Le cannabis, une menace pour la santé respiratoire ?

La fumée de cannabis cause certaines lésions pulmonaires ainsi qu’une désorganisation tissulaire qu’on n’observe pas chez les personnes qui fument uniquement du tabac. Il y a présentement plus de questions que de réponses au sujet des effets du cannabis sur le poumon Les discussions entourant la légalisation de la marijuana au Canada ont fait largement état des effets positifs de cette plante pour soulager la douleur, réduire l’inflammation et calmer l’anxiété, mais elles ont négligé un fait important: le poumon n’est pas conçu pour affronter des fumées complexes comme celle du cannabis. « Les effets de la fumée de cannabis sur la santé respiratoire devraient faire partie des discussions étant donné que c’est sous cette forme que cette plante est le plus souvent consommée et que le poumon est l’organe qui y est le plus directement exposé », signale le professeur Nicolas Flamand, de la Faculté de médecine et du Centre de recherche de l’Institut universitaire de cardiologie et de pneumologie de Québec-Université Laval.

Le professeur Flamand et ses collaborateurs, Caroline Turcotte, Marie-Renée Blanchet et Michel Laviolette, ont publié cet automne, dans la revue Frontiers in Pharmacology, une étude qui passe en revue les recherches menées au cours des quatre dernières décennies au sujet des effets du cannabis sur la structure et les fonctions des poumons. Cet exercice leur a permis de réaliser qu’il n’existe pas d’étude parfaite sur la question et que, dans les conditions actuelles, les problèmes méthodologiques sont nombreux et difficiles à contourner. « Les consommateurs de cannabis sont souvent des fumeurs de tabac ou d’autres drogues et il est difficile de départager les effets de chaque produit sur les poumons, souligne le professeur Flamand. Par ailleurs, il est difficile de comparer les études étant donné qu’on ne dispose pas d’information sur la qualité du cannabis consommé, notamment sur sa concentration en composés actifs appelés cannabinoïdes. »

Néanmoins, les autopsies et les biopsies pratiquées sur des fumeurs de cannabis suggèrent qu’une exposition chronique à la fumée de cette plante cause certaines lésions pulmonaires ainsi qu’une désorganisation tissulaire qui n’est pas observée chez les personnes qui fument uniquement du tabac. Soulignons que la fumée du cannabis contient jusqu’à 20 fois plus d’ammoniac et de 3 à 5 fois plus de cyanure d’hydrogène et d’oxyde d’azote que la fumée du tabac.

Par ailleurs, la consommation de cannabis pourrait perturber le fonctionnement normal des poumons en interférant avec le système endocannabinoïde de notre organisme. Ce système de signalisation chimique régule des fonctions aussi diverses que le stress, la faim, le sommeil, la mémoire, la douleur, l’immunité, l’inflammation ou l’humeur. Il repose sur des récepteurs présents dans la membrane de cellules qui, en s’associant à des endocannabinoïdes produits par l’organisme ou à des cannabinoïdes produits par les plantes, enclenchent une cascade de réactions cellulaires.

« La plupart des cellules des bronches et des poumons possèdent des récepteurs de cannabinoïdes auxquels pourraient s’associer les cannabinoïdes contenus dans la marijuana, avance le professeur Flamand. Le résultat pourrait être positif étant donné que l’activation du système endocannabinoïde peut réduire l’inflammation et la douleur. Par contre, si la réponse inflammatoire est trop atténuée, il pourrait en résulter une vulnérabilité aux infections respiratoires, notamment chez les individus ayant un système immunitaire déficient. »

Il y a présentement plus de questions que de réponses au sujet des effets des phytocannabinoïdes sur le poumon et les maladies pulmonaires, mais cela ne devrait pas empêcher la légalisation du cannabis, soutient le chercheur. « Je pense même qu’en légalisant ce produit, le gouvernement facilitera la réalisation d’études scientifiques rigoureuses grâce auxquelles nous pourrons mieux comprendre comment les cannabinoïdes agissent dans le corps humain. Les connaissances qui en découleront devraient nous permettre de mieux profiter des bénéfices qu’ils peuvent nous procurer tout en limitant leurs effets négatifs. »

Interview du Professeur Costentin

L’Institut pour la justice interviewe le Président du CNPERT

Le Professeur Jean Costentin est un des grands spécialistes français en neuro-psychopharmacologie.

Membre de l’Académie nationale de Médecine et l’Académie nationale de Pharmacie, professeur en pharmacie à la faculté de Rouen, il dirige également une unité de recherche en neuro-psychopharmacologie associée au CNRS.

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Comment l’Islande a transformé ses jeunes de gros consommateurs de drogues il y a 20 ans en quasi-abstinents aujourd’hui

Atlantico : Depuis la fin des années 1990, l’Islande a mis en place tout un ensemble de mesures visant à réduire la consommation de drogues, mais aussi d’alcool et de cigarettes chez les jeunes : développement des activités en groupe, fréquence augmentée du temps passé avec les parents, interdiction de sortie au-delà d’une certaine heure, etc. Ainsi, alors que 17% des jeunes Islandais âgés de 15 à 16 ans affirmaient en 1998 fumer du cannabis, ils ne sont plus que 7% en 2016. La baisse est tout aussi significative pour la consommation d’alcool (42% en 1998 Vs. 5% en 2016) et de tabac (23% en 1998 Vs. 3% en 2016). Quel impact positif peuvent effectivement avoir ce type de mesures prises par le gouvernement islandais pour lutter contre la consommation de drogues et d’alcool chez les jeunes ?

Serge Lebigot : Je suis tout à fait pour ce genre d’initiatives. A l’heure actuelle – et c’est mon expérience qui me le fait dire – la famille est l’un des plus gros problèmes lié à la consommation de stupéfiants chez les plus jeunes. Contrairement à ce que l’on croit, il y a beaucoup d’enfants qui ont peu de lien avec leurs parents, qui généralement rentrent tard, ne participant pas à la réalisation des devoirs notamment ; parfois aussi, certains enfants se retrouvent seuls le week-end. Dans ces conditions, à un moment donné, l’enfant fait une ou plusieurs rencontres avec des camarades dans une situation familiale similaire, qui, eux, ont déjà commencé à consommer de la drogue, et c’est comme cela que l’engrenage s’instaure.

Quant à l’interdiction de sortie (le gouvernement islandais interdit aux jeunes de 13 à 16 ans de sortir après 22h l’hiver, et après minuit l’été – ndlr), ce que l’on peut dire, c’est qu’effectivement, ce cadre de sortie entre jeunes collégiens ou lycées, au cours de soirées, peut être un facteur de consommation de drogues et/ou d’alcool. De plus, dans ces soirées, l’effet de groupe joue un rôle dans cette consommation : ainsi, un jeune qui n’a jamais consommé de drogues ou d’alcool peut se voir inciter à franchir le pas sous la « pression » de ses camarades.

En France, l’Ecole se dégrade de jour en jour malheureusement. Il n’y a pas de programmes similaires mis en place, qui pourraient ainsi permettre la constitution de groupes de paroles entre jeunes, mais aussi de sports, etc. : en somme, tout un ensemble d’activités que les jeunes font de moins en moins.

En Islande, les organisations parentales mises en place au sein des écoles (cette mesure a été instituée par la législation islandaise en vue de renforcer le dialogue entre l’établissement et les parents – ndlr) ne pourraient pas être reproduites à l’identique en France dans la mesure où les syndicats de parents d’élèves sont trop politisés dans notre pays. 

Comment expliquer qu’aucun autre pays, et notamment la France, ne se soit inspiré de ce type de solutions pour lutter contre la consommation de drogues et d’alcool chez les jeunes ?

A chaque fois qu’une élection est sur le point de survenir, un ensemble de Français partent dans les pays nordiques afin de prendre connaissance des modalités et des effets des politiques sociales, de santé, etc. mises en place. A leur retour, c’est comme s’ils n’avaient rien retenu. C’est assez surprenant, d’autant plus que ces modèles – dont le modèle islandais évoqué – ont prouvé leur efficacité.

Pour ce qui est de la consommation de drogues chez les jeunes, les pays du Nord de l’Europe sont ceux qui affichent les chiffres les plus bas. La France, en revanche, est le premier pays européen en termes de consommation de drogues chez les jeunes. Depuis vingt-cinq ans, nous ne faisons absolument rien ; pire que cela : la situation se dégrade d’année en année. C’est comme s’il y avait une volonté, de la part de nos élus, tous bords confondus, de laisser faire. Ceci est inquiétant, d’autant plus que le rôle du politique est de protéger les plus faibles ; et les plus faibles, selon moi, ce sont les jeunes. En France, on ne copie jamais ce qui marche. On l’a encore vu récemment avec les débats de la primaire de gauche où il était notamment question de la dépénalisation du cannabis plutôt que de mettre en œuvre véritablement des solutions qui permettraient aux jeunes d’éviter la consommation de stupéfiants.

Le modèle islandais témoigne du rôle important joué par les établissements scolaires, l’Etat, et les parents dans la prévention contre la consommation de drogues et d’alcool chez les jeunes. Pourrait-on envisager une telle implication de ces mêmes acteurs en France ? Sous quelles formes ?

L’Etat a une grande responsabilité. En France, chaque année au moment de l’été, certains maires décident d’interdire les sorties pour les jeunes après minuit ; et à chaque fois, les politiques crient au scandale au nom de la bien-pensance, alors que les maires ont raison : un enfant de 13 ans n’a rien à faire dans la rue l’été après minuit, et après 21h/22h l’hiver.

Quant à l’alcool, sa vente est normalement interdite aux mineurs en France. Or la loi n’est aucunement observée, il n’y aucun contrôle. La situation est identique – si ce n’est pire – pour la vente de tabac.

Pour ce qui est de l’Education nationale, je pense que celle-ci a baissé les bras depuis de nombreuses années. Avant, les jeunes allaient à l’école avec un certain plaisir, les enseignants étaient motivés et avaient envie d’apprendre aux enfants ; aujourd’hui, c’est tout le contraire.

L’Etat est le véritable responsable selon moi. Si l’on prend le cas de la prévention en France, il faut savoir que celle-ci est confiée depuis plusieurs dizaines d’années à des associations qui militent pour la dépénalisation des drogues, ce qui est scandaleux.

Afin de lutter efficacement contre la consommation de drogues et d’alcool chez les jeunes Français, que conviendrait-il de faire ?

Pour commencer, il faut que les familles parlent des drogues avec leurs enfants. Je fais de la prévention dans des établissements privés, et en décembre dernier, lorsque j’ai demandé aux élèves d’un collège parisien à qui on avait déjà proposé de la drogue à la sortie de l’établissement, 40% ont répondu par l’affirmative dans chaque classe.  Quant au dialogue avec les parents au sujet des drogues, on n’était même pas à 1%.

Par ailleurs, dans la mesure où l’Etat ne cesse de parler de projet de dépénalisation, les parents sont désormais perdus; ils sont, eux aussi, désinformés sur les drogues. Il faut donc envisager la formation des parents au problème de la drogue. Cette formation permettrait de recréer un tissu, du lien avec les enfants, empêchant ces derniers de tomber dans les drogues.
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BASTA : PEUT-ON RÉSUMER LA SOUFFRANCE ENGENDRÉE PAR L’ADDICTION ?

Le film marocain «Basta» est en salles de cinéma depuis le 28 décembre. Le premier long métrage de Hassane Dahani dresse un portrait noir d’une jeunesse délinquante et addict aux drogues, au cœur du drame familial.

Peut-on avoir tout dit sur les drogues et de leurs méfaits ? Et peut-on surtout résumer une fois pour toute la souffrance engendrée par l’addiction chez l’entourage familial ? Basta est peut-être un énième film traitant du sujet de l’addiction et du désœuvrement, mais la mise en évidence de la souffrance parentale interpelle l’empathie du public, en l’amenant à faire montre d’indulgence vis-à-vis des familles.

Triste jeunesse

L’histoire est simple. Deux jeunes hommes à la fleur de l’âge, Naoufal et Maati, addicts aux hachichs et autres psychotropes, n’hésitent pas à racketter les parents, voler leurs biens, agresser des inconnus à l’arme blanche, intimider l’épicier du coin et faire des allers-retours en prison pour délits itératifs. Les parents de Naoufal sont issus de la classe moyenne. Un couple cultivé et rangé, devant faire face à la gêne à l’égard de leur voisinage et aux différends permanents quant à la gestion de l’éducation du fils assisté. Souad est, quant à elle, une ado du bidonville. Sa mère, que l’exode rural a condamnée à un travail de femme de ménage, doit s’occuper seule de deux filles et d’un petit garçon pensionnaire d’un orphelinat. Quand Souad s’entiche de Naoufal, elle croit sincèrement pouvoir compter sur lui, jusqu’au jour où elle se découvre enceinte…

Sur ce tableau noir d’une jeunesse en décadence, des points de lumière jaillissent. La conscience politique de la jeune activiste Salma, qui se bat pour une transition démocratique en plein printemps arabe,  vient insuffler l’espoir en une relève responsable et éveillée, moyennement intéressée par le mariage et les conformismes sociaux. Basta pointe également les gros barons de la drogue qui, rendus puissants par l’argent des drogués et le sang des familles, en viennent à marchander les vies humaines pour échapper à la justice. Une rencontre fortuite va faire confronter le baron de la drogue et ses consommateurs indirects : pour le moins fracassant !

Du sang neuf

Le réalisateur Hassane Dahani a très bien fait de miser sur de nouveaux visages. Et pour cause. Le jeu d’acteurs était des plus réalistes, au point où l’exécration du public pour les jeunes délinquants était audible dans la salle. Le personnage de Naoufal a été interprété par Fahd Lechhab, celui de Maati joué par Nabil Mansouri. Rania Taqi a interprété avec brio le rôle de Souad et Siham Hafid, la jeune activiste.

L’émouvante interprétation de M’hammed Ouaglou y est également remarquable. L’acteur incarne la douleur et l’impuissance d’un père, tiraillé par la nostalgie pour son petit garçon et la répugnance de ce qu’il est devenu. La mère, rôle interprété par Latefa Ahrare, continue à assister son fils quoi qu’il fasse, sans jamais prendre conscience de son rôle dans ce gâchis.

Autre point fort du film, la diversité des angles et prises de vue qui alimentent l’action et la tension requise dans cette histoire. L’on ressent l’influence du cinéma américain indépendant sur le réalisateur qui a fait des études de cinéma à Sarasota, en Floride, et qui a déjà signé plusieurs courts-métrages entre les USA et le Maroc. Bien que ce premier film soit un peu trop fragmenté, il transmet efficacement le message d’alerte du réalisateur.
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« Il y a 4 ans, la drogue avait fait de moi un monstre »

Dejah, sortie de l'enfer de la drogue, et son bébé, en Arizona, en décembre 2016

Dejah, en 2012, alors sous l'emprise de l'héroïne et du crystal meth

En Arizona, en ce Noël 2016, Dejah, 26 ans, a l’allure d’une pom-pom girl, fraîche et pétillante. Mais la jeune maman qui pose fièrement avec son bébé est une survivante. Il y a quatre ans, Dejah était accro à l’héroïne et à la méthamphétamine, plus communément appelée crystal meth.

Pour célébrer sa quatrième année d’abstinence, Dejah a courageusement posté sur les réseaux sociaux une photo d’elle à l’époque où la drogue était son obsession. « Sur l’une des photos, c’est moi au pire de mon addiction. Je venais de me faire arrêter par la police. A l’époque, je m’injectais par intraveineuse toute sorte de substances, notamment du cristal meth. J’étais une épave. »

Dejah est tombée dans l’enfer lors d’une soirée entre copains. « Pour la première fois, j’ai pris des pilules pour évacuer stress et problèmes familiaux. Et très vite, je tournais avec six prescriptions de médicaments. J’ai tenu ainsi pendant trois ans. A 20 ans, j’ai senti que j’avais besoin d’aide, qu’il fallait que j’arrête. » Dejah entame une cure de désintoxication. On lui prescrit de la méthadone, mais elle ne respecte pas le protocole de soins.

« J’étais devenue un monstre, je me fichais bien de mourir »

« J’ai été mise à la porte de la réhab, regrette Dejah. J’ai essayé de me sevrer seule de mon addiction aux antidouleurs. Je pensais sincèrement y arriver. J’ai passé huit jours dans des souffrances affreuses. Physiquement, je ne sentais plus mes mains, je vomissais tout le temps. » Elle accepte la proposition d’un copain, fume avec lui pour la première fois de l’héroïne. « Il m’a dit que ça m’aiderait à arrêter de vomir, je n’aurais jamais dû me laisser tenter. Mais ce jour-là, j’étais si fragile. Je suis devenue accro à la sensation. J’étais foutue ! » Dejah sombre.

 « L’héroïne en intraveineuse était devenue ma raison de vivre. Je ne pouvais pas m’arrêter : je voulais ma drogue si désespérément que plus rien d’autre n’existait. » Elle découvre le crystal meth, une drogue de synthèse aux effets dévastateurs. « J’étais devenue un monstre. Je me fichais de tout, je ne me souciais plus de personne. La seule chose qui comptait, c’était la prochaine dose et je me fichais bien de mourir. J’étais un zombie. Je ne pesais plus que 43 kg, mais j’avais le sentiment d’être désirable et sexy. Je me sentais invincible.« 

« Mon grand-père est mort quand j’étais en détention… je sais qu’il veille sur moi »

En décembre 2012, Dejah rend visite à son grand-père pour son anniversaire. Avant son addiction, ils étaient très complices. « La drogue m’avait éloignée de lui, comme de tous ceux qui voulaient mon bien, dit Dejah. Je l’ai serré dans mes bras, je lui ai dit que je l’aimais. J’étais sincère. Il voyait mon allure de junkie, et j’ai lu la tristesse et la déception dans son regard. Il m’a juste dit que je lui faisais de la peine et que je valais mieux que ça. Je suis allée pleurer dans les toilettes et, dans le reflet du miroir, j’ai vu le monstre que j’étais devenue. » Le soir-même, en revenant de la maison de retraite, Dejah est arrêtée pour possession de drogue. Avant d’aller en prison, elle a son grand-père au téléphone. « Il m’a dit qu’il avait confiance en moi et je lui ai promis que je ne toucherai plus à la drogue. J’ai suivi une cure lors de ma détention. La bataille a été rude, mais je l’ai remportée. Aujourd’hui, je suis clean, je vis sans substitut. » Mais son grand-père n’est plus là. « Il est mort alors que j’étais en détention, mais j’ai la conviction qu’il veille sur moi. »

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L’effarant retour du débat sur la légalisation du cannabis

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Avec les élections à venir, les libertaires de service relancent le débat sur la libéralisation du cannabis, en évoquant la lutte contre les trafics, comme l’ont fait quelques Marseillais. Pourtant, plus le temps passe, plus des preuves solides démontrent la folie d’une telle idée, entre les dommages faits à la santé ou l’évolution de la situation dans les pays qui légalisent depuis quelques années.

La légalisation : une démission libertaire mortelle

Bien sûr, l’argument de la lutte contre les trafics peut sembler intéressant. Mais, d’abord, les trafics peuvent aussi porter sur d’autres drogues, et le cannabis légalisé, ils ajusteraient juste leur portefeuille de produits toxiques. Pire, à moins que cette légalisation concerne absolument tout type de cannabis, s’il y avait, assez logiquement, des normes de composition, alors, le trafic se déplacerait vers du cannabis plus fort que celui non autorisé.

En clair, l’argument de la réduction des trafics est totalement bancal. Et puis, après le cannabis, l’héroïne, la cocaïne ? Bien sûr, beaucoup en consomment, mais ne risque-t-on pas d’en avoir encore plus qui le feront si on légalise sa consommation  ?
Qui plus est, cela pose un immense problème de santé publique. Bien des études ont démontré l’effet dévastateur du cannabis, sur le QI, la croissance ou la propension à développer des maladies mentales. Le cas des Etats-Unis est particulièrement parlant, puisque la légalisation avance, avec plus de la moitié des Etats qui en acceptent l’usage médical et un nombre grandissant l’usage récréatif. Mais au Colorado, elle a été suivie par une augmentation de la délinquance de 15%, relativisant les arguments de ceux qui disent que cela permet de combattre les trafics… Mais il y a un argument fatal pour la légalisation du cannabis, qui est l’impact sur la consommation de drogues dures et les overdoses.
En effet, comme le rapporte The Economist, la légalisation progressive outre-Atlantique s’accompagne d’une hausse de la consommation : 13% de la population globale contre 11% en 2010, et 20% dans les Etats qui l’ont autorisé. Problème, le nombre d’overdoses s’est aussi envolé, de 10 000 en 2005 à plus de 40 000 aujourd’hui, avec une envolée des décès dus à l’usage de l’héroïne et des opioïdes synthétiques à usage médical, passés de 6 000 en 2010 à environ 23 000 en 2015. Tout ceci semble indiquer que la légalisation du cannabis favorise la croissance de la consommation des drogues dures, avec son cortège funèbre : aux Etats-Unis, on meurt plus par overdose que par accident de la route.
Cela est confirmé à l’échelle européenne. L’ancienne Tchécoslovaquie est intéressante puisque la Slovaquie continue à interdire le cannabis, alors que la République Tchèque a adopté une attitude plus laxiste. Résultat : 27,9% des 15-64 ans consomment du cannabis dans la seconde, contre 10,5% dans la première. Et cela semble aussi favoriser la consommation des drogues dures, 2 à 5 fois plus importante en République Tchèque. Paradoxalement, cela ne semble pas avoir d’effet sur le nombre d’overdose, alors qu’ailleurs, le lien semble clair : le modèle français d’interdiction du cannabis, c’est aussi un peu plus de 300 morts par overdose par an, bien moins que chez nos voisins plus laxistes.
Bien évidemment, une partie de la gauche va défendre la légalisation. Mais les arguments avancés sont infirmés par la réalité : légaliser le cannabis, c’est la porte ouverte à des drogues plus dures, plus de morts par overdose, des conséquences néfastes pour la santé sans réduire les trafics. N’y-a-t-il pas qu’un esprit ultra-libertaire pour vouloir légaliser une substance aussi dangereuse ?