La « Manip » du Cannabis thérapeutique

A la demande de nombreux lecteurs et en réponse au député LaReM, médecin et neurologue Olivier Véran, les 3 articles du Professeur Costentin sont réunis sous la rubrique ‘Manip’ du cannabis thérapeutique. Cliquez ci dessus dans le bandeau noir sur La « manip » du cannabis thérapeutique

LES FRANÇAIS BOIVENT EN MOYENNE 1170 VERRES D’ALCOOL PAR AN

Par Tanguy Hamon –

 La consommation d’alcool des Français est pointée du doigt.[CRAIG BARRITT / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP]

Dans son panorama de la santé 2019, publié ce jeudi, l’OCDE pointe du doigt la consommation de cigarettes et d’alcool des Français par rapport aux autres pays de la zone.

Concernant l’alcool, la France est parmi les pays au-dessus de la moyenne. Alors que celle-ci se situe à près de 9 litres d’alcool pur par an et par habitant dans l’OCDE (soit environ 100 litres de vin), les Hexagonaux affichent une consommation de 11,7 litres, ce qui représente près de 1170 verres d’alcool standard par an en moyenne (chaque verre contenant 10 grammes d’alcool pur, quel que soit le type d’alcool)… En dessous de la Lituanie et ses 12,3 litres, certes, mais cela place les Français à une peu reluisante troisième place en termes de quantité d’alcool absorbé chaque année.

Selon l’Organisation de coopération et de développement économiques (qui regroupe 36 pays, tel comme les Etats-Unis, l’Allemagne, l’Australie, la Corée du Sud, le Japon, mais aussi le Chili, l’Irlande ou la Slovaquie), les Français cumulent toujours des modes de vie malsains : un adulte sur quatre (25,4%) fume quotidiennement, soit le quatrième taux le plus élevé de l’OCDE, tandis que la consommation d’alcool en France est la troisième plus élevée de la zone.

«Plus de 75.000 personnes sont décédées en France en 2015 de causes de mortalité évitables grâce à la prévention, comme le cancer du poumon ou les causes imputables à l’alcool», souligne l’organisme, qui s’appuie sur les chiffres fournis par l’OMS.

Dans le détail, on apprend que le pourcentage de fumeurs en France (25,7%) est de sept points supérieur à la moyenne de l’OCDE. Le pays accompagne la Grèce, la Turquie et la Hongrie en haut du classement, tandis que le Mexique et l’Islande le clôturent, avec 10% de fumeurs.

UNE ESPÉRANCE DE VIE MALGRÉ TOUT AU-DESSUS DE LA MOYENNE

Les Français sont également montrés comme mauvais élèves concernant leur surpoids (attention, il ne s’agit pas de l’obésité), avec 64,3% de la population dans ce cas, contre une moyenne de 55,6% dans l’OCDE. Le Japon est le moins touché dans ce domaine (25,3%), tandis que les Etats-Unis sont les plus atteints (71%).

Avec cette énième alerte sur leur mode de vie, les Français pourront néanmoins se réjouir d’avoir malgré tout une espérance de vie de 82,6 ans, soit deux ans de plus que la moyenne. Les soins dispensés par les hôpitaux du pays sont décrits comme étant «de grande qualité»

Source

Le cannabis dans la sclérose en plaques :

Un intérêt qui reste à démontrer mais avec déjà du plomb dans l’aile

Pr. Jean Costentin Neuropsychopharmacologue, Président du centre national de prévention, d’études et de recherches sur les toxicomanies:  C.N.P.E.R.T.

A l’attention  du docteur O. Veran député de la R.E.M., neurologue

Le médecin, neurologue hospitalier, Olivier Veran, député du parti la REM, se fait le chantre, à l’Assemblée nationale, du cannabis dit « thérapeutique ».

Nos contradictions ont été,

  1. dans un premier texte, adressées au député,
  2. dans un deuxième billet destinées au médecin ;

Dans le dernier volet de ce triptyque, nous nous adressons au neurologue, focalisant notre propos sur une pathologie familière de sa spécialité, la sclérose en plaques (SEP).

Un jugement aussi superficiel que rapide pourrait conduire à l’émerveillement : le principe actif majeur du cannabis, le tétrahydrocannabinol / THC, serait susceptible d’agir sur trois éléments de la SEP :

– par son effet immunodépresseur, il pourrait diminuer l’agressivité du processus auto-immun, par lequel l’organisme fabrique des anticorps dirigés contre la gaine de myéline des nerfs (équivalent de la gaine d’un fil électrique entourant le métal conducteur). Les anticorps anti -myéline la font disparaître, par plaques, troublant le passage rapide des potentiels électriques (électrons) qui parcourent les neurones, en sautant d’un rétrécissement de cette gaine de myéline (noeuds de Ranvier), au rétrécissement suivant, selon un mécanisme décrit comme la « conduction saltatoire » ;

  • – par son effet myorelaxant, il réduirait les spasmes et autres contractures que l’affection peut susciter ;
  • – par son effet analgésique, il diminuerait l’intensité des douleurs suscitées par les contractures précitées.

Ainsi présenté on serait tenté de conclure à une heureuse conjonction d’effets, justifiant le recours au THC dans la SEP, d’autant que certains patients qui en ont « bénéficié » ne tarissent pas d’éloges à son égard.

Rappelons que le THC est une drogue, un agent toxicomanogène. Aussi, ceux qui en ont usé pendant un certain temps vont souvent en abuser ; au point d’en devenir dépendants et de ne plus supporter d’en être privés. Cela peut expliquer leur enthousiasme et l’apologie de ses bienfaits que, plus objectivement, la plupart des praticiens ne constatent pas.

Si les trois effets précités peuvent se vérifier à un certain degré, ils sont néanmoins d’une intensité modeste, inférieure voire au mieux égale à celle des médicaments de référence utilisés dans cette affection.

Les effet immunodépresseurs ou immunomodulateurs des sérums anti lymphocytaires d’antan, de l’azathioprine / Imurel®, du méthotrexate, du glatiramère / Copaxone®, de la mitoxantrone / Elsep®, du chloraminophène / Chlorambucil®, des doses élevées de glucocorticoïdes, de l’interféron bêta, l’emportent de loin sur celui du THC.

L’effet myorelaxant, antispastique, du THC est faible comparé à celui du tétrazépam / Myolastan®, (retiré du marché en raison d’accidents cutanés rares mais parfois graves) ; ou comparé à celui du baclofène / Liorésal® ou du dantrolène / Dantrium®.

Quant à l’effet antalgique du THC, il se situe entre celui du paracétamol et celui de l’aspirine ; bien en deçà de la codéine ou du tramadol (ces deux derniers étant addictifs comme lui).

Ce qui caractérise un médicament, par rapport à un toxique (poison) c’est son rapport bénéfices / risques ; quels bénéfices peuvent être espérés pour le patient et quels risques seront encourus. Avec le THC, comme on vient de le dire, les bénéfices sont modestes, alors que les risques, comme nous allons le voir, sont nombreux et parfois graves.

Les méfaits du THC sont multiples, à la mesure du grand nombre et du caractère diffus des deux cibles principales de son action, les récepteurs CB1 (au niveau cérébral) et CB2 (au niveau du corps). Ces récepteurs, auquel le THC se fixe réversiblement pour agir, sont portés par la membrane des cellules. Ils constituent des sortes de guichets, auxquels le THC vient s’adresser pour communiquer des ordres ou du moins des informations aux cellules qui les portent. Dans le cerveau, parmi tous les types connus de récepteurs (au nombre de plus de trois cents), qui sont à l’écoute d’une centaine de neuromédiateurs et / ou de neuromodulateurs impliqués dans les dialogues intercellulaires, les récepteurs CB1 sont les plus nombreux. Ils sont présents dans presque toutes les structures cérébrales, quoique certaines (cervelet, striatum, hippocampe…) en comportent beaucoup plus que d’autres. C’est pour cette raison que le THC suscite simultanément un très grand nombre d’effets. Ce seul constat l’invalide en tant que médicament. C’en est fini, depuis longtemps, des thériaques, panacées et autres « sirops Typhon ». A un médicament doit correspondre un effet majeur ; on pourra tolérer, à la rigueur, quelques effets latéraux, mais point trop n’en faut.

Des multiples effets indésirables suscités par le THC, nous mettrons en exergue quelques uns d’entre eux.

-Le THC induit une ivresse, une ébriété, incompatible avec la conduite des engins à moteur. Les victimes de SEP, s’ils peuvent les conduire, leur sont très attachés, car ils sont un élément d’autonomie. L’ivresse est également incompatible avec l’exercice d’un certain nombre de professions, auxquelles les patients essaient de se consacrer le plus longtemps possible.

-Il induit des troubles de l’équilibre et de la coordination motrice, qui ressemble au syndrome cérébelleux, expression fréquente de la SEP, ce qui est particulièrement malencontreux chez ceux dont la pathologie expose déjà à ces troubles.

-Il affecte la mémoire à court terme / la mémoire de travail / la mémoire opérationnelle ; ce qui perturbe l’action, sa programmation, sa réalisation ; ce qui empêche également de forger une mémoire à long terme. Quand son corps le trahit, le patient victime de SEP est tenté de demander davantage à son esprit, à son intellect, ce que le THC lui refuse.

-Le THC peut susciter des délires (état de rêve éveillé, pensée coupée du réel) ainsi que des hallucinations (perceptions erronées, fallacieuses).

-Il ouvre l’appétit (orexigène), or cet accroissement de la consommation de nutriments, coïncide avec une diminution de la dépense énergétique (en raison des effets sédatifs du THC mais aussi d’une limitation de l’exercice chez un patient présentant un handicap moteur). La  conséquence en sera une prise de poids, parfois importante. Outre qu’elle pourra altérer l’esthétique du patient, elle rendra sa mobilisation plus difficile, tant pour lui que pour ceux qui l’assistent.

-Dans la SEP, alors que le patient a spécialement besoin d’un psychisme équilibré pour affronter le handicap qui lui est infligé, l’effet stupéfiant, onirogène, l’effet « planète » du cannabis, l’amènent dans un état d’ivresse, apragmatique, avec des rires bêtes, immotivés, des troubles de l’élocution, avec la recherche du mot, le passage du coq à l’âne, avec une  distorsion de la personnalité, une perte de l’estime de soi, un renoncement, une négligence, un retrait social….

– Le THC, en réduisant la sécrétion testiculaire de l’hormone mâle, la testostérone, diminue la libido, ce qui aggrave les troubles de la sexualité, fréquents dans cette affection (qui disjoint de nombreux couples).

– Des données récentes (concernant il est vrai le cannabis fumé et non le seul THC), montrent sa toxicité cardio-vasculaire, avec des artérites, le déclenchement d’infarctus du myocarde, la survenue d’accidents vasculaires cérébraux…

Mal à l’aise pour commercialiser le seul T.H.C. comme médicament, un laboratoire pharmaceutique l’a associé au cannabidiol / CBD. Il est prêté à cet autre composant du chanvre indien, dont le mécanisme d’action est peu connu, de potentialiser les effets recherchés du THC et de prévenir ses effets les plus délétères (vrai miracle de la phytothérapie). En l’état des données disponibles, ce Sativex®, qui s’administre en spray nasal, apparaît au pharmacologue rédacteur de ce texte, comme un « bricolage », loin des démarches rigoureuses qui doivent présider au développement de vrais et nouveaux médicaments. La commission de transparence de l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) ne s’y est pas laissée prendre, en estimant son prix exorbitant (350 €), et le service médical rendu insignifiant (niveau 5) ; de son côté la sécurité sociale ne propose qu’un taux de remboursement de 15%. Ces appréciations conduisent au fait que 5 ans après avoir obtenu de la ministre M. Touraine l’autorisation de mise sur le marché, ce médicament n’est toujours pas disponible dans les pharmacies françaises.

Ce cannabidiol (CBD) a été sorti des limbes, quand il est apparu difficilement acceptable de commercialiser le THC. Comment recycler toutes les serres que certains avaient bâties dans l’attente de la légalisation du THC ? Il suffisait génialement de mettre en exergue un autre constituant du cannabis, le CBD ; de lui décrire des propriétés exceptionnelles, et d’insister (pour le démarquer du THC) sur le fait qu’il était dénué d’effets psychotropes. Il a fallu néanmoins lui décrire des effets anxiolytiques, sédatifs, antiépileptiques dans des épilepsies grave du nourrisson (syndromes de Dravets, de Lennox-Gastaut), anti-inflammatoires, antidépresseurs, et même anticancéreux…

Le THC est une drogue, un agent toxicomanogène, Son utilisation répétitive aboutit non seulement à l’adopter mais aussi à éprouver le besoin tyrannique de le consommer pour échapper aux troubles induits par sa privation. Son pouvoir d’accrochage est intense. Il suffit, pour s’en convaincre, de constater qu’en dépit de son caractère illicite le cannabis recrute déjà dans notre pays 1.500.000 usagers réguliers qui, ainsi, en usent régulièrement en raison de leur incapacité à s’en passer, avec parmi eux 900.000 (chiffre le plus récent de  l’Observatoire français des drogues et toxicomanies-OFDT) d’usagers quotidiens et même multi quotidiens.

Après avoir produit dans les premières semaines de son usage des effets anxiolytiques et même de type antidépresseur, qui contribuent à l’appétence qu’il suscite, ces effets s’amenuisent au fil du temps, au point que l’anxiété deviendra plus vive qu’elle n’était primitivement et que l’humeur pourra devenir franchement dépressive, voire suicidaire ; dans le contexte de la SEP ces troubles sont particulièrement malencontreux.

On voit ainsi que dans une des principales pathologies où le cannabis / THC a des prétentions thérapeutiques, les bénéfices escomptés sont d’une grande modestie, alors que les risques encourus, curieusement relativisés voire occultés, peuvent être considérables.

Les lobbies prônant la légalisation du cannabis sont à la manœuvre dans de nombreux pays ; ils ont obtenu gain de cause dans plusieurs d’entre eux ; soit par l’autorisation du recours au cannabis à des fins thérapeutiques, soit en obtenant la dépénalisation de l’usage ludique du cannabis, soit même la légalisation de cette drogue (Uruguay). Ce sont trois stades d’une même démarche. En France, quelques addictologues avancent à visage découvert, en se faisant tonitruants dans chacune de ces strates en vue de sa légalisation (et même celle de toutes les drogues) ; on en identifie au sein de l’ANPAA, acronyme d’« Association nationale de prévention en alcoologie et addictologie », cherchez l’erreur !

La santé de nos concitoyens vaut beaucoup plus que ces manœuvres, pétries d’idéologies, que leurs défenseurs ne prennent même plus la peine de dissimuler.

Autoriser comme médicament une drogue, dont on connaît, avant sa commercialisation, les multiples et parfois très graves méfaits, est aberrant. Cette aberration intervient à une période où l’on élimine de la pharmacopée des médicaments qui y avaient droit de cité depuis des dizaines d’années, estimant, avec le recul du temps, que leurs rapports bénéfices/risques sont insuffisants…Logique, cohérence, rigueur, science et épidémiologie déserteraient-elles la santé publique ? Tout porte en l’occurrence à le croire !

 

 

Post Scriptum : Un article du 22 oct. 2019 : dans  Front. Pharmacol.,  par Thorten Rudroff, du Département de Neurologie Clinique et Universitaire de Iowa City (U.S.A.) s’intitule : « Cannabis for neuropathic pain in multiple sclerosisHigh expectations, poor data ».

 

 

 

 

Alcool et drogues au volant : une vidéo choc pour sauver des vies

Six minutes pour créer un choc, une prise de conscience. Six minutes pour convaincre et, peut-être, sauver des vies. En septembre 2018, une dizaine d’élèves en première année BTS GDEA (Génie des équipements agricoles) à Vesoul Agrocampus ont lancé une réflexion qui a abouti, à la fin d’exercice scolaire, à la restitution d’un court-métrage. Leur objectif, accompagné par Magali Rietz, coordinatrice départementale adjointe de la Sécurité routière, et Élodie Vernier, conseillère principale d’éducation : sensibiliser les usagers sur les conséquences dramatiques que peut avoir une conduite sous l’empire d’un état alcoolique ou/et sous l’emprise de stupéfiants.

« Le message est passé »

« Le message est passé. Quand il est fait par des jeunes pour des jeunes, c’est plus parlant », estime Thibaud Sage, 19 ans, un « passionné de vidéo » qui a tourné le film avec Romain Colotte. « Jeudi soir, 20 h 45… » retrace le comportement inapproprié de deux jeunes adultes qui, en pensant contourner les contrôles routiers, n’ont pas pu éviter le pire. L’un, en voiture, a consommé de l’alcool. L’autre, à scooter, a fumé du cannabis. Leur destin s’est percuté sur la D100, à Port-sur-Saône, à proximité de la ferme agricole. Une collision frontale mortelle. Un scénario auquel ont notamment été associés les sapeurs-pompiers de Vesoul et de Port-sur-Saône, la brigade de gendarmerie de Port-sur-Saône et la protection civile, « pour le maquillage ».

Affiches, flyers, radio…

Cette semaine, le projet est entré dans sa seconde phase, sous la forme d’une campagne de sensibilisation financée par la Sécurité routière. Des affiches, représentant la pochette du DVD, sont ainsi apparues sur les aubettes, vers les lycées vésuliens. À partir du mardi 12 novembre, des flyers seront distribués à Vesoul et dans son agglomération à l’aide d’un triporteur qui se présentera à la sortie de certains établissements scolaires, du cinéma, au centre-ville, dans les zones commerciales… Autre source d’audience, le groupe d’étudiants impliqués, qui se montrent « fiers du boulot accompli », participera à une émission de radio. Dans le cadre de leur projet d’initiative et de communication, quatre d’entre aux interviendront tout au long de l’année dans des classes, où ils utiliseront le support vidéo pour créer le débat.

« Jeudi soir, 20 h 45… » sera présenté au concours IDéeSR 2020, à Paris, qui récompense les initiatives locales de sécurité routière.

Sylvain MICHEL

Adresse au docteur O. Vérant,  promoteur à l’assemblée nationale du « cannabis thérapeutique »

Par le Professeur Costentin, Président du CNPERT

Ayant contesté précédemment l’initiative de ce député, d’habiller le cannabis en médicament,  c’est au médecin, qu’il est aussi, que s’adressent maintenant les données pharmaco-thérapeutiques qui auraient dues inspirer ses réflexions ; données qui s’inscrivent contre l’usage, comme médicament, du cannabis ou de son tétrahydrocannabinol / THC.

Le décret paru au J.O. qui «autorisait l’usage du cannabis et de ses dérivés », fut rédigé par un administratif ignorant qu’une plante,  le cannabis, n’a pas de dérivés. ll voulait vraisemblablement parler de ses constituants, tel le THC ou le cannabidiol/CBD ; à ne pas les nommer il validait la centaine de cannabinoïdes présents dans la plante, dont le THC et le CBD sont les moins méconnus…

Exit, du moins pour l’instant, les cigarettes médicamenteuses et leurs méfaits pour l’appareil respiratoire ;  la forme fumée du cannabis est exclue ; mais jusqu’à quand, puisque « ça se pratique ailleurs ».

La toxicité physique du THC comporte : tachycardie, vasodilatation ; déclenchement d’infarctus du myocarde, artérites des membres inférieurs ; accidents vasculaires cérébraux ; diminution de l’immunité et de la résistance aux infections.

Le THC perturbe la croissance ; réduit la sécrétion testiculaire de l’hormone mâle (testostérone) ; diminue la libido et la fertilité ; induit des cancers du testicule (« germinome non séminome »).

Le cannabis perturbe la grossesse ; abrège sa durée avec des bébés plus hypotrophes que le ferait la seule prématurité ; accroît le risque de mort subite inexpliquée ; retarde le développement psycho-moteur ; favorise l’hyperactivité avec déficit de l’attention.

Les individus qui exposent leurs gamètes au THC, infligent à leur progéniture, par un mécanisme épigénétique, une diminution des récepteurs dopaminergiques D2 impliqués  dans la perception du plaisir. Pour pallier ce déficit, l’adolescent recourra à des drogues, afin d’intensifier la libération de dopamine à proximité des récepteurs raréfiés (propension aux toxicomanies analysée par Hurd et coll.).

Les méfaits cérébraux du THC sont nombreux et graves :

Addictif, il piège 20% de ceux qui l’ont expérimenté (1.400.000 usagers réguliers ;  700.000 usagers quotidiens, la France championne européenne.

Il persiste dans le cerveau de nombreux jours  (« drogue  très lente »).

Il perturbe l’éveil, l’attention, la mémoire ; suscitant de graves perturbations cognitives.

Comme l’alcool, il produit une ivresse ; leur rencontre multiplie par 14 le risque d’accidents mortels de la route.

Il induit délires et hallucinations, comme ceux observés dans la schizophrénie ; Il peut déclencher une psychose cannabique; Il peut décompenser une vulnérabilité à la schizophrénie ;  affection grave dont on ne  guérit pas.

Anxiolytique, il incite l’anxieux à en user puis à en abuser ; une tolérance se développant  fait réapparaître une anxiété plus intense qu’auparavant.

Perçu comme anti dépresseur,  le déprimé en use,  en abuse ; l’effet disparaissant fait réapparaitre une dépression intense, avec son risque suicidaire.

Ses effets s’atténuant le cannabinophile y ajoute d’autres drogues (poly toxicomanie).

Les effets pharmacologiques potentiels sont multiples, ses récepteurs cérébraux   étant nombreux et présents dans toutes les structures cérébrales :

Ebriété,  sédation, anxiolyse, analgésie, myorelaxation, amnésie, élévation du seuil épileptogène, augmentation de l’appétit ; diminutions des vomissements, induction de troubles de l’équilibre et de la coordination motrice, analgésie…

La thérapeutique répugne aux « soupes végétales » associant en proportions non définies des principes actifs variés dont les effets peuvent s’épauler ou se contredire.

Un médicament doit développer un effet principal, éventuellement un ou deux effets latéraux qu’on peut parfois utiliser, mais pas plus. Avec le THC on redécouvre la thériaque. Sollicitant une analgésie,  on déplorera les autres effets servis « en prime » : ivresse, appétit accru, sédation, troubles de la coordination motrice, délires, hallucinations…, et, surtout, la dépendance rendant son utilisation indispensable pour échapper aux troubles de sa privation.

Les effets thérapeutiques potentiels sont d’une intensité assez modeste, alors qu’on dispose, pour chacun des effets développés par le THC, d’authentiques médicaments, plus efficaces, avec une bonne spécificité d’action. Ainsi, pour contrer les vomissements des chimiothérapies, les sétrons sont des molécules beaucoup plus efficaces que le THC.

L’accès à la dignité de médicament s’acquiert à partir du rapport bénéfices/risques ; Les bénéfices que le patient pourra en retirer doivent l’emporter sur les risques il encourra à l’utiliser. Ce rapport est spécialement mauvais pour le THC.

Le devenir du THC dans l’organisme est une autre préoccupation. Son exceptionnelle lipophilie le laisse persister des semaines dans les tissus riches en lipides (cerveau en particulier), d’où une durée d’action longue et imprévisible. Il interagit avec différents médicaments, par un système  impliqué dans leur excrétion, la glycoprotéine P (GpP).

On peut affirmer que le cannabis, comme son constituant psychotrope essentiel, le THC, ne satisfont pas aux critères requis pour être acceptés comme médicaments, dans les indications proposées ou anticipées.

Chercheur pharmacologue, je ne puis évidemment exclure que parmi les dizaines de cannabinoïdes que recèle le chanvre indien l’un ou plusieurs d’entre eux soient dotés  d’intéressantes propriétés pharmacologiques, sans effets adverses manifestes. Le CBD, rapidement réputé « non psychotrope », pourrait être un candidat sérieux, mais  cette assertion est prématurée.

Il n’est besoin ni de ce tapage, ni que s’en mêle la représentation nationale pour initier des études pharmaco-toxicologiques. Certains Etats « étant en pointe » sur des utilisations cliniques, prenons le temps d’analyser leurs données. Il importe de ne pas s’emballer, ni d’aborder sous un angle démagogique et/ou idéologique ce qui  touche à la santé de nos concitoyens.

Un médecin s’impliquant dans les aspects législatifs d’un médicament, doit manifester une prudence redoublée. Il ne lui sera pas pardonné, encore moins qu’à quiconque, de s’être mépris sur ce sujet aux conséquences sanitaires majeures.

 

Une étude montre que le cannabis est inefficace contre les troubles mentaux

L’usage de cannabis n’est pas à recommander pour lutter contre une maladie mentale, comme une dépression ou une psychose, conclut une méta-étude australienne publiée ce 28 octobre.

Une étude montre que le cannabis est inefficace contre les troubles mentaux
Une étude montre que le cannabis est inefficace contre les troubles mentaux

Les patients souffraient de dépression, de trouble anxieux, de trouble du déficit de l’attention/hyperactivité, du syndrome de Gilles de la Tourette, du syndrome de stress post-traumatique et de psychose.

« Ce n’est pas un grand scoop », commente le docteur Xavier Laqueille, responsable du service d’addictologie de l’hôpital Sainte-Anne à Paris. « Le cannabis est un facteur de vulnérabilité dans les maladies schizophréniques et aggrave beaucoup de maladies psychiatriques », ajoute-t-il.

Le cannabis efficace contre l’anxiété ?

Quelques études montrent « une petite amélioration des symptômes d’anxiété » avec l’usage de THC chez des patients souffrant d’un autre problème de santé, comme une douleur chronique ou la sclérose en plaques, mais sans que l’on puisse déterminer si l’effet n’est pas lié à une amélioration de la maladie elle-même, selon l’article, publié dans la revue médicale britannique The Lancet Psychiatry.

« Le cannabis comprend deux principes actifs, le THC et le CBD », explique Xavier Laqueille. « Le THC est dangereux, toxique même, et favorise les psychoses. Le CBD pourrait avoir des effets bénéfiques sur l’anxiété, mais beaucoup moins que les médicaments dont on dispose déjà. »

L’addictologue précise néanmoins : « Le cannabis n’est pas efficace contre les troubles mentaux, mais on constate quelques effets contre la douleur physique. Même si ces effets devront être confirmés par d’autre études. »

Utilisation et expérimentation du cannabis thérapeutique

Une trentaine de pays dans le monde autorise, à différents niveaux, le cannabis thérapeutique (une vingtaine de pays européens, les Etats-Unis, l’Australie, le Canada, Israël, plusieurs pays d’Amérique latine…).

Et, selon l’étude australienne, les troubles mentaux sont l’une des raisons les plus fréquentes de cet usage, après les douleurs chroniques non cancéreuses.

« L’un des aspects les plus frappants » avec cette vague de légalisation des cannabinoïdes pour des usages médicaux « c’est que dans de nombreux cas cela se passe en dehors des autorités de régulation habituellement chargées de contrôler le développement des médicaments », souligne Louisa Degenhardt, auteure principale de l’étude, interrogée par l’AFP.

Dans le même temps, les risques liés à la consommation de cannabis sont eux avérés, ajoute-t-elle, citant les risques de dépendance, ceux liés à la conduite sous l’emprise de ces substances et « des données montrant que les personnes consommant régulièrement du cannabis ont davantage de risques de développer une dépression ou des sympyomes psychotiques ».

Les auteurs pointent le besoin de mener davantage d’études de qualité sur le sujet, notamment sur un plus grand nombre de patients, en les suivant plus longtemps et en comparant les effets avec un groupe recevant un placebo.

D’ici là, « on ne peut pas élaborer de recommandations médicales concernant leur usage dans les troubles mentaux », estime la Pr Degenhardt.

Et dans les pays où cet usage est déjà légal, « les médecins et les patients doivent être informés du niveau limité des preuves existantes et des risques des cannabinoïdes », ajoute la professeure au National Drug and Alcohol Research Centre (Université de Nouvelle-Galles du Sud, Sydney).

La France vient de donner son feu vert à l’expérimentation pendant deux ans de la prescription de cannabis thérapeutique, mais seulement pour le traitement de la douleur dans certaines indications bien précises et en cas d’échec des médicaments existants.

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