Alcool, problème majeur de santé publique, cause de 41 000 décès en France

L’Académie nationale de médecine appelle les pouvoirs publics à prendre des mesures plus fortes.

Pour la première fois depuis la seconde guerre mondiale, la consommation d’alcool ne baisse plus en France. C’est une défaite majeure pour la santé publique car l’alcool en est un déterminant fondamental [1]. Pourtant, dès 2012, l’Académie mettait en garde contre le ralentissement de la baisse de consommation d’alcool en France et l’affaiblissement continu de la loi Evin sous la pression du lobby alcoolier, jusqu’à autoriser la publicité sur l’internet, support médiatique particulièrement affectionné des jeunes [2]. C’est en février 2019 que Santé Publique France [3] annonce que la consommation française d’alcool est la même en 2017 qu’en 2013 et que 30000 Français et 11000 Françaises en meurent chaque année.

L’alcool :

  • 1ère cause évitable de mortalité des 15-30 ans
  • 2ème cause évitable de décès de toutes causes et par cancers

L’alcool est la deuxième cause évitable de décès de toutes causes et par cancers, la première cause évitable de mortalité des 15-30 ans, de retard mental de l’enfant et de démence précoce, la deuxième cause d’hospitalisation médicale. Il est impliqué dans 40% des violences faites aux femmes et aux enfants et un tiers des décès par accidents de la route. Des effets coronariens (et non pas cardiovasculaires) favorables de l’alcool (et non pas du seul vin) ont permis au lobby alcoolier d’instiller le doute sur les ravages de l’alcool. Ce sera plus difficile après la revue approfondie du Lancet [4] sur les conséquences sanitaires de l’alcool. Santé Publique France [5] a lancé en mars 2019 une campagne avec un slogan « Pour votre santé, l’alcool c’est maximum 2 verres par jour, et pas tous les jours » fondé sur de nouveaux repères de consommation (maximum 10 verres par semaine, maximum 2 verres par jour, des jours dans la semaine sans consommation). Près d’un Français sur 4 de 18 à 75 ans dépasse au moins l’un de ces trois repères, plus les hommes (1/3) que les femmes (1/7) et 3,5% dépassent même les trois repères.

Une action efficace contre l’alcoolisation demandée par l’ensemble des experts et sociétés savantes.

Les analyses convergentes de l’Académie, l’OMS, l’INCA, la Cour des Comptes, la Haute Autorité de Santé, nombre d’associations et de spécialistes ont contribué à attirer l’attention de façon répétée sur la nécessité d’une action efficace contre l’alcoolisation dans un pays qui reste un des plus forts consommateurs d’alcool au monde. Nombre de modalités efficaces ont ainsi été proposées dont :

Bannir la publicité pour l’alcool suivant les principes initiaux de la loi Evin [2],

– Des indications claires, lisibles et contrastées sur les contenants :

  1. . de la quantité d’alcool en grammes,
  2. . du nombre de calories (les boissons alcooliques en sont exemptées alors que l’alcool d’un verre apporte à lui seul environ 70 calories),
  3. . que « l’alcool est dangereux pour la santé » (et non le seul excès),
  4. . pour dissuader, grâce à un pictogramme, de toute consommation la femme enceinte ou qui désire l’être,
  5. – Taxer les boissons alcooliques au gramme d’alcool,
  6. – Établir un prix minimum de vente par gramme d’alcool (comme en Écosse)

S’opposer au lobby alcoolier pour permettre la mise en œuvre d’une politique de santé efficace

Le lobby de l’alcool parvient à retarder les mesures nécessaires avec le résultat sans précédent d’une stagnation de la consommation d’alcool en France à un niveau inacceptable. A titre d’exemple, à l’instigation de l’Académie [6], l’avertissement sanitaire destiné aux femmes enceintes est obligatoire sur les étiquettes des boissons alcooliques depuis 2006.  Cependant, trop petit, difficile à trouver et à comprendre sans explications préalables, il ne remplit guère la fonction qui lui était destinée. Malgré l’enjeu de prévenir la première cause de retard mental évitable du nouveau-né et de l’enfant, les discussions pour l’agrandir et le contraster s’enlisent depuis des années face à l’opposition farouche du lobby alcoolier.

De plus, que dire de la reconnaissance de la filière viticole comme un acteur crédible de la prévention ? De la diffusion de dépliants scolaires pour les 3-6 ans sur la vigne sans parler d’alcool ni de ses effets ? De l’acharnement à favoriser la consommation de vin des femmes (So Femmes & Vin qui expliquent même la vigne aux enfants) ? D’interventions ministérielles répétées donnant au vin un rôle particulier alors qu’il représente la moitié de l’alcool consommé ? De l’extension du fonds tabac abondé par une taxe sur le tabac à l’ensemble des addictions sans la moindre participation de la filière alcool ? De la proposition parlementaire de rétablir la consommation d’alcool dans les stades ?

La majorité des Français favorables aux actions contre l’alcool

On comprend alors que plus de 3/4 des Français considèrent que les décideurs sont sous l’influence du lobby alcoolier et que 2/3 considèrent que les producteurs empêchent la mise en œuvre d’une politique de santé efficace [7]. Pourtant l’opinion des Français est très favorable aux actions courageuses (70% pour l’interdiction totale de la publicité, 58% en faveur de la taxation de l’alcool, 81% pour un étiquetage spécifique sur les risques de l’alcool et 90% trouvent insuffisante la prévention du risque alcool chez les jeunes) [7].

L’action publique est entravée par le lobby de l’alcool qui obtient régulièrement un affaiblissement des mesures existantes, et faute de mesures efficaces, la consommation d’alcool ne baisse plus en France. Malgré une analyse correcte de la situation et des mesures potentiellement efficaces, ni le Plan National de Mobilisation contre les Addictions, ni le Plan National de Santé Publique ne proposent en ce domaine les mesures à la dimension du problème. On ne peut ainsi négliger 41000 décès chaque année, que 50% des élèves de 6ème ont déjà expérimenté l’alcool, que 20% des élèves de terminale sont des consommateurs réguliers et un coût social évalué à 120 milliards d’euros par an.

Même si Joseph Reinach, député, déclarait déjà en 1911 : « L’alcoolisme est l’un des problèmes qui mettent aux prises contre l’intérêt général le plus grand nombre d’intérêts particuliers », négliger ainsi l’alcool, second déterminant de santé, est contraire aux engagements de la France dans le programme ONU/OMS contre les maladies chroniques. On ne peut en ce domaine se contenter de mesures insuffisantes.

L’Académie recommande donc de revenir à une politique basée sur les preuves et de mettre en œuvre les mesures qui ont une efficacité démontrée et reconnue. 

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Jean Costentin : « La fumette, ça rend bête, le chichon ça rend con, pétard du matin, poil dans la main, pétard du soir, trou de mémoire ! »

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Le professeur Jean Costentin était l’invité de l’association pornichétine ECLAT le samedi 23 mars, pour évoquer ses différents livres sur le fléau des drogues. Jean Costentin est docteur en médecine, pharmacien, docteur ès sciences, professeur émérite de pharmacologie à la Faculté de médecine et pharmacie de Rouen. Il a dirigé pendant 24 ans une unité de recherche associée au CNRS centrée sur la neurobiologie et la psychopharmacologie. Il promeut la devise du Centre national de prévention, d’études et de recherches sur les toxicomanies (CNPERT) qu’il préside : « S’il est important de nous préoccuper de l’état de la planète que nous léguerons à nos enfants, il l’est plus encore de nous préoccuper de l’état des enfants que nous léguerons à notre planète ».

« Le désastre des toxicomanies en France » de Jean Costentin est publié aux Éditions Docis.

Kernews : 70% des jeunes reconnaissent avoir consommé de la drogue, certains uniquement le temps d’une soirée, d’autres d’une manière plus régulière. Peut-on considérer que, pour la plupart, ce sera une expérience sans lendemain, ou doit-on craindre que cela ne constitue le début d’un processus d’addiction pour une majorité d’entre eux ?

Jean Costentin : L’expérimentation n’est évidemment pas un drame en soi, mais c’est une prise de risque car nul ne se connaît tant qu’il n’a pas essayé et cela peut l’amener à y renoncer à tout jamais, ou à devenir un usager très erratique, ou bien à être accroché très vite. Il y a des drogues, comme la cocaïne, qui accrochent très vite car deux ou trois usages peuvent se transformer en une dépendance dont on est incapable de se débarrasser. Le cannabis est la première drogue illicite qui apparaît sur la liste et il faut savoir que 20% de ceux qui l’essaient vont s’y accrocher et deviendront dépendants. Mais regardons aussi cette drogue licite qu’est le tabac, qui a pris 13 millions de nos concitoyens dans les mailles de son filet. Le tabac est à l’origine de 79 000 morts chaque année, c’est-à-dire 216 morts par jour.

Je vous interroge sur la drogue et vous bifurquez sur le tabac…

Mais le tabac est une drogue ! Ce n’est pas parce qu’elle est licite que ce n’est pas une drogue. Un sujet qui consomme du tabac devient accro et perd toute indépendance vis-à-vis de sa capacité d’en prendre ou non. Il y a des usages de l’alcool qui en font une drogue et même une drogue très dure. Si un sujet alcoolique – cela concerne un million de personnes en France – veut arrêter subitement sa consommation d’alcool, ses jours seront en danger. Relisez Zola, Gervaise, Coupeau, l’alambic… Le jour où il est incarcéré, n’ayant plus son alcool, il fait un delirium tremens dont il va mourir. Il y a des usages de l’alcool qui en font une drogue très dure et, si le sujet arrête brutalement sa consommation, par le jeu de crises d’épilepsie qui se soudent les unes aux autres, on en arrive à mourir. C’est pour cela que l’arrêt de l’alcool doit être géré en milieu hospitalier.

Certes, il ne s’agit pas de nier la dangerosité du tabac et d’encourager sa consommation mais, par rapport à l’héroïne ou au cannabis, ses effets sur le cerveau ne sont pas les mêmes car la personne reste productive sur le plan intellectuel…

Je suis d’accord avec vous, il n’y a pas de toxicité psychique du tabac, il y a une toxicité physique. Pour l’alcool, il y a une toxicité psychique et physique. Mais on ne peut pas défendre le tabac, car on appelle drogue douce une drogue qui fait quand même 79 000 morts par an ! Il y a les morts et toutes les pathologies qui vont pourrir la vie des individus. Le tabac est la première cause de mort évitable.

On observe que le comportement des usagers de cannabis change progressivement, que leur manière de raisonner n’est plus la même et cela a des conséquences sur leur vie professionnelle. Qu’en pensez-vous ?

Les jeunes Français sont les premiers consommateurs de cannabis dans l’Union européenne. C’est grave, parce qu’il y a une toxicité physique qui n’est pas négligeable. Pourquoi la France, qui est parmi le pays au monde qui consacre le plus de moyens à l’éducation de ses enfants, est-elle très mal payée en retour lors des concours internationaux comme le classement Pisa ? J’affirme que si l’on parvenait à éradiquer le cannabis de tout l’espace éducatif, mécaniquement, nous gagnerons au moins 15 rangs au classement Pisa, où nous sommes actuellement vingt-sixième… En clair, la fumette, ça rend bête, le chichon ça rend con, pétard du matin, poil dans la main, pétard du soir, trou de mémoire ! Le cannabis est un très grand perturbateur de la faculté d’apprendre et de retenir. On dira la même chose pour l’alcool et il n’est pas facile d’apprendre lorsque l’on est dans un état d’imprégnation alcoolique. Quand on a bu de l’alcool, l’alcool disparaît en quelques heures. Or, lorsque l’on fume du cannabis, il faut des jours et des jours pour que son effet disparaisse. Même chez un consommateur régulier de cannabis, lorsqu’il arrête subitement sa consommation, on en retrouve encore au bout de huit semaines dans ses urines. Le cannabis est une drogue longue qui s’accumule pendant des semaines dans les graisses de l’organisme et du cerveau, qui est un organe extrêmement riche en graisses.

Pourquoi cherche-t-on à entraîner la société française vers ce phénomène de crétinisation généralisée ?

Je ne sais pas si on le cherche, mais on le trouve ! L’Observatoire européen des drogues et des toxicomanies vient d’adresser un carton rouge à la France pour l’absence criante de toute pédagogie à cet égard. Le seul débat, c’est sur la dépénalisation ! Avant d’aborder ce genre de questions, il faudrait peut-être armer les jeunes Français et leurs parents, la société civile dans son ensemble, sur les méfaits de cette drogue. On engage un débat sur la légalisation, alors que l’on n’a pas encore posé les problèmes de la dangerosité ! Il y a un pays qui est exemplaire à cet égard, c’est la Suède, qui a découvert les méfaits du cannabis dans les années 70 et qui montre sa responsabilité dans cette pathologie psychiatrique majeure et irréversible qu’est la schizophrénie. Face à cela, la Suède s’est dotée d’une législation, qui est aussi sévère que la nôtre. Mais, la différence, c’est qu’elle est respectée. En France, cette loi n’a pas été justifiée, alors qu’une loi a besoin d’une justification. Là où il y a une pédagogie, il y a la possibilité d’agir, mais cette pédagogie n’existe pas en France.

Tout le monde sait que le cannabis est destructeur pour la santé mentale, qu’il fait perdre de la mémoire et qu’il a des effets délétères en termes de productivité intellectuelle… Est-ce par rejet de l’autorité que l’on n’écoute pas les experts ?

Il y a de cela. Actuellement, on cultive la mise en cause de ce qu’annonce la science et on voit des campagnes contre les vaccinations qui vont à l’opposé de toutes les données dont on dispose. Dostoïevski disait que « Dieu est mort, tout est permis », or même la science est en train d’être mise en doute… Ceux qui ont fait l’effort d’en apprendre plus que d’autres pour essayer d’aider les autres à savoir sont tenus en dérision. Il est beaucoup plus facile de rejeter d’un revers de main ce qui dérange, que de s’appliquer à apprendre et comprendre. Je crains que ce ne soit un phénomène qui se développe de façon importante, en France en tout cas.

Évoquons maintenant la cocaïne, la drogue des puissants et des riches, celle des avocats, celle des politiques, celle des artistes… Il y a même eu un président de la République qui en prenait régulièrement et qui en avait besoin ! Comment peut-on concilier l’exercice de très hautes fonctions avec la consommation de cocaïne ?

J’avoue que cela m’inquiète énormément d’imaginer, si j’adhère à ce que vous évoquez, que l’on puisse avoir la maîtrise du bouton nucléaire et que l’on soit par ailleurs accro ! À un certain âge, on a besoin d’une façon quasi quotidienne de la cocaïne et il est tout à fait inquiétant d’imaginer les perturbations psychiques que cela peut engendrer. Cette cocaïne est de plus en plus inquiétante. Les pays de la Cordillère des Andes ont une production croissante, l’Amérique est en train de mieux étanchéifier ses frontières et cette drogue part maintenant vers l’Afrique, elle nous arrive avec une abondance redoublée. Il y a une forme de cocaïne qui n’est plus le chlorhydrate qui se sniffe, qui se boit ou qui s’injecte, mais qui se fume : c’est le crack, qui coûte moins cher et qui met cette cocaïne à la portée des gamins. Dans ma région de Rouen, un addictologue suit une cohorte de 50 gamins de 12 à 15 ans qui se sont déjà fait piéger avec du crack. Ce crack arrive au niveau du poumon, passe rapidement dans le sang, arrive au cerveau et déclenche une forme de shoot qui ressemble à ce que ressent celui qui s’injecte de l’héroïne par voie intraveineuse. Cette cocaïne est devenue moins chère et celui qui essaie deux à trois fois le crack peut être irrémédiablement prisonnier de cette drogue. Actuellement, nous ne disposons d’aucun moyen de faire rompre un sujet dépendant à la cocaïne.

Le crack, c’est la cocaïne du pauvre, mais évoquons la cocaïne du riche, celle qui est consommée par des politiques ou des grands patrons. On vous répond toujours que c’est pour tenir et pouvoir travailler de six heures à minuit…

C’est vrai, mais, comme ils sont dépendants, s’ils sont en manque, ils ont une perte énorme de toutes leurs capacités. Mais c’est vrai aussi pour le tabac puisque tel sujet qui voit son taux de nicotine baisser n’a de cesse que de remettre de la nicotine dans le système. Sinon, il entre dans un état de morosité et de ralentissement psychique qui confine à un état de type dépressif. Avec la cocaïne, c’est beaucoup plus net.

L’addition se paie au moment de la vieillesse, avec notamment le développement de la maladie d’Alzheimer…

Absolument, puisque ce sont des drogues psychotoxiques, mais aussi neurotoxiques. On sait également que l’on recrute parmi les alcooliques un nombre d’Alzheimer bien plus important qu’une population qui s’abstient de l’alcool. Il faut aussi  parler des produits de substitution, qui constituent une véritable préoccupation. L’héroïnomane, on essaie de le faire rompre avec son comportement injecteur, alors on lui donne une drogue, la méthadone ou le Subutex, et cela amène le sujet à renoncer aux injections d’héroïne. Mais il est toujours sous l’influence de ces morphiniques ! Il se sent moins bien et il se met à tricher et à s’injecter de la Buprénorphine. Un tiers des sujets à qui le produit est prescrit, pour le faire rompre avec son comportement injecteur, s’injecte de la Buprénorphine. En plus, en allant voir plusieurs médecins prescripteurs et plusieurs pharmaciens, il va se constituer une provision de produits, ce qui va lui permettre de les revendre à des jeunes Français qui n’avaient pas encore pris le chemin des morphiniques. Avec l’argent qu’il va retirer de cela, il retourne à sa chère héroïne… Donc, sous prétexte de faire de la réduction de risques, on met à sa disposition le Subutex qu’il va détourner en allant le revendre à des jeunes qui découvrent le chemin de l’héroïne. On marche sur la tête et cela coûte extrêmement cher à la collectivité.

Évoquons l’alcool, c’est un produit dont on peut éviter d’être dépendant lorsque l’on boit modérément. Mais quelle est la définition d’une consommation modérée ?

Il y a la consommation festive, avec modération, qui ne doit pas dépasser trois verres de vin dans une même occasion, trois verres chez l’homme et deux verres chez la femme. Avec cet usage, l’alcool est un produit parfaitement acceptable au plan sanitaire. Ce n’est pas comme le tabac, il y a toute une graduation possible. Notre Académie de médecine dit que l’on est dépendant dès que l’on est incapable de se passer de toute boisson alcoolique, y compris le cidre et la bière, un jour par semaine. Dans ce vivier, qui représente quatre à cinq millions d’individus, un million d’entre eux dépassent franchement la mesure. L’alcoolique est un malade qui mérite notre compassion et ce mot ne doit pas recouvrir le moindre caractère péjoratif. Pour certains, c’est du 2 à 6 litres par jour, avec tout un tas de problèmes comme la marginalisation, la rupture familiale ou la rupture professionnelle. Il y a la cirrhose hépatique, les destructions neuronales qui vont avec et une empreinte forte sur la maladie d’Alzheimer.

Pour terminer sur une note optimiste, plusieurs études indiquent qu’après quelques décennies, lorsque l’on arrête totalement de fumer, il n’y a plus aucun effet sur le corps humain. Est-ce la même chose pour l’alcool et les drogues ? Le corps humain a-t-il la faculté de se régénérer ?

Je suis tout à fait d’accord s’agissant de l’alcool. Le fait d’arrêter la consommation de tabac et d’alcool permet de s’éloigner des risques multiples. Pour le cannabis, c’est presque la même chose et un jeune qui arrête complètement sa consommation pendant les grandes vacances va retrouver les aptitudes qui étaient les siennes. Néanmoins, une étude américaine indique que chez un sujet qui a fumé du cannabis pendant une vingtaine d’années, la perte de quotient intellectuel est d’environ 9 points et qu’elle n’est pas récupérable. En plus, si cela a déclenché une schizophrénie, il faut savoir que c’est une maladie dont on ne guérit jamais. Si le sujet schizophrène continue sa consommation de cannabis, il va avoir une résistance au traitement aux anti-psychotiques et cela va aggraver la fréquence des troubles. Avec les morphiniques, il semble que l’on puisse espérer une restitution intégrale, mais il y aura une très grande vulnérabilité à cette drogue. C’est vrai aussi pour le fumeur qui arrête : il ne doit surtout pas se rapprocher du tabac, y compris pour un usage exceptionnel, car le processus peut recommencer. Le sujet qui a eu la chance, ou la force, de se détacher d’une drogue doit en demeurer éloigné sans aucune exception, car il présente une vulnérabilité à retomber dans ses errements.

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Alcool et tabac : les Français davantage au fait des dommages sanitaires

  • alcool tabac
Crédit Photo : PHANIEZoom

Selon la dernière enquête de l’Observatoire français des drogues et des toxicomanies (OFDT) sur les perceptions des produits, des politiques publiques et des usagers, près d’un Français sur deux (49 %) considère que l’expérimentation ou la consommation occasionnelle de tabac constitue un usage nocif pour la santé. Ce taux, calculé à partir d’un échantillon de 2 001 adultes de 18 à 75 ans, a plus que doublé depuis la première édition de cette enquête en 1999, où il s’établissait à 22 %.

En ce qui concerne l’alcool, une évolution similaire mais plus lente est également observée, puisque 10 % des personnes interrogées en 2018 estiment que sa consommation est nocive dès l’expérimentation, contre 6 % en 1999, lors de la première édition de l’enquête de l’OFDT.

Cette modification de la perception s’accompagne d’un « renforcement de l’approbation de l’objectif de réduction de l’accessibilité du tabac et de l’alcool, ainsi que de la visibilité des produits alcoolisés », précisent les auteurs.

Il reste toutefois une marge de progression en matière de représentation sociale de l’alcool et du tabac. Ces deux substances sont considérées comme des drogues par respectivement 24 et 22 % des personnes interrogées. Des taux qui n’ont que peu varié depuis 1999.

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Une étude universitaire juge nécessaire d’interdire toute publicité pour l’alcool

Une interdiction totale de la publicité pour l’alcool est nécessaire d’un point de vue de santé publique, selon une étude menée à l’université de Gand pour le compte de la politique scientifique fédérale (Belspo) et relayée mercredi par le journal De Morgen.

Les chercheurs ont comparé les conséquences de la publicité pour l’alcool dans différents pays européens. Dans un second volet, l’étude a sondé aussi bien l’industrie des boissons alcoolisées que le secteur de la santé sur le type de régulation qu’ils percevaient comme la meilleure. « La France est plus sévère que la Belgique. Malgré la crainte d’un bain de sang économique, elle avait déjà choisi en 1991 de ne plus autoriser des marques d’alcool à sponsoriser des évènements sportifs », rappelle le chercheur Ruben Kramer.

« La Coupe du monde de football 1998 en France a montré que les places vacantes avaient immédiatement été occupées par d’autres entreprises. » En Belgique, il existe une convention en matière de publicité et de commercialisation des boissons contenant de l’alcool signée par les différentes parties prenantes. Le Jury d’Ethique publicitaire (JEP) veille au respect de ce code de bonne conduite et peut, le cas échéant, imposer des amendes en cas d’infractions. Mais, selon les chercheurs, cela ne fonctionne pas car l’aspect santé publique serait à peine pris en compte.

« Le JEP est un organe d’auto-régulation de l’industrie. Ce n’est pas dans son intérêt de protéger la santé publique », estime Ruben Kramer. Du côté de l’Union belge des annonceurs (UBA), on juge toutefois une interdiction totale naïve: « si on veut vraiment interdire quelque chose, alors interdisons le produit ». La ministre de la Santé publique, Maggie De Block (Open Vld), n’est pas non plus très enthousiaste à l’idée d’une interdiction totale.

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Alcool : une association démonte les méthodes des lobbies

Désinformation, contournement de la loi, publicités déguisées, campagnes sur les réseaux sociaux… Dans un rapport au vitriol, l’Association nationale de prévention en alcoologie démonte, pièce par pièce, la stratégie des lobbies des vins et spiritueux.

Alcool : une association démonte les méthodes des lobbies

L’Association nationale de prévention en alcoologie et addictologie (Anpaa) a publié, le 18 avril 2019, le deuxième rapport de son Observatoire sur les pratiques des lobbies de l’alcool.

Une par une, ce texte dévoile les stratégies déployées au cours de l’année 2018 par les producteurs de vin et d’alcools forts. Des stratégies « payantes » selon l’Anpaa puisqu’elles ont abouti à ce que les alcooliers soient associés à l’élaboration de la politique gouvernementale de prévention en matière de consommation d’alcool.

Ces lobbies alcooliers, qui se présentent comme « des acteurs de prévention », sont pourtant dans une situation de conflit d’intérêts évidente. « Confier une politique de réduction du risque alcool à des acteurs dont l’intérêt économique est de vendre le plus possible est nécessairement antinomique », souligne l’Anpaa.

Son rapport détaille les multiples manœuvres mises en œuvre pour minimiser les risques de l’alcool et du vin, en particulier « données statistiques incomplètes, vision biaisée de la réalité des dommages liés à la consommation d’alcool en France, mesures non contraignantes reposant uniquement sur la bonne volonté des acteurs… ». Alors que l’alcool est la deuxième cause de mortalité évitable dans notre pays.

L’Anpaa revient également sur les publicités en faveur de l’alcool largement diffusées pendant la Coupe du monde de football 2018, photos à l’appui. Des publicités qui contournent la loi Evin.

L’association dénonce aussi le recours à des influenceurs sur des réseaux sociaux comme Instagram, des jeunes pris en photo un verre à la main. Pour l’Anpaa, il s’agit tout simplement de publicités indirectes qui « ne sont pas en conformité avec la loi Evin, non seulement du fait de la présence de consommateurs mineurs, mais aussi de l’absence du message sanitaire obligatoire. »

Ce lobbying intense influe également les décisions politiques au niveau européen, puisqu’une tentative d’amélioration de l’étiquetage des bouteilles d’alcool (par exemple sur la teneur en sucre) a récemment échoué.

Au final, l’Anpaa conclut son rapport en espérant « que la campagne de prévention lancée en mars 2019 par Santé publique France permettra de déconstruire les idées reçues, malheureusement encore très présentes, et aidera les Français à réduire les risques liés à une consommation parmi les plus élevées au monde ». 

Pour rappel, le message des autorités sanitaires sur l’alcool : « Maximum 2 verres par jour, pas tous les jours ».

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Alcool: les mécanismes du cerveau qui peuvent vous entraîner vers l’addiction

Ce lundi, Maïtena Biraben recevait Michel Reynaud, addictologue, président du Fond Actions Addiction. Il a notamment expliqué les mécanismes du cerveau qui peuvent faire sombrer une personne dans l’alcoolisme.

Alcool : même après des semaines d’abstinence, les lésions cérébrales perdurent

Des examens d’IRM menés par des scientifiques ont montré que certaines zones du cerveau continuent à se dégrader même après une abstinence totale chez les gros consommateurs d’alcool. Cette découverte réfute la croyance actuelle selon laquelle les changements dans le cerveau commencent à se normaliser immédiatement après l’arrêt de la consommation d’alcool.

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Une consommation régulière et excessive d’alcool peut non seulement être responsable de cancers, maladies cardiovasculaires et digestives mais aussi de troubles cognitifs sur le long terme. Les personnes concernées peuvent par exemple présenter une altération de la mémoire, des capacités de planification, d’attention et de prise de décisions, sachant que plus la consommation d’alcool commence à un âge précoce, plus la détérioration du cerveau est importante. Un travail de l’Institut des neurosciences d’Alicante et de l’Institut central de la santé mentale de Mannheim (Allemagne) a permis de découvrir comment les dommages dans le cerveau perdurent les jours suivants malgré des semaines d’abstinence.

La recherche souligne en effet que six semaines après l’arrêt de l’alcool, des modifications au niveau de la substance blanche du cerveau ont encore lieu, comme l’ont révélé des examens de neuro-imagerie. Ces derniers ont été réalisés auprès de 90 patients âgés de 46 ans en moyenne hospitalisés dans le cadre d’un programme de désintoxication, et ce pendant leur période d’abstinence avérée. Les scientifiques ont ensuite comparé les résultats de ces analyses à ceux d’un groupe témoin composé de 36 hommes âgés de 41 ans en moyenne sans problème d’alcool. « Jusqu’à présent, personne ne pouvait croire qu’en l’absence d’alcool, les dommages au cerveau progresseraient », expliquent-ils.

Une région cérébrale liée à la mémoire est touchée

Les dommages observés pendant le début de la période d’abstinence, période critique en raison du taux élevé de rechutes, touchaient principalement l’hémisphère droit et la région frontale du cerveau. Une découverte qui met à mal l’hypothèse selon laquelle les changements structurels causés par une trop grande consommation d’alcool sont «effacés» après son arrêt. « Les altérations sont plus intenses dans le corps calleux et la fimbria. Le corps calleux est lié à la communication entre les deux hémisphères. La fimbria contient les fibres nerveuses qui assurent la communication entre l’hippocampe, fondamental pour la formation de la mémoire, le noyau accumbens et le cortex préfrontal », ajoutent les chercheurs.

Or, le noyau accumbens fait partie du système de récompense du cerveau tandis que le cortex préfrontal est fondamental dans la prise de décision. Les chercheurs souhaitent maintenant caractériser de manière précise et indépendante les processus inflammatoires et dégénératifs liés à la consommation d’alcool. Ils espèrent ainsi mieux comprendre comment évoluent les lésions cérébrales induites par l’alcool au cours de cette période d’abstinence précoce (2 à 6 semaines) chez les personnes ayant des problèmes de dépendance. A noter que Santé publique France recommande un maximum de dix verres par semaine, dont maximum deux verres par jour et des jours sans consommation.

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