“Un joint de cannabis peut être aussi dangereux qu’une dose de cocaïne”

 
	Panneau interdisant de fumer du canabis. © iStock
Panneau interdisant de fumer du cannabis. © iStock

Régulièrement, l’hypothèse d’une légalisation du cannabis revient dans le débat public en France,

Le neurologue Grégoire Hinzelin rappelle les effets du cannabis sur le cerveau.

Quand quelqu’un fume du cannabis, quels sont les effets sur son cerveau ?

Lorsqu’on fume un joint, le psychotrope absorbé provoque une accélération du fonctionnement électrique du cerveau, et donc un effet d’anxiolyse, c’est-à-dire réduisant l’anxiété. Cela produit une désinhibition, exactement comme l’alcool. L’anxiolyse et l’euphorie qui en découle sont parmi les mécanismes qui provoquent la dépendance.

Une consommation très épisodique n’aura pas particulièrement de conséquence à long terme, à part en ce qui concerne les accidents qui peuvent se dérouler à l’occasion de la période où le consommateur est sous l’emprise du cannabis. Exactement comme l’alcool, une énorme cuite n’aura en général aucun impact à long terme sur la santé, contrairement à une consommation trop fréquente.

Et sur le long terme, qu’observe-t-on dans le cerveau des consommateurs de cannabis ?

Une dégradation se manifeste de diverses façons. De manière générale, le principal aspect est l’augmentation du trouble de la mémoire, de la concentration, et parfois – plus grave – une augmentation des troubles psychiatriques. Apparaissent des crises de démence d’origine vasculaire (désorientation permanente, incapacité à ordonner ses pensées…) ou des démences cortico-souscorticales, c’est-à-dire des problèmes de mémoire graves, qui s’apparentent à un léger Alzheimer prématuré qui se manifeste parfois dès 40 ans.

Dans de nombreux cas, la consommation régulière de cannabis peut développer une schizophrénie.

Il y a aussi un risque très important de bouffées délirantes aiguës, qui arrivent à des consommateurs qui souvent n’ont jamais connu de troubles psychiques avant et qui se mettent à adopter des comportements incohérents et irrationnels le temps de la crise. Dans de nombreux cas, la consommation régulière de cannabis peut développer une schizophrénie. En revanche, il y a débat dans la communauté scientifique entre ceux qui affirment que le cannabis ne fait que dévoiler et rendre active une schizophrénie préexistante et ceux qui défendent l’idée que le cannabis crée la schizophrénie sans que le consommateur n’y soit prédisposé. La question est là : la schizophrénie provoquée par le cannabis est-elle innée ou acquise ? Il nous faudra encore 10 ou 15 ans pour le savoir.

Il faut en outre distinguer les troubles liés à la consommation et à la drogue elle-même. La consommation de cannabis à long terme peut être un facteur d’isolement social, et la dépression peut découler de cette dépendance et de ses effets indirects.

Y a-t-il une évolution du contenu de ce que fument le consommateurs de cannabis au fil des ans ?

Les joints qui étaient fumés en mai 1968 présentaient déjà un risque et contenaient 2 à 3% de THC (tétrahydrocannabinol, la principale substance active du cannabis). Aujourd’hui, une boulette de résine en contient bien plus, montant parfois jusqu’à 40% de THC ! Une telle dose dans un joint est encore plus puissante qu’un rail de cocaïne. C’est tout l’ennui : quand un consommateur va se procurer du cannabis, il ne sait pas quelle dose de THC il s’apprête à consommer, et c’est souvent énorme. C’est comme si vous vouliez acheter de l’alcool dans un magasin, et que vous ne saviez pas si vous venez acheter une bouteille de cidre ou trois bouteilles de whisky. Et quand on s’habitue à de telles doses de cannabis, on glisse vite sur la pente qui mène à la consommation de drogues dites « plus dures », comme la cocaïne.

Drogues douces, drogues dures… en ce qui concerne les effets neurologiques, la distinction est justifiée ?

Non, sauf à parler aussi d’alcool dur et d’alcool doux. En terme de dangerosité, comme je l’ai déjà dit, le cannabis peut parfois valoir la cocaïne. En plus de cela, il y a une continuité entre la consommation de cannabis et des autres drogues : 10 à 20 % des patients qui consommaient du cannabis ont fini par basculer vers une consommation plus dangereuse et fréquente, en devenant par exemple accros au crack.

L’accoutumance au cannabis, l’habitude toxique qui est prise, facilite grandement la montée de la toxicomanie. La question n’est pas la nature de la drogue – certaines considérées comme très dangereuses et d’autres comme modérément dangereuses –, mais le taux de substance nocive, en occurrence le THC. Les défenseurs d’une dépénalisation du cannabis invoquent souvent l’argument qu’elle permettrait de contrôler la qualité de ce que fument les consommateurs, mais l’expérience ne confirme pas cette idée…

Le Colorado (États-Unis), qui a légalisé le cannabis, a certes connu un boom économique dans un premier temps, mais en plus de l’augmentation du risque pour la santé des citoyens, l’État doit toujours faire face à un marché noir du cannabis, et le taux de THC n’a pas diminué.

Pour l’aspect thérapeutique du cannabis, aucune étude n’a démontré son efficacité.

Est-ce qu’on peut soigner les dégâts faits par le cannabis au cerveau ? À l’inverse, le cannabis n’a-t-il pas lui-même des vertus thérapeutiques ?

Pour l’aspect thérapeutique du cannabis, il faut être clair : aucune étude n’a démontré son efficacité. Certaines personnes sont très sensibles à ce « remède », mais rien n’a été prouvé dans ce sens de manière générale. On n’a que des expériences personnelles et individuelles.

Quant à soigner les lésions causées par le cannabis au cerveau, malheureusement, dans l’état actuel des choses, c’est impossible. Il s’agit de lésions dégénératives, il faudrait donc re-stimuler le tissu cérébral et la science ne le permet pas… Pour les cinq années à venir du moins, c’est encore inimaginable.

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Usage et trafic de cannabis : existe-t-il vraiment une répression ? 

JOURNAL INTERNATIONAL DE MEDECINE

Le 27 juin 2019
Les partisans de cette légalisation ne cessent d’affirmer que nous avons une des politiques les plus répressives depuis plus de 40 ans, mais que c’est un échec cuisant. Il est vrai que la loi française semble répressive, mais celle-ci n’est pas du tout appliquée tant pour l’usage simple que pour le trafic, comme le montre l’Observatoire européen des drogues et toxicomanies (OEDT) dans son rapport publié en 2017.

Il révèle que les peines d’emprisonnement prévues pour l’offre d’un kilogramme (1 kg) d’héroïne ou de cannabis varient de manière considérable parmi les 25 pays ayant participé à cette enquête. Ainsi, en Grèce, pays où les sanctions infligées sont les plus lourdes, l’offre d’un kg d’héroïne conduit à une peine médiane de 20 ans de prison
et l’offre d’un kg de cannabis conduit à une peine médiane de 10 ans de prison.

A l’autre extrémité de l’échelle, se trouvent les deux pays les plus tolérants, les Pays-Bas et la France pour lesquels l’offre d’un kg d’héroïne conduit à une peine médiane respective de 1 an et de 2 ans de prison.

Quant à l’offre d’un kg de cannabis, la peine pouvant être suspendue dans ces deux pays, elle n’est pas représentée sur la figure de l’OEDT. En France, le cadre de la politique de lutte contre les drogues illicites a été initialement fixé par la loi de 1970 (loi n°70-1320 du 31 décembre 1970, relative aux mesures sanitaires de lutte contre la toxicomanie et à la répression du trafic et de l’usage illicite des substances vénéneuses).

En réalité, cette loi n’est pas appliquée comme le montre l’OEDT ; on ne peut donc pas utiliser cet argument pour proposer de légaliser l’usage récréatif du cannabis.
De plus, cette loi a été profondément assouplie par la loi Taubira et ses décrets d’application.
Ainsi, la loi de 2014 (loi n°2014-896 du 15 août 2014 relative à l’individualisation des peines et renforçant l’efficacité des sanctions pénales) apporte de nouvelles dispositions comme le recours à l’aménagement des peines, selon les circonstances de l’infraction, la personnalité l’auteur, sa situation matérielle, familiale et sociale.

Un décret d’application de cette loi, publié en octobre 2015, a instauré la transaction pénale pour les petits délits passibles d’un an d’emprisonnement maximum, parmi lesquels figure l’usage simple de stupéfiants. Après accord préalable du Procureur, elle consiste au paiement immédiat d’une amende qui éteint l’action publique. La loi de 1970 n’était pas appliquée pour l’usage simple de cannabis et la loi de 2014
avec son décret d’application de 2015 l’a rendue définitivement inopérante.

C’est pourtant l’inefficacité de la loi répressive de 1970 selon certains, qui serait responsable de l’échec de la politique sur les drogues illicites dans notre pays et en particulier de la très forte consommation de cannabis. C’est du moins l’argument systématiquement mis en avant pour réclamer la dépénalisation/légalisation de cette drogue, voire de toutes les drogues.

Pr. Jean-Pierre Goullé – CNPERT 

Commentaire

Il est interdit d’interdire

Le 27 juin 2019
Tout à fait d’accord avec le Pr Goullé : parler de politique répressive en France à propos de cannabis relève de la pure imagination. C’est un argument totalement fallacieux.

La vérité est que notre société dérive vers le fameux « il est interdit d’interdire » cher aux ex soixante-huitards.
A côté de l’argument business qui n’en est pas un (certes plus de recettes pour l’état mais qui va payer les soins médicaux aux intoxiqués ?), on voit bien que c’est la philosophie libertaire qui dirige le pays. Tout est permis, rien n’est interdit.

Pas la peine d’être Einstein pour savoir comment cela va se terminer. Il suffit de lire quelques livres d’histoire. 
Dr Franck Boutault

Comment l’alcool en excès endommage le corps

Comment l’alcool en excès endommage le corps

Plus de 200 maladies sont imputables à l’alcool consommé en excès. Soit directement, soit parce qu’il est un facteur de risque.

Certaines pathologies sont directement imputables à l’alcool en excès comme la cirrhose alcoolique ou le syndrome de Korsakoff. Pour d’autres, il reste un facteur de risque. C’est le cas de plusieurs cancers (bouche, pharynx, larynx, œsophage, foie, sein, cancer colorectal) en raison du passage de l’alcool à travers la muqueuse buccale et l’œsophage, puis de façon plus massive, par l’estomac et les intestins. Selon les estimations, il serait responsable de 11 % des cancers des hommes et 4,5 % de ceux des femmes.

» LIRE AUSSI – L’alcool, grand oublié du plan addiction 2018-2022

Le foie, première victime

Le foie est la principale cible de l’alcool, puisque c’est là qu’il s’accumule pour être dégradé. D’après une étude française, seulement 11 % des consommateurs excessifs examinés dans le cadre d’une hospitalisation présentent un foie normal: près de la moitié ont une stéatose (accumulation de lipides dans le sang pouvant évoluer vers la cirrhose), un tiers une cirrhose alcoolique (inflammation grave du foie et destruction progressive de celui-ci) et 9 % une hépatite alcoolique aiguë (mort brutale des cellules du foie).

Il s’agit de pathologies graves: en cas de cirrhose et/ou d’hépatite alcoolique sévère, l’espérance de vie à cinq ans varie de 20 à 60 %. L’abstinence d’alcool peut améliorer la situation à n’importe quel stade de la maladie, mais plus le stade est avancé, plus les risques de complications et de mortalité sont élevés. La greffe de foie est souvent la seule solution. Environ 200 000 personnes vivent avec une cirrhose en France.

L’alcool est également un gros pourvoyeur de maladies cardio-vasculaires: hypertension artérielle, cardiopathie ischémique. Ces risques s’expliquent par la toxicité de l’alcool. «Il est dégradé en intermédiaires très agressifs pour les protéines et l’ADN. Il entraîne des dommages irréversibles sur les cellules avec lesquelles il entre en contact», clarifie Mickael Naassila, directeur de recherche Inserm et président de la société française d’alcoologie.

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Du foie au cerveau

Le cerveau est également une cible de choix pour l’alcool, de par sa toxicité, mais aussi du fait de la présence de récepteurs à l’éthanol. «À forte dose, leur activation provoque l’extinction de signaux neuronaux et déprime l’activité cérébrale», explique Mickael Naassila.

Plus de la moitié des personnes dépendantes présentent des troubles cognitifs: troubles de l’attention, de la concentration, de la mémoire, de contrôle des mouvements, etc. Ces effets sont lentement réversibles en cas de sevrage. L’alcool modifie également la libération de sérotonine ou encore de dopamine d’où le risque accru de dépression et de dépendance.

Enfin, la consommation excessive d’alcool est associée à un triplement du risque de démence et à un doublement du risque de maladie d’Alzheimer. Parmi les démences directement imputables à l’alcool, on trouve le syndrome de Korsakoff associé à une carence en thiamine (vitamine B1) dans le cerveau imputable aussi à l’alcool. Cette démence se caractérise par une altération massive et irréversible de la mémoire et par une tendance à fabuler pour compenser les oublis.

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Pourquoi la «légalisation contrôlée» du cannabis serait une absurdité

Pourquoi la «légalisation contrôlée» du cannabis serait une absurdité

FIGAROVOX/TRIBUNE – Des députés de différentes obédiences ont déposé une proposition de loi pour instituer une «légalisation contrôlée» du cannabis. Alain Houpert, sénateur et médecin-radiologue, s’insurge contre cette initiative et rappelle les dangers du cannabis.


Alain Houpert est sénateur, membre de la commission des finances, et médecin-radiologue.


Autoriser une vente «contrôlée» du cannabis par les buralistes comme le suggère une proposition de loi ou dépénaliser son usage comme le réclament les signataires d’un appel paru dans l’Obs sont des idées fumeuses. L’imagerie médicale montre le danger du cannabis, en particulier sur les jeunes. Et l’exemple désastreux du Colorado, où la légalisation a fait exploser le nombre d’admission aux urgences et facilité paradoxalement le marché noir, devrait nous inciter à la plus grande prudence.

Riche idée que celle du député ex-marcheur François-Michel Lambert et d’une poignée de ses collègues: proposer la vente par les buralistes d’un cannabis dont la qualité sera contrôlée par l’État (on a hâte de connaître les critères de recrutement des testeurs), vendu par la République française via une société nationale pour empêcher toute dérive (à voir comment l’État est capable de brader une société comme ADP dès que les caisses sont vides, on peut craindre le pire).

Il suffit pourtant d’observer l’exemple du Colorado, où le cannabis est en vente libre depuis 2014, pour se rendre compte de l’absurdité de ce calcul.

Cette légalisation qui n’ose pas dire son nom, associée aux efforts des tenants du cannabis thérapeutique, sera à mon sens le cheval de Troie de la dépénalisation. C’est d’ailleurs le sens de l’appel de 70 parlementaires, médecins, députés européens, économistes… paru dans le magazine «l’Obs». Cette dépénalisation serait pourtant une profonde erreur.

Veut-on faciliter le marché noir?

C’est l’argument n°1 des tenants de la légalisation: dépénaliser aurait comme vertu première de démanteler les réseaux mafieux existants, en proposant dans des officines autorisées des substances contrôlées… tout en produisant une plus-value substantielle pour l’État, toujours à la recherche d’un nouveau moyen de remplir ses caisses. Il suffit pourtant d’observer l’exemple du Colorado, où le cannabis est en vente libre depuis 2014, pour se rendre compte de l’absurdité de ce calcul.

La drogue «légale», au coût alourdi par les taxes, pousse assez vite les consommateurs réguliers à se tourner vers leurs anciens dealers qui font fi de la législation sur le volume de leur production et peuvent afficher des prix concurrentiels.

Pire: des trafiquants, dont certains liés à des cartels de Cuba ou du Mexique, profitent de la loi pour blanchir leur trafic, produisant légalement au Colorado pour alimenter les réseaux mafieux des États voisins, où le cannabis peut être vendu avec des profits plus importants.

Le Colorado est en train de revoir sa législation sur le volume «autorisé» de plants mais le mal est fait et la DEA (la police anti-drogue) passe désormais trois fois plus de son temps à régler des trafics de cannabis depuis la légalisation… La France a-t-elle pour vocation d’accueillir et de subventionner des plantations «d’herbe» qui iront grossir la fortune d’organisations criminelles en Europe et dans le monde?

Danger pour les jeunes!

Le cannabis sur des cerveaux encore immatures provoque des dégâts considérables.

Faciliter l’usage du cannabis c’est risquer sa banalisation parmi les populations les plus vulnérables, c’est-à-dire les jeunes. Au Colorado encore, les urgences médicales ont vu en quelques années tripler l’admission d’usagers ayant sous-estimé les effets du cannabis, consommé inhalé ou aussi (l’imagination des officines étant sans limites) par voie orale sous forme de bonbons ou de biscuits contenant du THC (tétrahydrocannabinol, la principale substance psychotrope de la plante).

Car l’imagerie médicale, ainsi que toute une littérature scientifique, le prouvent sans appel: le cannabis sur des cerveaux encore immatures provoque des dégâts considérables, occasionnant des troubles cognitifs et des complications neuro-vasculaires indéniables. La totale réversibilité des effets est discutée notamment chez la personne dont le développement cérébral n’est pas achevé au moment de la consommation (fœtus, adolescent).

Le rôle du cannabis est régulièrement rapporté comme à l’origine d’AVC ischémiques, de syndromes de vasoconstriction «réversible» (SVCR): certes, les rétrécissements vasculaires sont réversibles mais leurs conséquences neurologiques pas toujours. L’usage du cannabis multiplie par deux les risques d’accidents de la route, augmente les niveaux de stress, l’irritabilité.

Consommé chroniquement, il endommage la capacité de concentration et d’apprentissage. La France a-t-elle pour vocation de créer une jeunesse déclassée, une armée de «zombies» faciles à contrôler? L’appât d’un gain sur lesquels certains ont déjà commencé de spéculer (on parle de près de deux milliards par an!) justifie-t-il de gâcher les promesses d’avenir de ce pays?

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Le cannabis n’est pas un médicament

Conférence du Professeur Costentin à Rabat

Pourquoi le cannabis, tout comme son principal constituant psychotrope, le tétrahydrocannabinol, ne devraient prétendre, d’un point de vue pharmacologique, à la dignité de médicament

Jean Costentin

Docteur en médecine, pharmacien, docteur ès sciences, professeur émérite de pharmacologie, directeur de l’unité de neuropsychopharmacologie du C.N.R.S. (1984-2008) ; ancien membre de la pharmacopée, membre titulaire de l’académie nationale de Médecine et de sa commission « addictions » ; membre titulaire de l’académie nationale de pharmacie et de sa commission « agents stupéfiants et dopants »

En France, une imprudente et hâtive décision ministérielle a légalisé, par arrêté, « le cannabis thérapeutique » et a autorisé, aussitôt après, la mise sur le marché (A.M.M.) d’un mélange de THC et de cannabinol (Sativex®). Cinq ans plus tard ce « médicament » n’est toujours pas disponible dans les pharmacies françaises ; la « commission de transparence » de l’agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) ayant estimé que le service médical rendu était négligeable, que son prix était prohibitif et ne pourrait prétendre à un remboursement sécurité sociale que de 15%.

Ces dispositions ont été prises en rupture avec la plupart des principes et critères qui fondent la dignité de médicament. Cette bulle a éclaté au cœur d’une campagne menée par plusieurs lobbies qui militent pour la dépénalisation et même la légalisation du cannabis à des fins récréatives, certains d’entre eux proposant même la légalisation de toutes les autres drogues. Tous les pays qui ont légalisé le cannabis à des fins récréatives l’ont préalablement adoubé comme médicament.

Nous allons évoquer les aspects pharmaco-thérapeutiques du cannabis, sous une forme condensée, énumérative, afin de présenter les principaux arguments qui s’inscrivent, en l’état des connaissances actuelles, contre l’usage du cannabis ou de son THC comme médicaments.

  • Le décret ministériel, paru au J.O. de la république française, qui « autorise l’usage du cannabis et de ses dérivés» ; il a été rédigé par un administratif pressé, ignorant qu’une plante, le cannabis, n’a pas de dérivés. ll voulait vraisemblablement parler de constituants, tel le THC ou le cannabidiol….mais à ne pas les nommer il les validait tous ; ils sont au nombre de près d’une centaine dans la plante…
  • Depuis plus de trente ans, il n’est plus jamais fait usage en thérapeutique, de cigarettes médicamenteuses ; sachant les méfaits, pour l’appareil broncho-respiratoire, de tout ce qui se fume
  • Le cannabis fumé produit 6 à 8 fois plus de goudrons cancérigènes que la combustion du tabac. La combustion du cannabis (marijuana) ou de sa résine (haschisch ou shit) s’opère à une température de 200°C supérieure à celle du tabac, poussant ainsi plus loin la décomposition thermique (pyrolyse) et formant davantage de goudrons.
  • Cette température de combustion, plus élevée, génère au moins cinq fois plus d’oxyde de carbone (CO) ; ce gaz toxique qui se fixe à l’hémoglobine du sang ; ce qui diminue sa capacité de transport de l’oxygène, depuis les poumons qui le captent, jusqu’aux tissus (muscles en particulier) qui le consomment.
  • La toxicité du THC, le constituant principal du cannabis, est manifeste pour le corps : Accélération du rythme cardiaque ; vasodilatation dans certains territoires ; déclenchement d’artérites des membres inférieurs, pouvant survenir chez le sujet jeune (donc beaucoup plus précoces que celles induites par le tabac) ; dans la même registre, et avec la même précocité, induction d’accidents vasculaires cérébraux ;… Le THC est dépresseur de l’immunité ; il diminue la résistance que l’individu peut opposer aux agresseurs microbiens.
  • Le THC perturbe la croissance ; à 20 ans, la taille serait en moyenne de 10 cm et le poids de 4 Kg inférieurs à ce qui est constaté chez les adolescents qui n’ont pas fumé de cannabis.
  • Le THC se concentre dans les testicules, réduisant la sécrétion de l’hormone mâle, la testostérone, ce qui détermine au long cours, une baisse de la libido, un certain degré de régression des caractères sexuels masculins, ainsi qu’une diminution des spermatozoïdes dans le liquide séminale. De plus, le cannabis est incriminé dans la survenue d’une variété agressive de cancer du testicule (le germinome non séminome).
  • Le cannabis fait mauvais ménage avec la grossesse ; trois femmes sur quatre qui le consomment sont incapables alors de s’en abstenir. Cela abrège la durée de la gestation et fait naitre des bébés de plus petit poids que ne le ferait la seule prématurité. Le risque de mort subite inexpliquée est plus important chez ces « bébés cannabis », leur développement psycho-moteur est retardé durant toute l’enfance ; la fréquence de développement d’une hyperactivité avec déficit de l’attention est accrue, tout comme l’incidence ces toxicomanies à l’adolescence.

 

Les méfaits du cannabis, en particulier par son THC, sont encore plus importants et graves, au niveau cérébral :

  • Le THC induit une addiction (ou pharmacodépendance), qui concerne près de 20% de ceux qui l’ont expérimenté (en France on dénombre 1.400.000 usagers réguliers ; dont 650.000 usagers quotidiens et multi quotidiens.
  • Le THC persiste dans le cerveau et les lipides de l’organisme durant des jours et même des semaines, ainsi ses effets sont très persistants ; c’est « une drogue très lente ».
  • Il perturbe l’éveil, l’attention, la mémoire à court terme (sans laquelle ne peut se former une mémoire à long terme) ; ce qui est à l’origine de graves perturbations cognitives et éducatives.
  • Il produit une ivresse, assez comparables à celle due à l’alcool, avec lequel il donne lieu à une potentialisation mutuelle ; ainsi, la rencontre du cannabis et de l’alcool multiplie par 14 le risque d’avoir un accident mortel de la route.
  • Il induit des troubles délirants et hallucinatoires, tels ceux vécus au cours de la folie (schizophrénie).
  • Il est à l’origine, en aigue, de possibles crises d’angoisse, mais plus souvent d’un effet anxiolytique incitant l’anxieux à en user et bientôt à en abuser, développant une tolérance, qui fait réapparaître alors une anxiété plus intense qu’elle n’était primitivement.
  • Le THC est perçu lors des premiers usages par un sujet dépressif comme anti dépresseur, ce qui l’incite à en user, puis à en abuser, jusqu’à ce que l’effet disparaisse et fasse réapparaître une dépression intense, avec en embuscade son risque suicidaire.
  • Au rythme où les effets du THC s’atténuent le cannabinophile y ajoute souvent d’autres drogues ; instaurant une poly toxicomanie
  • Le THC peut déclencher une psychose cannabique, qui ne régresse que sous un traitement antipsychotique ; elle ne réapparaîtra pas si le sujet ne consomme plus jamais de cannabis

10   Le THC peut décompenser une vulnérabilité à la schizophrénie, et ainsi déclencher   l’apparition de cette affection grave, dont on ne guérit jamais.

11   Des études récentes (Y. Hurd, N.Y., U.S.A.) montrent que le THC, consommé par des personnes en âge de procréer, par un mécanisme épigénétique, leur fait transmettre à leur progéniture une vulnérabilité aux drogues et toxicomanies, qui se manifestera à l’adolescence. On savait que les enfants de parents toxicomanes étaient eux-mêmes victimes de celles-ci ; on pensait que c’était la seule conséquence des mauvais exemples parentaux, on sait maintenant que cette vulnérabilité est soutendue par des modifications héritées de l’expression de certaine gènes.

Ces méfaits principaux et souvent graves étant évoqués, considérons maintenant les effets pharmacologiques induits par le THC, que certains voudraient recruter à des fins thérapeutiques.

Les effets du THC sont multiples, en raison du grand nombre de récepteurs cérébraux sur lesquels il agit (les récepteurs CB1 = cannabinoïdes de type 1) et de leur caractère ubiquistes (présents dans toutes les structures cérébrales), de là ses effets multiples, sans préjuger de leur intensité. Citons pêle-mêle : des effets sédatifs, tranquillisants, analgésiques, myorelaxants, de diminution de la pression intra-oculaire (en cas de glaucome), amnésiants, de diminution du seuil épileptogène, d’augmentation de l’appétit (orexigène) ; de diminution des vomissements (anti-émétique), d’induction de troubles de l’équilibre et de la coordination des mouvements…

Depuis Claude Bernard, à la suite de son maitre François Magendie (i.e. depuis plus d’un siècle), la thérapeutique répugne à administrer des soupes végétales associant dans des proportions non définies des principes actifs divers et variés dont les effets peuvent s’épauler ou se contredire. Voilà déjà qui invalide cannabis.

La multiplicité des effets développés par le seul THC s’inscrit contre la notion de médicament. Un médicament doit développer un effet principal, majeur, éventuellement un ou deux effets latéraux que l’on peut parfois mettre à profit, mais surtout pas plus. Avec le THC on redécouvre la panacée, la thériaque ; c’est un retour de plus d’un siècle en arrière. Si on sollicite par exemple une analgésie, non seulement on n’a pas besoin, mais on va être gêné par beaucoup des autres effets servis simultanément, « en prime » ; tels une ivresse, un appétit aiguisé, un état de sédation, des troubles de la coordination motrice, des troubles délirants, des hallucinations, une dépendance rendant bientôt cette utilisation indispensable pour échapper au mal être de la privation ….autant d’effets qui, bien plus que latéraux, pourront être manifestement adverses.

Les effets que l’on voudrait solliciter sont, individuellement, d’une intensité qui n’a rien d’exceptionnelle, alors que l’on dispose, pour chacun des effets que développe le THC, d’authentiques médicaments, ayant une efficacité  souvent meilleure, et surtout une bonne spécificité d’action. Par exemple, pour traiter le glaucome on dispose d’au moins 6 classes de médicaments différents d’efficacité avérée. Pour agir sur les vomissements, on trouve dans la famille des sétrons, des molécules beaucoup plus actives que le THC.

Ce qui qualifie avant tout un médicament, au point d’être consubstantiel à cette qualité, c’est le rapport bénéfices/risques. Quels bénéfices peut-on espérer que le patient en retirera et quels risques encourra-t-il à utiliser ce médicament. Ce rapport est spécialement mauvais pour le THC. On a fait disparaître récemment du marché une benzodiazépine myorelaxante, très efficace, pour bien moins de motifs d’incrimination.

Nous devrions considérer aussi le devenir du THC dans l’organisme, dans ses interactions avec différents médicaments et surtout au travers de son exceptionnelle persistance, avec une imprévisible durée d’action.

Tout cela étant considéré, on peut affirmer aujourd’hui que le cannabis, en tant que tel, ainsi que son constituant psychotrope essentiel, le THC, qui est le substrat de tous les appétits, ne devraient pas être acceptés en tant que médicament, dans les indications proposées ou anticipées.

Le chercheur pharmacologue soussigné, n’exclue évidemment pas que l’on puisse découvrir parmi les dizaines de cannabinoïdes que recèle le chanvre indien, un ou plusieurs d’entre eux, qui développeraient d’intéressantes propriétés pharmacologiques, sans effets adverses manifestes. Le cannabidiol, substance non psychotrope, pourrait être un candidat sérieux ; cependant, en l’absence d’informations robustes, cette assertion est actuellement tout à fait prématurée.

Pr. Jean Costentin

 

Drogue et alcool: 400 hospitalisations et 10 décès par jour au Canada

La Presse canadienne – Ottawa

Plus de 400 Canadiens sont hospitalisés chaque jour en raison de maux liés à la consommation de substances et dix personnes en décèdent tous les jours, selon un nouveau rapport de l’Institut canadien d’information sur la santé (ICIS).

Les données de l’ICIS ont été recueillies en 2017-2018, notamment afin de mesurer le fardeau de la consommation de drogue ou d’alcool sur le système de santé. Les chiffres ont toutefois été prélevés avant la légalisation du cannabis à des fins récréatives, en octobre 2018.

Selon le rapport, les hospitalisations relatives à la consommation de substances sont plus nombreuses que celles liées à des crises cardiaques ou à des accidents vasculaires cérébraux (AVC).

La consommation d’alcool serait particulièrement dévastatrice : parmi les dix décès par jour, 7,5 sont liés à cette substance. En général, l’alcool est responsable de la moitié des séjours à l’hôpital.

La mortalité est probablement plus élevée en réalité, puisque l’ICIS n’a pas tenu compte des décès survenus à l’extérieur des hôpitaux – comme cela arrive pour plusieurs personnes qui succombent à des surdoses d’opioïdes.

Parmi les Canadiens hospitalisés pour des méfaits liés aux substances, deux sur trois sont des hommes.

Le portrait est très différent chez les plus jeunes, âgés de 10 à 19 ans. Les filles sont plus nombreuses à être hospitalisées que les garçons, et leurs problèmes sont plus souvent causés par la consommation de cannabis.

« Chez les femmes, le taux de méfaits atteint un sommet à la mi-vingtaine, puis redescend à mesure qu’elles avancent en âge », précise-t-on dans le rapport.

Par ailleurs, les gens vivant dans des quartiers défavorisés seraient trois fois plus susceptibles de se retrouver à l’hôpital pour ces raisons.

Le Québec dépasse la moyenne

Les données entre les provinces varient beaucoup, et le Québec dépasse légèrement la moyenne canadienne. Le taux d’hospitalisation par 100 000 habitants était de 477 au Canada, et il s’élevait à 507 au Québec.

Le Québec se situe toutefois bien loin des sommets constatés dans les territoires. Aux Territoires du Nord-Ouest, le taux d’hospitalisation atteint 2015, et il est de 1022 au Yukon. Au Nunavut, il y avait eu 870 hospitalisations par 100 000 habitants.

C’est à Terre-Neuve-et-Labrador que l’on retrouve le taux d’hospitalisation le plus bas, avec un taux de 373 hospitalisations sur 100 000.

Troubles de santé mentale

L’ICIS note par ailleurs que plusieurs de ces Canadiens hospitalisés présentent des problèmes de santé mentale – quatre patients sur dix étaient atteints de troubles comme l’anxiété, la dépression et la schizophrénie.

« Un lien complexe unit les problèmes de santé mentale et la toxicomanie. En effet, les problèmes non maîtrisés de santé mentale peuvent mener à la consommation d’alcool ou de drogues sous forme d’automédication, alors que l’usage chronique de substances peut entraîner des problèmes de santé mentale comme l’anxiété, la dépression ou la psychose », explique l’organisation dans son rapport.

D’ailleurs, ces patients sont plus susceptibles de passer plus de jours à l’hôpital par rapport aux autres, selon l’ICIS.

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