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ENQUÊTE – L’inéluctable progression des nouvelles drogues de synthèse

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Fabriquées avec des produits chimiques, les nouvelles drogues de synthèse s’achètent facilement sur internet. Leurs fabricants inventent chaque semaine de nouvelles molécules, ce qui leur permet parfois d’échapper à la législation sur les stupéfiants.

Les nouveaux produits de synthèse attirent de plus en plus de clients, enquête sur ces substances artificielles mal connues.
Les nouveaux produits de synthèse attirent de plus en plus de clients, enquête sur ces substances artificielles mal connues. © Radio France – Melissa Foust

Une enquête d’Anne-Laure Barral, de la cellule investigation de Radio France

Sur une table, Frédéric Barozzi étale un caleçon, des affiches, des timbres, des flacons de liquides… Certains portent des inscriptions comme “Spice” ou “Tribe”. D’autres sont à l’effigie du dessin animé des Simpsons. Tous ces objets ont cependant un point commun : ils ont servi à cacher de la drogue. Le responsable du domaine stupéfiants et médicaments au service commun des laboratoires d’Île-de-France (un service qui travaille notamment pour les douanes) n’est plus étonné par l’inventivité des dealers. “On a même vu un tapis entier dont les fibres étaient imprégnées de drogue”, explique-t-il. 

Ses équipes analysent les poudres, les végétaux, les cristaux mais aussi les liquides saisis par les douanes pour savoir de quelles substances il s’agit. Et elles ont constaté que sur les 10.000 échantillons testés en moyenne par an, 10 à 20% appartiennent désormais à la catégorie des nouveaux produits de synthèse, qu’on appelle des NPS. Dans ce cas, “on regarde dans notre base de données si cette molécule est connue. Si ce n’est pas le cas, il faut décortiquer sa structure et lui donner un nom”, précise l’ingénieur.

Objets perquisitionnés servant à dissimuler de la drogue et envoyés au service commun des laboratoires d’Île-de-France pour analyse.
Objets perquisitionnés servant à dissimuler de la drogue et envoyés au service commun des laboratoires d’Île-de-France pour analyse. © Radio France – Anne-Laure Barral

Des drogues qui se renouvellent en permanence

En juin 2022, le service commun des laboratoires a encore signalé un nouveau produit de synthèse à ses homologues européens. Selon le rapport de l’Observatoire européen des drogues et toxicomanies (OEDT), une cinquantaine de nouvelles substances apparaissent sur le marché européen chaque année, soit près d’une par semaine. Il y en a aujourd’hui près de 900 identifiées, avec différentes familles et différentes formes. 

Nous avons observé récemment du cannabis sur lequel on a pulvérisé des poudres de cannabinoïdes synthétiques, ce qui peut provoquer un état délirant”, déclarait en juin dernier le directeur de l’Observatoire, Alexis Goosdeel. Ces nouvelles drogues sont surveillées de près en raison des effets plus puissants qu’elles peuvent avoir. “Nous sommes très vigilants en particulier sur les opioïdes de synthèse que l’on voit apparaître parfois dans nos saisies en toute petite proportion”, reconnaît Corinne Cléostate, sous-directrice des affaires juridiques des douanes françaises. Les opioïdes de synthèse, comme le fentanyl, sont considérés comme cent fois plus puissants que la morphine et beaucoup plus addictifs. Ils ont provoqué un très grand nombre d’overdoses aux États-Unis.

Mais la provenance de ces nouvelles drogues évolue également. “Il y a des ateliers de fabrication en Chine, mais désormais aussi sur le continent européen”, explique Rita Jorge, analyste scientifique à l’OEDT. En 2020, plus de 350 de ces ateliers ont été démantelés, principalement en Pologne et aux Pays-Bas. “En France, nous avons plutôt de petits laboratoires artisanaux, alors qu’aux Pays-Bas, un atelier fabrique jusqu’à 100 kg de drogues de synthèse par jour”, ajoute Corinne Cléostrate.

À Montpellier : un laboratoire à domicile

À la différence des drogues dites classiques comme la cocaïne ou l’héroïne, ces nouveaux produits de synthèse ne sont pas fabriqués à partir de plantes de coca ou de pavot, mais à partir de produits chimiques. Les fabricants utilisent des dérivés du pétrole comme le benzène ou le kérozène, mais aussi des acides ou de l’acétone. Au moins deux laboratoires ont été démantelés en France en 2021, dont un à Montpellier, à quelques centaines de mètres seulement du commissariat de police.

Matériel perquisitionné chez un fabriquant de diverses drogues de synthèse dans le Finistère en 2013.
Matériel perquisitionné chez un fabriquant de diverses drogues de synthèse dans le Finistère en 2013. © Maxppp – Yannick Guerin PhotoPQR Ouest France

Avec le confinement je me suis mis à consommer tous les jours des amphétamines”, explique à la cellule investigation de Radio France, Eddy (pseudonyme), un orthoptiste de 35 ans, qui vient de sortir de détention provisoire après avoir été interpellé il y a un an. “J’ai vu que cela me coûterait moins cher de fabriquer moi-même la drogue en commandant les produits chimiques sur des sites internet chinois ou polonais.” Il dit s’être senti grisé par la sensation de toute puissance que lui procurait la drogue. Ses amis de “défonce”, comme il les nomme aujourd’hui, le sollicitaient en permanence pour obtenir une substance qu’on appelle la 3-MMC. Mais alors qu’il s’apprêtait à augmenter sa production et à commander du phosphore rouge et de l’acide sulfurique, un fournisseur français, intrigué par ce type de commande, a signalé ses agissements à l’administration.

La 3-MMC : star des nouvelles drogues de synthèse

La drogue de synthèse pour laquelle Eddy a été sollicité, la 3-MMC, inquiète particulièrement les services de santé. Selon les chiffres de l’enquête dénommée “Drames” consacrée aux décès liés à des consommations abusives de psychotropes, les drogues de synthèse ont causé 15 morts en 2020. “C’est énorme, relève Anne Batisse, pharmacienne cheffe du centre d’addictovigilance de Paris. Certes, la cocaïne a fait 77 décès, mais ses usagers sont beaucoup plus nombreux.” Trois fois moins chère que la cocaïne, la 3-MMC et ses dérivés gagnent du terrain en France. Les autorités ont vu les saisies se multiplier par trois ces dernières années. Les douaniers ont même effectué une prise record en janvier 2022 sur une petite route de l’Aveyron : 613 kg pour un montant de 9 millions d’euros.

Aujourd’hui, la 3-MMC rejoint des réseaux classiques de revente dans la rue ou sur les applications de type Snapchat ou Telegram”, constate Nina Tissot, sociologue et coordinatrice du rapport sur les tendances de consommation en Auvergne Rhône-Alpes pour l’Observatoire français des drogues et toxicomanies (OFDT). À l’origine, ce stimulant était surtout consommé dans le cadre du “chemsex”, c’est-à-dire la prise de drogues lors de rapports sexuels généralement à plusieurs partenaires. Le chemsex s’est surtout développé dans les milieux homosexuels masculins. 

Mais depuis le confinement, cette drogue a gagné d’autres publics, hétérosexuels, dans les milieux festifs, et au-delà. Cette consommation a conduit certains usagers à basculer dans l’addiction et à avoir recours à des pratiques à risque. “Souvent, ces usagers n’utilisaient pas de préservatifs. On a vu revenir des infections comme la syphilis”, constate l’infectiologue Charles Cazanave qui soigne des dizaines de patients au CHU de Bordeaux.

La cellule investigation de Radio France passe commande

Cette drogue se développe d’autant plus facilement qu’elle se commande très simplement par internet. Pas besoin d’aller sur le darkweb ou de faire appel à un dealer via Telegram ou WhatsApp. La cellule investigation de Radio France a pu le vérifier en surfant sur un site hollandais qui propose des “produits de recherche”. Pour une soixantaine d’euros, nous avons pu commander de la 3-MMC et de la 3-MMA, une autre drogue de synthèse similaire. Le paiement pouvait se faire par virement en euros ou en crypto-monnaie sur un compte en Espagne. Une fois effectué, nous avons pu suivre le parcours de notre colis de Rotterdam à Paris. Et nous avons reçu au bout de cinq jours un paquet contenant une serviette de plage dans laquelle étaient cachés deux sachets de cristaux et de poudre.

Deux sachets de drogue dissimulés dans une serviette de plage.
Deux sachets de drogue dissimulés dans une serviette de plage. © Radio France – Melissa Foust

Cette expérience, ils sont nombreux à l’avoir faite. Pour cacher la drogue, “j’ai à peu près tout vu”, raconte Pierre, qui commande deux à trois fois par an des drogues de synthèse par internet. “J’en ai reçu dans des cartes de Noël, des faux DVD, des faux échantillons de crème hydratante.” En cas de perte du colis, le site propose même de vous renvoyer la moitié de la commande gratuitement. Il existe aussi des systèmes de parrainage, des promotions avec des produits offerts à tester.

Une législation dépassée

Passer par un site n’est cependant pas une garantie de qualité. En faisant analyser nos achats par le réseau associatif “Analyse ton prod” d’Île-de-France, (un réseau qui regroupe des associations sur tout le territoire, et travaille sur la réduction des risques auprès des usagers), nous avons eu une mauvaise surprise. Notre paquet ne contenait pas de la 3-MMC mais de la 3-CMC, un produit proche mais avec un atome différent. Et la deuxième drogue commandée ne contenait pas qu’un seul stimulant dans sa formule, mais deux. Cette tromperie sur la marchandise peut être dangereuse. 

La 3-CMC est potentiellement plus neurotoxique”, nous explique une consommatrice régulière de 3-MMC. “C’est une arnaque assez fréquente”, précise Nina Tissot, de l’Observatoire français des drogues et des tendances addictives (OFDT) en Auvergne Rhône-Alpes. “Depuis que les Pays-Bas ont interdit la 3-MMC en fin d’année dernière, ils vendent de la 3-CMC qui reste légale chez eux.” Mais en renouvelant sans cesse la composition de leurs produits, les chimistes poursuivent un autre objectif. Ils brouillent les pistes afin de contourner les législations. “Les nouveaux produits de synthèse ont été spécifiquement créés pour cela”, affirme Pierre Chappard, président de l’association Psychoactif qui anime un site d’usagers. Toute nouvelle molécule non répertoriée dans la nomenclature des stupéfiants ou des psychotropes par l’agence du médicament, l’ANSM, tombe en effet dans un vide juridique qui rend toute poursuite inopérante

Après analyse, le laboratoire du réseau Analyse ton prod révèle que les substances reçues ne correspondent pas à la commande passée sur le site.
Après analyse, le laboratoire du réseau Analyse ton prod révèle que les substances reçues ne correspondent pas à la commande passée sur le site. © Radio France – Anne-Laure Barral

Des conséquences graves

Certains de ces produits peuvent pourtant entraîner de sévères troubles neurologiques. Une lycéenne de Tarbes (65) a dû être hospitalisée en avril 2022 pour avoir inhalé un cannabinoïde de synthèse. L’an dernier, 80 jeunes mineurs dans le Nord de la France et la région de Reims ont également fait des malaises après avoir consommé ce qu’on appelle du “Buddha Blue” ou du “Pète ton crane”. “Cette substance a une affinité pour les récepteurs dans le cerveau beaucoup plus forte que la plante de cannabis”, explique le professeur Nicolas Franchitto, chef du service d’addictologie de l’hôpital Purpan à Toulouse. 

Même pour des gens qui ont déjà consommé du cannabis, “le risque, c’est la crise convulsive, des troubles neurologiques, cardiaques ou des insuffisances rénales”. Selon une enquête réalisée lors de la journée de défense et de citoyenneté en 2017, près de 4% des adolescents interrogés reconnaissaient avoir consommé un NPS, principalement un cannabinoïde de synthèse.

Des drogues indétectables

Autre caractéristique de ces drogues : elles échappent aux tests de stupéfiants effectués lors des contrôles routiers. Dans une étude réalisée en 2016, Camille Richeval, ingénieure au laboratoire de toxicologie du CHU de Lille, a identifié à postériori la présence de drogues de synthèse dans des tests réalisés auprès de conducteurs français et belges, qui avaient pourtant été déclarés négatifs. “Ces tests ne sont pas faits pour détecter les NPS comme la 3-MMC. On passe donc à côté”, explique la chercheuse. Le monde des drogues change si rapidement que même si on mettait au point un test plus performant, il serait très vite dépassé par un nouveau produit.

Le milieu du sport lui aussi est confronté à cette indétectabilité des produits. L’agence mondiale anti-dopage (AMA) organise régulièrement des conférences internationales sur les NPS. “Il faut surveiller qu’ils ne deviennent pas les produits dopants de demain”, explique Olivier Rabin, le directeur scientifique de l’agence. Certains produits vendus comme des compléments alimentaires de façon tout à fait légale sont passés entre les mailles du filet. “Nous surveillons particulièrement les forums de discussion de culturisme où l’on parle souvent de ces produits innovants”, poursuit-il.

Le problème est d’autant plus inquiétant que tout porte à croire qu’il est sous-évalué. L’association Play Safe s’en est rendu compte en créant un faux site de commande de NPS. Il se présente un peu comme le site hollandais sur lequel nous avons commandé nos produits. Avec une différence de taille : au moment de payer, il affiche un message d’alerte sur les risques qu’il y a à consommer ces substances. Or depuis sa création en avril 2021, ce faux site a enregistré au moins 20.000 commandes. Il aurait pu potentiellement réaliser un chiffre d’affaires de 4 millions d’euros en un an. Si les NPS restent moins consommées que le cannabis et la cocaïne en France selon les données de l’OFDT, ils sont donc clairement en train de se faire une place sur le marché de la drogue.

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3 MMC : moins chère et plus populaire que la cocaïne, la nouvelle drogue dure qui tue

Une nouvelle drogue de synthèse fait fureur dans les nuits parisiennes. Elle a tué sept personnes en 2021 sur les neuf personnes mortes d’overdose.

Par Stéphanie Bascou

Plus que jamais populaire dans les soirées parisiennes, et plus que jamais meurtrière : la drogue de synthèse 3 MMC aurait causé sept overdoses en 2021. Moins chère que la MDMA, l’amphétamine et la méthamphétamine et la cocaïne, ce dérivé de la plante de khat est particulièrement puissant, rapporte Le Parisien, lundi 21 novembre.

Sous forme de poudre blanche, de cristaux translucides ou encore de comprimés, ce psychotrope aurait des effets désinhibants et serait particulièrement addictif : il provoquerait « une intensification des sensations, un sentiment d’euphorie, avec une sensation d’énergie, une atténuation de la sensation de fatigue, un besoin incontrôlable de parler, et une sensation d’être plus proche des autres.

Il augmente la confiance en soi et procure une sensation de puissance », liste Drogues Info Service. On peut l’ingérer, le sniffer, l’injecter ou le plugger – l’insérer dans l’anus à l’aide d’une seringue sans aiguille, ajoute le site d’information.

Les effets secondaires, en plus de l’addiction, seraient particulièrement dévastateurs : des maux de tête, des nausées et des vomissements, des troubles de l’érection, des convulsions, des hallucinations, de la paranoïa, des crises d’angoisse, des complications somatiques cardiovasculaires et neuromusculaires, et parfois la mort.

Vingt-sept personnes en seraient mortes en Europe selon des chiffres de 2021 de l’Observatoire européen des drogues et des toxicomanies (l’OEDT). « L’overdose ce n’est pas une dose trop importante. C’est le corps qui ne supporte plus la perturbation », alerte un enquêteur spécialisé interrogé par Le Parisien. Une fois en sevrage, des troubles dépressifs peuvent durer pendant plusieurs semaines.

Cantonnée au « chemsex » avant de gagner le monde de la nuit

Existant depuis les années 2010 et apparue pendant le confinement, cette drogue se serait d’abord cantonnée à la communauté homosexuelle – prise pendant l’acte sexuel, une pratique désignée par le « chemsex » – avant de gagner le monde de la nuit parisienne.

Une des raisons de cet engouement est son prix, à moins de dix euros le gramme contre soixante-dix et quatre-vingts euros le gramme pour la cocaïne, note l’Observatoire français des drogues et des toxicomanies, l’OFDT.

« La 3 s’est complètement popularisée », déplore le spécialiste interrogé par nos confrères. Selon l’OEDT, la MMC « suscite (bel et bien) une inquiétude grandissante en Europe ».

Les équipes chargées d’enquêter sur ces réseaux de stupéfiants, si elles arrivent à démanteler les centrales d’achat, auraient du mal à s’attaquer aux sources d’approvisionnements en perpétuelle mutation. Car les trafiquants se fournissent non seulement directement aux Pays-Bas, mais aussi par simple commande sur Internet auprès de sites éphémères. Et ils n’hésiteraient pas à modifier la composition de la 3 MMC pour contourner la loi, rapporte le quotidien.

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Eddy Mitchell : ses révélations cash sur sa santé et ses différentes addictions

Panoramic / Bestimage
  • Eddy MitchellChanteur, parolier, acteur et animateur de télévision français

L’alcool, la cigarette, la drogue… Eddy Mitchell se confie sur ses addictions. Le chanteur a accordé une interview à cœur ouvert dans le journal Le Monde, le 5 novembre 2022. Un article intitulé « Un apéro avec Eddy Mitchell », qui donne le ton d’une interview pleine de confidences.

Et pour trinquer, la star a choisi un verre d’eau minérale, comme l’a rapporté le quotidien. À 80 ans, l’interprète de Sur la route de Memphis dresse un bilan de sa vie. Les hauts, les bas et l’envie d’aller mieux. « Mes toubibs me harcèlent, a-t-il expliqué au Monde. Hier, j’étais à l’hôpital Necker pour des examens, demain je serai à l’hôpital américain.

Je dois faire gaffe. » Eddy Mitchell détaille son « régime drastique », à savoir « pas plus de dix cigarettes par jour ». « C’est chiant mais je n’ai pas le choix », se résigne l’octogénaire. En ce qui concerne la cocaïne, c’est « de l’histoire ancienne », assure-t-il, expliquant en avoir pris lors d’une tournée en 1976 pour : « payer des arriérés de divorce ».

« Je n’ai jamais eu d’accoutumance, a-t-il assuré. La coke, on n’est pas enrhumé quand on en prend. » Eddy Mitchell a également réduit sa consommation d’alcool : « J’y vais mollo ». Il y a toutefois une addiction dont il a réussi à se débarrasser : le jeu. 

C’est sa femme Muriel Bailleul qui lui a posé un ultimatum, le poussant ainsi à faire le grand saut. « J’ai arrêté, tout en me faisant interdire de casino, à ne plus pouvoir mettre un pied dans un établissement de jeu dans le monde entier », a-t-il détaillé. (…)

(…) Cliquez ici pour voir la suite

Tabac, cannabis, écrans, alcool : comment repérer l’addiction chez l’adolescent ?

Écrit par Hélène Joubert

L’addiction est un engrenage infernal : les substances psychoactives (drogues, tabac…) libèrent la dopamine (l’hormone du plaisir immédiat), qui active différentes zones du cerveau reliées entre elles (circuit de la récompense). Cette libération de dopamine procure un afflux de plaisir et, en contrepartie de cette satisfaction, la substance va demander au cerveau de continuer de consommer.

Un cerveau plus vulnérable chez l’adolescent

Chez l’ado, certaines régions frontales du cerveau encore immatures impliquées dans la planification et le contrôle du comportement sont peu activées. A l’inverse, la région de l’amygdale, qui gère les émotions et le stress, est suractivée, d’où une vulnérabilité exacerbée. « Chez l’adolescent, les conduites addictives ou d’usage à risque ont 4 fonctions : ressembler aux autres (mimétisme convivialité), jouir (transgresser, expérimenter, planer), assurer (s’adapter, contrôler, soulager, alerter) mais aussi fuir (disparaître, ne plus penser, délirer) » explique le Pr Catherine Laporte, médecin généraliste responsable du kit addictions du Collège de la médecine générale.

Les signes qui doivent inquiéter les parents

« Contrairement aux adultes, les adolescents n’ont pas les capacités de verbaliser leur mal-être« , précise Yara Bou Nassif, psychologue. Il voit moins ses amis, reste seul, se plaint de douleurs diffuses. Il dort mal, ne mange plus comme avant. « Un adolescent qui arrête les activités qu’il apprécie, dont les résultats scolaires déclinent brutalement…, tout cela doit alerter« , ajoute le Pr Laporte. La prévention est l’élément clé car plus la consommation s’installe tôt, plus le risque de développer une dépendance existe.

Les principales addictions chez l’adolescent

Le tabac

17,5 % des lycéens fument au quotidien, avec une augmentation continue entre la classe de seconde (14 %) et la terminale (21,5 %).

Ce qui doit alerter : une haleine et des vêtements qui changent d’odeur, les doigts jaunis, une certaine agressivité lorsque privé de cigarettes.

Les risques : des parcours scolaires plus difficiles et des abandons de scolarité plus nombreux. À l’âge adulte, des risques prouvés de cancers, en particulier des voies aérodigestives supérieures et des poumons, bronchites chroniques et pathologies cardiovasculaires. 75.000 décès annuels sont attribuables au tabac.

Comment l’aider : le médecin généraliste pourra éventuellement lui prescrire des substituts nicotiniques. La cigarette électronique peut être une option à condition qu’elle soit transitoire.

L’alcool

12 % des jeunes de 17 ans sont consommateurs réguliers (au moins 10 fois par mois). 41,5 % des lycéens ont déclaré une alcoolisation ponctuelle importante (API ou binge drinking). Elle consiste à boire au moins 5 verres d’alcool en une seule occasion dans le mois.

Ce qui doit alerter : les troubles de l’attention, le décrochage scolaire, l’isolement, et, dans des cas extrêmes, des tremblements.

Les risques : le binge drinking entraîne une destruction importante de neurones, affecte l’apparition de nouveaux neurones, provoque des accidents de la route, des chutes graves voire mortels, et, une fois à l’âge adulte, des maladies du foie et certains cancers : 49.000 décès par an lui sont attribuables.

Comment l’aider : « Nuancez vos propos en expliquant que prendre un verre peut faire partie de l’amusement mais que boire beaucoup entraîne la perte de maîtrise de soi, avec de nombreux risques à la clé« , conseille Yara Bou Nassif. Si la consommation problématique perdure et s’amplifie, des unités au sein des hôpitaux et des structures médico-sociales, les centres de soins d’accompagnement et de prévention en addictologie (CSAPA), peuvent prendre en charge l’adolescent.

Le cannabis

48 % des jeunes de 17 ans ont expérimenté le cannabis et 9 % sont des fumeurs réguliers. L’usage problématique ou la dépendance concerne 2 % des 18-64 ans et 8 % des 17 ans.

Ce qui doit alerter : « Des fringales inhabituelles, des yeux rouges, des sautes d’humeur ou un besoin d’isolement inhabituel » précise Maria Poblete, auteure de Cannabis : aider mon ado à s’en sortir ?Éditions L’Etudiant.

Les risques : le cannabis affecte le développement des neurones. « Plus il est consommé jeune, plus les perturbations de certaines fonctions (mémoire de travail et donc raisonnement, jugement ou compréhension du langage) sont importantes et irréversibles. Il compromet l’avenir scolaire et professionnel et le rend vulnérable vis-à-vis des troubles psychotiques, en particulier schizophréniques » indique le Dr Laporte.

Comment l’aider : proposez-lui d’en parler à un psy, ou encore de contacter un service spécialisé.

Les réseaux sociaux

A 15 ans, 5 % des garçons et 15 % des filles sont accros aux plateformes (Facebook, Instagram, TikTok….).

Ce qui doit alerter : il a les yeux rivés en permanence sur son smartphone. Il ne supporte pas de rater une info et répond à toutes les sollicitations ou aux personnes qui postent des infos. Il se met beaucoup en scène sur ses comptes.

Les risques : « Plus de 3 heures sur les réseaux sociaux par jour peut créer des troubles psychiques« , précise le Dr Laporte. « L’excès d’usage perturbe l’attention, le sommeil et les relations sociales« .

Comment l’aider : en mesurant avec lui le temps passé sur les réseaux et en lui proposant une aide psychologique et/ou les thérapies cognitivo-comportementales.

Les jeux vidéo

La proportion de joueurs « problématiques » est passée de 11 % en 2014 à 34,8 % des jeunes aujourd’hui, dont 21,9 % de joueurs « excessifs« , pratiquant des jeux, légaux comme illégaux, avec argent ou pas.

Ce qui doit alerter : des débits inhabituels sur son compte en banque ou sur votre carte de crédit, des sautes d’humeur avec des accès d’agressivité, une grande fatigue (il perd la notion de temps), un isolement (il voit moins ses copains)…

Les risques : la durée inadaptée consacrée à cette activité et le fait de perdre ou de gagner de l’argent risquent de détruire son avenir professionnel et social.

Comment l’aider : en étant disponible, en conservant des activités communes de loisirs et en prenant rendez-vous avec un spécialiste des addictions ou un psychothérapeute, si cela s’avère nécessaire.

Le rôle de la génétique dans l’addiction

Les adolescents, comme les adultes, ne sont pas tous égaux devant l’addiction. Les facteurs biologiques entrent en jeu, comme le terrain génétique et les antécédents familiaux : si l’un des parents ou l’un des membres de la famille présente une addiction, l’ado aura un risque plus élevé d’en développer une

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Fumer du cannabis pourrait être plus nocif pour les poumons que le tabac

[EN VIDÉO] Interview : le cannabis, une substance anticancérigène ? En France, la question du cannabis reste sensible puisque, selon les estimations, plus de 4 millions de personnes âgées de 12 à 75 ans en auraient déjà consommé. Ce stupéfiant fait l’objet de nombreuses études aux conclusions contradictoires. Futura est parti à la rencontre de Paul Hofman, directeur du laboratoire de pathologie de Nice et chercheur pionnier dans la détection du cancer du poumon, pour en savoir plus sur cette substance.

Les effets néfastes de la cigarette sur les poumons sont bien connus. Le tabac est responsable de 80 à 90 % des cas de cancer du poumon et de 85 % des cas de broncho-pneumopathie chronique obstructive (BPCO). Les conséquences du cannabis sur les poumons sont moins connues. Serait-il encore plus nocif que le tabac ? Une étude publiée récemment s’est penchée sur la question.

Le cannabis est le produit illicite le plus consommé en France. Presque un adulte sur deux en a déjà consommé. Il jouit d’une image positive, surtout auprès des jeunes. Il serait moins toxique que la cigarette car « plus naturel », dénué de produits chimiques et de goudrons. Pourtant, il est fumé sans filtre contrairement aux cigarettes. De plus, certains modes de consommation du cannabis incitent à inspirer très profondément et à garder très longtemps la fumée dans les poumons. Qu’en est-il vraiment ? Une équipe s’est penchée sur les effets du cannabis sur l’appareil respiratoire, en les comparant aux effets du tabac. Leurs résultats ont été publiés dans la revue Radiology.

Des emphysèmes plus fréquents chez les fumeurs de cannabis

Cent-quarante-six personnes ont été incluses dans l’étude :

  • 56 fumeurs de cannabis : 34 hommes et 22 femmes, moyenne d’âge 49 ans ;
  • 57 non-fumeurs : 32 hommes et 25 femmes, moyenne d’âge 49 ans ;
  • 33 fumeurs de tabac : 18 hommes et 15 femmes, moyenne d’âge 60 ans.

Des radiographies pulmonaires de chacun des participants ont pu être analysées. La fréquence des emphysèmes a été comparée entre les différents groupes. L’emphysème est une des complications de broncho-pneumopathie chronique obstructive (BPCO). Lors de la BPCO, les alvéoles pulmonaires sont progressivement détruites. Dans l’emphysème, ces zones mortes se détendent en augmentant de volume, comprimant la cage thoracique.

Les emphysèmes étaient plus fréquents chez les fumeurs de cannabis que chez les non-fumeurs mais pas plus fréquents que chez les fumeurs de tabac. En revanche, dans une analyse en sous-groupes restreints appariés selon l’âge (n=92), les emphysèmes étaient plus fréquents chez les fumeurs de cannabis que chez les fumeurs de tabac du même âge et que chez les non-fumeurs du même âge.

Il existe de nombreuses façons de consommer du cannabis. © Thought catalogue, Unsplash

IL EXISTE DE NOMBREUSES FAÇONS DE CONSOMMER DU CANNABIS. © THOUGHT CATALOGUE, UNSPLASH

Des taux d’inflammation plus élevés chez les fumeurs de cannabis

D’autres indicateurs de l’inflammation des voies respiratoires ont pu être étudiés grâce aux radiographies pulmonaires : taux d’épaississement bronchique, bronchectasie, impaction mucoïde. Ils étaient tous plus élevés chez les fumeurs de cannabis que chez les fumeurs de tabac ou que chez les non-fumeurs, quel que soit le type d’analyse (au total ou en sous-groupe).

Une des limites de cette étude est que certains fumeurs de cannabis étaient aussi fumeurs de tabac. Par ailleurs, le cannabis se consomme souvent mélangé à du tabac. Enfin, il n’a pas été fait de différence entre les différents types de consommation de cannabis. Des recherches plus approfondies sont nécessaires sur le sujet. Néanmoins, elles sont difficiles à mener du fait que le cannabis est illégal dans de très nombreux pays.

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Patrick Bruel : il se confie sur son rapport à la drogue

©Marechal Aurore/ABACA

De retour sur le devant de la scène, Patrick Bruel s’est confié dans les colonnes de Télé Star. Le chanteur de 63 ans a évoqué de nombreux sujets, tels que son rapport à la famille, ses relations avec son père, ou encore l’impact de la drogue dans sa vie.

Un vrai fléau

La drogue est d’ailleurs un des sujets évoqués dans ce nouvel album intitulé « Encore une fois » et dans lequel on retrouve des collaborations avec les artistes Quentin Mosimann et Hoshi.

« J’ai toujours eu de la drogue devant moi. Il n’y a pas un moment de ma vie où on ne m’en a pas proposé, » explique le chanteur à Télé Star avant de préciser qu’il avait toujours choisi de ne pas toucher à la drogue malgré les tentations et les sollicitations. Comment a-t-il eu la force de résister ? Patrick Bruel évoque son éducation en guise de réponse, ainsi que le fait d’avoir vu une personne mourir d’une overdose alors qu’il n’était âgé que de 17 ans. Un souvenir qui marque à vie et aide à prendre les bonnes décisions.

Mais s’il n’a jamais cédé à la drogue, l’artiste ne cache pas qu’il espère que ses deux fils, âgés de 17 et 19 ans, en feront de même et ne se laisseront pas tenter par ce véritable fléau. Car, comme il l’explique, tout le monde est susceptible de tomber dans l’addiction.

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Le gouvernement veut une interdiction partielle de la publicité sur l’alcool

C’est en Belgique …

Le gouvernement fédéral souhaite instaurer une interdiction partielle de la publicité sur l’alcool. Elle s’appliquerait aux moments de réclame diffusée durant les programmes destinés aux enfants et aux jeunes ainsi que dans les journaux visant principalement un public mineur d’âge, dans les salles de cinéma quand est projeté un film visant la jeunesse et sur les supports digitaux visant ce public, a indiqué jeudi le ministre de la Santé publique, Frank Vandenbroucke.

A côté de cette mesure, la vente de bières et de vin « renforcés » serait également interdite aux moins de 18 ans. Seraient visées par exemple les bières de type Desperado aromatisées avec de l’alcool fort mais aussi des boissons comme le porto et le Martini.

L’exécutif pose de la sorte un jalon en vue d’un plan alcool plus large qui vise à éviter la surconsommation. Il cible plus directement la jeunesse qu’il veut davantage protéger. Des études montrent que plus l’âge auquel on commence à boire de l’alcool est bas, plus la probabilité d’une consommation d’alcool nocive plus tard augmente. Il est question de proposer aux jeunes qui arrivent aux urgences, en raison d’une intoxication alcoolique et/ou à la suite d’un accident sous influence, un trajet de soins auquel les parents seraient également associés. Ce trajet de soins serait poursuivi après la sortie de l’hôpital.

Pour réduire le nombre de victimes sur les routes, le gouvernement fédéral veut imposer une interdiction concernant l’alcool dans les magasins situés le long des autoroutes entre 22 heures et 7 heures du matin. Une interdiction totale existe déjà dans différents autres pays, comme les Pays-Bas.

Le gouvernement fédéral entend également interdire l’alcool dans les distributeurs automatiques ainsi que dans les magasins des hôpitaux.

Le gouvernement a arrêté sa position dans ce dossier. Le plan sera discuté avec les entités fédérées au cours d’une conférence interministérielle. Celle-ci se tiendra en principe le mois prochain.

« Avec cette prise de position, le gouvernement fédéral donne un message clair: nous voulons tout faire pour limiter davantage la consommation excessive et donc nocive d’alcool, aussi bien du point de vue de la santé publique que de la sécurité routière », a expliqué le ministre.

La consommation nocive d’alcool peut avoir de graves conséquences sur la santé, a-t-il rappelé. Plus de 30 maladies sont directement causées par une consommation excessive. Le nombre de décès liés à l’alcool en Belgique est estimé à 5,4 % de l’ensemble des décès. L’alcool demeure en outre est l’une des principales causes des accidents de la circulation mais aussi des violences intrafamiliales ou sexuelles.

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Un verre et demi d’alcool suffit à augmenter le risque d’AVC

Le lien entre consommation d’alcool et risque cardio-vasculaire est bien connu. L’âge moyen de la survenue d’un AVC est de 74 ans. Mais cette pathologie peut aussi toucher les jeunes. À partir de quelle consommation quotidienne d’alcool, les jeunes adultes ont-ils plus de risques de faire un AVC ?

À quelle vitesse élimine-t-on l’alcool ? Depuis le tube digestif, l’alcool passe très vite dans le sang, d’où il atteint rapidement le cerveau, avec les effets que l’on sait. Le corps, ensuite, va métaboliser l’éthanol pour s’en nourrir. Mais ce phénomène-là est bien plus lent…

Les facteurs de risque des maladies cardiovasculaires, dont font partie les AVC (Accident Vasculaire Cérébral) sont aujourd’hui bien connus. Certains ne sont pas modifiables comme l’âge ou les antécédents personnels ou familiaux. Certains sont réversibles : le bon équilibre du diabète, la prise en charge d’un taux élevé de cholestérol dans le sang, le tabagisme, le surpoids et… la consommation d’alcool. Les auteurs de cette étude parue dans le journal Neurology ont souhaité investiguer la question suivante : à partir de quelle quantité d’alcool consommée chaque jour le risque d’AVC est-il accru chez les jeunes adultes ?

Comment l’étude a-t-elle été menée ?

Les auteurs ont utilisé la base de données de l’Assurance maladie coréenne. Les sujets inclus avaient entre 20 et 39 ans et ont participé durant quatre années consécutives à des bilans de santé annuels entre 2009 et 2012. Au total, 1 536 668 personnes ont été incluses. La consommation d’alcool des participants a été évaluée. Un score de 1 a été attribué pour une consommation hebdomadaire d’alcool égale ou supérieure à 105 grammes au moment de chaque bilan annuel.

Un verre standard de boisson alcoolisée (250 ml de bière ou 100 ml de vin ou 30 ml de whisky) contient 10 grammes d’alcool pur. Une consommation de 105 grammes par semaine correspond donc à un verre et demi par jour. La somme des scores obtenus à chaque bilan annuel a été réalisée (de 0 à 4). Le critère de jugement principal était la survenue d’un AVC, ischémique ou hémorragique. Au cours du suivi, 3 153 participants ont eu un AVC.

Il est important de modérer sa consommation d'alcool pour préserver sa santé. © Monticellllo, Fotolia

IL EST IMPORTANT DE MODÉRER SA CONSOMMATION D’ALCOOL POUR PRÉSERVER SA SANTÉ. © MONTICELLLLO, FOTOLIA

Un risque dès un verre et demi par jour !

Les personnes ayant consommé au moins 105 grammes d’alcool par semaine pendant 2, 3 ou 4 années consécutives avaient un risque accru de faire un AVC : 20 % de risque en plus. Le risque était dépendant du temps d’exposition : il était plus important pour la consommation pendant 3 ou 4 années que pour la consommation pendant 2 années seulement. Le risque était particulièrement marqué pour les AVC hémorragiques. Pour rappel, un AVC ischémique est lié à l’obstruction d’une artère cérébrale par un caillot sanguin tandis qu’un AVC hémorragique est dû à un saignement intracérébral causé par l’hypertension artérielle.

Ces données apportent donc un nouvel éclairage sur les risques liés à la consommation d’alcool. Même une consommation d’alcool considérée comme modérée (dix verres par semaine) augmente le risque de faire un AVC chez l’adulte de moins de 40 ans. Pour rappel, le ministère des Solidarités et de la Santé a récemment fait une campagne d’informations. Le message était le suivant : « Pour votre santé, l’alcool c’est maximum 2 verres par jour et pas tous les jours ».

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Le défi de l’addiction au crack

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Le défi de l’addiction au crack

Communiqué de l’Académie nationale de médecine (*)

7 novembre 2022

Le crack est la forme bon marché de la cocaïne, qui est inhalée après vaporisation par la chaleur. Elle arrive de façon subite et intense au cerveau ; ce faisant, elle induit rapidement un effet psychostimulant, mais aussi divers troubles, puis une addiction. Elle est surtout consommée par des usagers spécifiques très désinsérés.

La dangerosité du crack pour les crackeurs eux-mêmes (troubles somatiques, neurophysiologiques et cognitifs ; risque de contamination par les virus des hépatites lors du partage de la pipe à crack ; risque d’overdose), et pour leur entourage (nuisances et délits dans l’espace public) impose une prise en charge rapide et spécifique.

Le simple déplacement des crackeurs d’un quartier de ville à un autre par les autorités, au gré des protestations compréhensibles des riverains excédés par les nuisances subies, ne constitue pas une réponse adaptée, à la mesure de la gravité de cette addiction qui exige une intervention médicale personnalisée pour une approche thérapeutique globale (1,2).

Une politique de soins, dite des « quatre piliers », telle que celle mise en œuvre en Suisse depuis plus de 20 ans, réduit les conséquences négatives de la consommation de drogues, tant pour les consommateurs que pour la société.

La prise en charge globale, qu’elle implique, a été déclenchée lors de l’épidémie liée à la consommation d’héroïne, mais elle est applicable pour les autres toxicomanies.

Ces quatre piliers sont :

1- la prévention, qui doit comporter un volet éducatif consacré à la promotion de la santé, et un volet dédié au repérage précoce ;

2- la thérapie, qui est accompagnée de conseils adaptés à chaque type d’addiction et au profil psychique et social de chaque individu, afin d’améliorer sa qualité de vie, et sa santé physique et psychique ;

3- la réduction des risques pour les personnes concernées, qui leur permet de maintenir un état de santé stable, et de préserver leur intégration socio-familiale et leur insertion sociale au moyen d’aides personnalisées ;

4- la répression, en cas de non-respect de la réglementation, car fabriquer, vendre et consommer des drogues illicites sont des actes sanctionnés par la loi et réclamant application des peines.

Une telle prise en charge globale, dont l’efficacité est avérée, devrait être mise en application à l’intention des consommateurs de crack.

Face à l’addiction au crack, l’Académie nationale de médecine recommande :

– de mettre en place un dispositif sanitaire de prévention pour les personnes aujourd’hui les plus exposées au risque (mineurs en situation de précarité sociale ; migrants) ;

– d’instaurer des dispositifs mobiles permettant d’aller vers les consommateurs de crack en espace ouvert afin de les amener vers une structure de soins, dotée de compétences en psychiatrie et addictologie  ;

– de ne pas compter sur les salles de consommation à moindre risque qui constituent, pour les crackeurs, un dispositif inadapté, mais de recourir, pour eux, à la mise en œuvre de soins hospitaliers, initialement sous contrainte dans certains cas;

– de proposer, en post-hospitalisation, une prise en charge socio-sanitaire et éducative avec un lieu d’hébergement spécialisé pour un accompagnement adapté à l’évolution de la personne ;

– de maintenir l’interdiction de sa consommation sur notre territoire, en se donnant les moyens de police et de justice nécessaires à l’application effective de cette interdiction.

Références

1- L. Vaivre-Douret, Dumont E., Etat des lieux sur la toxicomanie au crack et plan d’action. Rapport remis à la présidence de la Région Ile-de-France, 18 janvier 2022, 94 pp.

2- Goulian A, Jauffret-Roustide M, Dambélé S, Singh R, Fullilove RE 3rd.
A cultural and political difference: comparing the racial and social framing of population crack cocaine use between the United States and France. Harm Reduct J. 2022, 19: 44.

(*) Communiqué de la Plateforme de Communication Rapide de l’Académie validé par les membres du Conseil d’administration le 6 novembre 2022.

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