« Pour une offre plus responsable d’alcool » :

Une nouvelle signalétique pour rappeler l’interdit de vente aux mineurs

charte_vente_alcool_mineur_distrib_princ_300x115_.png

La charte d’engagements « Pour une offre plus responsable d’alcool » a été signée à la MILDECA en 2019 par l’ensemble des acteurs de la distribution : la Fédération du Commerce et de la Distribution (FCD, fédérant 50 enseignes) ainsi que le Groupement Les Mousquetaires et le Mouvement E. Leclerc et Epiciers de France).

Avec cet engagement ce sont au total près de 20 000 points de vente accueillant environ 10 millions de clients par jour, qui se sont engagés aux côtés de la MILDECA pour mettre en œuvre l’une des priorités du Plan national de mobilisation contre les addictions 2018-2022 : « Mieux encadrer la vente des boissons alcooliques ».

Les travaux menés depuis plusieurs mois dans le cadre de la mise en œuvre de ces engagements prévoient notamment l’apposition en magasin et sur les supports commerciaux d’une signalétique visant à rappeler l’interdit de vente d’alcool aux mineurs ainsi qu’à mieux informer le grand public sur les nouveaux repères de consommation d’alcool à moindre risque.

Cette signalétique rénovée prend la forme d’une charte graphique (élaborée par Santé publique France et validée par l’ensemble des représentants des enseignes) associée à différents formats réunis au sein d’un kit complet de communication, jalonnant le parcours client tant en magasin que sur le web.

L’utilisation de ces éléments graphiques est le résultat d’un engagement volontaire des enseignes intégré dans leur démarche de responsabilité sociale d’entreprise (RSE) et ne revêt donc pas de caractère obligatoire ou réglementaire. Par ailleurs, afin d’assurer le suivi conjoint des engagements pris dans le cadre de la charte d’avril 2019, les pouvoirs publics ont demandé aux enseignes signataires d’organiser en interne une remontée d’information afin de pouvoir évaluer la diffusion effective de la signalétique.

Source

Une nouvelle drogue menace les Lycéens

20 adolescents à l’hôpital

TF 1 le 13 Février 2020 : début 14′ 28″

vidéo disponible jusqu’au 21/02/2020

Cette information de TF1 était annoncée dans « La lettre du CNPERT » de Janvier 2020

Alerte N°1 sur les ravages des drogues : l’ecstasy nouvelle, une drogue qui a tué en 2019 Pr J.-P. Goullé

L’ecstasy ou MDMA (méthylène-dioxyméthamphétamine) est une drogue de synthèse de la famille des amphétamines. Historiquement, sa diffusion en France a suivi l’essor du mouvement festif techno, elle est en outre recherchée plus spécifiquement pour ses effets empathogènes /entactogènes [améliorant chez de nombreux sujets leur
capacité à entrer en relation avec les autres (empathie) et à atteindre, pour soi-même, un état de sérénité permettant le contact avec son propre intérieur]. À forte dose, c’est une drogue hallucinogène qui peut entraîner une modification des perceptions sensorielles.

La MDMA est plutôt ingérée ; elle peut être aussi sniffée, et plus rarement fumée ou injectée. Elle provient majoritairement des Pays-Bas, premier pays de production en Europe occidentale. Le prix moyen d’un comprimé est de 10 euros (acheté moins de 1 euro par lot de 1000 en Belgique ou aux Pays-Bas). Après des années d’un oubli croissant, l’usage de ses comprimés fait un grand retour dans l’espace festif, par une
stratégie marketing de trafiquants issus de réseaux mafieux qui infiltrent les clubs, les discothèques et les teknivals.

Cinq pour cent des 18-64 ans ont expérimenté la MDMA/ecstasy en 2017, soit environ
1,9 million d’individus, tandis que la consommation dans l’année concernait 1,0% d’entre elle ; soit une progression d’un facteur 3 depuis 2010. Les tranches d’âge les plus concernées sont les 26 – 34 ans (8,5% d’expérimentateurs) et les 18 – 25 ans (7,0%).

Chez les jeunes de 17 ans, l’expérimentation s’établit en 2017 à 3,4%. Le 16 octobre dernier, le système européen d’alerte précoce (early working system ou EWS) de
l’Observatoire européen des drogues et toxicomanies, via son réseau, a diffusé une alerte destinée à tous les professionnels du secteur en contact avec des usagers
de drogues. Ils ont été prévenus que des comprimés très fortement dosés en MDMA circulaient au cours des derniers mois sur le marché. Il s’agit de comprimés dont les logos et les couleurs changent constamment (tête de singe/no hear, de couleur rose ; Nespresso, de couleur grise ; balance/soul, de couleur bleue ; tête de singe/no see, de couleur jaune) ce qui rend leur repérage extrêmement difficile. Ils renferment tous
entre 150 et 250 mg de MDMA.

Du fait de leur forte teneur en MDMA, Ils présentent un grand danger, la prise d’un seul comprimé pouvant menacer le pronostic vital. Depuis quelques années, les comprimés d’ecstasy ont des teneurs en constante augmentation pour atteindre des niveaux très
supérieurs à ce qui pouvait être observé dans les années 2000. Ainsi, alors qu’en 2009, la teneur moyenne dans un comprimé était de 44 mg, en 2017 elle atteignait en
moyenne 128 mg. Actuellement les teneurs maximales observées peuvent être supérieures à 300 mg par comprimé soit une dose très supérieure à celle
considérée comme toxique (environ 1,5 mg/kg de poids corporel).

Ces nouveaux comprimés, eu égard à leur forte teneur en MDMA, présentent des risques de complications graves (déshydratation, convulsions, coma, hyperthermie ou troubles cardio-vasculaires potentiellement mortels). Cette augmentation
considérable des teneurs est en lien avec les nouvelles formes d’ecstasy apparues sur le marché clandestin : des comprimés plus gros, aux couleurs plus vives et
avec des formes 3D représentant des logos de grandes marques connues. Récemment des jeunes  5 consommateurs festifs occasionnels parfaitement intégrés (étudiants du supérieur, y compris en médecine) se sont fait piéger par cette drogue d’un soir
et sont morts.

L’ecstasy, drogue festive par excellence, considérée jusqu’alors comme peu dangereuse, est devenue une nouvelle drogue tueuse. La cote d’alerte est dépassée dans le milieu de la nuit. Ainsi à Paris intra-muros, la brigade des stupéfiants fait état de 10 morts imputables à cette drogue au cours des 10 premiers mois de 2019, soit plus du tiers des décès par surdose enregistrés au cours de la même période.

L’ecstasy, avec ses 10 morts, a tué davantage que la cocaïne (8 morts) ou que l’héroïne (7 morts). De plus, il s’agissait de victimes qui étaient en parfaite santé, contrairement à la plupart de celles dues à la cocaïne ou à l’héroïne. Face à ce nouveau danger, il convient d’informer et de prévenir non seulement les adolescents et les parents, mais aussi d’appeler les autorités à la plus grande vigilance.

La chute du business du cannabis au Canada

Près de 18 mois après la légalisation, le bilan est désastreux pour les entreprises du secteur, concurrencées par le marché noir.

Par Ludovic Hirtzmann
Dans l’usine de Smith Falls (Ontario), Canopy Growth fabrique des produits dérivés du cannabis (ici, du chocolat).
Dans l’usine de Smith Falls (Ontario), Canopy Growth fabrique des produits dérivés du cannabis (ici, du chocolat). Blair Gable/REUTERS

Les espoirs des entreprises du secteur du cannabis partent en fumée. Après une année 2019 décevante, les géants de la marijuana canadienne accumulent les mauvaises nouvelles depuis le début du mois. Aurora Cannabis a annoncé en fin de semaine le licenciement de 500 employés sur 1600. Un autre producteur, Tilray, a fait part de sa volonté de se séparer de 10% de ses effectifs début février. Plusieurs autres sociétés ont procédé à des suppressions de postes ces dernières semaines.

Presque un an et demi après la légalisation du «pot» comme les Québécois appellent le cannabis, le marché s’effondre. Depuis la légalisation de la marijuana le 17 octobre 2018, l’indice boursier du secteur, le Canadian Marijuana Index, s’est écroulé de 781 points à 178 points le 12 février. D’une capitalisation boursière de 4,9 milliards de dollars canadiens (3,3 milliards d’euros) au jour de la légalisation, le producteur de cannabis Aphria ne vaut plus aujourd’hui que 1,1 milliard (750.000 euros).

Méfiez-vous de vos souvenirs, surtout si vous consommez du cannabis

La consommation de cannabis augmente le risque de faux souvenirs, créés sous l’influence de la drogue.

Lors d’une étude auprès de 64 consommateurs occasionnels de cannabis, une équipe internationale de chercheurs a déterminé que le fait de fumer du THC (la partie psychoactive du cannabis) pouvait inciter les fumeurs à se créer de faux souvenirs ou à considérer comme réels des souvenirs qui leur ont été suggérés. Une découverte qui n’est pas anodine car cela augmente le risque de faux aveuxou de déclarations de témoins inexactes lors des enquêtes judiciaires.

Dans cette étude, oubliée dans le PNAS, les chercheurs ont évalué l’impact de l’intoxication au cannabis sur la production de faux souvenirs à la fois spontanés et basés sur des suggestions (désinformation) chez les consommateurs de THC. Ces derniers ont reçu une dose cannabis et ont ensuite été invités à participer à trois tests de mémoire distincts comprenant la lecture, la récitation de mots et le rappel d’événements basés sur la réalité virtuelle. Les chercheurs ont formulé leurs questions de manière à influencer les souvenirs des volontaires, parfois même en introduisant de fausses informations.

« Le cannabis semble augmenter la propension aux faux souvenirs » soulignent les auteurs de l’étude.

Source

« Les politiques n’ont pas pris la mesure du Défi de janvier sans alcool »

TRIBUNE

A l’issue de la première édition française du Défi de janvier, portée par des associations, trois personnalités du monde de l’addictologie s’interrogent sur le décalage entre la prise de conscience générale sur le sujet de l’alcool et celle des politiques.

Tribune. Pendant des décennies, les acteurs de santé publique ont semblé prêcher dans le désert lorsqu’ils détaillaient les conséquences, pourtant spectaculaires, de la consommation d’alcool dans notre pays.

Ni les dizaines de milliers de morts, ni les malades (bien plus nombreux encore), ni les handicaps, ni les violences ne semblaient en mesure de contrebalancer un discours sur l’alcool qui serait l’unique déclencheur de la fête, ou sur les traditions et l’art de vivre, dont seul le lobby alcoolier serait le détenteur et le gardien.

La mobilisation exceptionnelle, et inattendue à ce niveau, qui s’est produite autour du Défi de Janvier (Dry January à la française), est à cet égard révélatrice d’une bascule progressive de l’opinion. La consommation d’alcool, jusqu’alors naturelle, sinon obligatoire lors des rencontres amicales, amoureuses professionnelles ou autres, est désormais soumise à interrogation.

Article réservé à nos abonnés Lire aussi  « Dry January », malgré le veto de l’Elysée

La prise de position du président de la République, dont l’opposition au Défi de janvier a été annoncée sur le site internet Vitisphere.com, a certainement attiré l’attention sur l’événement, mais ne saurait expliquer son retentissement.

Les médias, tous les médias, se sont d’ailleurs davantage intéressés à l’opération de mobilisation sociale qu’à sa péripétie politicienne. Les débats ont porté, à juste titre, sur l’intérêt pour chacun de faire le point sur sa consommation, sur la place que l’alcool prend dans sa vie, sur la capacité à maîtriser cette consommation et sur les bénéfices qu’on peut attendre d’une pause.

C’est d’ailleurs ici qu’est la révolution dans cette campagne de prévention : il s’agit d’expérimenter soi-même les bénéfices d’une pause et non simplement se voir rappeler les risques à consommer.

Source  Le Monde

Le cannabis près du plongeon dans la légalisation – Pr. Costentin

Les commissions des Affaires économiques, des Affaires sociales, des Lois, des Finances, des Affaires culturelles et éducatives, du Développement durable ont constitué une mission d’information sur la réglementation et l’impact des différents usages du cannabis (cannabis dit « thérapeutique » ; cannabis de confort ; cannabis récréatif).

 

Voilà qui inquiète car « plus il y a de médecins autour du patient et plus le cadavre sentira mauvais » (proverbe chinois).

Le cannabis n’est plus ce qu’il était. De fait, nombre de changements modifient profondément l’image de cette drogue.

Sa très grande diffusion, assurée par plus de 200.000 dealers, fait de notre pays le tout premier consommateur de l’Union européenne.

La loi de 1970 qui le prohibe, ni enseignée, ni expliquée, ni justifiée, n’est évidemment pas appliquée.

Loin de s’attacher à prévenir son usage, des médias et même des « addictologues » requièrent sa légalisation. D’ailleurs, l’Observatoire européen des drogues et toxicomanies (OEDT) nous a infligé un carton rouge pour cette absence de prévention.

Les premiers usages sont de plus en plus précoces, affectant dès le collège des élèves de 12 à 15 ans.

En 40 ans, le taux de son principal constituant toxicomanogène, le tétrahydrocannabinol = THC, s’est accru d’un facteur 6,5 dans les produits consommés.

De nouveaux modes de consommation augmentent sa cession à l’organisme (nébuliseurs, pipes à eau, cigarettes électroniques utilisant des recharges d’huile de cannabis).

Des molécules de synthèse, qui stimulent plus puissamment que le THC , ses récepteurs CB1, apparaissent chaque mois.

Les données sur les multiples méfaits du cannabis s’accumulent, confirmant son caractère très délétère. Ses méfaits concernent cœur (3e cause de déclenchement d’infarctus) et vaisseaux (artérites, accidents vasculaires cérébraux) ; des cancers ORL et broncho-pulmonaires ; une diminution des défenses immunitaires ; des perturbations de la grossesse et du bébé qui en naîtra, avec une vulnérabilité accrue aux toxicomanies, dès l’adolescence.

Sa toxicité psychique est redoublée par l’âge auquel il sévit : celui des activités éducatives et de la maturation cérébrale (12 à 22 ans). Drogue de la crétinisation, il induit, en outre, des troubles anxieux, des dépressions (avec risque suicidaire), de graves manifestations psychotiques (schizophrénie, délire cannabique).

À défaut d’appréhender l’importance des drames suscités par le tabac et l’alcool, on ne sait plus juguler leurs consommations. Le cannabis approche d’une légalisation voulue par des idéologues déconstructeurs, des idiots utiles, des individus affamés de profits. Elle serait irréversible et infligerait à notre société, déjà bien malade, un insupportable tribut.

Le ministre de la Santé a constitué une commission pour apprécier les potentialités thérapeutiques du cannabis. Pourquoi pas ? Mais les prémisses inquiètent car, avant même de fonctionner, cette commission parle déjà, pour forcer le destin, de « cannabis thérapeutique ». Tous les pays ayant légalisé le cannabis l’ont préalablement travesti en médicament.

À l’Assemblée nationale, Jean-Baptiste Moreau, député LREM de la Creuse, veut faire de son département un eldorado, vert de cannabis. Il communique avec véhémence sur ses vertus thérapeutiques. Sur la chaîne LCP, où nous étions opposés, ce professionnel de l’élevage voulait en remontrer au pharmacologue (« sutor, ne supra crepidam »).

Cette mission parlementaire mise en place, avec ces biais déjà patents, sera-t-elle capable d’appréhender la gravité du sujet et son importance sanitaire, sociale et sociétale ? Des doutes pèsent sur sa capacité de prendre les mesures s’imposant, qui devraient toutes être aux antipodes des faux-semblants, de l’ignorance entretenue, des négligences multiples, des complaisances, des subventions généreusement servies à des associations complices de cette situation. Elle devrait revisiter l’organisation de l’addictologie, surveiller les pratiques de plusieurs praticiens qui, par idéologie, ne sont plus dans le dessein de guérir mais se contentent de faciliter aux victimes des drogues l’accès à celles-ci.

Source

Jean Costentin  –  Docteur en médecine

LA GUERRE DU LOBBY DU VIN CONTRE LE « MOIS SANS ALCOOL »

 

Vin, Verre, Boire, Dégustation, Main

Le mois de janvier 2020 devait coïncider avec le lancement de la toute première édition du « Mois sans alcool » français, organisé par l’agence nationale « Santé publique France », sous l’égide du Ministère des Solidarités et de la Santé et de sa ministre, Agnès Buzyn. L’organisme, déjà à l’origine de la promotion du “mois sans tabac” en novembre, comptait élargir cette initiative à l’alcool, responsable, selon l’agence, de 41.000 décès en France chaque année. Inspirée du « Dry January » britannique, cette campagne de sensibilisation visait à faire « réfléchir les Français sur leur consommation d’alcool » en les incitant à moins boire en janvier pour faire une pause après les fêtes.

Début novembre 2019, la campagne « Janvier sans alcool », préparée depuis 6 mois, est prête. Le 10 novembre, la page Facebook de l’événement est publiée. Le 11 novembre, le compte Twitter émet son premier tweet. Enfin, le 14 novembre, une date à retenir, l’opération doit être officiellement dévoilée à la presse par la Ministre de la Santé Agnès Buzyn, qui sera cependant contrainte de reporter l’annonce de quelques jours en raison d’une grève du personnel hospitalier. Or, au grand dam des associations de prévention contre les addictions, cette annonce n’aura finalement jamais lieu. En effet, Madame Buzyn a décidé de faire marche arrière, affirmant qu’elle n’avait pas validé le format de la campagne et que le plan de prévention contre l’alcool ne serait défini qu’en février 2020. Alors, pourquoi un tel revirement ? Ne serait-ce pas un nouveau fait d’arme du lobby de l’alcool visiblement rompu à ce type de manœuvre ?

 

« Janvier Sobre » versus « Janvier sans Alcool », la guerre des opérations de prévention

Tout semble commencer au mois de juin 2019. Lors du discours d’ouverture du congrès 2019 de la Fédération Addiction, Nicolas Prisse, le président de la MILDECA (Mission interministérielle de lutte contre les drogues et les conduites addictives), laisse entendre qu’une opération de « mois sans alcool » soutenue par les pouvoirs publics pourrait avoir lieu en janvier 2020. Cette information sera confirmée quelques jours plus tard par François Bourdillon, arrivé à la fin de son mandat à la tête de Santé Publique France.

Or, cette perspective n’enchante pas la filière vitivinicole, qui envisage la prévention contre l’alcoolisme d’un tout autre œil. En effet, les termes de « mois sans alcool » ou « janvier sec », à l’instar du « Dry January » et du « mois sans tabac », brandiraient le spectre de l’abstinence totale d’alcool, à laquelle elle est, sans surprise, farouchement opposée. Elle lui préfère de loin les notions de sobriété et de modération, en accord avec les recommandations du Ministère de la Santé, qui prônent « Maximum 2 verres par jour et pas tous les jours », soit 10 verres et 2 jours d’abstinence par semaine, toute l’année. Et justement, une autre opération œuvrant pour une consommation responsable selon ces recommandations, baptisée « Janvier Sobre », déjà lancée début 2019, est en préparation pour janvier 2020. Présentée comme une initiative citoyenne franco-française, elle est portée par Laurence Cottet, présidente de l’association de lutte contre l’alcoolisme « Méthode H3D » et ex-alcoolique devenue « Patiente experte » au CHU de Grenoble. Personnalité très médiatisée dès lors qu’un sujet porte sur l’addiction à l’alcool, elle ne fait pourtant pas l’unanimité parmi les addictologues. En effet, beaucoup la soupçonnent de pactiser avec l’ennemi, et en particulier avec Vin&Société, association représentant l’ensemble de la filière vitivinicole, créée en 1995 pour combattre la loi Evin. De fait, Laurence Cottet, à titre personnel ou via Janvier Sobre, ne manque pas de relayer tous les messages du lobby sur les réseaux sociaux. Elle va jusqu’à apparaître dans une vidéo tournée par Vin&Société à l’occasion de la Journée Internationale des Droits de la Femme, sous couvert de marteler son slogan de prévention « Maximum 2 verres jour et pas tous les jours », un bon moyen pour le lobby de détourner les repères de consommation à son avantage.

Le 1er juillet 2019, Laurence Cottet publie le communiqué officiel de lancement de l’opération « Janvier Sobre », en collaboration avec Pascal Mélin, le président de SOS Hépatites Champagne-Ardenne. Pour financer sa campagne, elle fait une demande de subvention auprès du Fonds de lutte contre les Addictions géré par la Caisse Nationale d’Assurance Maladie dans le cadre d’un appel à projet « Mobilisation de la société civile pour les addictions ». Le 5 novembre 2019, Laurence Cottet reçoit une réponse négative à cette demande, au motif que « le Fonds de lutte contre les addictions finance déjà, dans le cadre de son plan d’action 2019, l’agence nationale de santé publique pour une opération nationale de marketing social sur l’alcool qui se déroulera en janvier 2020 ».

La réplique du secteur vitivinicole et de son réseau d’élus de la vigne et du vin ne se fait pas attendre. Dès le 6 novembre 2019, une tribune de Louis Aliot, député Rassemblement National des Pyrénées-Orientales, paraît dans Causeur, exhortant à « rester Français » en refusant l’abstinence totale d’alcool pendant un mois. Le 7 novembre, l’Association Nationale des Elus du Vin (ANEV) publie un communiqué signé par ses coprésidents Nathalie Delattre, sénatrice de la Gironde et Philippe Huppé, député de l’Hérault, dans lequel l’association appelle le gouvernement à renoncer au projet de « Janvier Sec », l’accusant de « privilégier la promotion d’une abstinence totale en matière de consommation d’alcool et donc de vin » au détriment de la « modération, l’éducation à l’art de vivre à la française et à la culture du vin ». D’autres actions sont menées, comme celle de Daniel Laurent, sénateur de la Charente-Maritime et président du groupe d’études Vigne et Vin du Sénat ou celle de Bernard Perrut, député du Rhône et membre du groupe d’études Vin, vigne et œnologie de l’Assemblée Nationale. Quant au porte-parole du Comité interprofessionnel du vin de Bordeaux, Christophe Château, il n’hésite pas à dénoncer « une position extrémiste » consistant à prôner l’abstinence, un « coup de com’ » de la part de Santé publique France, qui pourtant, pour rappel, n’a pas encore officialisé l’événement.

 

Une diabolisation du « Mois sans alcool » guidée par l’inquiétude du secteur viticole

Cette intention de diaboliser l’opération « Janvier sans alcool », dont l’objectif n’a pourtant jamais été d’imposer l’abstinence totale pendant un mois, répondrait à une forte inquiétude du secteur viticole. Il estime faire face à de « graves difficultés commerciales » liées à la conjoncture internationale : ralentissement de l’économie chinoise engendrant une baisse en valeur des exportations de 6 %, surtaxation américaine des importations de vins français depuis le 17 octobre 2019 et incertitude entourant le Brexit. En incitant les Français à ne plus acheter de vin pendant un mois, l’opération « Janvier sans alcool » viendrait encore fragiliser la filière, sur le plan national cette fois, alors qu’elle est déjà mise en difficulté par la loi Evin, qui aurait engendré une baisse de consommation d’alcool de 30 %. Or, 80 % de l’alcool vendu en France serait bu par des gros consommateurs. Avec une telle opération, la filière aurait donc peur de perdre ses clients captifs par leurs addictions. Pour ne rien arranger, le Sénat s’apprête à adopter la taxe sur les prémix, les boissons à base de vin de type rosé-pamplemousse, sangria ou kir. Ce sera fait le 14 novembre, décidément une date à retenir.

Selon l’Insee, l’année 2019 n’a en effet pas profité au secteur viticole, du fait de conditions climatiques défavorables. Par rapport à 2018, année ayant connu un volume exceptionnel de production de vin (+28,7 %), la production viticole recule fortement en volume en 2019
(-13,7 %), tandis que les prix sont restés stables en raison de réserves importantes. Or la bonne santé du secteur est primordiale pour l’économie française. En effet, selon Vin&Société, la filière vitivinicole, qui représente pas moins de 558.000 emplois en France, est le premier secteur agricole français en termes de valeur. En 2018, selon le Comité National des Interprofessions des Vins (CNIV), la France a produit 4,6 milliards de litres de vin soit 17 % de la production mondiale, la plaçant au 2e rang des producteurs mondiaux de vin derrière l’Italie. Il s’agit du deuxième secteur excédentaire à l’exportation après l’aéronautique, ce qui représente 12,2 milliards d’euros de chiffre d’affaires à l’export sur l’année.

Par ailleurs, du point de vue de la filière, le mois de janvier et sa cohorte de festivités à l’occasion des vœux, de l’épiphanie ou de la Paris Cocktail Week, est particulièrement mal choisi pour imposer la diète. Comble de l’ironie, c’est également le mois de la Saint-Vincent, fête des vignerons, qui a lieu le 22 janvier. Le choix du mois de février, le plus court de l’année, aurait semblé préférable, à l’instar de la Tournée Minérale Belge.

 

Emmanuel Macron, un soutien de choix pour le lobby vitivinicole

Depuis le début de son mandat, Emmanuel Macron est régulièrement accusé de complaisance envers la filière vinicole. Se revendiquant épicurien et grand amateur de vin, le Président, qui n’hésite pas, en marge du salon de l’agriculture de 2018, à bafouer les recommandations de Santé Publique France en déclarant « Moi, je bois du vin le midi et le soir », veille du mieux qu’il peut au développement du secteur vinicole. En 2017, il va jusqu’à recruter comme conseillère agricole à l’Elysée Audrey Bourolleau, l’ex-déléguée générale de Vin&Société, ce qui suscitera la vive inquiétude de l’Association Nationale de Prévention en Alcoologie et Addictologie (ANPAA). Soupçonnée de défendre sa filière au mépris de la santé des Français, elle restera en poste jusqu’au printemps 2019, invoquant une mésentente avec Didier Guillaume, le ministre de l’Agriculture, pour justifier son départ.

Connaissant la sensibilité du Président pour leur cause, dix responsables du vignoble français adressent le 29 octobre une lettre à Emmanuel Macron pour l’interpeller sur la situation de la filière vitivinicole française et lui demander de les recevoir, dans le but de « construire ensemble une véritable politique vinicole ». Cet entretien aurait été dans un premier temps refusé mais le 14 novembre 2019, Emmanuel Macron rencontre les coprésidents du Comité Champagne, Maxime Toubart du Syndicat Général des Vignerons et Jean-Marie Barillère de l’Union des Maisons de Champagne, à Epernay, lors d’un déjeuner de deux heures au restaurant étoilé Les Berceaux. A cette occasion, Maxime Toubart offre à Emmanuel Macron un magnum de champagne De Saint Gall de 1977, l’année de naissance du Président. Un bon retour sur investissement puisque c’est au cours de ce déjeuner qu’Emmanuel Macron leur aurait promis de faire annuler l’opération « Mois sans alcool ». « Vous pouvez faire savoir qu’il n’y aura pas de Janvier sec » leur aurait-il intimé. Une déclaration que va s’empresser de publier Vitisphère, avant même que les associations impliquées dans l’organisation de l’événement ne soient informées de la décision présidentielle. Dans la foulée, l’ANEV tweete  « Face à l’inquiétude des professionnels et des élus du vin, Emmanuel Macron annonce qu’il n’y aura pas de Janvier sec ». Son coprésident, Philippe Huppé, se dit «ravi que le Président ait mis fin à cette opération ; pour moi, il était inefficace de dire qu’il ne faut pas boire, on ne va pas faire le carême. Il me semble plus important de prôner la modération.»

Interrogés par l’Agence France-Presse, les services de l’Élysée restent évasifs sur les propos prêtés au Président de la République. : «Comme tout déjeuner où il n’y avait pas la presse, l’interprétation des paroles du Président reste à la discrétion des gens présents». Ils reconnaissent toutefois que le Président ne souhaite pas interdire la consommation d’alcool de façon formelle « ce qui était a priori la démarche proposée ». Un représentant du Ministère explique : « On veut d’abord sensibiliser au concept récent des nouveaux repères de consommation, c’est-à-dire pas plus de deux verres par jour et pas plus de dix par semaine, avec deux jours d’abstinence », un message parfaitement en phase avec … le « Janvier Sobre ».

 

« Le Défi de Janvier », substitut des addictologues au « Mois sans Alcool »

Cette décision et la façon dont elle a été prise par Emmanuel Macron ne surprend pas les associations de lutte contre les addictions. L’addictologue Michel Reynaud, président du Fonds Actions Addictions (FAA), estime qu’elle est motivée par « la pression, la proximité et le besoin de soutenir la viticulture ». D’après lui, le Président arbitrerait toujours en faveur des intérêts de la filière viticole au détriment de toute action de prévention de santé publique contre l’alcool. Le 18 novembre, en complément d’un communiqué interassociatif publié le 15 novembre, il cosigne avec 4 de ses collègues de la Fédération Française d’Addictologie, une lettre ouverte à Emmanuel Macron pour lui « rappeler que la prévention sur l’un des problèmes de santé publique les plus importants, celui de la consommation d’alcool, ne peut rester indéfiniment sans réponse, sous prétexte qu’un des lobbies économiques les plus puissants s’oppose à toute mesure efficace » et s’insurge d’une « remise en cause du fait de la pression du lobby alcoolier ». L’ANPAA lui écrit également pour lui faire part de son incompréhension quant à l’annulation de la campagne « un mois sans alcool » et souhaiter qu’il ne s’agisse que d’un « affreux malentendu ». Les lettres rappellent aussi que l’objectif de l’opération de « mois sans alcool » « n’est évidemment pas de conduire à une abstinence totale, mais de s’interroger sur sa consommation et de prendre conscience du rapport qu’entretient la société avec l’alcool ». Elles annoncent enfin l’intention des associations concernées de maintenir la campagne avec ou sans soutien des pouvoirs publics.

Le 22 novembre, la Fédération Française d’Addictologie publie un communiqué annonçant le lancement d’une campagne « Dry January » à la française, nommé le « Défi de Janvier », précisant que le « revirement des pouvoirs publics sous la pression d’un lobby a entraîné un sursaut immédiat de l’ensemble du milieu professionnel et associatif. La décision a donc été prise de réussir cette mobilisation citoyenne et de la société civile pour intervenir sur la deuxième cause de mortalité évitable à l’échelle nationale. ».

 

Les Français, 3e plus gros consommateurs d’alcool selon l’OCDE

En effet, selon les données publiées par l’OCDE, la France reste l’un des pays les plus consommateurs d’alcool au monde, se situant au troisième rang des pays de l’organisation. Or, l’alcool est la 1ère cause évitable de mortalité des 15-30 ans et la 2ème cause évitable de décès toutes causes confondues et par cancers. Il est également impliqué dans 40 % des violences faites aux femmes et aux enfants et dans un tiers des décès par accidents de la route. Les Français consomment ainsi 11,7 litres d’alcool par an et par personne de 15 ans et plus et 10 % des 18-75 ans consomment à eux seuls 58 % de l’alcool vendu. 10,6 millions de personnes dépasseraient les seuils de consommation à moindre risque pour 2 millions de personnes dépendantes.

Le professeur Mickaël Naassila, directeur du groupe de recherche sur l’alcool et les pharmacodépendances à l’Inserm et président de la Société Française d’Alcoologieconfirme  qu’il faut en finir avec « le mythe » du verre quotidien qui serait bon pour la santé. « Aucune étude scientifique sérieuse n’a permis de démontrer cela. ». Au contraire, une vaste étude publiée par The Lancet en août 2018, impliquant 1800 chercheurs de 127 pays, et menée sur 28 millions de personnes entre 1990 et 2016, démontre que l’alcool est dangereux, même à faible dose, et que ses bienfaits supposés contre certaines pathologies relèvent du fantasme. D’où la nécessité de lancer des campagnes de prévention comme le Dry January, dont l’efficacité a été démontrée par une étude de l’Université de Sussex menée en janvier 2018 par le Docteur Richard de Visser auprès de 800 participants au challenge. D’après les résultats, 80 % des participants se seraient sentis plus en contrôle de leur consommation d’alcool, 71 % auraient vu la qualité de leur sommeil s’améliorer, 58 % auraient perdu du poids, 67 % auraient gagné en énergie et 57 % en concentration. « Ces campagnes sont positives : elles lancent un défi, permettent de parler autrement de l’alcool, sans le diaboliser, et ont des effets sur la régulation des usages plusieurs mois après », plaide Nathalie Latour, déléguée générale de la Fédération Addiction.

 

Un lancement du « Défi de Janvier » mouvementé

Le 3 décembre paraît le communiqué officiel de lancement du Défi de janvier, annoncé comme une opération menée en partenariat avec l’association Alcool Change UK à l’origine du « Dry January » britannique, importée et adaptée en France par un collectif de 21 associations.

La filière vitivinicole ne l’entend pas de cette oreille. Après avoir appelé à l’aide Didier Guillaume, le Ministre de l’Agriculture, pour qu’il affirme haut et fort son opposition au Dry january, elle réplique violemment, en recourant à un autre levier stratégique après son réseau politique : les médias. Outre les magazines spécialisés comme Vitisphère ou la Revue du vin français, le lobby a ses entrées au Point. Un numéro spécial « Qui veut la peau des bons vivants ? » dénonçant « l’hygiénisme moralisateur » qui menacerait les hédonistes et l’art de vivre à la française, paraît le 5 décembre. Le même jour, une tribune de l’écrivain et réalisateur Philippe Claudel, co-signée par 38 personnalités françaises dont des chefs cuisiniers, des artistes ou des sportifs, est publiée dans Le Figaro, intitulée « Arrêtez de culpabiliser les amateurs de vin ». Elle condamne une nouvelle fois l’opération « Mois sans alcool » pour ce qu’elle n’est toujours pas : « Commencer à interdire, c’est interdire tout court, et à jamais. On commence par un mois, mais un mois, c’est le début de l’éternité. » prévient-elle.

Cela ne suffit pas à décourager les « associations prohibitionnistes ». Elles répondent à l’attaque par un communiqué, publié le 12 décembre sous l’égide de l’ANPAA, qui lance officiellement l’opération Dry January. Le 13 décembre, le site web de l’opération est mis en ligne, tandis que les comptes TwitterInstagram et Facebook sont actifs depuis quelques jours. Le 16 décembre, les professeurs Amine Benyamina, Mickaël Naassila et Bernard Basset signent leur propre tribune dans Le Figaro, réaffirmant le caractère original et ludique, sans interdiction, culpabilisation ou moralisme, de l’opération : « le Défi de Janvier n’est pas l’injonction prohibitionniste qu’évoque étrangement cette tribune ». Pour le démontrer, la campagne mise principalement sur la pédagogie et l’humour, n’hésitant pas à tacler ouvertement la filière vitivinicole ou le gouvernement, à l’instar du premier tweet de l’année 2020, soit le premier jour du #LeDéfideJanvier. Le compte twitter @DryJanuary #LeDéfideJanvier sera également épaulé par le compte @aletcoline, créé notamment par Laurent Karila, psychiatre, addictologue et porte-parole de l’association SOS Addictions.

Le « paradoxe français », le meilleur allié de la filière vitivinicole

Nous avons vu que le lobby du vin bénéficie d’un encerclement cognitif efficace constitué d’associations professionnelles fortunées, de soutiens politiques au plus haut niveau de l’Etat, ainsi que de relais médiatiques de poids. Pourtant son plus grand défenseur reste … le peuple français. En effet, les vives réactions suscitées par le lancement du Dry January en France prouvent que l’alcool est un sujet délicat à aborder dans un pays à la forte culture œnologique.

Selon un sondage IFOP d’août 2019, commandité par Vin&Société et mené auprès de 1004 Français représentatifs de la population française, 96 % des répondants reconnaissent que le vin fait partie de l’identité culturelle de la France et 86 % considèrent qu’il est une composante de l’art de vivre à la française. 93 % de l’échantillon perçoit les vignerons comme détenteurs d’un savoir-faire particulier qu’il convient de protéger. Si le vin fait indubitablement partie du patrimoine français, un autre sondage de la Ligue contre le Cancer, mené par l’institut OpinionWay en mai 2018 auprès de 1004 personnes, révèle que 58 % des Français regrettent que les pouvoirs publics n’en fassent pas assez pour prévenir les risques liés à la consommation d’alcool. 92 % souhaiteraient notamment une meilleure prévention auprès des jeunes. Si 89 % de l’échantillon juge que l’industrie de l’alcool est importante pour l’économie du pays, 77 % pensent néanmoins que les décideurs publics sont influencés par les producteurs d’alcool.

Ainsi, comme l’ont expliqué les journalistes Victor Legrand et Thomas Pitrel dans leur ouvrage « Tournée générale – La France et l’alcool » publié chez Flammarion, les Français entretiennent un rapport paradoxal avec le vin. « Nous pouvons dire que le vin n’est pas un alcool comme les autres en France d’un point de vue culturel, historique et économique, mais qu’au niveau de la santé, cela est clairement le cas. ». D’après leur enquête, les « puissants » lobbies du vin ne seraient en fait que quatre sociétés salariant peu de personnes. En revanche, les Français sont leurs propres lobbyistes, tant le vin est ancré dans leur culture.

Champagne ! Pari réussi pour le Dry January à la française

Pour la filière vitivinicole, l’année 2020, qui lui promettait pourtant le meilleur avec ses « 2000 vins ou « Vin-Vin », semble bien mal commencer, en témoigne la violence des propos tenus par Denis Saverot, rédacteur en chef de la Revue des Vins de France, contre le Dry January #LeDéfiDeJanvier dans l’édito du 2 janvier 2020 : « Il est grand temps d’ajouter l’Anpaa, l’OFDT, le Fonds Actions Addictions et quelques autres à la liste des comités Théodule à supprimer » n’hésite-t-il pas à écrire. « Les instances de la Santé publique agissent comme des ligues de vertu : elles pensent à la française que l’interdit sauvera la population. Il faut faire peur et on fait peur par la mort et par le cancer ».

Pourtant, les 35 associations de santé publique visées ont gagné leur pari : la polémique, qui se poursuivra tout au long du mois de janvier 2020, leur a été plus que profitable en termes de visibilité et de compréhension des messages de santé publique véhiculés. Un sondage de l’institut YouGov, mené du 14 au 15 janvier 2020 auprès d’un échantillon représentatif de la population française, révèle ainsi que 61 % des Français ont entendu parler de l’opération et qu’elle aurait été suivie par près d’un quart de la population (24 %). Les organisateurs de la campagne confirment que cette première édition du Dry January français est un succès. Près de 9000 participants se sont inscrits sur le site, contre 4000 pour la première édition du Dry January anglais en 2013. L’objectif que s’était fixé Nathalie Latour d’égaler cette première édition britannique est donc largement dépassé. D’ailleurs, les autres acteurs du marché de la boisson ne s’y sont pas trompés : ils se sont emparé de l’opération, à l’instar de Coca-Cola le plus gros producteur de sodas au monde, qui lancera le Surviving January, ou des alcooliers qui ont su s’adapter à la tendance en proposant des boissons « Zéro Alcool », comme Heineken et son calendrier de l’avent spécial Dry January rempli de bières sans alcool pour patienter jusqu’au mois de février.

En attendant, Emmanuel Macron a réussi le tour de force de soutenir publiquement les lobbies du vin, tout en n’entravant finalement pas la campagne de prévention contre l’alcool Dry January #LeDéfiDeJanvier. Ainsi, l’initiative citoyenne de départ qu’était Janvier Sobre, sera officiellement soutenue par François-Xavier Lauch, le chef de cabinet du Président de la République, tandis que #LeDéfiDeJanvier, devenue l’initiative citoyenne par défaut d’appui des pouvoirs publics, sera in fine encouragée par Santé Publique France. L’agence se permettra même d’évaluer officiellement l’opération. Serait-ce une stratégie à deux bandes de la part de l’Elysée ?

Anne-Lucile Jamet

Source

Lire la suite

%d blogueurs aiment cette page :