L’âge d’apparition de la schizophrénie est plus précoce en cas de toxicomanie

On sait que le pronostic évolutif de la schizophrénie est d’autant moins favorable que l’apparition de cette psychose est plus précoce. Or l’actuel accroissement mondial des addictions à certaines substances (cannabis, amphétamines, cocaïne) peut susciter une avancée de l’épisode « inaugural » de schizophrénie, donc aggraver son profil évolutif, puisque ces drogues constituent des facteurs de risque avérés en termes de psychopathologie. Ce danger est confirmé à nouveau par une étude réalisée à l’Université d’Australie Occidentale (à Perth) sur une population de 167 patients schizophrènes, répartis en quatre groupes, en fonction de leurs antécédents en matière de toxicomanie durant l’année précédant l’apparition de la symptomatologie psychiatrique :

  • Aucune addiction (65 sujets) ;
  • Addiction au cannabis : (68 sujets) ;
  • Addiction mixte au cannabis et aux amphétamines (25 sujets) ;
  • Addiction mixte à la cocaïne et au cannabis ou aux trois drogues associées : cocaïne + cannabis + amphétamines (9 sujets).

Une analyse de variance a été réalisée pour analyser les modalités statistiques et un modèle de régression linéaire a évalué comment la consommation de chaque type de drogue peut représenter un facteur prédictif de l’âge d’entrée dans la psychose. Les auteurs observent, à l’entrée (diagnostiquée) dans la schizophrénie, un âge moyen de :

  • 23,34 ans (déviation-standard = 6,91 ans), chez les sujets ne consommant aucune drogue ;
  • 22,51 ans (déviation-standard = 5,27 ans), chez les consommateurs exclusifs de cannabis ;
  • 20,84 ans (déviation-standard = 3,48 ans), chez les sujets consommant à la fois du cannabis et des amphétamines ;
  • et 19,56 ans (déviation-standard = 3,54 ans), en cas d’association simultanée de cocaïne et de cannabis ou des trois substances à la fois (cocaïne + cannabis + amphétamines). Et la variation observée dans ces moyennes se révèle statistiquement significative (p=0,008).

Confirmant donc que les consommations d’amphétamines ou/et de cocaïne aggravent le risque de psychose lié à l’usage du cannabis, en avançant encore (en moyenne de 1,2 ans) l’âge d’apparition des premiers troubles psychiatriques, cette étude rappelle ainsi qu’en matière de drogues également, « un train peut en cacher un autre », car la consommation de cannabis peut préluder à celle de substances ou d’associations encore plus dangereuses.

Dr Alain Cohen

Brian D Power & col.: “Does accumulating exposure to illicit drugs bring forward the age at onset in schizophrenia?” Australian & New Zealand Journal of Psychiatry 47(1) 51–58.

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Les collégiens sensibilisés aux addictions

La gendarmerie nationale, service public de proximité, agit avec le souci permanent de lutter efficacement contre la délinquance.

Parallèlement au développement d’une stratégie répressive visant au démantèlement des réseaux de distribution de produits stupéfiants, il est apparu indispensable d’agir en amont en renforçant les actions de prévention pour mieux informer.

Limiter les addictions

Le gendarme, en contact permanent avec la population, est très bien placé pour tenter d’éviter ou retarder le risque de consommation de drogue. La gendarmerie dispose dans ses unités de spécialistes ayant reçu une formation approfondie, les Formateurs relais anti drogues (FRAD). Ces militaires vont concrètement diffuser une information aux adultes concernés (parents d’élèves, enseignants, élus, chefs d’entreprises, etc.) afin que l’image qu’ils se font de la drogue soit moins anxiogène. Avec les enfants et les adolescents, le formateur tout en effectuant un rappel à la loi va, par l’information et le dialogue, leur apporter des éléments qui les aideront à être capable de dire « non » et ainsi limiter les addictions.

Dernièrement, au sein même de son établissement M. Maubert, principal du Collège Jean-Rous avait invité les parents d’élèves, mais aussi des écoles primaires environnantes, à débattre de cette problématique avec le lieutenant Vasseur, commandant la brigade de gendarmerie de Bompas et formateur relais anti-drogues depuis 2003. Ce dernier était épaulé par l’adjudante Capdeville de la Brigade de Prévention de la délinquance juvénile (BPDJ) du groupement de gendarmerie des Pyrénées-Orientales qui a pu apporter son expérience dans le cadre de ce débat axé sur la toxicomanie, les produits stupéfiants et le rappel à la loi.

Très intéressée par les informations diffusées, l’assistance est repartie mieux informée pour détecter les éventuelles dérives de leurs enfants et surtout sensibilisée aux diverses tentations qu’encourent ces derniers. Il est rappelé que la consommation peut être punie par le code de la santé publique. Source

Le forum des Ados et les addictions

Quelques effets de la consommation de drogue et d’alcool :

  • Difficultés de concentration, difficultés scolaires ;
  • Préoccupations centrées sur l’obtention et la consommation du produit, isolement social et perte de motivation ;
  • Risques pour l’usager et son entourage, liés aux contacts avec des circuits illicites pour se procurer le produit ;
  • Chez certaines personnes vulnérables, le cannabis peut engendrer ou aggraver un certain nombre de troubles psychiques comme l’anxiété, la panique et favoriser la dépression. Il peut aussi provoquer l’apparition d’une psychose cannabique : il s’agit d’une bouffée délirante qui nécessite une hospitalisation dans un service spécialisé. Le cannabis est également susceptible, chez les sujets prédisposés, de révéler ou d’aggraver les manifestations d’une maladie mentale grave, comme la schizophrénie.
  • La consommation régulière d’alcool augmente le risque de cancers (notamment de la bouche, de la gorge, de l’œsophage, entre autres). La consommation régulière quand elle est excessive (ou au-delà des seuils de 2 à 3 verres par jour), augmente le risque de nombreuses autres pathologies : maladies du foie (cirrhose) et du pancréas, troubles cardiovasculaires, hypertension artérielle, maladies du système nerveux et troubles psychiques (anxiété, dépression, troubles du comportement).

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Le Dr Gilles Lecoq délégué au sein de la MILDT

gilles-lecoqLe poste de délégué au sein de la Mission interministérielle de lutte contre la drogue et la toxicomanie (MILDT) a été officiellement confié à Gilles Lecoq, suite à la publication d’un arrêté paru au Journal officiel (JO) du 13 janvier. La MILDT, présidée depuis septembre 2012 par Danièle Jourdain-Menninger (lire notre sujet du 12/09/2012), avait annoncé dès le 15 janvier cette nomination (lire notre synthèse du 04/02/2013).

Gilles Lecoq a mené une première carrière de pédiatre, avant de passer le concours de l’École nationale d’administration (ENA). Chargé de mission auprès du sous-directeur du système de santé et de la qualité des soins, puis chef de ce bureau à la Direction générale de la santé (DGS) du ministère des Affaires sociales en 1995, il a conseillé le secrétaire d’État à la Santé et à la Sécurité sociale Hervé Gaymard en 1996.

Chargé de mission puis directeur adjoint de la direction générale des laboratoires et des contrôles de l’Agence du médicament en 1998-1999, il part ensuite, en 1999, comme directeur du département de l’information, de la recherche, de l’évaluation et de la qualité à l’Assistance publique – Hôpitaux de Paris (AP-HP). Il conseille le ministre de la Santé, Jean-François Mattei en 2002, avant de rejoindre l’IGAS.

Conseiller technique, chargé de la mise en œuvre des plans d’alerte et des programmes de prévention, et des questions liées à la maladie d’Alzheimer, au cabinet de la secrétaire d’État aux Personnes âgées Catherine Vautrin en 2005, il a aussi travaillé avec le ministre de la Santé et des Solidarités, Xavier Bertrand, puis avec son successeur, Philippe Bas.

Manifeste contre l’expérimentation de salles d’injections de drogues

Présentation du Manifeste contre l’expérimentation de salles d’injections de drogues aux toxicomanes supervisées par des personnels médicaux et financées par l’Etat le mardi 12 mars 2013

ÉCRIT PAR COLLECTIF POUR LA PRÉVENTION DES TOXICOMANIES | 07 MARS 2013

altEn présence des professeurs Jean Costentin et Henri Joyeux, les membres du Collectif pour la Prévention des Toxicomanies présenteront leur Manifeste contre l’expérimentation de salles d’injections de drogues aux toxicomanes supervisées par des personnels médicaux et financées par l’Etat.

Ils évoqueront avec vous leur demande faite au Premier Ministre, Jean-Marc AYRAULT, de renoncer à ce projet qui ne peut représenter une priorité de santé ni une urgence pour alourdir les dépenses publiques.

D’anciens toxicomanes se joignent à eux et pourront témoigner.

La gravité d’un tel projet a suscité un profond émoi dans le monde associatif investi depuis de nombreuses années dans la prévention des toxicomanies. Ce Collectif pour la Prévention des Toxicomanies est né de la décision de plusieurs associations qui veulent faire entendre leur voix dans le débat sur l’expérimentation de salles d’injections dont elles sont exclues. Ce collectif, dont la liste des associations figure en bas du document, est apolitique et aconfessionnel. Il est donc libre de toute attache politique et de toute pression de lobbying.

De quel débat s’agit-il ?

Malgré l’opposition de l’Académie de Médecine (5/02/2013), malgré l’opposition du Conseil National de l’Ordre des Médecins (15/01/2013), malgré l’opinion des Français, malgré l’avis des riverains et contre toute logique sécuritaire et médicalisée, la première salle d’injection de drogues aux toxicomanes avec supervision médicalisée, dite « salle de shoot » vient d’être autorisée à Paris.

D’après les informations filtrées elle serait située près de la Gare du Nord et fonctionnerait 35 heures par semaine. Que feront les toxicomanes durant les 133 heures restantes ? Les toxicomanes doivent-ils respecter les heures de bureau, alors que le danger est plus important la nuit, moment anxiogène pour ce public marginalisé ?

Quelle sera l’identification du produit que le toxicomane s’injectera ? Quelles seront les responsabilités des professionnels d’encadrement et des pouvoirs publics en cas de complications médicales ou de mort ?

Pour souligner ces paradoxes et incohérences, 14 associations familiales et de prévention se sont regroupées en un collectif, qui publie un manifeste contre l’expérimentation des salles d’injections de drogues aux toxicomanes supervisées par des personnels médicaux et financées par l’Etat. Une mise en garde que le Collectif vient d’envoyer au Premier Ministre Jean-Marc AYRAULT.

Une situation à haut risque pour les médecins

Qui supervisera les drogues de la rue ? Le Professeur Jean Costentin, membre de l’Académie de médecine et Président du Centre National de Prévention, d’Etudes et de Recherches sur les Toxicomanies (CNPERT) met l’accent sur un aspect légal et juridique et s’interroge : « Pourquoi ce qui est interdit à l’extérieur est autorisé à l’intérieur ? Quel sera le rôle des médecins. Superviser l’injection de « drogues de la rue », des produits loin d’avoir une qualité médicamenteuse, posera forcement des difficultés. L’héroïne vendue couramment dans la rue n’est composée que de 30 à 40 % d’héroïne pure que l’on trouve noyée dans  de nombreuses substances de dilution. Alors quel médecin accepterait de superviser l’administration d’un produit qu’il sait foncièrement impur ? Et par la suite, cette question en appellera une autre : lorsque le corps médical se rendra compte qu’il est impossible de superviser ces administrations de drogues impures, que feront-ils ? Les salles de shoot finiront-elles par fournir elles-mêmes de la drogue de bonne qualité ? Et, puisque l’on vient avec sa drogue, on ne peut s’opposer à ce qu’elle s’acquiert à l’extérieur, d’où un élargissement du périmètre de non droit. J’ajoute qu’on ne soigne pas une maladie en administrant les produits qui l’ont déclenchée.« 

A contresens de l’opinion et du bon sens

Si d’une manière générale, les Français se sont prononcés contre les salles de shoot à 55% (sondage IFOP 13/09/2012), le Collectif pour la Prévention des Toxicomanies milite, de son côté, pour une véritable politique préventive. Il souhaite réduire la demande et autant les trafics. Le Collectif s’étonne que toutes ces associations de prévention et de familles qui travaillent au quotidien ne soient pas entendues, écoutées ou tout simplement consultées. Alors que, comme le constate Françoise Camus, Présidente de l’Association Phare Familles Face à la drogue : « Les association d’usagers de drogue sont largement prises en compte et financées, alors que les associations familiales sont exclues du débat. D’une manière générale, les associations de prévention ne sont pas assez soutenues financièrement, alors que celui d’associations d’usagers est prépondérant. La politique actuelle repose trop sur la réduction des risques, qui pèse lourd en termes de coût. Si elle doit faire partie intégrante de la prévention, elle ne doit pas être prioritaire.« 

Une mesure qui se chiffre en millions d’euros

N’y a-t-il pas, en cette période de rigueur budgétaire, d’autres priorités de santé publique à privilégier (fermeture de maternités, sous-effectif des personnels de soins…) ? Le Professeur Jean Costentin, a fait une estimation du coût pour l’Académie de Médecine. Cette mesure risque de coûter plus de 200 millions d’euros si les métropoles de la France entière devaient en être équipées. C’est donc un enjeu de plusieurs millions d’euros.

Pourquoi créer de nouvelles structures ?

Il existe déjà plus d’un millier de salles ou structures d’accueil en France dédiées à la toxicomanie. Notamment les 850 CSAPA (Centre de soins d’Accompagnement et de Prévention en Addictologie), présents partout en France. Des centres médico-sociaux, gérés par des établissements publics de santé (hôpitaux) ou par des associations. Les 140 CAARUD (Centres d’Accueil et d’Accompagnement à la Réduction des risques pour Usagers de Drogues). Des structures réparties sur l’ensemble du territoire. Financées par l’assurance maladie, elles accueillent gratuitement les usagers en vue de réduire les risques et les dommages sanitaires ou sociaux liés à la prise de drogues.

Plus de mille structures à disposition ouvertes en semaine auxquelles il faut ajouter les centres et les bus Méthadone, les 150 000  « bénéficiaires » de la Buprenorphine à haut dosage (« Subu »), les services des Centres Hospitaliers Généraux, les lits addictions des CHU et des hôpitaux psychiatriques, les cliniques spécialisées, les associations, les maraudes, le SAMU social, le Secours catholique, la Croix Rouge, etc… Pourquoi ne pas les utiliser au titre de la prévention et de l’encadrement, voire de la désintoxication ? Quel est le coût global d’un tel dispositif existant ?

Et la santé des jeunes ?

Pour le Professeur Henri Joyeux, cancérologue et Président de la Fédération Nationale Familles de France, il est question de la santé des jeunes : « Aux jeunes atteints de cancers, qui arrivent dans nos services on pose deux questions essentielles : est-ce que tu te drogues ? Es-tu atteint d’hépatite B ou du sida ? Ils répondent toujours non, quitte à aller à l’encontre du traitement lourd qu’impose leur maladie. Et au lieu de les soigner, ils sont emportés en 6 mois. »

Le Collectif est constitué des associations suivantes :

CNPERT (Centre National de Prévention, d’Etudes et de Recherches en Toxicomanie)

Fédération des Familles de France

FNAPT (Fédération Nationale des Associations de Prévention des Toxicomanies) regroupant : Stop à la Drogue – Le Phare Familles face à la drogue  – Vigilance – Pour une Jeunesse sans Drogue – APT 85 – ADELT 89 – CO.MEN.CA.76 – CNID 32 – Marilou – PHARE Enfants-Parents

La Lettre du CNPERT de Février 2013

Vous pourrez lire notamment :

  • L’ambivalence –Une caractéristique essentielle de l’alcool. par le Professeur Bernard Hillemand
  • Le cannabis en Suède par le Dr. A.-J. Fabre
  • Nouvelles drogues illicites sur le marché : Une inflation « galopante » !par le Pr. Jean-Pierre Goullé

Cliquez sur La Lettre du CNPERT N°21 pour télécharger la Lettre de Février 2013

Bruxelles, plaque tournante de la drogue ?

Le député Fouad Ahidar (SPA) a interrogé Charles Picqué sur le rôle de la capitale dans le trafic de stupéfiants. Suite à un rapport européen alarmant…

Le Centre européen de contrôle des drogues et de l’addiction a publié, fin janvier, un rapport sur les marchés de la drogue en Europe.

On peut notamment y lire que “la Belgique est un centre de distribution d’héroïne et de cocaïne en Europe; qu’elle remplit, avec les Pays-Bas, un rôle important au niveau du stockage du cannabis; qu’elle est une des sources principales du trafic de résine; ou encore que notre pays constitue un pôle de synthèse des amphétamines en Europe du Nord-Ouest (après les Pays-Bas).” Il semble aussi que “les réseaux criminels hollandais se déplacent vers la Belgique […], ce qui pourrait encore y augmenter le nombre de plantations de cannabis.”

Des affirmations peu reluisantes, qui ont poussé le député Fouad Ahidar (SPA) à interroger le ministre-président, Charles Picqué (PS), à ce sujet, hier, au parlement :

“J’ai été éducateur de rue à Molenbeek et j’ai beaucoup lutté contre le phénomène de la drogue à Bruxelles, à tel point que j’ai reçu des menaces de mort il y a quelques années. J’avais donc décidé de lever le pied.”

“Mais ce rapport, conjugué à ce que j’observe sur le terrain, à savoir des quartiers gangrenés par la consommation de stupéfiants, me pousse à reprendre le combat. D’autant que j’ai l’impression que personne ne s’en soucie.”

Le député socialiste souhaitait notamment obtenir des chiffres sur le marché de la drogue à Bruxelles mais aussi sur les délits qui y sont liés. “Les stupéfiants ne sont en effet pas qu’un problème de santé publique. En réalité, ils engendrent aussi de la criminalité quand les accros ne peuvent pas se payer leurs doses.”

Au passage, il s’interrogeait en outre sur la mise en place d’une véritable politique régionale à ce niveau et sur les mesures déjà prises. “Les ministres doivent prendre leurs responsabilités.”

Le Jettois allait se montrer très peu satisfait des réponses obtenues. “Charles Picqué m’a donné quelques chiffres (voir ci-contre) et m’a confirmé que la Région était compétente pour l’accompagnement des dépendances. À ce titre, l’association Transit, qui vient en aide aux usagers de drogues, reçoit 500.000 € par an. Mais il n’avait pas plus de renseignements sur l’étude.” Source