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Centre National de Prévention, d Etudes et de Recherches en Toxicomanies

Chemsex, le piège de l’addiction

Le chemsex, dangereux mélange entre sexe et drogue, est une pratique qui se développe et sur laquelle des spécialistes avertissent le public pour éviter le piège de l’addiction. Surtout quand ce sont les plus jeunes qui en font les frais. Décryptage.

D’abord pratiqué dans une dimension festive et de recherche de plaisir, le chemsex peut amener ses adeptes sur la piste dangereuse de la dépendance et les exposer à de nombreux risques pour leur santé.

Quand le piège se referme sur les plus jeunes

Pour beaucoup, dans un contexte de doute identitaire, de détresse psychique, de sensation tenace d’être mal dans sa peau, tout a commencé de manière insidieuse. «Le tabac, l’alcool, puis le cannabis sont de loin les premières substances auxquelles sont exposés les adolescents, rappelle le Dr Sylvain de Lucia, médecin à l’Unité des dépendances des Hôpitaux universitaires de Genève (HUG). Et on observe que la consommation est plus élevée chez les jeunes hommes ayant des rapports sexuels avec d’autres hommes.» 

Une situation les exposant également aux dangers du chemsex? Pour le spécialiste, c’est une évidence: «Même si le phénomène reste marginal chez les plus jeunes, certains d’entre eux, en proie à un malaise profond ou en quête de nouvelles expériences, peuvent entrer dans un engrenage très rapidement, le plus souvent par le biais de sites de rencontres. C’est alors un univers au potentiel puissamment addictif et extrême qui s’ouvre à eux et peut en faire des proies faciles.»

>> Lire aussi: Chemsex, sexe et drogue, nouvelle épidémie?

La tranche d’âge des 16-25 ans, même si elle est minoritaire parmi les consommateurs de chemsex, serait ainsi la plus vulnérable vis-à-vis des dangers de ces drogues. On compte parmi eux le risque d’addiction, de contracter des infections transmissibles par le sang (hépatite C, VIH) ou lors de rapports sexuels (VIH, chlamydia, gonorrhée, syphilis) ou d’être victime d’abus sexuels. «A cet âge-là, les jeunes sont encore en construction, l’identité se forge.

Le fait que le cerveau ne finit sa formation qu’à 25 ans a des conséquences très concrètes, par exemple sur la difficulté à mesurer les risques, à se fixer des limites ou à s’opposer à un rapport avec un partenaire insistant, alerte le Dr de Lucia. Ce mélange de naïveté et de fragilité, masqué en euphorie sous l’effet de certaines drogues et des attirances sexuelles, peut constituer un piège extrêmement périlleux.»

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Dans quelles régions boit-on le plus d’alcool ?

Connaissez-vous vraiment les régions françaises ? Jusqu’au premier tour des régionales, nous vous proposons de les redécouvrir chaque matin en data sous un angle inattendu, sérieux ou amusant. Aujourd’hui, la consommation d’alcool dans les régions.

Illustration domaine public/Pixabay – Photomontage JML

En moyenne, un Français sur dix boit de l’alcool quotidiennement – un chiffre en constante diminution, tout comme celui de la consommation globale. Au début des années 1960, chaque Français absorbait chaque année 200 litres d’alcool en moyenne, contre moins de 80 aujourd’hui.

Boire quotidiennement de l’alcool reste une pratique plus fréquente dans le sud de la France, notamment en Occitanie et en Nouvelle-Aquitaine, et dans une moindre mesure en région PACAselon une série d’enquêtes publiées l’an dernier par Santé Publique France. Une tendance historique, mais qui tend à s’estomper. C’est dans l’actuelle Occitanie que la consommation quotidienne a le plus baissé ces dernières décennies: au début des années 2000, quasiment un adulte sur trois y buvait encore tous les jours.

Les Hauts-de-France se situent aussi légèrement au-dessus de la moyenne. La palme de la région la plus sobre, du moins en métropole, revient à l’Ile-de-France où moins d’un habitant sur quatorze boit de l’alcool sur une base quotidienne. VOIR LA CARTE

Le nez rouge breton ?

C’est bien connu : l’alcool doit se consommer avec modération, un conseil que toutes les régions ne suivent pas forcément à la lettre. Et notamment la Bretagne, où le taux des « alcoolisations ponctuelles importantes » (six verres d’alcool ou plus lors d’une unique occasion) est le plus élevé de France : plus de 20 % des adultes boivent ainsi de manière excessive tous les mois, contre 16,2 % dans l’ensemble de la France. Les autres régions sont loin derrière, la Guadeloupe (et l’Ile-de-France en métropole) remportant le titre de région la plus raisonnable.

A noter que la consommation quotidienne d’alcool n’est pas plus élevée en Bretagne qu’ailleurs. Avec 10,7 % des adultes buvant tous les jours, la région se trouve dans la moyenne nationale. En revanche, lorsqu’on y boit, on y boit plus. Ce phénomène d’alcoolisation excessive semble surtout concerner les hommes et les plus de 30 ans, relève Santé Publique France dans son bulletin. Il a pour corollaire « des taux régionaux de mortalité pour les principales pathologies en lien avec l’alcool supérieurs à la moyenne métropolitaine », note l’organisme. VOIR LA VIDEO

La France du vin et celle de la bière

Que boit-on dans les régions françaises ? Sans surprise, la consommation de vin est plus développée dans le sud de la France, notamment en Nouvelle-Aquitaine où plus d’un tiers des adultes en boit toutes les semaines. Elle reste en revanche rare dans les outremers. La région Grand Est et les Hauts-de-France, eux, restent plutôt fidèles à la bière, même si elles n’en détiennent pas le record de consommation. Quant aux alcools forts, ils sont davantage prisés dans les outremers et les régions de la moitié ouest de l’Hexagone, notamment la Normandie et les Pays-de- la Loire. Effet calvados et cognac, même si ce dernier est produit en Nouvelle Aquitaine ?  

On retiendra surtout certains particularismes. En métropole, la Bretagne détient le triple record de fréquence de consommation de bière, de vin et d’autres boissons alcoolisées (en dehors des alcools forts, type cidre ou chouchen).

Le Centre-Val de Loire boude volontiers la bière et le Grand Est se risque rarement sur les alcools forts. Et alors que la boisson la plus fréquemment consommée dans l’Hexagone reste le vin, les Hauts-de-France sont la seule région métropolitaine où la fréquence de consommation de la bière est presque aussi élevée.  

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Dans quelles régions boit-on le plus d’alcool ?

Connaissez-vous vraiment les régions françaises ? Jusqu’au premier tour des régionales, nous vous proposons de les redécouvrir chaque matin en data sous un angle inattendu, sérieux ou amusant. Aujourd’hui, la consommation d’alcool dans les régions.Par JML – 

Illustration domaine public/Pixabay – Photomontage JML

En moyenne, un Français sur dix boit de l’alcool quotidiennement – un chiffre en constante diminution, tout comme celui de la consommation globale. Au début des années 1960, chaque Français absorbait chaque année 200 litres d’alcool en moyenne, contre moins de 80 aujourd’hui.

Boire quotidiennement de l’alcool reste une pratique plus fréquente dans le sud de la France, notamment en Occitanie et en Nouvelle-Aquitaine, et dans une moindre mesure en région PACAselon une série d’enquêtes publiées l’an dernier par Santé Publique France. Une tendance historique, mais qui tend à s’estomper. C’est dans l’actuelle Occitanie que la consommation quotidienne a le plus baissé ces dernières décennies: au début des années 2000, quasiment un adulte sur trois y buvait encore tous les jours.

Les Hauts-de-France se situent aussi légèrement au-dessus de la moyenne. La palme de la région la plus sobre, du moins en métropole, revient à l’Ile-de-France où moins d’un habitant sur quatorze boit de l’alcool sur une base quotidienne. 

Le nez rouge breton ?

C’est bien connu : l’alcool doit se consommer avec modération, un conseil que toutes les régions ne suivent pas forcément à la lettre. Et notamment la Bretagne, où le taux des « alcoolisations ponctuelles importantes » (six verres d’alcool ou plus lors d’une unique occasion) est le plus élevé de France : plus de 20 % des adultes boivent ainsi de manière excessive tous les mois, contre 16,2 % dans l’ensemble de la France. Les autres régions sont loin derrière, la Guadeloupe (et l’Ile-de-France en métropole) remportant le titre de région la plus raisonnable.

A noter que la consommation quotidienne d’alcool n’est pas plus élevée en Bretagne qu’ailleurs. Avec 10,7 % des adultes buvant tous les jours, la région se trouve dans la moyenne nationale. En revanche, lorsqu’on y boit, on y boit plus. Ce phénomène d’alcoolisation excessive semble surtout concerner les hommes et les plus de 30 ans, relève Santé Publique France dans son bulletin. Il a pour corollaire « des taux régionaux de mortalité pour les principales pathologies en lien avec l’alcool supérieurs à la moyenne métropolitaine », note l’organisme

La France du vin et celle de la bière

Que boit-on dans les régions françaises ? Sans surprise, la consommation de vin est plus développée dans le sud de la France, notamment en Nouvelle-Aquitaine où plus d’un tiers des adultes en boit toutes les semaines. Elle reste en revanche rare dans les outremers. La région Grand Est et les Hauts-de-France, eux, restent plutôt fidèles à la bière, même si elles n’en détiennent pas le record de consommation. Quant aux alcools forts, ils sont davantage prisés dans les outremers et les régions de la moitié ouest de l’Hexagone, notamment la Normandie et les Pays-de- la Loire. Effet calvados et cognac, même si ce dernier est produit en Nouvelle Aquitaine ?  

On retiendra surtout certains particularismes. En métropole, la Bretagne détient le triple record de fréquence de consommation de bière, de vin et d’autres boissons alcoolisées (en dehors des alcools forts, type cidre ou chouchen).

Le Centre-Val de Loire boude volontiers la bière et le Grand Est se risque rarement sur les alcools forts. Et alors que la boisson la plus fréquemment consommée dans l’Hexagone reste le vin, les Hauts-de-France sont la seule région métropolitaine où la fréquence de consommation de la bière est presque aussi élevée.  

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Bordeaux. Un accord à 30 millions de dollars pour développer un traitement contre l’addiction au cannabis

Aelis Farma, une société de technologie installée à Bordeaux (Gironde) vient de signer un accord avec le laboratoire spécialiste des addictions Indivior. D’un montant de 30 millions de dollars, celui-ci vise à accélérer le développement et la mise sur le marché du premier traitement pharmacologique des troubles liés à la consommation de cannabis, dont l’addiction et la psychose, rapporte Sud Ouest, mardi 8 juin.

« Un besoin médical croissant et insatisfait »

« Plus de 8 millions de personnes ont été diagnostiquées avec une addiction au cannabis en Europe et aux États-Unis. Ces chiffres devraient augmenter dans les années à venir du fait de la légalisation de plus en plus répandue de l’usage récréatif du cannabis » a expliqué le Dr Pier Vincenzo Piazza, cofondateur et président de l’entreprise bordelaise, cité par nos confrères. Selon lui, la psychose induite par cette substance est également la première cause d’admission aux urgences en Europe.

De son côté, le PDG d’Indivior, Mark Crossley, a affirmé qu’il s’agissait « d’une opportunité formidable pour développer des traitements innovants pour les troubles liés à la consommation de drogues pour lesquels le besoin médical est croissant et insatisfait », note le quotidien régional. De nouveaux essais doivent être réalisés pour évaluer l’efficacité de la molécule.

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Alcool : pas de niveau sans danger pour la santé, même en terrasse

05/06/2021

Il n’existe pas de seuil en dessous duquel l’alcool est sans risque pour la santé, assènent des experts alors que nombre de Français se réjouissent de pouvoir à nouveau boire un verre en terrasse en ces temps de COVID.
L’alcool encore responsable de 41.000 décès par an en France

Une terrasse de restaurant à Arcachon, le 19 mai.Photo : AFP/VNA/CVN

« Toute consommation – même faible – a un effet délétère pour la santé », soulignent-ils dans un rapport d’« expertise collective » de l‘Inserm, publié vendredi 4 juin, sur la réduction des dommages associés à l’alcool, que consomment près de 43 millions de personnes en France.

Les niveaux de consommation demeurent élevés, notamment chez les jeunes, alors qu’on dénombre en France « 41.000 morts par an (dont 11.000 femmes) pour un coût social estimé à 118 milliards d’euros« , notent-ils dans ce document de 700 pages, assorti de recommandations.

Ils préconisent ainsi de durcir la loi Evin de 1991, « considérablement affaiblie » ces dernières années, en interdisant la publicité sur internet et dans l’espace public, et d’augmenter le prix (en taxant les boissons au gramme d’alcool ou avec un prix minimum comme en Ecosse). Ils suggèrent également de « réduire la disponibilité de l’alcool » (via les plages horaires de vente et le nombre de commerces ou de licences) et de « rappeler les repères de consommation à risque faible » (pas plus de 2 verres par jour et pas tous les jours) ainsi que « la plus grande vulnérabilité biologique des femmes vis-à-vis de l’alcool ».

Alcool et une soixantaine de maladies

Les experts déplorent par ailleurs que « les moyens alloués » pour lutter contre ce fardeau ne soient pas « à la hauteur des enjeux ». D’après deux études, la consommation régulière (10 fois ou plus dans le mois) concerne un jeune sur dix en classe de seconde et un jeune sur quatre en terminale.

Les plus de 50 ans ne sont pas en reste : depuis 2013, leur niveau de consommation d’alcool a augmenté, notamment les épisodes d‘ »alcoolisation ponctuelle importante » (la beuverie express ou binge drinking) et de consommation à risque d’alcool (plus de deux verres quotidiens). Cette nouvelle expertise a été réalisée à la demande de la Direction générale de la santé et de la Mission interministérielle de lutte contre les drogues et les conduites addictives (Mildeca). La précédente datait de 2001.

La consommation d’alcool est responsable directement ou indirectement d’une soixantaine de maladies, dont des cancers comme le cancer du sein et des maladies cardiovasculaires.

Elle est également la première cause d’hospitalisation et la deuxième cause de mortalité évitable en France (après le tabac), rappellent les experts, qui lui dénient des effets protecteurs. « Il faut arrêter de dire que c’est bon pour le cœur », lance à propos du vin rouge Mickaël Naassila, chercheur Inserm du Groupe de recherche sur l’alcool et les pharmacodépendances à Amiens.

Légaliser le cannabis serait une aberration

Par le Professeur Pujol

La commission parlementaire chargée d’étudier la question du cannabis « récréatif » vient de rendre un rapport qui préconise la légalisation du cannabis comme seul moyen de reprendre le contrôle sur ce fléau et « d’assécher le trafic », selon les propos de Caroline Janvier, députée LREM du Loiret.

Ces députés partent du constat que la prévention et la répression menées depuis des années ne parviennent pas à maîtriser une consommation sans cesse croissante, accompagnée de ravages sanitaires graves, en particulier chez nos jeunes adolescents. La France se classe en tête des pays européens avec 1,6 million d’usagers réguliers et 300 000 enfants de 12-15 ans ayant déjà expérimenté cette drogue.

Or, rien n’est plus faux que ce constat, comme chaque citoyen peut le constater dans la vie quotidienne. En matière de répression, tout d’abord, la loi française semble relativement sévère par rapport à d’autres pays, certes, mais force est de constater qu’elle n’est pas appliquée tant pour l’usage simple que pour le trafic.

Rappelons qu’en 2017, l’Observatoire européen des drogues et toxicomanies (OEDT) a comparé les peines de prison prévues pour l’offre d’un kilogramme d’héroïne ou de cannabis dans vingt-cinq pays.

En Grèce, où les sanctions sont les plus lourdes, l’offre d’un kilogramme d’héroïne conduit à une peine médiane de vingt ans de prison et l’offre d’un kilogramme de cannabis à dix ans de prison. À l’autre extrémité de l’échelle, on trouve les deux pays les plus tolérants, les Pays-Bas et la France où l’offre d’un kilogramme d’héroïne conduit à une peine médiane respective d’un an et de deux ans de prison.

La situation a été encore assouplie par la loi Tubiana. Souvent, en France, l’aménagement de peine conduit au paiement immédiat d’une amende et éteint l’action publique. Peu de prévenus effectuent réellement leur peine d’emprisonnement.

Par ailleurs, l’amende forfaitaire récemment instituée pour responsabiliser les consommateurs sur la voie publique n’a rien changé. La consommation n’a pas diminué pour autant : il y a autant de clients sur les points de vente et beaucoup d’usagers se font livrer à domicile. D’autres ont appris à contourner l’amende, il suffit de ne pas avoir de pièce d’identité sur soi. […]

Légaliser l’usage du cannabis « récréatif » permettrait « d’assécher le trafic », de contrôler la teneur en THC du produit et de récupérer des taxes que l’on pourrait affecter aux soins médicaux, et enfin de suivre une évolution mondiale qui va « dans le sens de l’Histoire », nous disent ces parlementaires.

Or, précisément, les retours d’expérience que nous avons sur l’Uruguay, le Canada et onze États américains qui ont autorisé le cannabis « récréatif », après l’avoir autorisé à des fins médicales, fournissent un bilan négatif.

Comment nous faire croire que le trafic disparaîtrait avec la légalisation, que les trafiquants cesseraient leur commerce très lucratif pour rentrer aussitôt dans une activité professionnelle légale et moins rémunératrice ?

De même, comment espérer que le contrôle de la puissance et de la qualité du cannabis permettrait de diminuer les addictions : l’usager régulier fumera deux fois plus pour ressentir les mêmes effets si la teneur est deux fois plus faible.

En conclusion, l’expérience vécue par les pays ou les États américains qui ont légalisé le cannabis doivent nous inciter à refuser cette éventualité dans notre pays. La commission parlementaire sur le cannabis « récréatif » devrait prendre en considération prioritaire la santé de nos concitoyens, plutôt que d’obéir à des impératifs politiques et électoralistes.

Dans le cas contraire, ces députés porteraient une lourde responsabilité devant l’Histoire et les générations futures.

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Cannabis : « Ceux qui défendent la légalisation y ont un intérêt lucratif »

ENTRETIEN. Kevin Sabet, cofondateur de Smart Approaches to Marijuana, explique pourquoi, selon lui, la légalisation est une très mauvaise idée.

Propos recueillis par Laetitia Strauch-Bonart

Spécialiste depuis 20 ans des politiques de lutte contre les drogues, Kevin Sabet est docteur en politiques publiques, auteur et consultant, et cofondateur et président depuis 2013 de SAM (Smart Approaches to Marijuana), une organisation de lobbying antidrogue. « L’un des plus grands ennemis de la légalisation du cannabis », selon le magazine Rolling Stone, il a travaillé sous trois administrations différentes – Clinton (2000), Bush (2002-2003) et Obama (2008-2011) – comme conseiller au sein de l’Office of National Drug Control Policy. Après Reefer Sanity: Seven Great Myths About Marijuana (Beaufort Books, 2013), il vient de publier Smokescreen: What the Marijuana Industry Doesn’t Want You to Know (Forefront Books, 2021), où il s’alarme de la constitution de ce qui pourrait devenir un nouveau « Big Tobacco ».

Le Point : Quel est l’état de la législation aux États-Unis ?

Kevin Sabet : La perception dominante est que le cannabis est en train d’être légalisé partout aux États-Unis. Mais la réalité est que cela ne concerne que 16 États sur 50, et que le gouvernement fédéral et le président y sont opposés. Comme en France, la tactique des partisans du cannabis est de prétendre que ce mouvement est inéluctable. Mais c’est faux ! La politique est imprévisible. Le Colorado est même sur le point de limiter davantage la consommation. Et cette année, plusieurs États ont rejeté la légalisation. De plus, dans tous les États, même là où le cannabis est légal, les électeurs s’opposent toujours à l’existence de magasins de détail de cannabis dans leur quartier.

Pourquoi faire campagne contre la légalisation du cannabis ?

Je m’intéresse à ce sujet depuis mon adolescence. Je vis en Californie et j’y ai vu l’effet du cannabis sur les jeunes, notamment à l’université de Berkeley, que j’ai fréquentée. Ces jeunes ne peuvent vivre pleinement leur vie parce qu’ils ont consommé cette substance dont ils pensaient qu’elle était inoffensive. Dans les vingt dernières années, nous avons beaucoup appris sur les dommages causés par celle-ci. L’expérience américaine du cannabis n’est pas un exemple à imiter. Or lorsque je travaillais pour Barack Obama, j’ai remarqué à quel point le contraste était fort entre ce que les gens en comprenaient et ce qu’en disaient les scientifiques. Car dès cette époque, il y avait de fortes pressions en faveur de la légalisation. En m’y intéressant de plus près, je me suis rendu compte qu’elles étaient largement le fait de grandes entreprises qui y voient un nouveau moyen de faire du profit.

À LIRE AUSSICannabis : l’amende, c’est de la « merde »

Quelles entreprises ?

Essentiellement l’industrie du tabac (par exemple Altria – qui détient Philip Morris – et Imperial Brands), mais aussi celle des vins et spiritueux. Ces multinationales qui valent des milliards de dollars sont les principaux acteurs à s’impliquer au niveau mondial pour légitimer, normaliser, légaliser et demain commercialiser le cannabis. Il y a aussi des fondations, comme les Open Society Foundations de George Soros . C’est ce dont parle mon livre. J’y retrace mes rencontres avec des personnes qui travaillaient dans ces domaines et qui regrettent leur implication en raison des problèmes causés aux familles par cette drogue, et avec des parents et des jeunes qui évoquent leur addiction et leurs problèmes de santé qui en découlent. J’ai aussi enquêté sur ceux qui financent les campagnes de légalisation, et ai trouvé que presque tous y ont un intérêt lucratif. À côté de cela, les autorités médicales, l’OMS, les Nations unies et toutes les grandes associations médicales du monde s’accordent dans leur opposition à la légalisation du cannabis en raison de sa nocivité. C’est pourquoi avant même de la légaliser, il ne faut pas légitimer cette pratique.

Quid de la perspective d’une production nationale, locale, et même individuelle ?

Nous ne sommes plus au temps des hippies ! Je trouve l’idée de productions nationales ou locales naïve. Ce sont les multinationales qui en tireront essentiellement profit.

Pourquoi le cannabis bénéficie-t-il d’une si bonne image, notamment chez les jeunes ?

Le cannabis est promu par des célébrités. Il est supposé aider les jeunes à se détendre et les vieux à aller mieux. C’était le cas du tabac à ses débuts, et il nous a fallu cent ans pour qu’il soit enfin considéré négativement, même si ses dommages étaient connus depuis longtemps. Comme l’industrie du tabac a besoin de nouveaux produits, le cannabis permet à la fois de combler ce manque et de redorer son blason.

Ceux qui défendent la légalisation prétendent que le cannabis n’a pas d’effet si nocif sur la santé.

Le cannabis altère l’esprit. Dire que le cannabis ne provoque pas d’addiction est aussi lunaire que de prétendre que le changement climatique n’existe pas ou que la Terre est plate. Il n’y a pas de « débat » scientifique là-dessus, il y a un consensus. Alors cela ne concerne que certaines personnes, mais c’est comme le tabac ! La proportion de jeunes dépendants du cannabis est le double de celle du tabac et de l’alcool. On constate que de plus en plus de personnes développent cette addiction par le biais d’une consommation individuelle extrême, hors de tout cercle social. La proportion de personnes qui consomment tous les jours est plus forte pour le cannabis que pour l’alcool. Je veux insister sur le fait que le cannabis d’aujourd’hui n’est pas celui d’hier ! La force du THC, son principe actif, est de nos jours inédit, bien supérieure à ce qu’elle était. Le cannabis, aujourd’hui, ce sont les concentrés, les cires, le vapotage avec cigarette électronique, les bonbons, les cookies, les glaces…

Lutte contre les stupéfiants

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Lettre ouverte aux députés promoteurs de la drogue de la crétinisation

Extrait de la lettre que le professeur Costentin, président du Centre National de Prévention, d’Etudes et de Recherches sur les Toxicomanies, vient d’adresser aux députés à l’origine d’un rapport sur le « cannabis récréatif ».

Cette appellation de « cannabis récréatif » qui vous est propre, s’agissant de cette sale drogue, illustre votre manipulation de l’opinion qui, dans les fonctions que vous occupez, s’apparente à une forfaiture.

Vos déclarations banalisant cette drogue et l’absence de prévention en milieu éducatif (que vous ne déplorez ni réclamez) expliquent le premier rang de sa consommation par les Français en Europe.

Votre « cannabis récréatif » est une addiction affectant 20 % de ceux qui l’ont expérimenté. Chez l’adolescent, son pouvoir addictif est supérieur à celui des morphiniques (étude récente de Nora Volkow). Malgré sa prohibition, il piège 1.500.000 « usagers réguliers » ; on est incapable de les en guérir. Ils y ajoutent souvent d’autres drogues, dans une escalade dont les mécanismes neurobiologiques sont maintenant précisés.

Sa toxicité physique est supérieure à celle du tabac, responsable de 75.000 décès annuels et de nombreux handicaps, en produisant sept fois plus de goudrons cancérigènes et d’oxyde de carbone : troisième cause de déclenchements d’infarctus du myocarde, responsable d’accidents vasculaires cérébraux, inducteur d’artérites.

Les femmes enceintes, souvent incapables d’arrêter sa consommation, ont des grossesses abrégées, des nourrissons hypotrophes, porteurs d’éventuelles malformations, avec un développement psychomoteur retardé ; une fréquence accrue d’hyperactivité avec déficit de l’attention ou des troubles du spectre de l’autisme. À l’adolescence, ils sont plus vulnérables aux toxicomanies, à la schizophrénie, avec des difficultés cognitives.

Drogue de la « crétinisation », elle fait stagner intellectuellement ses victimes, recrutant même des assistés à vie. Elle nous relègue au vingt-septième rang du classement PISA des performances éducatives internationales. Drogue du syndrome amotivationnel, elle sévit quand il faudrait être performant dans la compétition internationale pour éponger notre dette abyssale, aggravée par la Covid.

Elle tue sur la route ou au travail ; elle rend auto-agressif (suicide) ou hétéro-agressif (bouffées délirantes).

Elle induit des dépressions (avec leur risque de suicide) ; elle induit, décompense ou aggrave la schizophrénie (qui, dans 10 % des cas, conduit à une mort brutale).

Elle est une étape de l’escalade vers d’autres drogues, dont les morphiniques et leurs overdoses mortelles.

Quoi de récréatif dans tout cela ?

Où est l’attention que vous devriez porter à la santé de notre société et à celle de ses membres, en particulier des plus jeunes d’entre eux ?

La promesse du caractère « encadré » que revêtirait cette légalisation, à la lumière des précédents du tabac et de l’alcool, est une sinistre plaisanterie.

N’ayant pas été conviés à vos audits, des points essentiels manquent à votre rapport, tels les effets épigénétiques du THC, dont les méfaits affectent non seulement ceux qui le consomment, mais aussi leurs descendants. Ses consommateurs en âge de procréer, exposant au THC leurs spermatozoïdes ou leurs ovules, transmettent à l’enfant qu’ils viendraient à concevoir des marques épigénétiques, réduisant l’expression de certains de leurs gènes, à l’origine d’anomalies tératogènes, d’une vulnérabilité aux addictions à l’adolescence, et d’autres méfaits.

Votre « consultation citoyenne » sur ce « cannabis récréatif » interrogeait des citoyens désinformés, ayant encore l’idée fallacieuse d’une « drogue douce » ; elle était indécente. La pratiquer au cœur de la Covid-19, source de préoccupations vitales, détournant du cannabis l’attention des citoyens ; elle était inconvenante. Espérant l’appui des 1.500.000 consommateurs réguliers, seuls 250.000 citoyens vous ont répondu, dont 20 % pour dire leur opposition à la légalisation ; ce fut un « bide » retentissant. Pourtant, aussitôt, vous proposez un référendum. Dans le déclin national que cette légalisation aggraverait, n’y a-t-il pas sujets plus importants à soumettre à cet exceptionnel arbitrage démocratique ?

Si l’on ne sait à qui imputer les drames liés à l’alcool et au tabac, vos signatures au bas de ce rapport permettront de vous identifier comme les responsables des drames que recrutera le cannabis. Pour notre nation, pour votre réputation entamée, passez votre rapport dans le broyeur à papier et faites oublier ce très mauvais faux pas en vous investissant dans d’intenses actions de prévention.

Source : Boulevard Voltaire

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