Le cannabis à forte concentration lié à des dommages cérébraux

Psychomédia Publié le 28 novembre 2015

La consommation fréquente de cannabis à forte concentration de THC, tel que le « skunk », est liée à des dommages cérébraux, selon une étude publiée dans la revue Psychological Medicine. Le cannabis le plus couramment consommé contient des niveaux beaucoup plus élevés de THC qu’il y a dix ans, soulignent les chercheurs.

Paola Dazzan et ses collègues du King’s College London et de l’Université Sapienza de Rome ont utilisé deux technologies d’imagerie cérébrale pour examiner la matière blanche du cerveau de 56 personnes ayant rapporté un premier épisode de psychose ainsi que de 43 volontaires en bonne santé.

Ils ont examiné spécifiquement le corps calleux, la plus grande structure de substance blanche du cerveau, responsable de la communication entre les hémisphères droit et gauche. La matière blanche est constituée de fibres nerveuses (axones des neurones) qui relient les différentes régions du cerveau, permettant ainsi la communication entre elles.

Le corps calleux est particulièrement riche en récepteurs cannabinoïdes, sur lesquels le THC du cannabis agit.

« Cette atteinte de la substance blanche était significativement plus importante chez les grands utilisateurs de cannabis à forte puissance que chez les utilisateurs occasionnels ou utilisant du cannabis moins puissant, et était indépendante de la présence d’un trouble psychotique », indique la chercheuse.

Le type de cannabis, tout comme le type d’alcool (bière, vin, spiritueux…), doit être considéré dans l’évaluation des risques, souligne-t-elle.

Psychomédia avec sources : King’s College London, The Guardian

Captagon la drogue des tueurs

 Cette substance désinhibe celui qui l’ingère et décuple sa bruta­lité. Elle aurait été utili­sée par les terro­ristes du 13 novembre.

Plusieurs survi­vants du Bata­clan évoquent le compor­te­ment « méca­nique, déshu­ma­nisé » des terro­ristes. Un témoin qui les a croi­sés juste avant leur attaque note leurs « têtes de morts-vivants ».

Leur -fana­tisme reli­gieux et leur passage dans des camps d’en­traî­ne­ment au djihad en vue de deve­nir de parfaits bour­reaux ou kami­kazes n’ex­plique­raient pas tout : des substances décu­ple­raient leur sauva­ge­rie.

Pour­tant pros­crite par le Coran – comme le suicide –, la drogue -faci-lite­rait le passage à l’acte des terro­ristes. En juin dernier, en -Tuni­sie, des resca­pés rapportent que le djiha­diste qui a -massa­cré trente-huit touristes à Sousse « -rigo­lait et prenait des photos des victimes ». Selon le Daily Mail, qui s’ap­puie sur les résul­tats de son -autop­sie, des « stimu­lants » ont été déce­lés dans son orga­nisme. D’autres médias -citent le Capta­gon, nom commer­cial de la -féné­thyl­line, de la famille des amphé­ta­mines (comme l’ecs­tasy).

Produites dans des labo­ra­toires clan­des­tins au Liban et en Syrie, les pilules sont vendues entre 5 et 20 dollars et consom­mées à des fins « récréa­tives » au Moyen-Orient, où l’al­cool est pros­crit. En 2010, en Arabie saou­dite, 7 tonnes ont été saisies. En Syrie, selon -Ramzi Haddad, un psychiatre liba­nais inter­viewé par Reuters en 2014, les combat­tants de Daech, du front al-Nosra et l’ar­mée de -Bachar el-Assad en consomment, notam­ment pour les « missions » longues ou nocturnes.

Des civils en avalent aussi pour lutter contre le stress -engen­dré par le conflit. Synthé­ti­sée en 1961, cette molé­cule a un temps été utili­sée en méde­cine pour trai­ter la dépres­sion, la -narco­lep­sie et l’hy­per­ac­ti­vité. Mais elle a vite été détour­née de son usage d’ori­gine, notam­ment par des toxi­co­manes et des -cyclistes. Dès 1986, le Capta­gon est classé par l’OMS comme stupé­fiant, en raison de l’ad­dic­tion qu’il -entraîne et de ses graves effets secon­daires, telles des -lésions cardiaques. Il est -inter­dit en France depuis 1993.

Le neuro­bio­lo­giste Jean-Pol Tassin -explique à VSD que cette drogue est « hélas idéale » pour des combat­tants : « L’am­phé­ta­mine augmente la force muscu­laire et dimi­nue l’an­goisse. Le sujet ne ressent plus la -fatigue et a l’im­pres­sion que rien ne peut l’ar­rê­ter. L’ef­fet dure une heure. Des otages du Bata­clan ont remarqué qu’au bout d’une heure le compor­te­ment des terro­ristes a -changé, ils sont deve­nus plus nerveux. »

Le Pr Tassin précise que les amphé­ta­mines -accroissent l’agres­si­vité : « Lors des premiers tests sur des animaux, les souris s’étaient -entre­tuées. Il n’y a aucun problème pour en trou­ver en Europe. Ce sont les mêmes clan­des­tins qui, notam­ment en Belgique et aux Pays-Bas, fabriquent l’ecs­tasy. »

Des seringues ont été retrou­vées dans les chambres d’hô­tel louées à Alfort­ville (Val-de-Marne) loué par Salah Abdes­lam, le chef présumé du commando (en fuite à l’heure où nous impri­mons). Jean-Pol Tassin s’en étonne : « Je doute qu’ils s’en soient injecté en intra­vei­neuse. L’ef­fet est quasi­ment immé­diat, il aurait été plus logique qu’ils -avalent des pilules un peu avant de -passer à l’ac­tion. Peut-être se sont-ils admi­nis­tré des opia­cés la veille pour -réduire leur angoisse ? » Les résul­tats des autop­sies -devraient éclair­cir ce point.

Le mot « assas­sin » vien­drait du mot « hachi­chin », une secte de tueurs de l’Orient médié­val qui -fumaient du canna­bis avant de sévir. Dans les tran­chées de 14–18, l’état-major distri­buait aux poilus de grandes quan­ti­tés de gnôle, surnom­mée le « monte-à-l’as­saut ». Et, pendant la Seconde Guerre mondiale, les soldats alle­mands étaient -dopés au Pervi­tin, une amphé­ta­mine qu’ils appe­laient « Panzer-scho­ko­lade ». –

Enrôlé dans la Wehr­macht, l’écri­vain Hein­rich Böll (1917–1985) parlait de « pilules miracle » qui rendaient « froid, sans réac­tion ». Ce sont d’ailleurs des méde­cins nazis qui ont inventé la métha­done, un substi­tut à l’hé­roïne. Cette -dernière fut -large­ment consom­mée par les GI au Viet­nam et par l’ar­mée Rouge en Afgha­nis­tan. Aujourd’­hui encore, en Afrique, les chefs de guerre en donnent souvent aux -enfants-soldats. -Droguer des soldats pour en faire des -robots n’a donc rien nouveau.

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New York part en guerre contre le cannabis de synthèse

New York – « 0% cannabis, 100% dangereux » : avec une campagne d’information publique, New York part en guerre contre le cannabis de synthèse, qui en quelques mois a fait deux morts dans la ville et menace les populations les plus défavorisées.

Outre ces deux décès, cette drogue bon marché connue sous le nom de K2 a été responsable depuis janvier de plus de 6.000 visites aux services d’urgence des hôpitaux new-yorkais.

Le K2, dans le radar des autorités sanitaires depuis l’an dernier, est vendu sous des appellations multiples : Spice, AK-47, Bizarro, Green Giant, Smacked… Parfois présentés comme « aromathérapie« , ou « pot pourri« , certains sachets sont décorés avec des personnages de bande dessinée. On en trouve sur internet, mais aussi parfois dans les débits de tabac.

Certains usagers peuvent ainsi penser que c’est légal, or ça ne l’est pas.

« Il est très important que les gens comprennent qu’il y a 0% de cannabis et 100% de danger« , explique à l’AFP le docteur Mary Travis Bassett, responsable des services de santé de New York.

La composition de ces cannabinoïdes de synthèse, vendus parfois seulement 5 dollars le sachet de quelques grammes, varie selon les lots, avec des effets imprévisibles.

Mme Bassett participait cette semaine à un sommet consacré à cette drogue de synthèse qui a réuni à New York quelque 200 professionnels de la santé, magistrats, mais aussi membres des forces de l’ordre, de la lutte antidrogue ou des services sociaux.

Une campagne d’affichage sur les abribus new-yorkais, les cabines téléphoniques, dans des foyers de sans-abri et d’autres centres sociaux des quartiers les plus touchés a été lancée simultanément pour mettre en garde contre le K2.

Sa composante de base, venue de Chine, est généralement mélangée à des solvants, le liquide étant ensuite pulvérisé sur des feuilles comme des feuilles de thé puis vendu sous forme de petits sachets d’herbe.

« Le K2 est une drogue terrifiante et imprévisible« , a déclaré Julie Menin, responsable de la défense des consommateurs à la mairie, en soulignant que l’usager, incité à penser que ces petits paquets d’herbe étaient légaux, ne pouvait jamais savoir quelle en était la composition chimique et quel serait leur effet.

– Sanctions renforcées –

Plus de 9.000 courriers vont aussi être envoyés aux débits de tabac, leur rappelant que la vente en est illégale et les sanctions sévères.

Le mois dernier, le maire de New York Bill de Blasio a annoncé un renforcement de ces sanctions, les vendeurs et distributeurs risquant désormais un an de prison, des amendes pouvant aller jusqu’à 100.000 dollars et la fermeture de leur magasin à la deuxième infraction.

Le 16 septembre, les autorités avaient fait part d’un vaste coup de filet à New York contre un réseau de distribution. Six personnes avaient été arrêtées et dix inculpées.

Les utilisateurs de cette drogue se trouvent surtout selon Mme Bassett « dans les quartiers pauvres« , avec une « sur-représentation des personnes atteintes de maladie mentale parmi ceux hospitalisés d’urgence« . Au total, 99% des personnes hospitalisées ont plus de 18 ans et 90% sont des hommes, âgés en moyenne de 37 ans.

Le problème a d’abord été identifié dans le quartier new-yorkais d’East Harlem, avant de s’étendre aux arrondissements voisins.

Le K2 peut provoquer hallucinations, angoisses, comportements agressifs, léthargie, vomissements, perte de connaissance, convulsions et même être mortel.

Deirdre Canaday, mère de quatre enfants, en a fait l’expérience il y a quatre ans, bien avant que les autorités ne s’en inquiètent.

Son fils de 26 ans, Aaron, avait voulu essayer le K2 avec des amis, « pour s’amuser un peu« , dit-elle à l’AFP. « C’était légal à l’époque. Il a essayé une demi-douzaine de fois. Et un matin, ils se sont tous réveillés, sauf Aaron. » Son fils était en pleine santé.

A l’époque « ce truc était bénin » par rapport à ce qu’on fait aujourd’hui, ajoute-t-elle.

Le K2 est « de plus en plus mortel, de plus en plus imprévisible, de plus en plus puissant« . Et selon elle, « il menace tout le monde« . 

Source L’Express

EDITORIAL : Des effets inattendus de la libéralisation/légalisation du cannabis

 

par le Professeur Jean-Pierre GoulléPhoto Goulle

De nombreuses voix s’élèvent pour réclamer la modification du statut d’une drogue illicite dite « douce », le cannabis. Il convient de rappeler à ce propos que ce n’est pas une drogue « douce » mais une drogue à cinétique lente, dont les effets délétères sur la santé se sont considérablement  accrus au cours des 20 dernières années, en raison de la multiplication par un facteur quatre de la teneur moyenne en principe actif dans la drogue, le tétrahydrocannabinol (THC), ce n’est plus la même drogue.

Historiquement, l’une des raisons de ce classement en drogue « douce » – et cela était même enseigné en faculté de médecine – est lié à l’absence de récepteurs du THC (récepteurs CB1) au niveau du centre respiratoire bulbaire, d’où l’absence de risque de décès par surdose, contrairement aux morphiniques, en particulier. De plus, avec le cannabis d’antan, beaucoup plus faiblement dosé en THC, le risque de dépendance était nettement moins important.

Les chiffres récents attestent de cette dépendance accrue, puisqu’en France, les consommateurs de cannabis représentent 44% de tous les patients pris en charge pour addiction parmi les usagers de drogues illicites. Ils représentent même 62,5% des patients admis en traitement pour la première fois (rapport de l’observatoire européen des drogues et toxicomanies : OEDT, juin 2015). Certes, par son nombre moindre d’utilisateurs, en relation avec son caractère illicite, les dégâts qu’il engendre sont moindres que ceux du tabac avec 79000 morts ou de l’alcool avec 49000 décès, mais face à cette hécatombe évitable, parmi les objectifs prioritaires de santé publique figurent le zéro tabac et une réduction drastique de la consommation d’alcool.

Il serait donc criminel et cela engagerait la responsabilité de nos gouvernants de mener une politique qui pourrait être le berceau du développement d’autres addictions, alors que le coût social des drogues licites et illicites est proche de 250 milliards d’euros (le coût social des drogues en France, septembre 2015, observatoire français des drogues et toxicomanies : OFDT, voir cette lettre).

Parmi ceux qui prônent la libéralisation / légalisation, les arguments avancés sont principalement de deux ordres.

  • Pour certains, la France fait fausse route, alors que le pays dispose d’une des législations les plus strictes en matière de drogues illicites, elle caracole en tête des pays consommateurs de cannabis au niveau de l’Union Européenne, ce qui constitue pour eux un aveu de l’échec total de la politique répressive. Il convient cependant de leur faire remarquer qu’en la matière, la loi n’est pas appliquée « car la société n’est pas prête et la justice n’est que le reflet de la société » pour reprendre les propos tenus par un procureur de la république normand.
  • Pour d’autres, la libéralisation / légalisation devrait permettre de « casser » voire de faire disparaître le trafic et de rétablir ainsi la paix dans les cités, pour le plus grand bonheur de ses habitants et de ses dirigeants. De plus, le contrôle de la vente du cannabis taxé par l’état, comme cela est pratiqué dans ces pays, constituerait une manne financière très importante; d’autant qu’elle viendrait en complément des taxes perçues sur le tabac puisque la drogue est mélangée à ce dernier.

Mais c’est sans compter sur le fait que les trafiquants ne sont pas du tout décidés à abandonner un commerce aussi lucratif et finalement aussi peu risqué. Ainsi, dans les pays où de telles mesures de libéralisation / légalisation sont prises, les narcotrafiquants se sont très vite reconvertis dans le trafic de drogues encore plus addictives que le cannabis.

Aux Etats-Unis par exemple, suite à la légalisation du cannabis dans certains états, les cartels de la drogue se sont reconvertis dans le commerce de l’héroïne et ont inondé le marché, doublant rapidement le nombre d’usagers dans le pays.

A un moment où la France cherche non seulement à réduire le coût social des drogues estimé à 120,4 milliards pour le tabac, 120,1 milliards pour l’alcool et 8,7 milliards pour les drogues illicites, mais aussi à protéger la santé de ses concitoyens et surtout à réduire la véritable hécatombe constituée par les 130000 décès annuels évitables liés à ces addictions; le développement du trafic d’autres drogues illicites par le biais de la libéralisation / légalisation du cannabis, constituerait un très mauvais signal et indéniablement une erreur grave de conséquences au plan de la santé publique.

 

 

LES EFFETS DU CAPTAGON, DROGUE UTILISÉE PAR LES COMBATTANTS DJIHADISTES

Au mois de juin dernier à Port El-Kantaoui en Tunisie, Seifeddine Rezgui faisait 39 morts et autant de blessés. Son autopsie révélera qu’il était sous l’emprise d’une drogue, le captagon. Un neurobiologiste explique quels sont les effets de cette substance.

Après les attaques terroristes qui ont frappé la Tunisie le 26 juin dernier, menées par Seifeddine Rezgui, 23 ans, les témoignages faisaient état d’un homme qui souriait et riait pendant la tuerie. Ces derniers jours, des témoignages qui font suite aux attaques ayant eu lieu ce vendredi 13 novembre parlent d’hommes au comportement également déshumanisé. Une hypothèse avance le fait qu’ils aient été sous l’emprise de captagon, la drogue utilisée par le responsable de l’attaque en Tunisie, et très prisée des combattants djihadistes.

Substance stimulante, le captagon est à placer dans la famille des amphétamines. Stimulant la concentration et la production de dopamine, il avait été prescrit en France dans le traitement contre la narcolepsie et l’hyperactivité, jusqu’à ce qu’il soit retiré du marché en 1993 car il provoquait de graves lésions cardiaques. Depuis 1986, il est placé sur la liste des substances stupéfiantes.

Interrogé par le magazine Sciences et Avenir, le Pr Jean-Pol Tassin, neurobiologiste de l’INSERM et spécialiste des addictions, explique les effets de cette drogue. « Comme toutes les autres amphétamines, cette drogue entraîne une résistance à la fatigue, une vigilance accrue et une perte de jugement. Elle donne l’impression à celui qui la consomme d’être tout puissant, d’être le “roi du monde” en quelque sorte ». L’acte de tuer devient alors dénué de sens humain, et la crainte n’existe plus.

« Plus précisément, au niveau moléculaire, la fénéthylline pénètre dans les neurones et chasse deux neurotransmetteurs, la noradrénaline et la dopamine, présente dans les vésicules. La libération de noradrénaline hors des neurones augmente la vigilance et réduit le sentiment de fatigue. La dopamine, elle, agit notamment sur le circuit de la récompense, responsable de la sensation de plaisir et, à haute dose, de l’addiction » poursuit le neurobiologiste.

Des effets qui ne concernent pas que le cerveau. « Le captagon augmente la libération du glucose stocké dans les cellules musculaires, ce qui permet de prendre du muscle sans fournir d’effort. De plus, la libération de noradrénaline accélère significativement le rythme cardiaque » explique le Pr Jean-Pol Tassin. Ensuite vient la fatigue et sans sommeil, place à la descente. « Les individus ressentent une fatigue intense, une psychose, des fonctions mentales altérées, l’alternance de phases d’euphorie et de dépression. C’est un peu comparable aux effets d’une nuit blanche sur le cerveau ». Mais malgré la fatigue, l’euphorie est telle que ni la peur ni la douleur ne se font ressentir. À Homs, en Syrie, un officier de la brigade des stupéfiants racontait à Reuters : « On les frappait et ils ne ressentaient pas la douleur. La plupart d’entre eux rigolaient alors qu’on les bourrait de coups ».

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