le pouvoir de décision.

L’INSEE annonce qu’à partir du mois de mai, à la demande de l’Institut européen des statistiques, il va intégrer le trafic de drogue dans le calcul du produit intérieur brut (PIB). Faites-vous partie de ceux qui s’en indignent au motif qu’il est « immoral » de considérer que la drogue fasse partie de la richesse nationale ?

Ceux qui s’en indignent sont des naïfs : ils croient encore que l’économie a quelque chose à voir avec la morale ! Mais ce sont surtout des gens qui n’ont absolument pas compris ce qu’est le PIB. Le PIB ne mesure pas la richesse mais la croissance qui résulte de l’activité économique, sans s’interroger sur les causes de cette croissance ni sur la nature de cette activité.

Le PIB ne mesure nullement le bien-être, mais seulement la valeur ajoutée des produits et des services ayant fait l’objet d’une transaction commerciale, quelle que soit la source, positive ou négative, de ces échanges. C’est la raison pour laquelle il comptabilise positivement l’activité économique qui résulte des accidents de la route, des catastrophes naturelles, de certaines pollutions, etc.

La tempête de décembre 1999, par exemple, a été comptabilisée comme ayant contribué à une hausse de la croissance de l’ordre de 1,2 %. Le PIB, d’autre part, ne tient aucun compte de la dégradation de l’environnement ni de l’épuisement des ressources naturelles. Ce qui est stupéfiant, ce n’est donc pas qu’il intègre le trafic de drogue ou la prostitution dans ses statistiques, mais qu’il y ait encore des gens pour être en extase devant la croissance mesurée par le PIB.

À l’instar de tous les autres commerces, celui de la drogue est désormais mondialisé. Le criminologue Xavier Raufer se désole que cette « économie grise », représentant près de 15 % du PNB mondial, intéresse assez peu les économistes et les politiques. Qu’est-ce que cela nous dit sur celui de nos sociétés ?

Cela nous dit qu’à l’échelle mondiale, la part de l’illicite ne cesse de croître par rapport à celle des activités licites. Mais cela nous dit surtout, et c’est beaucoup plus grave, que les deux domaines deviennent de plus en plus indiscernables. Il y a belle lurette, en effet, que les profits faramineux des narcotrafiquants sont allés s’investir dans des sociétés industrielles et financières tout à fait légales, ce qui a encore renforcé leur pouvoir.

Dérégulation aidant, pratiquement toutes les banques utilisent de l’argent sale, et très peu sont condamnées. Système capitaliste et crime organisé ont, ainsi, peu à peu fusionné. Entre le narcotrafic, le crime, la corruption, la spéculation à haute fréquence (à la vitesse de la nanoseconde), les contrefaçons et les pratiques frauduleuses, ce sont des centaines de milliards de dollars qui se promènent ainsi dans le monde. Lisez, à ce propos, le livre de Jean-François Gayraud sur « Le Nouveau Capitalisme criminel » (Odile Jacob, 2014). Il est éclairant.

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Cannabis médical : surestimation des bénéfices sur la douleur selon de nouvelles recommandations

Des recommandations canadiennes, éditées par l’Université de l’Alberta, énoncent que les risques du cannabis médical pourraient l’emporter sur les avantages dans nombre de maladies et limitent donc leurs indications.

Selon le document intitulé « Recommandations simplifiées pour la prescription de cannabinoïdes médicaux en soins primaires », il existe peu de données probantes à l’appui des bénéfices allégués du cannabis médical. Les avantages réels sont souvent contrebalancés ou même annulés par les inconvénients.
Ces nouvelles recommandations médicales suggèrent que les médecins généralistes canadiens devraient prendre un second avis spécialisé avant de prescrire du cannabis médical chez la plupart des malades.

Un enthousiasme très exagéré

« Même si l’enthousiasme pour le cannabis médical est très fort chez certains malades, les recherches médicales de bonne qualité n’ont pas objectivé un tel bénéfice », a déclaré Mike Allan, directeur de l’Evidence-Based-Medicine à l’Université de l’Alberta et chef de projet pour les recommandations.

Ces recommandations ont été élaborées après une analyse approfondie des essais cliniques publiés sur le cannabis médical et elles ont été supervisées par un comité de 10 experts, assistés de 10 autres spécialistes et de 40 autres médecins, pharmaciens, infirmières praticiennes, infirmières et malades.

L’analyse a concerné les bénéfices des cannabinoïdes utilisés pour le traitement de la douleur, de la spasticité, des nausées et des vomissements, ainsi que de leurs effets secondaires et leurs toxicités.

Des preuves scientifiques faibles ou inexistantes

Selon les chercheurs, dans la plupart des indications revendiquées pour les cannabinoïdes, le nombre d’études randomisées testant le cannabis médical est extrêmement limité, voire totalement absent. La taille et la durée des études existantes sont par ailleurs très limitées, ce qui en limite très nettement la portée scientifique.
« En général, nous parlons d’une seule étude et dont la méthodologie est très mauvaise », a déclaré Allan. «

Par exemple, il n’y a pas d’études pour le traitement de la dépression. Sur l’anxiété, il y a une seule étude de 24 malades souffrant d’anxiété sociale dans laquelle la moitié a reçu une dose unique de dérivé de cannabis (…). C’est très insuffisant pour déterminer si un traitement à vie du trouble anxieux généralisé est raisonnable ».

Une poignée d’indications validées

Selon les recommandations, le niveau de preuve est acceptable pour l’utilisation des cannabinoïdes médicaux uniquement dans une poignée de maladies très spécifiques.

Celles-ci comprennent la douleur neuropathique chronique (douleur d’origine neurologique), le traitement palliatif de la douleur cancéreuse, la spasticité associée à la sclérose en plaques (ou à une lésion de la moelle épinière), ainsi que les nausées et les vomissements secondaires à la chimiothérapie. Même dans ces cas précis, les bénéfices évalués ont été jugés généralement mineurs.

Pour la douleur neuropathique, 30% des malades qui prennent un placebo ont une amélioration modérée de leur douleur contre 39% de ceux qui prennent des cannabinoïdes médicaux. Chez les patients souffrant de spasticité, 25% des patients sous placebo ont une amélioration modérée, contre 35% sous cannabis médical.

L’utilisation du cannabis médical semble plus efficace pour la prise en charge des nausées et des vomissements sous chimiothérapie. Un peu moins de la moitié des patients utilisant des cannabinoïdes n’ont plus de nausées et de vomissements, comparativement à seulement 13% des malades sous placebo.

Des effets secondaires non négligeables

« Les cannabinoïdes médicaux devraient donc être envisagés seulement dans une poignée de maladies où les preuves sont suffisantes et seulement après que le malade ait essayé les traitements standard, » ajoute Allan. « Compte tenu de la variabilité du dosage de cannabis médical, et des risques possibles de tabagisme associés, nous recommandons également que les cannabinoïdes pharmaceutiques soient essayés en premier, avant de fumer de la marijuana médicale ».

Alors que les preuves supportant l’efficacité des cannabinoïdes médicaux sont limitées, les effets secondaires eux sont fréquents et réguliers. Environ 11% des patients ne sont pas capables de tolérer les cannabinoïdes médicaux, contre 3% des patients le placebo. Les effets indésirables les plus courant sont une sédation (50% contre 30% sous placebo), des étourdissements (32% contre 11% sous placebo) et une confusion mentale (9% contre 2% sous placebo).

Rester rationnel et prudent

« Ces recommandations ne vont pas satisfaire certaines personnes, en particulier celles qui ont un point de vue partisan en faveur des cannabinoïdes médicaux », a déclaré Allan. Il a ajouté que ceux qui s’opposent à l’utilisation de cannabinoïdes pour un traitement médical peuvent également être déçus que les recommandations prennent en compte les cannabinoïdes médicaux dans un petit nombre de cas spécifiques.

« D’autres, qui pensent que les cannabinoïdes sont très efficaces et ne présentent aucun risque, pourraient se sentir frustrés que les recommandations ne préconisent pas leur utilisation plus tôt ou dans un plus large éventail de maladies ».

Mais le problème essentiel d’après les experts est le manque criant d’études de bonnes qualités sur le cannabis médical. « Des recherches de meilleure qualité sont absolument nécessaires : des essais contrôlés et randomisés qui suivent un grand nombre de malades pendant de longues périodes de temps. Si nous avions cela, cela pourrait changer notre vision des choses et changer nos recommandations ».

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Pourquoi le marché de la bière sans alcool croît-il si vite?

Budweiser et Corona estiment que 20 % de leur production de bière sera sans alcool d’ici 2025.

Aujourd’hui, les gens ont une panoplie de produits qui s’offrent à eux s’ils désirent ne pas boire. La bière sans alcool a aujourd’hui presque exactement le goût de la bière normale, et plusieurs bars offrent des cocktails sans alcool, voire des cocktails « placebos », qui ont le goût de l’alcool sans en contenir.

Le marché de la bière désalcoolisée, surtout, connaît une croissance sans précédent. Alors que la consommation mondiale de la bière conventionnelle a chuté de 2015 à 2016, celle de la bière sans alcool a grimpé de 5 %. Les géants brassicoles s’y mettent : Budweiser, Corona, Heineken et Carlsberg ont tous sorti des versions sans alcool de leurs bières dans les trois dernières années. Budweiser et Corona estiment que 20 % de leur production de bière sera sans alcool d’ici 2025. Diageo, propriétaire de Guinness, a de son côté décidé d’investir dans une compagnie de spiritueux sans alcool, en plus de sortir la Pure Brew, une lager sans alcool, plus tôt cette année.

(Ce n’est par ailleurs pas très compliqué de faire de la bière sans alcool. On fait une bière conventionnelle, et on la fait ensuite bouillir pour en retirer l’alcool. En plus, on n’a pas besoin de payer de taxes sur l’alcool.)

Mais d’où vient cet engouement soudain pour les boissons sans alcool?

Il faut en premier lieu comprendre que ce n’est pas si soudain que ça. On le voit dans les statistiques depuis un moment déjà : les jeunes d’aujourd’hui sont pas mal moins intéressés par la drogue, l’alcool et le sexe.

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Libérez-vous de l’alcool avec la Croix bleue

 L’alcool tue environ 50 000 personnes en France (entre 1800 et 2000 en Lorraine) et plus de 3 millions dans le monde par an. L’ONU estime que l’alcool est responsable d’un décès sur vingt sur Terre. Soit plus que le sida, la tuberculose et la violence réunis.

Un des socles de l’association consiste en la tenue des réunions qui se tiennent deux fois par mois, les vendredis soirs. Chaque personne peut déposer un peu son fardeau. Pas de jugement ni de commentaires, simplement de l’écoute et de l’échange. Photo RL

Après dix-neuf années d’existence, la Croix bleue Porte de France Thionville-Yutz reste une valeur sûre et forte où se côtoient continuellement des nouveaux et des anciens.

Bernard Carentz, président de la Croix bleue à Yutz, nous expose un constat alarmant sur les ravages que peut provoquer la consommation excessive d’alcool. Synonyme et symbole de convivialité, de détente, d’amusement et de réjouissances, l’alcool est bien souvent de la partie quand il s’agit de faire la fête. Anniversaire, mariage, réveillon ou simple plaisir de se retrouver entre amis : toutes les occasions sont bonnes pour trinquer. Et on ne se pose même pas la question de la présence ou non de cette potion magique. L’alcool est culturellement présent dans notre vie.

«  Quelle serait la réaction de la majorité des gens s’ils ne trouvaient que des jus de fruits et sodas pour célébrer une réunion amicale ou familiale ? Est-ce que la fête peut être plus folle sans alcool ? Je vous dis oui, bien sûr  », affirme le responsable.

Jeunes et adultes tous concernés

Les adolescents sont susceptibles de rechercher des sensations fortes et d’adopter des comportements à risques. Nombre des jeunes sont en mode « cuite express » qui consiste en une consommation occasionnelle mais excessive dans l’intention de se défoncer par amusement.

Concernant les adultes, il est vrai que la conjoncture actuelle n’est pas reluisante. Il y a aussi les accidents de la vie, un décès, une séparation, une perte d’emploi, avec comme issue, une consommation d’alcool.

C’est pour toutes ces raisons que la Croix bleue existe.

Un des socles de l’association consiste en la tenue des réunions qui se tiennent deux fois par mois, les vendredis soirs. Chaque personne peut déposer un peu son fardeau. Pas de jugement ni de commentaires, simplement de l’écoute et de l’échange.

Les membres interviennent également dans les lycées ou lors d’autres manifestations lorsqu’ils sont sollicités.

La méthode mise en place par la Croix bleue qui consiste à un accompagnement personnalisé et à l’aspiration à l’abstinence permet à nombre de personnes de ne pas recourir ni au sevrage, ni à la postcure.

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Un magistrat s’inquiète de l’usage grandissant du cannabis

Un magistrat s'inquiète de l’usage grandissant du cannabis

André-Frédéric Delay : « Sur les 18-30 ans, un quart des hospitalisations est lié aux stupéfiants ». 

Quelle réponse la justice doit-elle apporter face l’usage grandissant du cannabis ? Le juge, André-Frédéric Delay ouvre des pistes de réflexion. Quelle réponse la justice doit-elle apporter face à l’usage grandissant du cannabis ? Le juge André-Frédéric Delay ouvre des pistes de réflexion.

André-Frédéric Delay, vice-président du tribunal de grande instance du Puy connaît bien la question de la consommation de cannabis, à travers son ancien métier de policier, aujourd’hui en tant que magistrat. Il accepte de nous éclairer sur ce phénomène de société.

Que pensez-vous des nouvelles dispositions en matière de répression de l’usage du cannabis ?

J’ai compris qu’il y aurait une amende délictuelle, avec quand même des possibilités de poursuites. Mais pour le moment c’est très flou. En réalité, ça ne change pas grand-chose. Il y a bien longtemps que l’usage de cannabis n’est réprimé que par une amende. Seuls des cas exceptionnels appellent d’autres sanctions. Je traite régulièrement par ordonnances pénales des affaires d’usage de stupéfiants, souvent associées d’ailleurs à des conduites sous l’empire de la drogue.

Vous parlez là de petits usagers ?

Tout dépend ce que l’on entend par petits usagers. Si vous entendez simple consommateur par rapport à celui qui détient des quantités importantes ou celui qui en revend, alors oui, celui-ci n’est pas renvoyé devant un tribunal, mais il est poursuivi malgré tout pour avoir commis un délit et il est le plus souvent puni d’une amende qui varie en fonction des ressources, entre 200 et 500 euros.

Il m’arrive de ne pas accepter d’ordonnance pénale, si je m’aperçois que la personne possède des antécédents importants d’usage de stupéfiants. Dans ce cas, la comparution devant un juge est peut-être nécessaire, pour arriver à une prise de conscience, pour engager des soins. Il faut essayer de trouver dans notre « boîte à outils » des moyens d’aider le sujet de sortir de son addiction.

La consommation de cannabis a-t-elle réellement explosé ?J’ai du mal à quantifier l’augmentation. Je peux dire par contre que l’essentiel des ordonnances pénales concernaient auparavant des conduites en état alcoolique. Maintenant, sur une cinquantaine de dossiers que je traite, j’en ai à peu près une vingtaine avec du cannabis.

Je vais à l’hôpital psychiatrique deux fois par semaine (depuis 2011, la loi impose l’intervention d’un juge avant le douzième jour d’hospitalisation sans consentement). L’an dernier, j’ai rendu près de 350 ordonnances, soit une cinquantaine de dossiers en plus par rapport à 2016. Sur les 18-30 ans, un quart des hospitalisations est lié à une consommation de produits stupéfiants, ce qui est énorme. En général, du cannabis, la drogue ordinaire, que l’on prend pour se calmer, pour dormir le soir. On voit apparaître la cocaïne, qui est un peu comme la bouteille de champagne pour les fêtes. On se fait plaisir avec un petit rail de coke.

À travers votre expérience, que pouvez-vous dire sur les méfaits du cannabis ?L’usage provoque la psychose cannabique. Une modification de l’état de conscience. Sur les personnalités fragiles, il favorise l’apparition de failles importantes de type psychotique. Je n’évoque même pas les problèmes induits comme la désocialisation, les troubles de la concentration, le décrochage scolaire. Les gens connaissent très mal les effets du cannabis, en particulier les professionnels de la route. Le gars qui se fait un joint le week-end en boîte de nuit, ne se rend pas compte qu’il sera contrôlé positif au volant, le lundi ou le mardi. En plus, les cannabis sont beaucoup plus nocifs qu’avant, plus chargés en THC. Les drogues douces n’existent plus.

La dépénalisation, vous n’y pensez même pas ?

Ce serait catastrophique. L’argument selon lequel on autorise l’alcool ne tient pas. Ce n’est pas parce que l’on a une drogue dure avec laquelle on est extrêmement complaisant que pour autant il faut en rajouter une autre. L’alcool est culturellement accepté, on est moins désociabilisé en buvant. Mais les effets du cannabis sont tout autant sinon plus redoutables que ceux de l’alcool. Avant de parler de dépénalisation pour désengorger les tribunaux, mieux vaudrait réfléchir à l’éducation. Faire peur aux jeunes, ça ne sert à rien. Il est préférable de les faire réfléchir sur la manière de conduire leur vie

On pourrait penser que la Haute-Loire est relativement privilégiée, sur le plan de la délinquance en général. Qu’en est-il concernant les stupéfiants ? N’allons pas croire que la Haute-Loire soit épargnée. Tout le monde sait qu’il y a des dealers professionnels qui vendent aux portes des lycées de Monistrol-sur-Loire, de Roche-Arnaud et de La Chartreuse. Il y a une très grande porosité entre la plaque urbaine stéphanoise et l’est de la Haute-Loire. Le département est un territoire de consommation et d’échanges de stups. D’ailleurs les « clients » que j’avais à Saint-Étienne avant, je les retrouve au Puy.

Philippe Suc Source

Le désarroi des parents face à la consommation excessive de cannabis

Plus de 7 % des jeunes de 17 ans présenteraient un risque élevé d’usage problématique, soit environ 60 000 adolescents de cet âge.

LE MONDE | Par François Béguin

Que faire lorsqu’un adolescent se met à avoir une consommation excessive de cannabis ? Cette question, des milliers de parents se la posent chaque année en France, avec souvent le sentiment d’être bien démunis et bien seuls pour y répondre.

Aucune famille ne semble a priori immunisée contre une telle situation. Médecin à Bordeaux (Gironde), Stéphanie, qui préfère garder l’anonymat, et son mari, dentiste, n’avaient par exemple jamais pensé que l’un de leurs enfants puisse un jour être concerné par une telle addiction. Lorsqu’un soir celui-ci, alors en classe de troisième, rentre en stop parce qu’il s’est endormi dans le bus de retour du collège, « défoncé » après avoir fumé du cannabis, ils tombent des nues. A cette époque pourtant, avec une consommation quasi-quotidienne, ses résultats scolaires plongent.

Phénomène loin d’être marginalFin de l’argent de poche, interdiction de sortie… Stéphanie et son mari multiplient les sanctions mais rien n’y fait. Au domicile familial, les positions se figent, « c’était la guerre », dit la mère de famille. C’est finalement le recours à CAAN’abus, une consultation jeune consommateur (CJC) conseillée par la ligne d’appel gratuite et anonyme Drogue info service, qui permet de faire retomber la tension. « La psychologue nous a aidés à lâcher prise, raconte Stéphanie. On le flique moins. On est moins sur lui, ça ne se termine plus en pugilat, à le plaquer au sol… »

Le phénomène est loin d’être marginal. Selon les chiffres publiés mardi 6 février par l’Observatoire français des drogues et des toxicomanies (OFDT), 7,4 % des jeunes de 17 ans, soit environ 60 000 adolescents d’uniquement cet âge, seraient susceptibles de présenter en 2017 un « risque élevé d’usage problématique » de cannabis. Une population qui représentait un quart (24,9 %) des jeunes ayant fumé au moins une fois dans l’année écoulée, en hausse de 3 points par rapport à 2014 (21,9 %).

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Cannabis, alcool, tabac : quelles sont les conséquences chez les adolescents ?

La publication des premiers chiffres de l’enquête ESCAPAD menée par l’Observatoire Français des Drogues et des Toxicomanies (OFTD) montre une diminution de la consommation de tabac, de cannabis et d’alcool chez les adolescents. L’occasion de revenir sur un risque pas si anodin à cet âge.

Cannabis, alcool, tabac : quelles sont les conséquences chez les adolescents ?  PHOTOGRAPHEE.EU/EPICTURA
 

Le tabagisme des adolescents est le plus bas jamais enregistré depuis vingt ans avec une baisse de 18 % par rapport à l’an 2000. Pourtant, 6 adolescents sur 10 disent avoir déjà essayé de fumer une cigarette. Les jeunes sous-estiment souvent les risques du tabac pour la santé et le risque de dépendance à un âge sensible pour la maturation de leur cerveau. Plus les enfants commencent à fumer jeunes, plus ils risquent de devenir des consommateurs réguliers et moins ils sont susceptibles de renoncer au tabac.

On croit à tort que pour sensibiliser les jeunes contre les méfaits du tabac, il faut adopter une démarche différente de celle des adultes. Pourtant une action pédagogique s’adressant à toutes les tranches d’âge est plus efficace pour changer les comportements, en particulier chez les adultes qui montrent souvent le mauvais exemple.

L’inquiétant « Binge Drinking »

L’adolescence est une période de changement et de transition, en particulier pour le cerveau. Il subit une reconfiguration importante et les centres responsables des émotions sont particulièrement modifiés.

Pour certains adolescents, consommer de l’alcool est une façon d’expérimenter des sensations fortes. Le « Binge Drinking », c’est à dire le fait de ne boire que rarement mais en quantité très importante (plus de 5 verres en un temps très court) concernerait plus de quatre jeunes sur 10 d’après cette enquête.

En plus du risque de violences et de blessures graves, la consommation abusive d’alcool attaque davantage la mémoire et la plasticité du cerveau des adolescents que celui des adultes. Une consommation excessive précoce augmente la prise de décision à risque tout au long de la vie. Sans oublier que les jeunes qui consomment de l’alcool avant l’âge de 21 ans augmentaient de 70 % leur risque d’être éventuellement aux prises avec un problème de consommation de drogues.

Pédale douce sur le cannabis

Les drogues dites « douces », comme le cannabis, en apparence moins dangereuses, peuvent constituer un piège important. Les conséquences d’une utilisation massive de cannabis sur le développement psychologique et social peuvent être nombreuses et influencer le jeune jusqu’à son âge adulte. Les effets nocifs en relation au cannabis sont plus prononcés lorsque la première consommation se fait avant l’âge de quatorze ans.

Comme pour le tabac et l’alcool, l’expérimentation du cannabis est en baisse et passe pour la première fois depuis 2000 sous la barre des 40 %. Ce chiffre est une bonne nouvelle à la vue des effets immédiats et chroniques d’une prise de cannabis sur le système nerveux, que ce soit sur le risque de psychoses, les capacités de mémorisation, d’attention et d’apprentissage. Le cannabis consommé par les adolescents est soupçonné d’être l’une des causes de l’échec scolaire.

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Les effets négatifs de l’alcool sur l’organisme

Avec une consommation de 15 litres par an par habitant en moyenne, la France est le troisième plus grand consommateur d’alcool en Europe. Un chiffre qui illustre le bien-vivre à la française mais qui n’est pas sans conséquence pour les organismes. Surtout, sa consommation n’aide en rien à la performance sportive.

Tour d’horizon des effets négatifs de l’alcool sur le corps.

Tous sports - Ilosport - L'alcool, une boisson aux multiples effets sur l'organisme. (Shutterstock/D.R)
L’alcool, une boisson aux multiples effets sur l’organisme. (Shutterstock/D.R)

Quels sont les effets de l’alcool sur l’organisme ?

L’alcool est absorbé par l’intestin grêle. Il n’est pas digéré comme un nutrimentmais plus comme une toxine, passant directement dans le sang. Son élimination dure environ 90 minutes et passe à 95% par le foie. La peau (transpiration), les poumons (l’air expiré) et la salive sont les autres moyens de l’évacuer.

Une fois ingéré, l’alcool influe sur le cerveau. A faible dose, il provoque une euphorie, de l’excitation et une baisse des réflexes. Avec une quantité plus importante, on observe des troubles de l’élocution, de la somnolence, des nausées. Les boissons alcoolisées jouent sur la conscience, le comportement, la perception et le ressenti. Elles entraînent aussi un « foie gras », le gras est moins bien éliminé et reste stocké dans le foie, entraînant des maladies et une prise de poids.

Après une consommation excessive d’alcool, il est possible d’avoir mal à la tête car l’organisme essaye de se débarasser de la surdose d’alcool. Cela entraîne une déshydratation qui provoque des maux de tête. C’est pour cette raison qu’il est recommandé de boire de l’eau. L’idée que la bière est un bon moyen de se réhydrater après l’effort est donc complétement faux.

 Pourquoi l’alcool est mauvais pour la santé ?

La consommation d’alcool a des effets néfastes sur l’organisme. C’est la deuxième cause de mortalité prématurée évitable en France avec 45 000 décès par an. Ce classement situe l’alcool derrière le tabac, mais ses effets sont bien plus rapides.

L’alcool favorise les cancers du système digestif, augmente les risques d’accidents cardiovasculaires et affecte la santé psychique, le sommeil, la tension artérielle, le système nerveux et la mémoire. Une consommation régulière peut entraîner d’autres maladies chroniques très graves : la cirrhose du foie ou le syndrome de Korsakoff par exemple. Dans le premier cas, cela nécessite une transplantation du foie alors que dans le second, il s’agit de troubles neurologiques importants comme la démence.

L’idée que le vin est bon pour la santé n’a pas encore été prouvée scientifiquement. Si le polyphénol, un puissant antioxydant, y est présent, il n’est pas encore certains que son effet positif soit supérieur aux effets négatifs de la consommation d’alcool.

Il vaut mieux une bière blanche qu'un mélange de vodka et de soda. (Shutterstock/D.R)
Il vaut mieux une bière blanche qu’un mélange de vodka et de soda. (Shutterstock/D.R)
 Quelle est la limite à la consommation d’alcool ?

Un verre d’alcool contient 10g d’alcool pur. On parle d’unités d’alcool, car les quantités disponibles notamment dans les bars sont équivalentes. Une bière est égale à un shooter d’alcool fort qui est égal à une unité.

Il est dangereux de boire plus de deux unités par jour, ou quatre lors d’une même occasion ou dix en une semaine. La consommation occasionnelle et festive d’alcool n’implique évidemment pas tous les effets négatifs cités plus haut, mais pensez à boire avec modération.

 En nutrition, l’alcool est un ennemi

Un gramme d’alcool contient sept calories. Plus que sa richesse en calories, c’est le fait qu’il ne contient pas d’autres nutriments qui est grave. L’alcool représente beaucoup d’énergie pour aucun effet positif pour l’organisme. A titre de comparaison, un verre contient autant de calories que 100 g de fromage blanc qui est beaucoup plus riches en nutriments essentiels.

Chez les personnes qui ont une consommation excessive d’alcool, la boisson peut représenter jusqu’à 6% des apports énergétiques journaliers. D’un point de vue esthétique également, l’alcool empêche la bonne élimination du gras et donne du ventre.

L’autre problème de l’alcool est qu’il est très sucré de nature. Les mélanges avec des boissons fruitées renforcent encore plus cela. S’il faut faire un choix, l’alcool le plus intéressant d’un point de vue nutritif est la bière blanche, car elle est moins sucrée donc moins riche en calories avec 178 pour un verre. Dans tous les cas, boire ou être en bonne santé, il faut choisir.

N.K. avec Emilie Engel
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STOP CANNABIS :

L’APPLICATION QUI AIDE LES CONSOMMATEURS À ARRÊTER

Il existe désormais une application qui vient en aide aux consommateurs de cannabis. Stop Cannabis permet d’évaluer sa consommation et les risques qu’elle entraîne. Cette appli aide également à décrocher de cette drogue.

Selon un rapport de l’Observatoire français des drogues et des toxicomanies, le cannabis est le produit psychoactif le plus consommé chez les jeunes en France. Pour autant, la consommation de cannabis reste illégale. A outrance, elle peut entrainer des effets nocifs pour la santé. Fort de ces constats, l’hôpital de la Salpêtrière à Paris et l’Hôpital universitaire de Genève ont créé Stop Cannabis, une application d’aide au sevrage du cannabis.

L’application Stop Cannabis permet tout d’abord d’évaluer votre consommation de cannabis. Vous pourrez ainsi déterminer si votre consommation est à risque, faible ou modérée. L’appli vous fournira également une graduation des bénéfices que vous aurez en arrêtant de consommer, tant en termes de coûts que de bien-être physique et mental.

Le deuxième objectif de cette appli consiste à vous accompagner dans votre démarche de stopper votre consommation. Mais attention, cela reste votre démarche, c’est vous qui êtes acteur. L’appli vous aide par le biais de messages, de notifications, de conseils personnalisés, de témoignages. Si au bout de ce parcours, vous rechutez, l’appli vous fournira des adresses de centres de soin. L’application Stop Cannabis est gratuite. Depuis son lancement, 25 000 personnes l’ont déjà utilisée en France.

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Perdre 10% de votre poids en 100 jours ?

Attention à l’alcool

Généralement une perte de poids se fait à l’eau pas au vin rouge…

Attention à l’alcoolvadimphoto/Epictura

Il faut tordre le cou aux légendes :

  • Non, l’alcool ne réchauffe pas.
  • Non, l’alcool n’est pas source de bonne énergie.
  • Non, l’alcool ne rend pas plus viril, et surtout, contrairement à ce que certains peuvent prétendre, l’alcool coûte plus cher à la collectivité que ce que ne rapportent les taxes à l’État, car le vin est un tueur ; sympathique, mais un tueur.

La recommandation officielle de Santé publique France vient juste d’être publiée : la consommation sans risque est un leurre, expliquent ces experts, qui préfèrent désormais parler de « repères de consommation à faible risque ».

Il ne faut pas boire :

  • plus de deux verres d’alcool par jour,
  • homme comme femme,
  • et pas plus de dix par semaine –
  • ce qui inclut plusieurs jours de sobriété totale.
  • Ce qui nous arrange, l’alcool étant un mauvais aliment.
  • Trop riche en calories, mais surtout, qui plus est, donne faim en ouvrant plutôt l’appétit.

Donc pour moi, pas l’ombre d’une hésitation, la perte de poids se fait à l’eau…

Une astuce qui marche à tous coups : comme c’est très difficile de refuser du vin, laissez le maître de maison vous servir, trinquez avec les autres et ne touchez plus au verre pendant tout le repas. Pratiquement personne ne verra que vous ne buvez pas d’alcool (laissez-le en revanche vous servir de l’eau) et vous n’aurez pas besoin de vous lancer dans des explications pénibles.

La peur du gendarme et des contrôles d’alcoolémie est une autre excuse qui marche bien.

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Que sait-on des risques liés à la consommation de cannabis? (Le Figaro)

 

En raison de ses effets sur la mémoire, la concentration et la motivation, le cannabis présente surtout des méfaits d’ordre psychosocial, en particulier dans le cadre de la scolarité.

On lit et on entend absolument tout sur la dangerosité du cannabis. Pour faire avancer le débat, des scientifiques américains ont tout récemment produit un rapport de plus de 400 pages qui détaille l’analyse de quelque 10.700 études scientifiques publiées depuis 1999 sur le sujet. Les experts des académies américaines de sciences, de médecine et d’ingénierie se sont attardés tant sur les vertus thérapeutiques du cannabis que sur les dangers potentiels d’une consommation récréative.

Que nous apprennent-ils? Tout d’abord, sans surprise, que la consommation de cannabis au volant augmente le risque d’accidents. Par contre, le rapport souligne que le niveau de preuves est trop faible pour mettre en cause de façon certaine cette substance dans les cas d’overdose, notamment chez les plus jeunes.

Mais il y a d’autres effets délétères. Une expertise collective menée voilà trois ans à l’Inserm les a listés et a dressé un constat des pratiques. En France, soulignent ses auteurs, «le cannabis est le premier produit psychoactif illicite consommé à l’adolescence: en 2011, 42 % des adolescents de 17 ans en ont déjà fumé au moins une fois (39 % des filles et 44 % des garçons)».

La tendance semble être à la hausse. Si l’on en croit les derniers chiffres de l’Observatoire français des drogues et des toxicomanies (OFDT), en 2014, 47,8 % des jeunes de 17 ans auraient déjà goûté une fois à cette drogue. Or le rapport de l’Inserm le précise: «5 % présenteraient un risque d’usage problématique, voire de dépendance: 7 % des garçons et 3 % des filles.»

Un risque d’échec scolaire

Quels sont précisément les dommages induits par cet usage? Ils sont surtout d’ordre psychosocial. Ce phénomène est également constaté par la vaste expertise américaine. Dans les heures qui suivent la prise de cannabis, l’attention, le temps de réaction, la mémoire de travail ou encore certaines fonctions exécutives se trouveraient perturbées. Autrement dit, l’apprentissage en serait affecté. Mais si le rapport américain estime le niveau de preuves insuffisant pour évaluer les impacts à long terme, une étude publiée ce printemps par une équipe de l’Inserm pointe en revanche les risques d’échec scolaire…

Directrice de recherches à l’Inserm, à l’Institut Pierre Louis d’épidémiologie et de santé publique, Maria Melchior et son équipe ont mené leur enquête auprès d’un millier de personnes âgées de 22 à 35 ans. Ces volontaires ont entre autres été interrogés sur leurs études et leur consommation de cannabis. Ils avaient déjà participé à des suivis au cours de l’enfance et de l’adolescence. Leurs parents étaient également partie prenante, ce qui permettait d’évaluer le milieu social et le parcours scolaire de leurs enfants. Ainsi, parmi ces volontaires, 39 % reconnaissent avoir fumé du cannabis à partir de 17 ans, 22 % avant 16 ans. Or, d’après les résultats de Maria Melchior, ceux qui s’en sortent le mieux sont les adeptes les plus tardifs, ceux qui fument des joints après 17 ans – ils sont plus nombreux à obtenir leur baccalauréat et à poursuivre des études. En revanche, elle constate que «la consommation précoce de cannabis avant 17 ans augmente de 60 % la probabilité de ne pas poursuivre d’études supérieures. C’est probablement lié aux effets propres au cannabis sur la concentration, la mémoire, la motivation des jeunes».

«Les dérèglements quant au parcours universitaire, aux relations sociales, voire la menace du chômage sont d’autant plus élevés que la consommation démarre tôt»

Là encore, les conclusions de l’équipe Inserm rejoignent celles formulée dans le rapport des académies américaines, où il est souligné que les dérèglements quant au parcours universitaire, aux relations sociales, voire la menace du chômage sont d’autant plus élevés que la consommation démarre tôt. Maria Melchior note en outre que«globalement, les jeunes filles sont moins enclines que les garçons à l’usage du cannabis. Mais lorsqu’elles en consomment, les conséquences pour elles sont particulièrement lourdes, générant des difficultés relationnelles plus importantes avec leur entourage et pouvant affecter leurs résultats scolaires».

Risque de schizophrénie ou autres psychoses

Quid des autres dangers allégués du cannabis? S’agissant des risques de cancer, en dehors de ceux liés à la consommation concomitante du tabac, rien n’est encore prouvé avec certitude, d’après la récente expertise américaine. Idem pour les accidents cardiaques ou cardiovasculaires, les problèmes d’infections chez les personnes fragiles, ou encore l’anxiété, la dépression avec des idées suicidaires.

En revanche, fumer régulièrement du cannabis irait de pair avec toux et bronchites chroniques, et serait statistiquement associé au fait de développer une schizophrénie ou autres psychoses. Aussi faut-il prendre en compte non seulement la précocité de la consommation, mais aussi sa fréquence, car le cannabis n’est pas sans danger, en particulier chez les plus jeunes et, de surcroît, s’il est consommé de façon récurrente. Il n’en reste pas moins que cette substance (ou plutôt des dérivés de cannabis ou cannabinoïdes) est aussi utilisée dans un but thérapeutique, contre la douleur ou les nausées, par exemple chez des cancéreux ou des malades souffrant de maladies neurologiques. Les doses sont alors prescrites par un médecin.

In memoriam par Jean Costentin

Sophie Daout – Une grande dame de la protection de la jeunesse contre les drogues vient de nous quitter.

Dans le cadre de notre Centre national de prévention, d’études et de recherche sur les toxicomanies (CNPERT), j’ai eu la chance de faire la connaissance puis d’échanger assez régulièrement avec madame Sophie Daout (Lucas par son époux Christian).

La convergence de nos actions contre les drogues et toxicomanies a tissé des liens d’intérêt, de convictions partagées, mêlés d’une affection certaine.

Elle a connu l’immense drame du décès de ses deux fils, dont l’un fut victime de la drogue. Au lieu de se laisser anéantir, de s’abandonner égoïstement à son malheur, ce cœur généreux a voulu se mettre au service de tous les jeunes, pour les empêcher de sombrer dans l’enfer des toxicomanies.

Professeur de l’enseignement secondaire, elle est devenue conseillère d’éducation-psychologue. Elle a multiplié alors les interventions au sein de nombreux collèges et lycées, partout en France où elle était sollicitée ; rencontrant plusieurs milliers d’élèves chaque année.

Je me souviens avec émotion des lettres de jeunes témoignant de ce qu’ils avaient ressenti en l’entendant et l’assurant qu’ils se feraient les relais des messages qu’elle leur avait fait passer. Elle a créé en l’an 2.000, à Fréjus, où elle résidait, une association : « Pour une jeunesse sans drogue ». Elle a écrit cinq livres sur les drogues.

Elle excellait dans l’art poétique et les lecteurs de notre letter du CNPERT ont pu bénéficier à au moins trois reprises de poésies qu’elle nous avait confié.

Elle a participé à nos actions contre les « salles de shoots » ; contre la dépénalisation du cannabis ; et bien sûre contre la légalisation de toutes les drogues.

Sa voix était forte, son discours pondéré, empathique, ferme et convaincant. Sa « longue » maladie, en dépit de son courage à la combattre, a fini par la vaincre, l’arrachant à notre affection.

Tout récemment encore elle me soumettait, pour recueillir mon avis, le texte d’une lettre qu’elle a du avoir le temps d’adresser à Madame Brigitte Macron, pour attirer son attention sur les drames des toxicomanies dans notre pays.

Sophie Daout, en hommage à son action, fut faite commandeur des palmes académiques.

A son cher Epoux, Christian Lucas, à leurs amis, et à toutes celles et tous ceux qui ont épaulé son combat au sein de « Pour une jeunesse sans drogue », le CNPERT, par ma voix, les assure de notre affliction, de la très grande gratitude que nous avons pour ses actions.

C’est avec son souvenir vivace que nous continuerons dans la voie qu’elle a parcourue à nos cotés.

Je voulais lui offrir, après celles qu’elle nous a offert, une poésie de Simone Weil, la philosophe (1909-1943)

Il restera de toi
Ce que tu as donné
Au lieu de le garder
Dans des coffres rouillés.
Il restera de toi, de ton jardin secret,
Une fleur oubliée qui ne s’est pas fanée.
Ce que tu as donné
En d’autres fleurira.
Celui qui perd sa vie
Un jour la trouvera.
Il restera de toi ce que tu as offert
Entre les bras ouverts un matin au soleil.
Il restera de toi ce que tu as perdu
Que tu as attendu plus loin que les réveils,
Ce que tu as souffert
En d’autres revivra.
Celui qui perd sa vie
Un jour la trouvera.
Il restera de toi une larme tombée,
Un sourire germé sur les yeux de ton cœur.
Il restera de toi ce que tu as semé
Que tu as partagé aux mendiants du bonheur.
Ce que tu as semé
En d’autres germera.
Celui qui perd sa vie
Un jour la trouvera.

Simone Weil (philosophe 1909-1943)

LA LUTTE CONTRE L’ADDICTION AUX DROGUES NÉCESSITE UNE STRATÉGIE NATIONALE !

La société civile appelle à la mise en place d’un plan national. Les ministères de l’intérieur, de l’enseignement, de la justice et de la santé doivent être impliqués. La prise en charge des dépendants demeure inaccessible aux démunis.

«Partir en guerre contre l’addiction aux drogues». C’est ce que recommande Nabila Mounir, présidente de l’Association marocaine des victimes de dépendances (AMVD), qui interpelle les pouvoirs publics pour la mise en place d’une stratégie nationale. «Cela s’impose car aujourd’hui, la vente du cannabis et des psychotropes s’est banalisée dans la société, c’est une réalité palpable. Les jeunes sont les plus touchés puisque les dealers arrivent à écouler leurs produits dans les établissements scolaires. Cela s’impose aussi parce que la dépendance à l’une des substances narcotiques met en péril la vie d’une personne et elle a également des répercussions sur son entourage, sa famille, particulièrement les mamans. Celles-ci souffrent autant que leurs enfants victimes d’une dépendance», explique Mme Mounir pour qui la stratégie de lutte contre les addictions à la drogue doit impliquer plusieurs départements ministériels, essentiellement les ministères de l’intérieur, de la justice, de l’enseignement et de la santé. L’intervention des associations viendrait compléter l’action des pouvoirs publics. Ainsi, la stratégie porterait sur des mesures de renforcement des dispositifs de sécurité devant les établissements scolaires car c’est là que se trouvent les consommateurs potentiels des drogues et de la cigarette. Selon les psychologues et les psychiatres, la dépendance est plus répandue parmi les jeunes car ceux-ci peuvent céder très vite et plus facilement à la tentation. «En effet, les changements biologiques et surtout psychiques subis pendant cette phase rendent l’individu plus vulnérable. Les risques d’un potentiel basculement dans le monde de l’addiction sont beaucoup plus importants par rapport à d’autres phases dans la vie de l’homme», avance un psychiatre au CHU de Casablanca. Par ailleurs, la stratégie permettrait de revoir l’organisation dans le milieu carcéral car, estime Nabila Mounir, «les mineurs et les jeunes qui sont emprisonnés sortent souvent avec une addiction aux drogues, en particulier aux substances dures car ils côtoient des adultes dépendants et sont approchés par des dealers à l’intérieur même des prisons. Il faudrait remédier à la surpopulation des prisons et aussi faire le tri parmi les catégories de prisonniers afin d’éviter des contaminations diverses…». Aussi, il faudrait également revoir la législation relative à la vente et à la consommation de la drogue qui est, de l’avis des associations, aujourd’hui dépassée. Sur le plan sanitaire, des mesures doivent être prises pour permettre une meilleure prise en charge des personnes soufrant d’une dépendance à la drogue.

Dans le milieu associatif, l’idée de la mise en place d’une stratégie de lutte contre la drogue est largement soutenue car il s’agit d’un réel fléau au niveau de la société bien que l’absence de statistiques précises sur l’addiction aux drogues et la prévalence du tabagisme ne permet pas d’avancer des estimations précises. «Selon les chiffres déclarés, la prévalence globale du tabagisme est de l’ordre de 28%. En ce qui concerne les drogues, l’observatoire national compterait 800000 toxicomanes. Ces indicateurs ne reflètent pas exactement l’état des lieux réel car, partant de notre travail sur le terrain, notamment dans les établissements scolaires, les entreprises, les quartiers et les cafés, les statistiques sont plus alarmantes», indique El Hassan Baghdadi, président de l’Association marocaine de lutte contre le tabagisme et les drogues.

La cigarette, une voie d’entrée vers d’autres drogues…

Cette association, créée en juillet 2009, focalise ses actions sur trois domaines: l’information, la prévention et le traitement. «Ainsi nous œuvrons pour informer le public et notamment les jeunes sur les véritables méfaits du tabac et les conséquences néfastes du tabagisme et des drogues. Mais aussi pour prévenir et avertir les non-fumeurs sur les politiques marketing trompeuses des industries de tabac», précise son président. La sensibilisation aux méfaits du tabagisme est donc le premier objectif de cette association et représente, selon la présidente de l’Association marocaine des victimes des dépendances, une «première étape cruciale dans la démarche car fumer est aujourd’hui banalisé et largement accepté par une majorité de familles. Or, la cigarette est également dangereuse et est une porte vers d’autres drogues. Il faut donc également se mobiliser». En effet, dans le milieu médical, on souligne le danger de la cigarette dans la mesure où «le fumeur peut utiliser également le cannabis, l’alcool ou même les psychotropes». Selon les associations, les drogues les plus utilisées sont le cannabis, lkala, nfha et le karkoubi.

Comment devient-on dépendant ? Et quelle prise en charge pour les personnes concernées et leur entourage ?

Les praticiens parlent de trois étapes de la dépendance: la première, connue sous la dénomination de l’exploration, concerne le premier contact avec une drogue. Séduits par le plaisir procuré, dès la première fois, par ces substances, les consommateurs commencent à les utiliser plus souvent tout en augmentant à chaque fois les doses pour avoir le même effet d’extase. Ils deviennent ainsi dépendants et franchissent une deuxième étape. Apparaissent alors des comportements agressifs en situation de manque. Enfin, si la victime n’est pas prise en charge et ne bénéficie pas de traitement, elle entre dans une troisième phase qui est celle de l’hallucination. Des maladies mentales et un état hallucinatoire qui peuvent conduire le toxicomane à commettre des crimes. Une situation extrême que les associations tentent d’éviter aux jeunes en leur proposant un soutien et un accompagnement. C’est pourquoi elles mènent des actions de sensibilisation dans les établissements scolaires et parfois même dans les écoles primaires. Dans le milieu associatif, on estime que 50% des jeunes collégiens et lycéens se droguent et 25% le font de manière régulière.

L’hospitalisation dans un centre public d’addictologie coûte 500 DH par jour

«Nous sommes intervenus dans une école primaire dans la préfecture d’Ain Chock car parfois la prise de drogue commence dès l’âge de 10 ou 12 ans !», déplore Nabila Mounir. Dans le milieu associatif, on estime que 50% des jeunes collégiens et lycéens se droguent et 25% le font de manière régulière. C’est pourquoi l’AMVD, fondée en janvier 2005, place la sensibilisation et l’information des jeunes au centre de son plan d’action. Celui-ci est mené en partenariat avec la Fondation Mohammed V pour la solidarité et l’Initiative nationale du développement humain et pour toucher la population concernée en premier lieu. Les actions se font dans les établissements scolaires, les maisons de jeunes et dans les prisons à Casablanca et sa région. «Nous avons créé des centres d’écoute dans les écoles pour recevoir les jeunes et aussi les parents, en particulier les mamans, pour l’écoute, l’information et la sensibilisation. Depuis notre création, nous avons reçu 18 000 personnes. Et dans le milieu carcéral, nous avons touché 20 000 jeunes détenus», avance Mme Mounir. De son côté, l’Association marocaine de lutte contre le tabagisme et la drogue (AMLCTD) mène campagne contre l’addiction via l’organisation de séminaires de sensibilisation, des journées d’études, des émissions télévisées ainsi que des actions dans les établissements scolaires et dans la rue. Mais au-delà de la prévention, les deux associations interviennent dans la prise en charge et le traitement des addictions. Si l’AMVD n’a pas pu, pour l’heure, réaliser son projet de construction d’un centre de prise en charge, l’AMLCTD a pu doter, en 2011, la ville de Meknès d’un centre d’addictologie, offrant ainsi un accompagnement et une aide aux toxicomanes pour leur sevrage. «C’est important pour nous, car pour l’instant l’offre reste limitée au Maroc. Les centres spécialisés mis en place par le ministère se comptent sur les doigts d’une main et la prise en charge n’est pas gratuite. La capacité existante ne dépasse pas 32 lits !», dit-on à l’association. Abondant dans ce sens, Mme Mounir souligne que la non-gratuité de la prise en charge dans ces centres exclut les jeunes dépendants issus de milieux défavorisés. «La prise en charge coûte 500 dirhams par jour pour une hospitalisation, en plus de 100 dirhams pour la consultation. Sans compter qu’il faut acheter les médicaments. Ceux-ci coûtent entre 200 et 400 dirhams la boîte et le traitement nécessite deux boîtes par mois.

Il est important de noter qu’actuellement ces centres sont surtout fréquentés par les familles ayant les moyens de payer et qui jusqu’ici recouraient aux centres privés de désintoxication où le coût d’une hospitalisation varie de 3 000 à 4 000 dirhams par jour», explique Nabila Mounir. Elle ajoutera que «son association a milité, depuis 2010, pour l’élargissement du Ramed à la prise en charge des dépendants. Ce qui a été décidé par le ministère de la santé mais, en raison de l’insuffisance du budget du régime, les Ramédistes sont souvent sur la liste d’attente et ne peuvent que rarement accéder aux soins !».

Nouvelles addictions ou aussi addictions sans drogue font, depuis quelques années, leur émergence au Maroc. L’addiction se définit comme la dépendance d’une personne à une substance ou une activité génératrice de plaisir, dont elle ne peut plus se passer en dépit de sa propre volonté. Ainsi, outre l’addiction à une drogue douce ou dure, il existe de plus en plus une dépendance sans substances, notamment les addictions aux jeux, à Internet, au sexe, aux nouvelles technologies…

Selon les spécialistes de la question, il s’agit de nouveaux comportements dont le dépistage, la catégorisation clinique ainsi que leur thérapie posent problème et nécessitent tout un débat.

Concernant le cas des addictions au sexe, il s’agit essentiellement de personnes dépendantes aux sites pornographiques sur Internet. Selon les médecins, la personne dépendante n’a pas spécialement une vie sexuelle intense, mais elle souffre d’une compulsion dont elle ne peut se débarrasser. Et si cette pratique ne peut être arrêtée, il en découle une destruction de la vie personnelle de la personne concernée. Le diagnostic de cette dépendance reste encore laborieux et même lorsqu’il est établi, la prise en charge nécessite plusieurs mois, voire des années de suivi. Mais, aujourd’hui, selon les praticiens, il faut d’abord oser franchir la première étape et en parler. Ce qui demeure difficile dans la société marocaine où la simple sexualité est encore un sujet tabou. La dépendance à internet constitue une deuxième nouvelle addiction. Il s’agit d’une consommation de quatre heures en moyenne d’internet quotidiennement. La dépendance à internet peut concerner le média en lui-même ou encore les activités y afférentes, notamment les jeux en ligne, les jeux d’argent, les sites pornographiques ou également les achats en ligne.

Enfin, les médecins citent les addictions aux jeux vidéo. Les sujets victimes de cette dépendance sont détectées suite à des changements importants dans leur vie quotidienne. Ainsi, leur addiction peut aboutir à briser leur vie de famille ou de couple, l’abandon de certaines activités ou hobbies comme le sport, la musique, la lecture, le cinéma ou le sport et plus grave encore l’abandon scolaire. Un joueur pathologique peut se retrouver, à terme et à défaut de prise en charge, dans une situation d’isolement. Globalement, les médecins, psychologues et psychiatres s’accordent à dire que la prise en charge de ces dépendances connaît quelques limites relevant tout d’abord de la volonté de la personne elle-même qui refuse ou ne peut en parler. Ensuite, la perception de la gravité de ces addictions nouvelles qui peuvent être aussi nocives et dangereuses que les dépendances aux drogues ou à la cigarette. Elles peuvent conduire, en effet, à la destruction de la personne et son isolement de son entourage. La priorité est surtout accordée aux addictions aux drogues alors que dans le milieu associatif on estime que le danger est plus grand…

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Consommation de cannabis : «La police doit avoir accès à un fichier des contrevenants»

FIGAROVOX/ENTRETIEN – Le Professeur Jean Costentin réagit à l’annonce d’une systématisation des amendes à l’encontre des consommateurs de cannabis. Si l’idée n’est pas mauvaise, elle fait courir selon lui le risque d’une banalisation de cette drogue qu’il juge dangereuse.


Jean Costentin est professeur de pharmacologie et président du CNPERT (Centre National de Prévention d’Études et de Recherches sur les Toxicomanies).
Il a notamment écrit 
Pourquoi il ne faut pas dépénaliser l’usage du cannabis (éd. Odile Jacob, 2012) et s’apprête à publier Le Désastre des toxicomanies en France (éd. Odile Jacob, 2018).


FIGAROVOX.- Le ministre de l’Intérieur Gérard Collomb veut mettre en place un système d’amende forfaitaire pour usage de cannabis. Ce qui signifie que la police pourra infliger directement une amende aux consommateurs, sans nécessairement recourir à des poursuites correctionnelles. Estimez-vous que cette mesure contribue efficacement à la lutte contre la consommation de drogues?

Pr. Jean COSTENTIN.- Non, je ne suis pas sûr que cette mesure aille dans le bon sens ; même si l’idée de la contravention n’est pas folle en soi, car cela permettrait de rendre plus systématiques les sanctions à l’encontre des consommateurs. Mais cela contribue à la banalisation de l’usage des stupéfiants, alors que la priorité doit être de faire respecter la loi. Aujourd’hui, celle-ci prévoit jusqu’à 3 500 € d’amende et un an de prison, mais elle n’est pour ainsi dire jamais appliquée, faute d’être connue et rappelée en milieu scolaire. Il faut préciser ici que les Français sont les plus gros consommateurs de cannabis des 28 pays européens, et que l’on compte 1,6 million d’usagers réguliers, c’est-à-dire qui consomment du cannabis au moins une fois tous les trois jours. Comme l’action de cette substance sur les récepteurs nerveux est très durable, cela équivaut à dire que plus d’un million et demi de personnes vivent en permanence sous l’emprise du cannabis.

L’action du cannabis sur les récepteurs nerveux est très durable.

Où nous conduirait un laxisme accru dans ce domaine? Il y a en France 16 millions de fumeurs de tabac, et chaque jour, 12 à 14 personnes meurent sur les routes à cause de l’alcool. En tout chaque année, la cigarette tue 79 000 personnes, et l’alcool 49 000. Voilà les chiffres des drogues licites dont je n’ai eu de cesse de dénoncer les effets dans mes publications. C’est vers ces ordres de grandeur que nous nous dirigeons si nous faisons du cannabis une «drogue licite» comme une autre! Nous ne pouvons pas nous le permettre: la fermeté contre la consommation de drogue se présente aujourd’hui à nous comme un nouvel impératif catégorique.

Quelles mesures proposeriez-vous pour dissuader les consommateurs réguliers de faire à nouveau usage de cannabis?

Avec le Centre National de Préventions d’Études et de Recherches sur les Toxicomanies, nous proposons qu’il y ait une vraie volonté politique dans les sanctions et l’accompagnement des toxicomanes réguliers.

Dans un premier temps, nous disons oui à une contravention, à condition qu’elle soit au moins de 4ème classe, c’est-à-dire de 135 €. Un fichier des contrevenants devrait être créé pour permettre à l’officier de police judiciaire qui interpelle un délinquant de savoir immédiatement combien de fois il a été contrôlé, et de multiplier le montant de l’amende d’autant.

Au bout du troisième contrôle, comme manifestement l’intéressé est incapable de sortir de l’addiction, il se verrait soumise à l’obligation de participer à un stage de 14h (sur deux jours), à ses frais, dont l’objet serait de faire de la prévention et de sensibiliser aux effets des drogues. Le stage serait encadré par un corps sanitaire ainsi que par des agents de police, qui rappelleraient quelle est la loi en France. À l’issue de ce stage, un contrôle de connaissances aurait lieu: le redoublement du stage serait obligatoire en cas d’échec.

En cas de nouvelle récidive après ce stage d’information, les personnes passeraient en correctionnelle, et pourraient faire l’objet d’une injonction de soins pour essayer un sevrage. Elles seraient également soumises à un contrôle régulier d’urine pour s’assurer que le comportement addictif disparaît réellement. Cela permettrait de constituer une liste nationale dont l’objet est de protéger la population. S’agissant des personnes qui sont incapables de s’empêcher de se droguer, il est nécessaire de leur retirer le permis de conduire ou de leur interdire l’accès à plusieurs métiers comme conducteur de car ou d’avion, gardien d’une centrale nucléaire, membre du personnel hospitalier… Notre sécurité est à ce prix-là.

Nous avons d’abord caché les chiffres, puis quand il est devenu impossible de les taire, nous les avons euphémisés.

La prison, elle, ne sert effectivement à rien, ne serait-ce que parce que nos centres pénitentiaires aujourd’hui sont de véritables «super discount» de la drogue, et même les détenus au comportement sain en ressortent souvent addicts au cannabis.

Quoi qu’il en soit, aucune des mesures que nous proposons ne peut être instaurée sans qu’il n’y ait au préalable une véritable prévention contre l’usage des stupéfiants.

Vous estimez que la France ne fait pas assez de pédagogie quant aux risques liés aux drogues?

Non, nos efforts sont loin d’être suffisants. Les élèves du secondaire ne voient la gendarmerie que pendant 2 heures pour entendre parler des drogues. On est loin des Suédois, dont les enfants passent 40 heures consacrées à la prévention sur les stupéfiants, entre la maternelle et le début des études supérieures! Résultat: la consommation de drogue en Suède est 10 fois moins élevée que la moyenne européenne. Tandis qu’en France, le politique verse trop souvent dans l’ignorance, si ce n’est la tolérance puis la complaisance. Nous avons d’abord caché les chiffres, puis quand il est devenu impossible de les taire, nous les avons euphémisés ; aujourd’hui, alors qu’ils n’ont jamais été aussi alarmants, beaucoup de responsables politiques veulent démissionner. En Suède, il y a quarante ans, la réalité était la même que chez nous aujourd’hui: s’ils ont renversé la situation, ce n’est que grâce à un courage politique hors-norme. En France, nous avons perdu une bataille: ne perdons pas la guerre de la drogue.

Dans les collèges où j’ai régulièrement l’occasion d’intervenir à ce sujet, je demande aux jeunes qui ne consomment pas de stupéfiants de m’écrire, anonymement, la raison: est-ce parce que c’est dangereux, ou bien parce que c’est illégal? 60 % d’entre eux affirment ne pas se droguer parce que la loi l’interdit. Cela signifie d’abord qu’il y a encore du travail à faire sur l’information quant aux risques! Et ensuite, cela veut dire que les jeunes ne sont pas si transgressifs qu’on ne le dit. Tant qu’il existe un interdit, nous évitons à certains de nos enfants de sombrer dans cette addiction.

Dans un lycée où je suis intervenu, j’ai constaté qu’à 10h du matin, une quarantaine d’élèves au moins étaient soumis aux effets du cannabis et incapables de la moindre concentration

Que répondez-vous à ceux qui estiment que la politique est encore trop restrictive voire moralisatrice à l’égard des consommateurs de cannabis?

Ceux qui voudraient en banaliser la consommation doivent regarder la réalité en face! La France est un des pays dont la dépense publique en matière d’éducation est la plus élevée. Pourtant, nous ne sommes qu’en vingt-sixième position des classements PISA! J’affirme que nous pouvons remonter de 15 places dans ce classement si nous éradiquons le cannabis de nos collèges et lycées. Dans l’un d’entre eux, où je suis intervenu il y a peu, j’ai constaté qu’à 10h du matin, une quarantaine d’élèves au moins étaient soumis aux effets du cannabis, à un tel point qu’ils étaient incapables de la moindre concentration! Ceci est incompatible avec l’apprentissage scolaire. Et le drame du cannabis, c’est qu’il touche en priorité des jeunes au moment de leur éducation. Demain, c’est toute notre compétitivité qui en fera les frais.

Évidemment, je ne peux pas taire non plus les catastrophes en matière de santé publique: le cannabis crée des troubles de l’anxiété qui sont à mettre directement en corrélation avec le taux de suicide, principalement chez les jeunes ; ainsi que des troubles du comportement et même des formes de schizophrénie. On ne peut plus occulter le problème ou le minimiser.

J’affirme que nous pouvons remonter de 15 places dans le classement PISA si nous éradiquons le cannabis de nos collèges et lycées.

On entend dire aussi qu’il y a d’autres priorités plus urgentes que d’intensifier la lutte contre le cannabis. La police, par exemple, a parfois déjà du mal à lutter contre la hausse des violences dans de nombreux quartiers…

Il faut toujours garder à l’esprit le proverbe: «Il n’est de richesses que d’hommes». On dit que nous devons nous préoccuper de l’état de la planète que nous léguerons à nos enfants. Je crois qu’il est plus important encore de nous soucier de l’état de nos enfants! Or si nous voulons faire baisser les chiffres de la consommation de cannabis, la répression policière est indispensable. Il n’y a pas de solution «soft», et la dépénalisation serait un leurre. Avec 200 000 dealers dans nos rues, que croyez-vous qu’il se passera si nous mettons en place un réseau de distribution organisée? Qu’ils vont se mettre du jour au lendemain à vendre du muguet ou des fraises tagada? Soyons sérieux un instant: ils vendront d’autres drogues, plus nocives encore, voilà tout.

L’urgence est là: les jeunes découvrent la drogue entre 12 et 15 ans pour la plupart de ceux qui deviennent consommateurs réguliers. Le cannabis, plus tôt l’essayer, c’est plus vite l’adopter et plus rapidement en subir les conséquences pour sa santé. J’ai en tête les paroles de cette chanson d’Yves Duteil: «Prendre un enfant par la main, pour l’emmener vers demain»… C’est le défi que nous devons relever, et nous n’avons plus le choix.

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