Lorsque cannabis rime avec violence

Les consommateurs de cannabis risquent deux fois plus de commettre des actes de violence physique.

Les adolescents et les jeunes adultes consommateurs de cannabis risquent deux fois plus de commettre des gestes violents. Mais il existe une thérapie.

Alors que le cannabis est en vente légalement au Québec pour les gens âgés de 21 ans et plus, il ne faudrait pas croire que cette substance est inoffensive. Les consommateurs de cannabis risquent deux fois plus de commettre des actes de violence physique, d’après une étude menée par Alexandre Dumais et Stéphane Potvin, chercheurs au Centre de recherche de l’Institut universitaire en santé mentale de Montréal. Ces résultats, publiés dans l’American Journal of Psychiatry, sont issus d’une méta-analyse de 30 études qui forment un échantillon de près de 300 000 adolescents et adultes de moins de 30 ans.

«En outre, lorsqu’on regarde les grands consommateurs de cannabis, ils sont presque trois fois plus susceptibles de commettre des gestes violents», affirme le DDumais, qui est aussi professeur agrégé de clinique au Département de psychiatrie et d’addictologie de la Faculté de médecine de l’Université de Montréal.

Ces actes violents, souvent auto-rapportés, peuvent aller de coups donnés à quelqu’un à l’agression sexuelle. L’étude n’a toutefois pas permis de déterminer les détails de la consommation qui peuvent être associés à la violence, comme la quantité et le type de cannabis consommé, de même que sa teneur en tétrahydrocannabinol, son composé psychoactif. Il est donc aussi possible que la cause tienne au fait que les consommateurs sont plus à risque de participer à des actes de violence de nature criminelle.

L’association entre cannabis et violence n’est pas nouvelle. Déjà, en 2019, l’équipe du Dr Dumais montrait que les consommateurs de cannabis atteints de troubles mentaux graves risquaient davantage de commettre des gestes violents.

La réalité virtuelle à la rescousse

En plus de pouvoir alimenter des programmes de prévention, ces données démontrent l’importance de concevoir des traitements efficaces pour les gens qui ont des problèmes de consommation de cannabis.

«Les thérapies cognitivocomportementale et motivationnelle utilisées dans les cas de problème de consommation de cannabis fonctionnent moyennement, mais lorsqu’on y soumet des gens qui souffrent de troubles mentaux graves, comme la psychose, l’efficacité de ces interventions approche zéro», précise le Dr Dumais.

Pour travailler avec cette population, il a choisi la réalité virtuelle. «Prenons l’exemple de quelqu’un qui a l’habitude de consommer après avoir vécu un conflit avec sa conjointe, raconte le psychiatre. Pour pouvoir reconstituer un conflit en réalité virtuelle, nous créerions un avatar de sa conjointe et amènerions le patient à gérer la situation autrement que par la prise de cannabis.»

Même approche pour un jeune qui a l’habitude de consommer dans un parc avec un ami: la réalité virtuelle pourrait le plonger dans ce contexte et le conduire à expliquer à son ami qu’il veut cesser sa consommation de cannabis.

«Nous sommes très encouragés par les résultats jusqu’à maintenant et nous continuons à recruter de nouveaux patients pour participer à cette thérapie», mentionne le Dr Dumais.

Ce traitement pourrait aussi probablement être utilisé auprès de gens qui consomment d’autres substances. «Mais nous avons commencé à travailler avec le cannabis parce qu’il est très présent chez les personnes psychotiques et qu’il est associé aussi aux comportements violents et à des ré-hospitalisations», signale le Dr Dumais.

Avatars et hallucinations

Ce n’est pas la première fois que le Dr Dumais recourt à la réalité virtuelle. En 2014-2015, il a conçu la thérapie Avatar dans les cas d’hallucinations auditives réfractaires aux traitements. Cette thérapie recrée en réalité virtuelle le personnage qui parle au patient lors de ses hallucinations. L’objectif est de lui permettre de faire face à ce personnage afin de le faire disparaître de sa vie.

«Les résultats préliminaires nous montrent que les avatars fonctionnent bien et nous poursuivons nos travaux dans le domaine en commençant un essai randomisé financé par les Instituts de recherche en santé du Canada», dit le Dr Dumais.

Déjà, une vingtaine de patients prennent part à cette étude, mais l’équipe de chercheurs souhaite en recruter une centaine de plus.

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Alcool : comment le cerveau des femmes les rend plus vulnérables

La sécrétion d’une hormone modifiant la réponse neuronale chez les femmes pourrait expliquer pourquoi celles-ci sont plus vulnérables que les hommes face à l’alcool.

Alcool : comment le cerveau des femmes les rend plus vulnérablesLITTLEBEE80/ISTOCK

L’ESSENTIEL
  • Les femmes sont plus vulnérables face à l’alcool que les hommes.
  • Cela pourrait s’expliquer par des forts niveaux d’œstrogènes dans leur cerveau.
  • Les œstrogènes activeraient la dopamine, liée au circuit de récompense dans le cerveau.

En France, l’alcool tue environ 41 000 personnes par an. Pourtant, si au pays du vin, la consommation tend globalement à diminuer, celle des femmes rejoint peu à peu celles des hommes. Force est de constater que les deux sexes ne sont pas égaux face à l’alcool. Non seulement les femmes qui boivent sont socialement moins bien vues, mais l’alcool affecte également plus leur organisme. Il a notamment été prouvé que l’alcoolémie apparaissait plus élevée chez une femme que chez un homme à quantité égale absorbée. L’élimination de l’alcool est également plus lente chez les femmes. Si un foie plus petit et une corpulence moins importante peuvent expliquer ces phénomènes, les mécanismes biologiques en jeu demeureraient flous. Aujourd’hui, une nouvelle étude parue dans The Journal of Neuroscience montre que la sécrétion d’une hormone modifiant la réponse neuronale chez les femmes pourrait expliquer cette différence.

Pour leur étude, les chercheurs ont travaillé sur des souris, dont les cerveaux sont assez similaires à ceux des humains. Ils ont activé les récepteurs d’oestrogènes (groupe de stéroïdes, dont la fonction, à l’état naturel, est d’être une hormone sexuelle femelle primaire) dans l’aire tegmentale ventrale (ATV, groupe de neurones situé en plein centre du cerveau) de souris mâles et femelles. Ils ont alors pu observer que l’activation du récepteur d’œstrogène ERα enflamme les neurones en réponse à l’alcool.

Le taux d’oestradiol (E2) augmente et altère le système de la dopamine, un neurotransmetteur dans plusieurs voies du système nerveux, dont celle de la récompense. Quand les taux de E2 sont hauts, les neurones de l’ATV réagissent plus intensément à la présence d’éthanol et libèrent de la dopamine. Les abus sont alors plus probables, la consommation d’alcool étant plus “récompensée” par le système nerveux des souris femelles que celui des mâles.

“Les femmes passent plus rapidement à un trouble de la consommation d’alcool”

Les scientifiques ont ensuite bloqué certains récepteurs (ERa et ERb) dans l’ATV des souris. Si cela a diminué l’abus d’alcool chez les souris femelles, cela n’a eu aucun effet sur les mâles, bien que leur cerveau contienne également des oestrogènes. Il est donc possible que, chez les femelles, les récepteurs d’oestrogènes soient plus sensibles à l’activation quand les niveaux changent, avancent les chercheurs. Ainsi, l’oestrogène aurait des “effets puissants” sur le système de dopamine et augmenterait la vulnérabilité des femmes à développer une dépendance à l’alcool. 

“Ces résultats indiquent que différents mécanismes cérébraux provoquent la consommation excessive d’alcool chez les femmes et les hommes, explique Amy Lasek, psychiatre à l’université de l’Illinois (Etats-Unis) et co-autrice de l’étude. Si la consommation d’alcool est plus importante durant les périodes où les niveaux d’œstrogène sont élevés, cela peut contribuer à la fois à des risques pour la santé liés à l’alcool mais aussi augmenter les risques de développer des problèmes d’alcoolisme sévères”, explique-t-elle au site Inverse. “Les femmes passent plus rapidement d’une consommation problématique d’alcool à un trouble de la consommation d’alcool et souffrent des effets négatifs de l’alcool sur la santé, tels qu’un risque accru de cancer, de lésions hépatiques, de maladies cardiaques et de lésions cérébrales », poursuit-elle.

Il a notamment déjà été prouvé qu’à consommation égale d’alcool, les femmes gardaient plus de séquelles à long terme. Elles souffrent davantage d’atteintes neurologiques (polynévrites périphériques à l’origine de douleurs ou de troubles de la sensibilité des extrémités) et développent plus tôt que les hommes une stéatose (foie gras), une fibrose hépatique ou encore une cirrhose (5 à 7 ans avant en moyenne).

Une approche basée sur le sexe dans le traitement de l’alcoolisme ?

“C’est important car cela signifie que des approches différentes pourraient être nécessaires pour réduire la consommation excessive d’alcool chez les hommes et les femmes », développe Amy Lasek. Ainsi, à terme, ces résultats pourraient conduire à des traitements innovants basés sur le sexe pour l’alcoolisme.

Actuellement, il existe déjà des médicaments bloquant les récepteurs d’œstrogènes. Connus sous le nom de modulateurs sélectifs des récepteurs d’œstrogènes (SERMS), ils sont utilisés pour traiter le cancer du sein. “Cependant, les SERMS ont des effets secondaires importants comme des bouffées de chaleur, de la fatigue et des sautes d’humeur, donc, malheureusement, utiliser un SERM pour bloquer les récepteurs d’œstrogènes chez des femmes par ailleurs en bonne santé afin de réduire la consommation d’alcool n’est pas une bonne option », explique Amy Lasek.

Reste donc à trouver des voies de signalisation spécifiques par lesquelles les récepteurs d’œstrogènes agissent dans le cerveau, entraînant une augmentation de la consommation excessive d’alcool et du sentiment de récompense chez les femmes. Cela pourrait permettre de mettre au point une méthode plus ciblée pour réduire la consommation excessive d’alcool chez elles. Et ce, sans effets secondaires, espèrent les chercheurs.

Quelle consommation en France ?

On parle de consommation ponctuelle immodérée d’alcool quand une personne a un taux d’alcoolémie à 0,08 g/dl ou plus, soit généralement cinq verres ou plus pour les hommes ou quatre verres ou plus pour les femmes en environ deux heures.

En France, les autorités sanitaires recommandent quelques jours sans alcool dans une semaine et, les jours où l’on en consomme, de ne pas dépasser les deux verres dits standards. Globalement, il est conseillé de ne pas consommer plus de 10 verres standards par semaine.

Malgré tout, selon une enquête de Santé publique France menée en 2017, à cette époque, 9,7% des Français de 18-75 ans déclaraient avoir bu plus de dix verres d’alcool au cours des sept derniers jours. Par ailleurs, 7,9% disaient avoir en avoir consommé plus de cinq jours sur sept. “Cela représente environ 10,5 millions d’adultes qui boivent trop. Ils boivent en tout cas dans une proportion qui augmente les risques pour leur santé notamment les risques à moyen et long terme : cancers, hypertension, hémorragies cérébrales, certaines maladies cardiovasculaires…”, commentait alors Viet Nguyen-Thanh, responsable de l’unité addiction de Santé publique France à l’AFP.

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Le marché du Cannabis a gagné 46% en 2019 et devrait plus que tripler d’ici 2025

Le marché mondial du cannabis légal a augmenté de 46 % en 2019, le taux d’augmentation annuel le plus élevé jamais enregistré, selon un rapport publié cette semaine par deux groupes de recherche en marketing de l’industrie.

L’année dernière, les ventes légales de marijuana dans le monde se sont élevées à 14,8 milliards de dollars US. Cette augmentation marque une accélération substantielle des ventes par rapport au bond de 16 % enregistré en 2018.

Les marchés du Canada, de la Californie et du Massachusetts ont enregistré les plus fortes augmentations des ventes de marijuana l’année dernière, ce qui a fait grimper les chiffres des ventes mondiales, suivis par une expansion significative des marchés médicaux en Floride et en Oklahoma, selon les chiffres publiés par BDS Analytics, le principal fournisseur d’études de marché de l’industrie du cannabis, et Arcview Market Research, reconnu comme la référence en matière de données sur le marché et d’analyse du secteur du cannabis.

Le rapport prévoit par ailleurs une croissance mondiale continue au cours des cinq prochaines années, BDS Analytics anticipant 47 milliards de dollars de ventes en 2025, ce qui représente un taux de croissance annuel composé de 21 % par rapport à 2019. Les ventes légales de cannabis aux États-Unis devraient représenter 72 % des ventes mondiales totales d’ici 2025, contre 84 % en 2019. BDS Analytics prévoit que les ventes légales de cannabis aux États-Unis approcheront les 34 milliards de dollars d’ici 2025.

« Les perspectives de croissance des ventes à long terme pour les marchés mondiaux du cannabis légal restent exceptionnelles, avec une croissance moyenne soutenue des revenus de 21 % prévue jusqu’en 2025 », a déclaré Roy Bingham, co-fondateur et PDG de BDS Analytics.

« L’industrie du cannabis pourrait bientôt atteindre un moment décisif où les États américains, confrontés à une récession mondiale imminente, considéreront la légalisation du cannabis comme une nouvelle source potentiellement lucrative de revenus fiscaux ».

Les ventes américaines ont atteint 12,4 milliards de dollars US en 2019, soit une augmentation de 37 % d’une année sur l’autre par rapport aux 9,1 milliards de dollars US de ventes de 2018.

Le rapport a également noté que la Californie et le Massachusetts ont été les points d’ancrage des ventes légales de cannabis aux États-Unis en 2019, représentant 12,4 milliards de dollars US de ventes. En outre, les provinces les plus peuplées du Canada ont connu une amélioration significative des ventes en 2019 grâce à l’ouverture de nouveaux détaillants agréés et à l’aplanissement des problèmes de la chaîne d’approvisionnement.

En dehors du Canada et des États-Unis, les dépenses internationales en matière de cannabis légal ont grimpé de 91 % en 2019, atteignant 568 millions de dollars US. Ces gains internationaux les plus importants ont été enregistrés en Allemagne, en Australie et au Mexique.

Lettre du CNPERT Mars 2020

Pour télécharger la lettre du CNPERT de Mars 2020 : CNPERT Lettre N°65

Les articles :

Editorial – Les nouvelles drogues, une menace mortelle pour nos enfants

Pr J.-P. Goullé

Un an après la libéralisation de l’utilisation du cannabis au Canada : quel
impact sur la santé des jeunes de 10 à 24 ans. Pr. François Guilhot

Janvier sans alcool (« Dry january ») Pr. Jean Costentin

Propositions-suggestions du Centre national de prévention d’études et de recherches sur les toxicomanies (CNPERT) pour s’opposer au déferlement des drogues licites et illicites qui affecte gravement la France afin d’en protéger les jeunes
(Synthèse Pr. J.-P. Goullé)

Derniers florilèges de la buprénorphine à haut dosage
Pr. Jean Costentin

Le cannabis dans le livre « L’Archipel français » de Jérôme Fourquet

Une information des plus inquiétantes : la légalisation de l’usage récréatif du cannabis en France est « en marche »
Pr J.-P. Goullé

Un membre du C.N.P.E.R.T honoré dans la revue de l’association mondiale des
toxicologues de médecine légale (TIAFT)
Pr J.-P. Goullé

 

La chute du business du cannabis au Canada

Près de 18 mois après la légalisation, le bilan est désastreux pour les entreprises du secteur, concurrencées par le marché noir.

Par Ludovic Hirtzmann
Dans l’usine de Smith Falls (Ontario), Canopy Growth fabrique des produits dérivés du cannabis (ici, du chocolat).
Dans l’usine de Smith Falls (Ontario), Canopy Growth fabrique des produits dérivés du cannabis (ici, du chocolat). Blair Gable/REUTERS

Les espoirs des entreprises du secteur du cannabis partent en fumée. Après une année 2019 décevante, les géants de la marijuana canadienne accumulent les mauvaises nouvelles depuis le début du mois. Aurora Cannabis a annoncé en fin de semaine le licenciement de 500 employés sur 1600. Un autre producteur, Tilray, a fait part de sa volonté de se séparer de 10% de ses effectifs début février. Plusieurs autres sociétés ont procédé à des suppressions de postes ces dernières semaines.

Presque un an et demi après la légalisation du «pot» comme les Québécois appellent le cannabis, le marché s’effondre. Depuis la légalisation de la marijuana le 17 octobre 2018, l’indice boursier du secteur, le Canadian Marijuana Index, s’est écroulé de 781 points à 178 points le 12 février. D’une capitalisation boursière de 4,9 milliards de dollars canadiens (3,3 milliards d’euros) au jour de la légalisation, le producteur de cannabis Aphria ne vaut plus aujourd’hui que 1,1 milliard (750.000 euros).

Derniers florilèges du scandale de la buprénorphine à haut dosage (BHD)

 

Par le Pr Costentin

Plus de 300.000 sujets, en France, sont affectés d’une dépendance aux opiacés et opioïdes (tramadol, codéine, morphine, oxycodone, fentanyl, héroïne). D’aucuns le sont
devenus au décours de prescriptions d’analgésiques puissants, à fortes doses, sur des durées plus ou moins longues. D’autres, très majoritairement, le sont devenus par une ascension « récréative » de l’échelle des toxicomanies (tabac, alcool, cannabis, ecstasy, cocaïne, buprénorphine, oxycodone, morphine, méthadone, héroïne).

Un de ses échelons est celui de la buprénorphine à haut dosage (BHD, le SubutexTM) et ses comprimés sublinguaux. Elle était destinée à faire rompre les héroïnomanes avec l’injection intraveineuse (IV) de leur drogue. Cette injection les ancre dans leur toxicomanie par l’effet « shoot », associé à la variation très rapide de la stimulation des récepteurs cérébraux des substances endogènes que sont les endorphines ; stimulation flash produite par l’injection IV de substances morphiniques.

La BHD, administrée par voie sublinguale, occupe durablement ces récepteurs ; elle s’oppose ainsi à la stimulation subite que produirait l’injection IV d’un morphinique. C’est pour cette indication que la BHD a été autorisée en France, il y a une quinzaine d’années. Elle est prescrite par des médecins généralistes qui auraient dû recevoir une formation spécifiqueautre que celle dispensée par les déléguées médicales des
laboratoires qui la commercialisent.

La suite (qui paraît ignorée des médias), ce sont plus de 100.000 « bénéficiaires » de ce SubutexTM/BHD, prescrit souvent à la plus haute dose autorisée (16 mg/jour), avec une forte proportion d’entre eux qui se l’injectent, aux frais de notre Sécurité sociale, à la place de leur coûteuse héroïne, avec les mêmes risques de transmission du SIDA, des hépatites B et C… qui justifiaient son autorisation de mise sur le marché.

L’argument récurrent de la « réduction des risques » en fait naître de plus grands que ceux qu’elle prétendait réduire. Un même « bénéficiaire » se fait prescrire de la BHD par plusieurs médecins, puis se fait délivrer ces ordonnances par des pharmaciens différents ; la revente du stock constitué lui permet d’acquérir sa chère héroïne pour se l’injecter. Il effectue cette revente à de jeunes toxicophiles, les faisant accéder aux morphiniques.

Ces derniers en usent et bientôt en abusent par voie sublinguale, puis ils passent à la voie IV après mise en solution de la glossette, puis ils arriveront à l’héroïne.
Cependant, l’important résidu de la matrice galénique du SubutexTM restreint le volume du surnageant pouvant être injecté.

Cette restriction du détournement vient d’être surmontée par la commercialisation d’un lyoc (comprimé à dissolution complète et instantanée sur la langue) de buprénorphine à haut dosage. Il s’agit de l’OrobupréTM, du laboratoire français Ethypharm.

Ces lyocs peuvent être dissous dans l’eau en vue de leur injection, ne laissant pas le moindre résidu insoluble. La responsabilité de son autorisation de mise sur le marché
incombe à l’Agence nationale de sécurité du médicament – ANSM – qui, ayant instruit le dossier, a recommandé au ministre de la Santé d’autoriser sa mise sur le marché (AMM) ; c’est la ministre qui a signé cette autorisation.

La Haute Autorité de santé (HAS), impliquée, a émis un avis dans lequel elle considère
qu’OrobupréTM n’apporte pas d’amélioration du service médical rendu (ASMR V) par rapport au SubutexTM ; elle propose, de ce fait, un remboursement à 30 % seulement.

La Mission interministérielle de lutte contre les drogues et autres conduites
addictives (MILDECA) ne peut pas ne pas avoir été associée à cette décision.
Cette chaîne de responsables ne justifie les frais de leurs appointements assurés par la collectivité, pour lutter contre les drogues, puisqu’elle se transforme en accompagnement et même en incitation.

La MILDECA (plan d’action 2018-2022) a même anticipé l’accroissement du nombre de « salles de shoots pour toxicomanes » alors que l’évaluation de leur pertinence (qui
demeure très contestée) ne devait intervenir que six ans après leur mise en œuvre. La précédente présidente de la MILDECA (Mme Jourdain–Menninger) se déclarait favorable à la commercialisation d’une forme injectable de BHD. Patience…

Le laboratoire Ethypharm (encore lui) s’y prépare.
Qu’une part de l’impôt (jugé confiscatoire par nombre de ses assujettis) soit utilisée non pour lutter mais pour faciliter les toxicomanies est insupportable !

Note du rédacteur de ce billet : les lecteurs sont invités à corriger l’euphémisme
« insupportable » par un autre qualificatif qui leur paraîtrait plus approprié.