Thierry Ardisson : Faut il enfin légaliser le cannabis ?

Jean Costentin participe à l’émission de Thierry Ardisson sur le cannabis

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Autopsie d’un « débat » télévisé sur la légalisation du cannabis

Professeur Jean Costentin

               Il n’est pas plaisant de revenir sur ce qu’on a ingéré sans plaisir, mais conscient des leçons à en tirer, je me suis livré à cette régurgitation.

Samedi 27 avril, 19h30, sur la chaine C 8 de la télévision, l’émission « Salut les terriens » de T. Ardisson, était intitulée « Va-t-on enfin légaliser le cannabis ». Ce titre, par son « enfin » exprimait déjà la conclusion à laquelle elle voulait aboutir.

Les participants :

– Thierry Ardisson, animateur de l’émission qui, hors antenne, déclara être, de longue date, consommateur de cannabis ;

– William Lowenstein, médecin addictologue qui, peut-être, par mimétisme de ses patients, consommateurs de cannabis, a adopté leur mimique ainsi qu’une élocution un peu traînante ; il dissimule certains jours son militantisme pour la légalisation de toutes les drogues, en se présentant comme le président d’une association intitulée, tenez-vous bien  « S.O.S. addictions » ;

– un « humoriste », ou en tout cas présenté comme tel, procannabique en diable, dont j’ai oublié le nom ;

– Laurent Baffie, auteur, acteur multimédia, qui, au moins dans l’enregistrement initial, fit l’apologie du cannabis, qui l’aurait aidé pour sa création artistique… ;

– Yann Moix, un écrivain, qui estimera que la légalisation était de fait.

Devant ces cinq procannabis se trouvaient deux anticannabis :

– Gérald Kierzek, un médecin urgentiste, jeune, sympathique, familier des médias,  convaincu des méfaits de cette drogue ;

– et moi, le papy grognon, l’empêcheur de consommer du « chichon ».

Ces deux derniers n’étaient dopés que par l’absence, depuis toujours, de toute consommation de cannabis.  Il s’agissait donc d’un match à 5 contre 2.

Ce n’était pas du direct, l’enregistrement dura près d’une heure ; il devait comporter des amputations, pour couvrir au final quelques 25 minutes d’émission. Ces coupures me créaient quelques inquiétudes qui s’avérèrent justifiées. Néanmoins, au sortir de l’enregistrement, en dépit de ce que j’avais entendu, je n’étais pas accablé.

Mon camp avait été très épaulé par le talent de communicateur de G. Kierzek et j’avais pu exprimer nombre de points qu’il me paraissait très important de porter à la connaissance du public.

Dix jours plus tard, le samedi 27 avril, à 19h30, je ne pus me libérer pour regarder l’émission, mais dès le lendemain la plus jeune de mes sœurs m’envoya le lien me permettant de la voir. Ma déconvenue fut vive !

Plusieurs de mes formules condensées avaient été reprises (« la fumette ça rend bête ; le chichon ça rend con » ; « pétard du matin-poil dans la main ; pétard du soir-trou de mémoire » ; «la  drogue de la crétinisation » ; mais pour être percutantes il aurait fallu y adjoindre la sauce d’une démonstration, or elle avait disparue.

Mais, surtout, cinq points au moins, que je tiens pour extrêmement importants, n’ont pas survécu à la coupe. Il s’agissait de :

– l’accroissement, au cours des 25 dernières années, du taux de THC dans les produits en circulation, d’un facteur 6,5 :

– l’extraordinaire persistance du THC dans l’organisme, et en particulier dans  le cerveau, près d’une semaine après un joint et environ deux mois après de nombreux joints ; « ce n’est pas une drogue douce, c’est une drogue très lente » ;

-les relations, devenues irréfragables, entre la consommation du cannabis et le développement de la schizophrénie ; ce risque étant majoré par la précocité des premiers usages, la durée de la consommation et les doses utilisées ; auxquels s’ajoutent des facteurs de vulnérabilité individuels ; une étude récente établit que 20% des schizophrénies sont imputables au cannabis ;

– les relations avec les troubles anxieux et dépressifs qui comportent, en embuscade, des risques suicidaires ;

– et encore, je dirais et surtout, car cette observation majeure n’arrive pas à franchir la barrière des médias : les effets épigénétiques du THC. En bref, la consommation de cannabis / THC par des individus (hommes et femmes) en âge de procréer,  leur fait transmettre à leurs enfants une vive appétence pour les drogues, qui s’exprime dès l’adolescence. J’avais illustré ce grave effet par une formule (inspirée d’ une phrase du livre d’Ezéchiel : «Les parents ont fumé le cannabis vert et leurs enfants en ont eu les neurones agacés ».

Si ces cinq éléments vous paraissent superfétatoires, les « caviardeurs » ont bien fait de les faire disparaître du « débat ». Si par contre ils vous paraissent, comme à moi, très importants, il y a alors incompétence ou, pire, malversation.

Un débat à cinq contre deux , qui occulte des données majeures, loin d’éclairer le citoyen électeur, prompt à juger très vite et de tout, est un mode commun de manipulation de l’opinion et, disons même, de désinformation.

A l’opposé du « castigat ridendo mores » (de l’utilisation du rire pour corriger les mœurs), il a été fait appel au rire grasseyant, au rire bête, en un mot au rire cannabique, pour banaliser davantage cette sale drogue et dissimuler le drame qu’elle représente pour une génération et pour notre société.

Ajoutons à cela quelques frustrations mineures :

A l’issue de la séquence filmée de « l’humoriste », qui avait suscité des rires polis j’avais déclaré « sitôt qu’on vient de se forcer à rire, on devrait en pleurer » (passé à la trappe)

Quand W. Lowenstein a laissé espérer que « la légalisation du cannabis en France créerait 200.000 emplois » ; j’avais ajouté « sans doute dans les hôpitaux psychiatriques » ; (ce fut coupé ou inaudible).

Il y a certes beaucoup plus à tailler chez les gros que chez les maigres. L’embonpoint de mon propos a payé un lourd tribut aux facilités que se sont accordés mes censeurs.

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Jean Costentin : « La fumette, ça rend bête, le chichon ça rend con, pétard du matin, poil dans la main, pétard du soir, trou de mémoire ! »

Vous pouvez écouter la conférence en cliquant ci dessous sur la flèche rouge

Vous pouvez lire la conférence ci dessous

Le professeur Jean Costentin était l’invité de l’association pornichétine ECLAT le samedi 23 mars, pour évoquer ses différents livres sur le fléau des drogues. Jean Costentin est docteur en médecine, pharmacien, docteur ès sciences, professeur émérite de pharmacologie à la Faculté de médecine et pharmacie de Rouen. Il a dirigé pendant 24 ans une unité de recherche associée au CNRS centrée sur la neurobiologie et la psychopharmacologie. Il promeut la devise du Centre national de prévention, d’études et de recherches sur les toxicomanies (CNPERT) qu’il préside : « S’il est important de nous préoccuper de l’état de la planète que nous léguerons à nos enfants, il l’est plus encore de nous préoccuper de l’état des enfants que nous léguerons à notre planète ».

« Le désastre des toxicomanies en France » de Jean Costentin est publié aux Éditions Docis.

Kernews : 70% des jeunes reconnaissent avoir consommé de la drogue, certains uniquement le temps d’une soirée, d’autres d’une manière plus régulière. Peut-on considérer que, pour la plupart, ce sera une expérience sans lendemain, ou doit-on craindre que cela ne constitue le début d’un processus d’addiction pour une majorité d’entre eux ?

Jean Costentin : L’expérimentation n’est évidemment pas un drame en soi, mais c’est une prise de risque car nul ne se connaît tant qu’il n’a pas essayé et cela peut l’amener à y renoncer à tout jamais, ou à devenir un usager très erratique, ou bien à être accroché très vite. Il y a des drogues, comme la cocaïne, qui accrochent très vite car deux ou trois usages peuvent se transformer en une dépendance dont on est incapable de se débarrasser. Le cannabis est la première drogue illicite qui apparaît sur la liste et il faut savoir que 20% de ceux qui l’essaient vont s’y accrocher et deviendront dépendants. Mais regardons aussi cette drogue licite qu’est le tabac, qui a pris 13 millions de nos concitoyens dans les mailles de son filet. Le tabac est à l’origine de 79 000 morts chaque année, c’est-à-dire 216 morts par jour.

Je vous interroge sur la drogue et vous bifurquez sur le tabac…

Mais le tabac est une drogue ! Ce n’est pas parce qu’elle est licite que ce n’est pas une drogue. Un sujet qui consomme du tabac devient accro et perd toute indépendance vis-à-vis de sa capacité d’en prendre ou non. Il y a des usages de l’alcool qui en font une drogue et même une drogue très dure. Si un sujet alcoolique – cela concerne un million de personnes en France – veut arrêter subitement sa consommation d’alcool, ses jours seront en danger. Relisez Zola, Gervaise, Coupeau, l’alambic… Le jour où il est incarcéré, n’ayant plus son alcool, il fait un delirium tremens dont il va mourir. Il y a des usages de l’alcool qui en font une drogue très dure et, si le sujet arrête brutalement sa consommation, par le jeu de crises d’épilepsie qui se soudent les unes aux autres, on en arrive à mourir. C’est pour cela que l’arrêt de l’alcool doit être géré en milieu hospitalier.

Certes, il ne s’agit pas de nier la dangerosité du tabac et d’encourager sa consommation mais, par rapport à l’héroïne ou au cannabis, ses effets sur le cerveau ne sont pas les mêmes car la personne reste productive sur le plan intellectuel…

Je suis d’accord avec vous, il n’y a pas de toxicité psychique du tabac, il y a une toxicité physique. Pour l’alcool, il y a une toxicité psychique et physique. Mais on ne peut pas défendre le tabac, car on appelle drogue douce une drogue qui fait quand même 79 000 morts par an ! Il y a les morts et toutes les pathologies qui vont pourrir la vie des individus. Le tabac est la première cause de mort évitable.

On observe que le comportement des usagers de cannabis change progressivement, que leur manière de raisonner n’est plus la même et cela a des conséquences sur leur vie professionnelle. Qu’en pensez-vous ?

Les jeunes Français sont les premiers consommateurs de cannabis dans l’Union européenne. C’est grave, parce qu’il y a une toxicité physique qui n’est pas négligeable. Pourquoi la France, qui est parmi le pays au monde qui consacre le plus de moyens à l’éducation de ses enfants, est-elle très mal payée en retour lors des concours internationaux comme le classement Pisa ? J’affirme que si l’on parvenait à éradiquer le cannabis de tout l’espace éducatif, mécaniquement, nous gagnerons au moins 15 rangs au classement Pisa, où nous sommes actuellement vingt-sixième… En clair, la fumette, ça rend bête, le chichon ça rend con, pétard du matin, poil dans la main, pétard du soir, trou de mémoire ! Le cannabis est un très grand perturbateur de la faculté d’apprendre et de retenir. On dira la même chose pour l’alcool et il n’est pas facile d’apprendre lorsque l’on est dans un état d’imprégnation alcoolique. Quand on a bu de l’alcool, l’alcool disparaît en quelques heures. Or, lorsque l’on fume du cannabis, il faut des jours et des jours pour que son effet disparaisse. Même chez un consommateur régulier de cannabis, lorsqu’il arrête subitement sa consommation, on en retrouve encore au bout de huit semaines dans ses urines. Le cannabis est une drogue longue qui s’accumule pendant des semaines dans les graisses de l’organisme et du cerveau, qui est un organe extrêmement riche en graisses.

Pourquoi cherche-t-on à entraîner la société française vers ce phénomène de crétinisation généralisée ?

Je ne sais pas si on le cherche, mais on le trouve ! L’Observatoire européen des drogues et des toxicomanies vient d’adresser un carton rouge à la France pour l’absence criante de toute pédagogie à cet égard. Le seul débat, c’est sur la dépénalisation ! Avant d’aborder ce genre de questions, il faudrait peut-être armer les jeunes Français et leurs parents, la société civile dans son ensemble, sur les méfaits de cette drogue. On engage un débat sur la légalisation, alors que l’on n’a pas encore posé les problèmes de la dangerosité ! Il y a un pays qui est exemplaire à cet égard, c’est la Suède, qui a découvert les méfaits du cannabis dans les années 70 et qui montre sa responsabilité dans cette pathologie psychiatrique majeure et irréversible qu’est la schizophrénie. Face à cela, la Suède s’est dotée d’une législation, qui est aussi sévère que la nôtre. Mais, la différence, c’est qu’elle est respectée. En France, cette loi n’a pas été justifiée, alors qu’une loi a besoin d’une justification. Là où il y a une pédagogie, il y a la possibilité d’agir, mais cette pédagogie n’existe pas en France.

Tout le monde sait que le cannabis est destructeur pour la santé mentale, qu’il fait perdre de la mémoire et qu’il a des effets délétères en termes de productivité intellectuelle… Est-ce par rejet de l’autorité que l’on n’écoute pas les experts ?

Il y a de cela. Actuellement, on cultive la mise en cause de ce qu’annonce la science et on voit des campagnes contre les vaccinations qui vont à l’opposé de toutes les données dont on dispose. Dostoïevski disait que « Dieu est mort, tout est permis », or même la science est en train d’être mise en doute… Ceux qui ont fait l’effort d’en apprendre plus que d’autres pour essayer d’aider les autres à savoir sont tenus en dérision. Il est beaucoup plus facile de rejeter d’un revers de main ce qui dérange, que de s’appliquer à apprendre et comprendre. Je crains que ce ne soit un phénomène qui se développe de façon importante, en France en tout cas.

Évoquons maintenant la cocaïne, la drogue des puissants et des riches, celle des avocats, celle des politiques, celle des artistes… Il y a même eu un président de la République qui en prenait régulièrement et qui en avait besoin ! Comment peut-on concilier l’exercice de très hautes fonctions avec la consommation de cocaïne ?

J’avoue que cela m’inquiète énormément d’imaginer, si j’adhère à ce que vous évoquez, que l’on puisse avoir la maîtrise du bouton nucléaire et que l’on soit par ailleurs accro ! À un certain âge, on a besoin d’une façon quasi quotidienne de la cocaïne et il est tout à fait inquiétant d’imaginer les perturbations psychiques que cela peut engendrer. Cette cocaïne est de plus en plus inquiétante. Les pays de la Cordillère des Andes ont une production croissante, l’Amérique est en train de mieux étanchéifier ses frontières et cette drogue part maintenant vers l’Afrique, elle nous arrive avec une abondance redoublée. Il y a une forme de cocaïne qui n’est plus le chlorhydrate qui se sniffe, qui se boit ou qui s’injecte, mais qui se fume : c’est le crack, qui coûte moins cher et qui met cette cocaïne à la portée des gamins. Dans ma région de Rouen, un addictologue suit une cohorte de 50 gamins de 12 à 15 ans qui se sont déjà fait piéger avec du crack. Ce crack arrive au niveau du poumon, passe rapidement dans le sang, arrive au cerveau et déclenche une forme de shoot qui ressemble à ce que ressent celui qui s’injecte de l’héroïne par voie intraveineuse. Cette cocaïne est devenue moins chère et celui qui essaie deux à trois fois le crack peut être irrémédiablement prisonnier de cette drogue. Actuellement, nous ne disposons d’aucun moyen de faire rompre un sujet dépendant à la cocaïne.

Le crack, c’est la cocaïne du pauvre, mais évoquons la cocaïne du riche, celle qui est consommée par des politiques ou des grands patrons. On vous répond toujours que c’est pour tenir et pouvoir travailler de six heures à minuit…

C’est vrai, mais, comme ils sont dépendants, s’ils sont en manque, ils ont une perte énorme de toutes leurs capacités. Mais c’est vrai aussi pour le tabac puisque tel sujet qui voit son taux de nicotine baisser n’a de cesse que de remettre de la nicotine dans le système. Sinon, il entre dans un état de morosité et de ralentissement psychique qui confine à un état de type dépressif. Avec la cocaïne, c’est beaucoup plus net.

L’addition se paie au moment de la vieillesse, avec notamment le développement de la maladie d’Alzheimer…

Absolument, puisque ce sont des drogues psychotoxiques, mais aussi neurotoxiques. On sait également que l’on recrute parmi les alcooliques un nombre d’Alzheimer bien plus important qu’une population qui s’abstient de l’alcool. Il faut aussi  parler des produits de substitution, qui constituent une véritable préoccupation. L’héroïnomane, on essaie de le faire rompre avec son comportement injecteur, alors on lui donne une drogue, la méthadone ou le Subutex, et cela amène le sujet à renoncer aux injections d’héroïne. Mais il est toujours sous l’influence de ces morphiniques ! Il se sent moins bien et il se met à tricher et à s’injecter de la Buprénorphine. Un tiers des sujets à qui le produit est prescrit, pour le faire rompre avec son comportement injecteur, s’injecte de la Buprénorphine. En plus, en allant voir plusieurs médecins prescripteurs et plusieurs pharmaciens, il va se constituer une provision de produits, ce qui va lui permettre de les revendre à des jeunes Français qui n’avaient pas encore pris le chemin des morphiniques. Avec l’argent qu’il va retirer de cela, il retourne à sa chère héroïne… Donc, sous prétexte de faire de la réduction de risques, on met à sa disposition le Subutex qu’il va détourner en allant le revendre à des jeunes qui découvrent le chemin de l’héroïne. On marche sur la tête et cela coûte extrêmement cher à la collectivité.

Évoquons l’alcool, c’est un produit dont on peut éviter d’être dépendant lorsque l’on boit modérément. Mais quelle est la définition d’une consommation modérée ?

Il y a la consommation festive, avec modération, qui ne doit pas dépasser trois verres de vin dans une même occasion, trois verres chez l’homme et deux verres chez la femme. Avec cet usage, l’alcool est un produit parfaitement acceptable au plan sanitaire. Ce n’est pas comme le tabac, il y a toute une graduation possible. Notre Académie de médecine dit que l’on est dépendant dès que l’on est incapable de se passer de toute boisson alcoolique, y compris le cidre et la bière, un jour par semaine. Dans ce vivier, qui représente quatre à cinq millions d’individus, un million d’entre eux dépassent franchement la mesure. L’alcoolique est un malade qui mérite notre compassion et ce mot ne doit pas recouvrir le moindre caractère péjoratif. Pour certains, c’est du 2 à 6 litres par jour, avec tout un tas de problèmes comme la marginalisation, la rupture familiale ou la rupture professionnelle. Il y a la cirrhose hépatique, les destructions neuronales qui vont avec et une empreinte forte sur la maladie d’Alzheimer.

Pour terminer sur une note optimiste, plusieurs études indiquent qu’après quelques décennies, lorsque l’on arrête totalement de fumer, il n’y a plus aucun effet sur le corps humain. Est-ce la même chose pour l’alcool et les drogues ? Le corps humain a-t-il la faculté de se régénérer ?

Je suis tout à fait d’accord s’agissant de l’alcool. Le fait d’arrêter la consommation de tabac et d’alcool permet de s’éloigner des risques multiples. Pour le cannabis, c’est presque la même chose et un jeune qui arrête complètement sa consommation pendant les grandes vacances va retrouver les aptitudes qui étaient les siennes. Néanmoins, une étude américaine indique que chez un sujet qui a fumé du cannabis pendant une vingtaine d’années, la perte de quotient intellectuel est d’environ 9 points et qu’elle n’est pas récupérable. En plus, si cela a déclenché une schizophrénie, il faut savoir que c’est une maladie dont on ne guérit jamais. Si le sujet schizophrène continue sa consommation de cannabis, il va avoir une résistance au traitement aux anti-psychotiques et cela va aggraver la fréquence des troubles. Avec les morphiniques, il semble que l’on puisse espérer une restitution intégrale, mais il y aura une très grande vulnérabilité à cette drogue. C’est vrai aussi pour le fumeur qui arrête : il ne doit surtout pas se rapprocher du tabac, y compris pour un usage exceptionnel, car le processus peut recommencer. Le sujet qui a eu la chance, ou la force, de se détacher d’une drogue doit en demeurer éloigné sans aucune exception, car il présente une vulnérabilité à retomber dans ses errements.

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Alcool: les mécanismes du cerveau qui peuvent vous entraîner vers l’addiction

Ce lundi, Maïtena Biraben recevait Michel Reynaud, addictologue, président du Fond Actions Addiction. Il a notamment expliqué les mécanismes du cerveau qui peuvent faire sombrer une personne dans l’alcoolisme.

Alcool : même après des semaines d’abstinence, les lésions cérébrales perdurent

Des examens d’IRM menés par des scientifiques ont montré que certaines zones du cerveau continuent à se dégrader même après une abstinence totale chez les gros consommateurs d’alcool. Cette découverte réfute la croyance actuelle selon laquelle les changements dans le cerveau commencent à se normaliser immédiatement après l’arrêt de la consommation d’alcool.

_© iStock

Une consommation régulière et excessive d’alcool peut non seulement être responsable de cancers, maladies cardiovasculaires et digestives mais aussi de troubles cognitifs sur le long terme. Les personnes concernées peuvent par exemple présenter une altération de la mémoire, des capacités de planification, d’attention et de prise de décisions, sachant que plus la consommation d’alcool commence à un âge précoce, plus la détérioration du cerveau est importante. Un travail de l’Institut des neurosciences d’Alicante et de l’Institut central de la santé mentale de Mannheim (Allemagne) a permis de découvrir comment les dommages dans le cerveau perdurent les jours suivants malgré des semaines d’abstinence.

La recherche souligne en effet que six semaines après l’arrêt de l’alcool, des modifications au niveau de la substance blanche du cerveau ont encore lieu, comme l’ont révélé des examens de neuro-imagerie. Ces derniers ont été réalisés auprès de 90 patients âgés de 46 ans en moyenne hospitalisés dans le cadre d’un programme de désintoxication, et ce pendant leur période d’abstinence avérée. Les scientifiques ont ensuite comparé les résultats de ces analyses à ceux d’un groupe témoin composé de 36 hommes âgés de 41 ans en moyenne sans problème d’alcool. « Jusqu’à présent, personne ne pouvait croire qu’en l’absence d’alcool, les dommages au cerveau progresseraient », expliquent-ils.

Une région cérébrale liée à la mémoire est touchée

Les dommages observés pendant le début de la période d’abstinence, période critique en raison du taux élevé de rechutes, touchaient principalement l’hémisphère droit et la région frontale du cerveau. Une découverte qui met à mal l’hypothèse selon laquelle les changements structurels causés par une trop grande consommation d’alcool sont «effacés» après son arrêt. « Les altérations sont plus intenses dans le corps calleux et la fimbria. Le corps calleux est lié à la communication entre les deux hémisphères. La fimbria contient les fibres nerveuses qui assurent la communication entre l’hippocampe, fondamental pour la formation de la mémoire, le noyau accumbens et le cortex préfrontal », ajoutent les chercheurs.

Or, le noyau accumbens fait partie du système de récompense du cerveau tandis que le cortex préfrontal est fondamental dans la prise de décision. Les chercheurs souhaitent maintenant caractériser de manière précise et indépendante les processus inflammatoires et dégénératifs liés à la consommation d’alcool. Ils espèrent ainsi mieux comprendre comment évoluent les lésions cérébrales induites par l’alcool au cours de cette période d’abstinence précoce (2 à 6 semaines) chez les personnes ayant des problèmes de dépendance. A noter que Santé publique France recommande un maximum de dix verres par semaine, dont maximum deux verres par jour et des jours sans consommation.

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Réduire l’obésité et la consommation d’alcool pour prévenir 30.000 cas de cancer du sein en 10 ans

« La consommation régulière d’alcool est le deuxième contributeur le plus important — 13% des cancers du sein de femmes pré-ménopausées et 6% des femmes post-ménopausées, ce qui représente 11.600 cas au cours des 10 prochaines années qui sont attribuables à la consommation régulière d’alcool. »

Des chercheurs australiens ont montré qu’en gardant un poids sain et en limitant sa consommation d’alcool à moins d’un verre par jour il était possible de prévenir des milliers de cancers du sein au cours des dix prochaines années.

Cette nouvelle étude, menée par des chercheurs de l’University of New South Wales, a pris en compte six études de cohortes australiennes comprenant 214.536 femmes au total. Elles visaient à voir si le changement de certaines habitudes quotidiennes pouvait permettre de prévenir des cas de cancer du sein chez les femmes avant et après la ménopause.

Leurs résultats, parus dans l’International Journal of Cancer, ont montré que chez les femmes en pré-ménopause, la consommation régulière d’alcool expliquerait 12,6% des cas de cancer du sein dans les dix prochaines années, et que le recours à un contraceptif oral pendant au moins cinq ans représentait 7,1% des cas. Ces facteurs combinés représenteraient 18,8% des futurs cas de cancer du sein. Chez les femmes en post-ménopause, le fait d’être en surpoids ou obèses expliquerait 12,8% des cancers du sein de la prochaine décennie, la consommation fréquente d’alcool 6,6% et la prise d’hormonothérapie (MHT) 6,9%. Ces trois facteurs combinés représenteraient 24,2% des futurs cas.

« Nous avons trouvé que les niveaux actuels de surpoids et d’obésité (définis par un indice de masse corporelle de 25 ou plus) sont responsables d’une plus vaste proportion de futurs cancers du sein évitables –plus précisément, 17.500 ou 13% des cancers du sein au cours de la prochaine décennie », a commenté l’auteur de l’étude le Dr. Maarit Laaksonen.

« La consommation régulière d’alcool est le deuxième contributeur le plus important — 13% des cancers du sein de femmes pré-ménopausées et 6% des femmes post-ménopausées, ce qui représente 11.600 cas au cours des 10 prochaines années qui sont attribuables à la consommation régulière d’alcool. »

Les chercheurs ont tenu à souligner le fait que cette étude était l’une des premières à montrer que la consommation fréquente d’alcool était une des principales causes modifiables de cancer du sein chez les femmes avant la ménopause. Bien que les recommandations australiennes actuelles préconisent de ne pas dépasser deux verres d’alcool par jour, l’étude a montré que le risque de cancer du sein augmentait en cas de consommation moyenne quotidienne d’un seul verre d’alcool.

Le Dr Laaksonen a aussi précisé que « nos résultats soutiennent les recommandations australiennes et internationales actuelles de ne recourir à l’hormonothérapie pendant la période la plus courte possible, et de n’y recourir que pour soulager les symptômes de ménopause et non pas pour prévenir les maladies chroniques. »

Elle a aussi ajouté que les femmes ne devaient pas interpréter ces résultats en pensant qu’il était nécessaire d’arrêter la prise de leur pilule contraceptive. « En ce qui concerne la contraception orale, il n’est pas recommandé que les femmes restreignent leur prise — le Cancer Council note qu’au cours de la vie d’une femme, l’effet de la prise d’un contraceptif oral est en fait protecteur contre le cancer, du fait qu’il offre une protection sur le long terme contre les cancers des ovaires et de l’endomètre, signifiant que les bienfaits potentiels, y compris les bienfaits reproductifs, viennent contrebalancer les méfaits. »

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Au Colorado, les aliments au cannabis envoient du monde aux urgences

Les innombrables aliments qui contiennent du THC deviennent l’une des causes croissantes des visites à l’hôpital pour les consommateurs de cannabis.

NASTASIC VIA GETTY IMAGES
Les cookies au cannabis figurent parmi les premiers modes d’administration du cannabis comestible.

SANTÉ – Le nombre de visites aux urgences dues au cannabis dans un hôpital du premier État américain à avoir complètement légalisé cette drogue a triplé en quelques années, selon une étude qui avertit surtout des dangers des aliments infusés au cannabis.

L’expérience du Colorado avec le cannabis, autorisé pour usage récréatif en 2014, est la plus ancienne des États-Unis, ce qui rend l’étude publiée, ce lundi 26 mars, dans les Annales de Médecine interne particulièrement intéressante. Le cannabis thérapeutique est légal dans 34 des 50 États américains, et l’usage récréatif l’est dans 10 États.

Les chercheurs ont analysé un demi-million de passages aux urgences de l’hôpital de l’Université du Colorado à Aurora de 2012 à 2016, dont environ 2500 ont été au moins partiellement attribués à la consommation de cannabis.

Cookies et bonbons

Chaque année, le nombre de visites dues à la marijuana a augmenté, passant de moins de 250 en 2012 à plus de 750 en 2016. Plus de 90% de ces visites étaient dues à l’inhalation, le reste étant pour du cannabis comestible, dans des cookies, des bonbons ou l’un des innombrables aliments dans lesquels les fabricants infusent du THC (tétrahydrocannabinol), la principale substance psychotrope de la plante.

En soi, le triplement du nombre de visites n’étonne pas Andrew Monte, professeur de médecine urgentiste et auteur principal. « Dès qu’il y a un nouveau médicament dans une communauté, il y a plus de visites aux urgences liées à lui », dit le docteur à l’AFP, par exemple des médicaments contre la tension artérielle.

En revanche, s’alarme-t-il, la proportion de visites dues au cannabis ingéré était bien supérieure à sa « part de marché ». Dans le Colorado le cannabis comestible ne représente que 0,3% du poids de THC vendu, à comparer aux 10% des admissions aux urgences.

Des effets peu prévisibles

« Il existe une naïveté à l’égard du cannabis comestible, dit Andrew Monte. Le phénomène comestible est connu des médecins urgentistes depuis longtemps, mais aucune donnée n’existait jusqu’à notre étude ». « Malheureusement, les effets du cannabis comestible sont beaucoup moins prévisibles et plus longs », ajoute-t-il. « Les gens ne s’attendent pas à ce que cela déclenche anxiété ou psychose« .

Le cannabis inhalé agit en moins de dix minutes, atteint un pic de concentration dans le sang en 30 à 90 minutes et est évacué en quatre heures. Par ingestion, le pic prend trois heures, et le THC reste dans l’organisme jusqu’à 12 heures après ingestion. Cette lenteur peut conduire des consommateurs néophytes à manger trop, trop vite, provoquant intoxication et parfois des symptômes psychiatriques aigus.

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Cannabis thérapeutique : un homme de 70 ans décède d’une attaque cardiaque

par Mégane Fleury – Publié le 19.02.2019

Le cannabis thérapeutique aurait montré son intérêt dans plusieurs pathologies, mais pourrait néanmoins être néfaste pour les malades cardiaques. 

Canada, Grande-Bretagne, Grèce : chaque année, la liste de pays autorisant le cannabis thérapeutique s’allonge. Mais connaît-on tous les effets de la plante ? Des chercheurs canadiens indiquent qu’elle pourrait être néfaste chez les personnes âgées atteintes d’une maladie cardiaque. Ces derniers l’ont constaté en réalisant une étude de cas sur un homme de 70 ans, malade coronarien, dont les résultats sont publiés dans le Canadian Journal of Cardiology.

Il consomme une sucette au cannabis et fait une attaque 

L’homme de 70 ans consommait du cannabis pour soulager ses douleurs et mieux dormir. Il a fait une attaque cardiaque trente minutes après avoir consommé une sucette infusée au cannabis, qui contenait 90 milligrammes de tétrahydrocannabinol (THC), la substance active de la marijuana.

Une dose jugée inappropriée par les médecins. En guise de comparaison, fumer un joint fait inhaler 7 mg de THC, et les personnes ayant recours au cannabis thérapeutique utilisent en général des doses à 2,5 mg. Cette surconsommation a donné à cet homme des hallucinations et a provoqué de l’anxiété, ce qui a ensuite conduit à l’attaque cardiaque.

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