Les dangers de l’usage du cannabis

Mise en garde de l’Académie de médecine.

Jean-Pierre GOULLÉ, Jean COSTENTIN et Jean-Pierre OLIÉ au nom de la Commission V.
Malgré son interdiction, la consommation de cannabis n’a cessé d’augmenter dans notre pays alors que les conséquences médicales néfastes du cannabis ne sont plus à prouver. Entre 2010 et 2014 l’usage de cannabis a  progressé de 38% chez les 16-64 ans et l’usage régulier a cru de 41%, selon les dernières données de l’Observatoire français des drogues et toxicomanies (OFDT) et de l’Institut national de prévention et d’éducation  pour la santé (INPES). Les jeunes français sont les plus gros consommateurs de cannabis en Europe ; cette consommation débutant de plus en plus tôt, pour certains vers l’âge de 12 ans (OFDT et INPES).

Près de un jeune sur deux qui meurt d’un accident de la route était sous l’emprise du cannabis.
Parallèlement à cette progression des consommations, la teneur en principe actif du cannabis, le T.H.C. proposé à l’achat, n’a cessé de croître ; sa concentration moyenne dans les résines saisies en France a été, en 23 ans,
multipliée de 6,4 (Ann. Tox. Anal. 2006, OFDT 2013, SINTES 2016).

Ceci constitue un facteur d’aggravation des risques d’effets indésirables sur la santé physique et psychique. L’usage du cannabis est associé à des troubles
psychiques tels que les schizophrénies dont les taux d’incidence sont plus élevés chez les consommateurs de cannabis qu’en population générale.

Depuis des décennies, l’Académie nationale de médecine a porté une grande attention aux risques engendrés par l’usage et l’abus des drogues licites (tabac, alcool) ou illicites (cannabis et autres telles que cocaïne, héroïne,
amphétamines…), tout particulièrement chez les adolescents et les jeunes adultes.
L’Académie estime devoir rappeler que la consommation de cannabis ne doit pas être banalisée.

Elle recommande donc :
la mise en œuvre d’intenses campagnes s’adressant de façon prioritaire aux parents, aux éducateurs et aux personnels enseignants ;
– que l’information des jeunes, en particulier adolescents et jeunes adultes, sur les risques liés à l’usage du cannabis soit érigée en une priorité nationale, englobant des actions de prévention du tabagisme, et des consommations de cannabis et d’alcool

Pour plus d’informations, visitez : www.academie-medecine.fr
CONTACT PRESSE : Virginie Gustin (00 33) 6 62 52 43 42 virginie.gustin@academie-medecine.fr
Académie nationale de médecine 16, rue Bonaparte 75006 Paris –

Tel (00 33) 1 42 34 57 70

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Addictions en milieu professionnel

ACADÉMIE NATIONALE DE MÉDECINE  

 Jean-Pierre GOULLÉ, Françoise MOREL (Rapporteurs) *  au nom d’un groupe de travail** rattaché à la Commission V (Santé mentale – Neurosciences – Addictions)

RÉSUMÉ

 Les conduites addictives constituent un problème de santé publique préoccupant. Elles sont susceptibles d’avoir un impact sur la vie professionnelle et d’engager la responsabilité de l’entreprise en cas d’accident. Elles peuvent menacer la sécurité des usagers, notamment lorsque les agents occupent des postes de sûreté et de sécurité. Les prévalences d’usage des substances psychoactives en population générale sont rappelées. Selon l’enquête du « baromètre santé 2014 », les consommations des substances psychoactives chez les actifs occupés étaient plus faibles que celles des demandeurs d’emploi tant pour les drogues licites (alcool p<0,05 ; tabac, p<0,001), que pour les drogues illicites (cannabis par exemple, p<0,001). En ce qui concerne les médicaments psychotropes, le « baromètre santé 2010 », montrait une prévalence d’usage dans l’année de 16,7 %. En 2014, trois milieux professionnels étaient concernés par des niveaux élevés de consommations de substances psychoactives licites ou illicites : le bâtiment et les travaux publics, le secteur englobant les arts, les spectacles et les services récréatifs, ainsi que le secteur de l’hébergement et de la restauration. Quant aux médicaments psychotropes l’enquête 2014 indiquait une prévalence d’usage dans l’année beaucoup plus élevée chez les femmes (de 13,1% à 30,0%), que chez les hommes (de 2,8% à 14,5%). Les conséquences des consommations de substances psychoactives dans le milieu professionnel sont rappelées : pertes de production, absentéisme, perte d’image pour l’entreprise, accidents du travail. L’Académie nationale de médecine propose un certain nombre de recommandations en raison de la gravité des conséquences sanitaires liées aux conduites addictives en milieu professionnel

Pour lire le rapport complet cliquez sur :

 Addictions en milieu professionnel 

* Membre de l’Académie nationale de médecine.

**Ont participé à l’élaboration de ce document : Catherine Barthélémy, Marie-Germaine Bousser, Sophie Fantoni-Quinton, Marie-Odile Réthoré, Françoise Morel, Jean Adès, Alain Chamoux, Jean Costentin, Christian Gonnet, Jean-Pierre Goullé, Michel Hamon, Jean-Jacques Hauw, Bernard Lechevalier, Jean-Marc Léger, Michel Lejoyeux, Jean-Pierre Olié, Jean-Michel Vallat                                                              

 

5 millions de Français ont fumé du cannabis en 2016 (Le Figaro)

Les français figurent parmi les plus gros consommateurs de cannabis en Europe

Une étude publiée vendredi par l’OFDT indique qu’un Français sur quatre a consommé du cannabis au moins une fois dans sa vie. Cette consommation touche majoritairement les jeunes et les hommes.

Le cannabis reste la drogue illicite préférée des Français. C’est que ce qu’indiquent les résultats du Baromètre santé 2016 de Santé publique France, publié vendredi par l’Observatoire français des drogues et des toxicomanies (OFDT). En effet, un adulte sur dix déclare en avoir consommé au cours de l’année dans l’hexagone au cours de l’année.

Le cannabis «occupe une place prépondérante dans les usages, tant des adultes que des adolescents», et occupe en France le rang de «produit psychoactif le plus consommé», souligne l’étude. À titre d’illustration, 17 millions de personnes âgées de 11 à 64 ans ont déclaré avoir fumé au moins une fois du cannabis au cours de leur vie. Parmi eux, 5 millions ont déclaré avoir fumé au cours de l’année et ils sont 1,4 million à avoir fumé au moins dix fois par mois.

700.000 d’usagers quotidiens

La consommation de cannabis dans l’année touche surtout les plus jeunes et les hommes (28% des 18-25 ans, 35% des hommes et 21% des femmes de cette tranche d’âge). Elle diminue ensuite avec l’âge pour ne plus atteindre que 2% de la population au-delà de 55 ans. Les Français, qui sont parmi les plus gros consommateurs en Europe, sont 700.000 à déclarer être des usagers quotidiens. Les motivations pour consommer sont multiples: «Utilisé à la fois pour faire la fête, gérer le stress, trouver le sommeil, dans un cadre de sociabilité… Le cannabis s’est affirmé comme un produit transculturel, qui trouve sa place dans tous les milieux socioculturels», relève l’étude.

Contrairement à d’autres substances comme la cocaïne ou l’héroïne, la représentation de la dangerosité du cannabis apparait «volatile». Les dommages associés à une consommation régulière sont pourtant connus (troubles de la mémoire, de l’attention ou de l’apprentissage, précipitation de la survenue de troubles psychiatriques chez les individus prédisposés). Le prix moyen du gramme de résine de cannabis a fortement augmenté depuis 2006 et atteint aujourd’hui 7 euros et 11 euros pour un gramme d’herbe. Cette augmentation «semble liée à la forte hausse des taux de THC», selon l’OFDT, la teneur moyenne de la résine de cannabis ayant triplé en 10 ans pour atteindre 23%, et 11% pour l’herbe.

Selon les chiffres de la synthèse «Drogues, chiffres clés» publiée vendredi par l’OFDT, «le marché de l’herbe de cannabis en France est extrêmement dynamique», avec 71 tonnes de cannabis saisies en 2016 dont 18 tonnes d’herbe et 126.400 plants (données Office central pour la répression du trafic illicite des stupéfiants).

En Europe, les drogues de plus en plus dangereuses et mortelles

Les surdoses de drogues font de plus en plus de morts en Europe, où circulent de nouvelles et nombreuses substances « dangereuses » pour la santé, s’inquiète l’Observatoire européen des drogues et des toxicomanies (OEDT) dans son rapport annuel publié mardi.

« Les stupéfiants restent une menace continue, qui évolue et menace en profondeur nos sociétés », a souligné mardi le commissaire européen en charge des Affaires intérieures, Dimitris Avramopoulos, lors d’une conférence de presse de présentation de ce document à Bruxelles.

« Aucun pays n’a encore trouvé la réponse miracle sur ces questions », a relevé de son côté la présidente du conseil d’administration de l’OEDT, Laura d’Arrigo. « Il est crucial de partager les expériences et les pratiques, celles qui ont réussi bien sûr, mais aussi celles qui ont eu moins de succès », a-t-elle exhorté.

Le cannabis reste de loin la drogue la plus populaire en Europe, devant la cocaïne, la MDMA (principe actif de l’ecstasy) et les amphétamines (amphétamine et méthamphétamine).

Deux phénomènes préoccupent plus particulièrement M. Avramopoulos: « L’augmentation, pour la troisième année consécutive, du nombre de décès par surdose » de drogue, et l’exposition croissante des jeunes « à de nombreuses drogues nouvelles et dangereuses » pour la santé, notamment les « drogues de synthèse« .

Le rapport de l’OEDT, fondé sur des données collectées en 2015 et 2016, souligne l’augmentation « grave » et « préoccupante » du nombre de décès par surdose dans les 28 Etats de l’UE ainsi qu’en Turquie et Norvège (8.441 décès en 2015, +6% par rapport à 2014), « principalement liés à l’héroïne et à d’autres opiacés » (dérivés de l’opium).

Cette hausse de la mortalité, pour la troisième année consécutive, concerne « presque toutes les tranches d’âge » et des pays comme l’Allemagne, le Royaume-Uni, les Pays-Bas, la Suède, la Lituanie ou la Turquie. Elle frappe plus particulièrement les 1,3 million d’Européens considérés comme des « usagers problématiques d’opiacés », un groupe particulièrement « vulnérable ».

L’OEDT souligne que dans des pays comme la France, le Danemark, l’Irlande ou la Croatie, les surdoses d’opiacés utilisés dans des traitement de substitution (méthadone et buprénorphine notamment) tuent plus que l’héroïne. Il appelle donc les Etats à s’adapter pour lutter contre « le détournement de ces substances ».

– Opiacés de synthèse: danger –

Autre préoccupation de l’OEDT, les « nouvelles substances psychoactives » (drogues ou produits de synthèse) qui « représentent toujours un défi considérable pour la santé publique en Europe », d’autant plus que ces produits se renouvellent rapidement (66 nouveautés détectées en 2016 par l’UE) et « ne sont pas assujettis aux mesures de contrôle international ».

Leur « disponibilité globale reste élevée » – l’OEDT en surveillait plus de 620 en 2016, contre environ 350 en 2013 – avec des ventes « de plus en plus clandestines », notamment « sur des marchés en ligne ou illicites », souligne le rapport.

L’OEDT s’inquiète notamment des dangers des nouveaux opiacés de synthèse à forte teneur en principe actif, qui imitent les effets de l’héroïne et de la morphine, et constituent une « menace croissante pour la santé » en Europe et en Amérique du Nord.

Car si ces substances restent encore minoritaires sur le marché des drogues, on les retrouve de plus en plus impliquées dans « des intoxications, mortelles ou non ».

Ces poudres, comprimés, gélules, voire pour certains liquides et pulvérisateurs nasaux, sont « facile à distribuer et à transporter », et donc difficiles à traquer, note l’OEDT.

Parmi ces substances figure les fentanyls, des sédatifs très puissants qui provoquent chaque année des overdoses par dizaines de milliers, notamment en Amérique du Nord. Selon le rapport, « plus de 50 décès associés à ces substances » ont déjà été signalés en Europe.

Ces fentanyls, « dont la teneur en principe actif est exceptionnellement élevée (parfois beaucoup plus que l’héroïne), représentaient plus de 60% des 600 saisies de nouveaux opiacés de synthèse signalées en 2015 », selon l’OEDT.

Quant à la cocaïne, davantage consommée dans les pays de l’Ouest et du Sud alors que les amphétamines le sont plus au Nord et à l’Est, elle semble être de plus en plus disponible dans certaines régions d’Europe, avec une hausse du nombre de saisies et une présence accrue de ses résidus dans les eaux usées, souligne le rapport.

Source

Quelle réponse pénale faut-il apporter à l’usage du cannabis?

par Laurent Lemasson
Docteur en Droit Public et Science Politique, responsable des publications à l’Institut pour la Justice

Résumé
Le ministre de l’intérieur, Gérard Collomb, a récemment déclaré que des contraventions pour réprimer l’usage de stupéfiants devraient être mises en place rapidement.
A ce stade les intentions du ministre de l’Intérieur sont floues et de nombreuses questions se posent.
Toutefois, puisque tout le monde comprend bien que ce qui est en réalité principalement visé par le ministre de l’Intérieur, c’est la consommation de cannabis, il vaut d’ores et déjà la peine d’examiner attentivement cette question : sanctionner l’usage (et la détention en petites quantités) du cannabis par une simple amende serait-il une bonne idée ?
Actuellement, selon l’article L. 3421-1 Code de la Santé Publique, l’usage de stupéfiants est un délit passible d’un an d’emprisonnement et de 3750 euros d’amende.
L’idée de supprimer la peine d’emprisonnement pour ne plus prononcer que des amendes est plutôt populaire auprès du grand public.
Mais le grand public ignore les subtilités du code pénal et du code de procédure pénale et n’a par conséquent qu’une idée très imparfaite des tenants et des aboutissants de cette question.

Comme très souvent en matière de politique pénale le diable est dans les détails, il importe donc d’exposer soigneusement ces détails.
Il apparaît alors que contraventionnaliser l’usage et la détention du cannabis est une fausse bonne idée.

Lire l’article

Conseil de lecture

Le CNPERT vous recommande l’achat et la lecture du N° d’octobre 2016 de la

REVUE FRANÇAISE DE CRIMINOLOGIE ET DE DROIT PÉNAL   ( RFCDP N°7) 

Parmi ses articles :

p.67-84 :   LES « SALLES DE SHOOT » POUR TOXICOMANES

Faisant fi des exigences sanitaires, cette idéologie perverse brouille, à dessein, l’image et le statut des drogues illicites    Pr. Jean COSTENTIN

  1. 85-100 : NE LÉGALISONS PAS LES DROGUES Théodore DALRYMPE  médecin retraité qui a notamment exercé à l’hôpital de la prison de Birminghan (G.B.)
  1. 101-111 : ENTRETIEN avec Jean Paul BRUNEAU, à propos de l’association EDVO (dont il est président-fondateur) structure d’accueil de personnes majeures devenues abstinentes de toute drogue

 

Le numéro est vendu au prix de 20 euros (plus frais de port)

Cliquez sur Bon de commande

ou Commander à : Institut pour la justice,  140 bis rue de Rennes – 75006  P A R I S

info@rfcdp.fr – Tel.  01 70 38 24 07

Questionnaire d’Auto-Évaluation de la Consommation de Cannabis

« Je m’étonne que l’ANPAA, puisse prôner simultanément la légalisation du cannabis, la légalisation de toutes les drogues, ainsi qu’applaudir aux  « salles de shoots ».

ANPAA étant l’acronyme de Association Nationale de Prévention en Alcoologie et  autres Addictions, le jeu consiste sans doute à rechercher l’erreur… « 

Professeur Jean Costentin

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Questionnaire d’Auto-Évaluation de la Consommation de Cannabis

Cet auto questionnaire a été validé en Nouvelle Zélande.

  • Il permet à chaque consommateur de cannabis de faire le point sur sa relation au produit et d’explorer les effets sur son comportement .
  • Ce test peut mettre en évidence un usage nocif du produit consommé régulièrement.
  • Il explore surtout la nocivité psychologique, psychiatrique et sociale d’une consommation répétée dans le temps.

Pour lire ce test cliquez ICI

Lettre du CNPERT N° 45

cliquez ici pour télécharger

la lettre du CNPERT N° 45

  • Editorial du docteur Patrick MURA, paru dans la revue Toxicologie Analytique & Clinique
  • Quelles motivations animent les militants de la légalisation du cannabis ? Professeur Jean Costentin
  • A propos d’un livre « La brimade des stupéfiants » de Johann Hari
  • Rapport européen 2016 sur l’usage des drogues à 16 ans. Les données françaises, (septembre 2016) Pr. Jean-Pierre Goullé
  • Comment « l’Obs » apporte sa pierre à la légalisation du cannabis en France Pr Jean Costentin
  • DU NOUVEAU EN MATIÈRE DE SÉCURITÉ ROUTIÈRE (J.O. du 26 août 2016)

La dopamine dans tous ses états, un livre de Jean Costentin

Par Jean Paul Tillement 

aux éditions Docis, 2015, 179 pages

Nos collègues connaissent bien Jean-Henri Costentin, grand pourfendeur des trafiquants de drogues et de ceux qui les soutiennent, Président du Centre National de Prévention, d’Etudes et de Recherches sur les Drogues et les Toxicomanies (CNPERT) où il a succédé au regretté Roger Boulu. Professeur émérite de pharmacologie à la Faculté de Médecine et de Pharmacie de Rouen, chercheur spécialisé en neuropsychopharmacologie, c’est au double titre de sa spécialité et de la lutte contre les addictions qu’il s’intéresse à la dopamine. Pourquoi ce neuro médiateur en particulier? C’est parce qu’il intervient de façon prépondérante dans le fonctionnement cérébral et que ses dysfonctionnements sont une cause principale de différentes pathologies neuropsychiatriques.

L’originalité et l’intérêt de cet ouvrage résident dans sa mise en relation des mécanismes physiopathologiques et des observations cliniques, expliquant les secondes par les premières, attribuant aux dérèglements dopaminergiques les principaux signes des maladies concernées. Cette juxtaposition clinico-biologique permet de mieux comprendre et de proposer des interventions pharmacologiques adaptées.

Les premiers chapitres retracent l’histoire de la dopamine. L’auteur la raconte de façon originale dans le cadre de la jeune et nouvelle discipline qu’était, il y a 60 ans, la neuropsychopharmacologie. Il évoque successivement Poursuivre la lecture « La dopamine dans tous ses états, un livre de Jean Costentin »

Rapport de l’OFDT

Rapports de l’Office Français des Drogues et des Toxicomanes

Cliquez sur le rapport qui vous intéresse pour le télécharger

Rapport N° 1

 

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Rapport N° 2

 

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Rapport N° 3

 

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Légaliser le cannabis : une vraie très mauvaise idée ! Par J Costentin (J.I.M.)

Paris, le samedi 13 février 2016 – Depuis plusieurs années, l’apparente inefficacité de la stratégie prohibitionniste pour empêcher la progression de la consommation de cannabis a inspiré certains observateurs du monde politique à préconiser une autre approche, soit une autorisation sous contrôle de cette substance. Une telle stratégie permettrait, selon eux, de mieux réglementer la distribution et la composition de ce produit et de renforcer les mesures de prévention et d’accompagnement des sujets les plus à risque remarquent les défenseurs de cette position.

Récemment, le professeur Bertrand Dautzenberg, acteur majeur de la lutte contre le tabagisme, a défendu une proposition semblable lors du 20ème congrès de pneumologie de langue française après avoir exposé son point de vue devant la presse. Il avait bien sûr pris soin de rappeler : « Je suis contre le cannabis comme je suis contre le tabac. Il ne faudrait pas en prendre du tout ». Cette précaution oratoire n’a cependant pas empêché que de nombreuses critiques fusent contre sa proposition.

Ardent pourfendeur du cannabis, qui s’attèle à en rappeler systématiquement les dangers, le professeur en pharmacologie Jean Costentin s’insurge sévèrement et non sans ironie contre les préconisations du professeur Dautzenberg n’hésitant pas à affirmer que ce dernier a imaginé un stratagème pour faire régresser la consommation de tabac en ignorant la toxicité extrême du cannabis, qu’il rappelle pour sa part de manière détaillée. Il s’inscrit par ailleurs en faux contre l’idée selon laquelle une autorisation obtiendrait des résultats plus probants qu’une interdiction.

Par le professeur Jean Costentin*

Le professeur Dautzenberg vient d’imaginer, pour baisser la consommation de tabac, de lui substituer le cannabis. Souvent un chercheur réserve au congrès où il doit s’exprimer, la primeur de ses déclarations, qui pourront ultérieurement être portées à la connaissance du public. Impatient, Mr. Dautzenberg a irrépressiblement communiqué ses cogitations à la presse, avant de les soumettre à la discussion des spécialistes de pneumologie réunis en congrès à Lille. Comme il s’y attendait, la machine médiatique, si conciliante avec le cannabis, s’est enflammée. Elle vit aussitôt en lui : un « grand médecin », un « pape de la lutte anti-tabac »,  un « médecin réputé et reconnu »,  un «médecin de renom », « l’homme de science »,  un « éminent professeur » (on trouve tous ces propos laudatifs dans le Parisien – Aujourd’hui en France du 29 janvier 2016). Parions que s’il avait tenu des propos prohibitionnistes sur le cannabis, ils n’auraient pas été restitués, ou un entrefilet aurait rapporté qu’un obscur pneumologue avait expiré une bouffée de sottise d’un autre âge sur cette drogue. Ainsi, la déclaration du Pr. Dautzenberg, en faveur d’une légalisation du cannabis, a eu un très beau retentissement médiatique.

« Un homonyme ? »

Cette posture nous navre, et ce d’autant plus que nous avons épaulé la lutte qu’il a menée contre le tabac. Avec d’autres consœurs et confrères qui ont soutenu son action nous sommes éberlués, secoués (succutés pour parler comme les pneumologues) par ses ruades et foucades.  « Ce n’est pas lui ! », « Un homonyme ? », « La presse n’a pas compris ». J’ai entendu tout cela mais, hélas, ni ses dénégations, ni ses démentis, ni ses protestations. Oui donc, Mr. Dautzenberg, pour alléger l’insupportable pression qu’exerce le tabac sur la santé de nos adolescents, a imaginé une manœuvre de diversion, visant à transférer leur appétence tabagique sur le cannabis. Pire qu’une fausse bonne idée il s’agit d’une vraie très mauvaise idée.

Le champ des substances psychoactives trop petit pour le vaste appétit des jeunes

Les jeunes, à la question posée à la cantine du lycée : « poire ou fromage ? », répondent, avec ce bel appétit, apanage de leur jeune âge, « mais des poires et des fromages ! ». C’est par le tabac qu’ils apprennent à fumer et, dans la logique toxicomaniaque du «toujours plus, toujours plus fort », ils en arrivent aux « joints » ; ajoutant au tabac de la résine de cannabis, (haschish / shit) ; alternant les cigarettes du seul tabac avec des  » joints ». Pour éliminer le tabac associé au shit, Mr. Dautzenberg propose qu’ils fument seulement le cannabis plante (« l’herbe », « la beuh »  en verlan, la « marijuana »), en permettant sa vente libre. Mais le compte n’y est pas, car ils veulent aussi le tabac ! Rappelons à Mr. Dautzenberg que l’adjonction de résine de cannabis au tabac, tout comme la présence naturelle de cette résine sur les fleurs et feuilles du cannabis, augmente de 200°C la température de combustion de l’élément végétal ; ce qui accroît sa décomposition thermique (pyrolyse) et génère ainsi 7 fois plus de goudrons cancérigènes que la combustion du seul tabac, et produit aussi cinq fois plus d’oxyde de carbone (CO).

Cocktail gagnant

L’association tabac-cannabis n’est pas fortuite ; le toxicomane demande aux effets stimulants de la nicotine de pallier les effets sédatifs / psycholeptiques du tétrahydrocannabinol (THC) du cannabis. Ce THC ne fait pas passer l’envie de la nicotine, tout comme la nicotine ne fait pas passer l’envie du THC. Alors qu’il est si difficile de s’affranchir d’une seule addiction, qu’elle soit à la nicotine ou au THC, quand les deux addictions sont installées il devient impossible de s’en affranchir. Bien que la nicotine rende plus volontaire, cette volonté ne permet pas de rompre avec le tabac. Le cannabis, lui, crée une aboulie, des troubles amotivationnels qui enlèvent jusqu’au désir même de s’en affranchir.

Une dangerosité cardiovasculaire plus importante que celle liée au tabac

On dispose de moyens, certes peu efficaces, pour aider au sevrage tabagique (varénicline, cytisine, bupropion..), alors qu’on est totalement démuni face à la dépendance cannabique.

Même pour un pneumologue, les effets du cannabis, encore plus que ceux de la nicotine, ne sauraient être cantonnés au seul appareil respiratoire, ni même au seul niveau somatique, car les conséquences cérébrales du cannabis sont nombreuses et majoritairement délétères.
Au niveau de la sphère O.R.L. et broncho-respiratoire, tabac et cannabis sont aussi dangereux l’un que l’autre.
Au plan cardio-vasculaire, le cannabis est encore plus dangereux que le tabac. Il est (devant le tabac) la troisième cause de déclenchement d’infarctus du myocarde ; il est à l’origine d’artérites des membres inférieurs chez des sujets jeunes (le tabac est moins impatient à déclencher ce trouble) ; il est à l’origine d’accidents vasculaires cérébraux, chez les sujets jeunes (là aussi le tabac est moins impatient pour frapper). Le cannabis est à l’origine de cancers du testicule du type « germinome non séminome », cancer qui n’est pas imputé au tabac.

Ravages sur le cerveau

C’est au niveau cérébral que la comparaison est encore, et de très loin beaucoup plus défavorable au cannabis. La nicotine stimule l’éveil, l’attention, la focalisation de celle-ci sur ce qui est pertinent, elle favorise la mémorisation. Elle réduit l’endormissement au volant, elle protégerait de la maladie de Parkinson… Le THC, lui, est sédatif / psycholeptique ; il est enivrant /ébriant ; il fait mauvais ménage avec la conduite automobile, surtout associé à l’alcool. Mi-janvier, en pleine ville, à Rouen, un conducteur ayant bu de l’alcool et fumé du cannabis a projeté sa voiture sur un arbre ; des six jeunes occupants, quatre ont été tués et deux autres très grièvement blessés…. Le cannabis, au long cours, induit anxiété et dépression  avec, pour cette dernière, en embuscade, un risque suicidaire. C’est un très grand perturbateur cognitif ; il altère gravement les capacités d’éducation et d’apprentissage, que notre société, dans la compétition internationale, doit mobiliser d’une façon redoublée.

Le THC, inondant le cerveau en pleine maturation des adolescents, peut perturber très gravement celle-ci, au point d’engendrer des troubles psychotiques. Le THC  peut soit induire la schizophrénie de novo, soit la décompenser, soit l’aggraver. Il crée de plus une résistance aux traitements symptomatiques qu’on lui oppose.

Des produits autorisés guère délaissés !

Le THC est un passage commun vers d’autres toxicomanies encore plus délétères (tous les héroïnomanes sont passés par la case cannabis). Quant à prétendre, comme l’a fait le professeur Dautzenberg, que c’est l’interdiction qui crée l’attrait, on se demande s’il avait bien présent à l’esprit le désastre des drogues licites, avec le chiffre des alcoolo-dépendants (4 à 5 millions) et celui des dépendants du tabac (13 millions). Si l’on ne compte encore « que »  1 600 000 consommateurs réguliers de cannabis en France, c’est parce qu’il est interdit. Prétendre que l’inclination à la transgression, assez fréquente chez les jeunes, fait de l’interdiction du cannabis la raison de son succès, amène très logiquement à penser que sa légalisation, les incitera à pratiquer cette transgression en s’adressant alors à des drogues encore plus « dures ».

Le très mauvais exemple du contrôle du tabac

Prétendre que la légalisation du cannabis permettrait de contrôler sa vente, en l’interdisant aux mineurs (proposition avancée par les élus écologistes pour calmer les citoyens raisonnables) incite à rappeler que 70% des buralistes ne respectent pas l’interdiction de vente du tabac aux mineurs. Si, dans une démarche protectrice, le prix en était trop élevé, afin d’être dissuasif, ou si les produits proposés étaient trop faiblement dosés, fleuriraient aussitôt les produits de contrebande, vendus sous le manteau. On connait déjà trop bien tout cela, et ne cédons pas à l’invitation de réinventer l’eau tiède.

Gribouille

Le pouvoir d’accrochage du cannabis est très grand, comme en atteste son recrutement, en France, de 1 600 000 usagers réguliers, en dépit de son caractère prohibé. Constatant le recrutement énorme opéré par le tabac et par l’alcool, qui peut exclure que la légalisation du cannabis ne lui fera atteindre les niveaux de consommation de ces deux drogues licites.
Se protéger du tabac en s’abritant derrière le cannabis est une sottise, à la Gribouille, qui plongeait dans l’eau pour se protéger de la pluie.

L’urgence est d’éradiquer le tabac en renforçant son interdiction chez les mineurs, il n’est pas de leur faciliter l’accès, « par préciput et hors part », à une deuxième drogue encore plus nocive que le tabac.

 

* Professeur émérite de pharmacologie
Directeur de l’unité de neuropsychopharmacologie expérimentale associée au CNRS (1984-2008) ; directeur de l’unité de Neurobiologie clinique du CHU de Rouen (1999-2010) ;
Membre titulaire des académies nationales de Médecine  et de Pharmacie ;
Président du Centre National de Prévention, d’Etudes et de Recherches sur les toxicomanies (C.N.P.E.R.T., depuis 2007).

Le titre et les intertitres sont de la rédaction du JIM

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