Les jeunes, un public à protéger face aux drogues

Par François Benito -28 octobre 2020,

Le risque d’overdose est plus important lors d’utilisation de drogues de synthèse. (Photo DR)

Une semaine de prévention des addictions chez les jeunes se tient jusqu’au 31 octobre. Elle cible un public particulièrement vulnérable aux conduites addictives et qui est désormais exposé à l’irruption des drogues de synthèse sur l’île.

« Si on fait de la prévention à l’adolescence, c’est déjà tard. Plus on commence les drogues tôt, plus il y a de chances que les addictions s’installent. » L’addictologue David Mete pose un constat lucide sur la nécessité de prévenir précocement les comportements à risque en matière d’addictions. Une nécessité qui va s’incarner jusqu’au 31 octobre via la tenue d’une semaine de prévention en direction du jeune public, organisée par la FRAR (Fédération Régionale Addictologie Réunion) et les Maillons de l’espoir, dont le mot d’ordre est « Choisis ta voie ! «

Loin d’être un phénomène mineur, l’addiction concerne un nombre croissant d’adolescents et préadolescents réunionnais. D’après l’Observatoire Régional de la Santé (ORS), 8 jeunes sur 10 ont déjà essayé l’alcool à 17 ans et 1 sur 3 a consommé une forte quantité d’alcool. « Il y a trois types de public, détaille David Mete. Ceux qui n’ont jamais consommé, ceux qui ont déjà testé et ceux qui ont une addiction. Ce qui nous inquiète actuellement, c’est que la société est de plus en plus addictogène. »

Une situation qui se manifeste tant dans la dépendance accrue aux écrans que dans l’irruption de nouvelles drogues de synthèse désormais disponibles pour le grand public. Autrefois cantonnées à des consommateurs initiés et rares, la MDMA, l’ecstasy et même l’héroïne sont de plus en plus présentes sur l’île. « La fréquence de consommation des produits augmente sur l’île. Il y a des passeurs et des mules qui sont régulièrement arrêtés. Il faut une mobilisation pour éviter que des réseaux mafieux ne s’implantent sur l’île et que ces nouvelles drogues ne s’implantent durablement. »

Un enjeu de santé publique

Cet enjeu est de taille tant les conséquences d’addictions à ces drogues de synthèse pourraient avoir des conséquences néfastes. Si jusqu’à présent les overdoses mortelles sont relativement rares à La Réunion, elles pourraient se multiplier au vu de la dangerosité et de l’imprévisibilité de ces substances chimiques. Au vu du contexte anxiogène qui règne actuellement à cause du covid, et d’un environnement socio-économique réunionnais marqué par un chômage persistant et endémique, ces risques ne sont pas à sous-estimer.

Pour parvenir à les endiguer, l’une des solutions reste une prévention plus active. Une prévention dans le domaine de la santé publique autour de laquelle les moyens doivent être accentués pour la rendre bien plus efficace. « La prévention a toujours été le parent pauvre de la médecine en France.Le dispositif de santé se concentre sur le soin. Il faut déployer bien plus de moyens pour rendre cette prévention aux addictions visible à l’ensemble de la population. »

En attendant que ces moyens se débloquent, la semaine de prévention des addictions chez les jeunes Réunionnais va mener plusieurs actions de sensibilisation tant sur les réseaux sociaux qu’aux abords des établissements scolaires aux quatre coins de l’île. Des actions qui semblent indispensables tant les conduites addictives sont lourdes de conséquences si elles s’installent durablement.

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L’influence de l’alcool sur la libido

Peut-être que vous ou certains de vos amis avez remarqué un changement dans votre consommation d’alcool liée à l’effet de la première vague de la COVID-19.

Quelques personnes mentionnent que cette consommation est toujours présente, parfois même à la hausse par rapport au début de la pandémie. Les recherches démontrent que l’absorption d’alcool, selon les quantités et d’autres facteurs, peut nuire à la santé des gens. Mais qu’en est-il des effets sur la santé sexuelle ? Est-ce vrai que de petites quantités consommées peuvent avoir des effets bénéfiques sur la sexualité en général ?

Les effets de l’alcool

Plusieurs personnes apprécient prendre un verre d’alcool à l’occasion, mais pour d’autres, pour qui cette consommation s’avère régulière et/ou importante, cela entraîne certaines problématiques. La relation à l’alcool varie énormément d’une personne à l’autre – et même parfois chez un même individu, selon le moment de sa vie. Mais une chose demeure, peu importe les facteurs entourant l’absorption d’alcool, les effets sur le corps sont automatiques. 

Et le sexe ?

Si, à faible dose, l’alcool peut provoquer un sentiment de bien-être momentané, il est démontré que des effets plus ou moins positifs, voire négatifs, se font ressentir assez rapidement. 

Désinhibition, décodage erroné de l’autre ou de la situation, difficultés à respecter ses valeurs ou celles de l’autre, sentiment d’invincibilité, violence, perturbations à chaque phase de la réponse sexuelle, absence de condition pour établir un consentement éclairé. Bref, par moment l’état est si altéré qu’il est presque impossible de s’assurer que la relation soit consentie ou non coercitive.

Si l’alcool donne l’impression de stimuler les sens, pris en quantité, il piège malheureusement le déroulement du moment intime dans une réponse sexuelle altérée : difficultés d’excitation (érections difficiles, voire impossibles, difficulté de lubrification, voire sécheresse vaginale), difficultés à ressentir des orgasmes, troubles éjaculatoires. Parfois, lorsque les problèmes ressurgissent de manière fréquente, les effets peuvent se faire ressentir sur la confiance en soi et l’estime de soi.  

Les conséquences peuvent alors se faire ressentir au sein du couple, donc au niveau relationnel, mais également au niveau personnel.

Alors, si comme certains de vos ami.e.s, vous réalisez que votre consommation d’alcool a augmenté, n’hésitez pas à vous questionner sincèrement et prenez le temps de faire attention à vous.

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Légalisation du cannabis aux États-Unis – Modèles de régulation et premier bilan

Note 2020-04, OFDT, 31 p.
Octobre 2020

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Depuis 2012, deux pays (l’Uruguay et le Canada) et 11 États américains sur 50 ont légalisé la culture, la vente, la détention et la consommation de cannabis pour les adultes, à des fins non-médicales (dites « récréatives »), après en avoir autorisé l’usage à des fins médicales.

Cette note offre un aperçu des réformes de légalisation du cannabis mises en place aux États-Unis, du point de vue du développement des marchés du cannabis (licites et illicites) et de la santé publique. Intégrant les données les plus récentes, elle revient sur l’historique de ces réformes, leurs caractéristiques et leurs premiers effets avec quelques années de recul.

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À l’appui de graphiques et d’infographies, elle montre que les effets les plus prononcés concernent l’essor industriel de la filière du cannabis, qui a été rapide et massif. Toutefois, ce « boom » économique est allé de pair avec de nouvelles préoccupations de santé publique, la gamme des produits issus du cannabis étant plus large (au-delà des produits fumés, le cannabis est commercialisé sous des formes multiples) et visant désormais tous les profils de « clientèle », des jeunes aux seniors, des non-initiés aux usagers réguliers. Le document propose également un état des problématiques les plus débattues en 2019-2020, ainsi qu’un bilan intermédiaire de la situation de ce marché légal émergent pendant le confinement lié à la pandémie de Covid-19.

Elle souligne que la crise sanitaire et sociale provoquée par le coronavirus a, à la fois, donné un coût d’arrêt aux initiatives de légalisation du cannabis en cours dans certains États, tout en favorisant l’essor des marchés légaux existants dans d’autres Etats. Ce bilan sera complété par une série de rapports et d’enquêtes programmés en 2020-21 dans le cadre du projet ASTRACAN

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QUE PÈSE VRAIMENT LE MARCHÉ DU CANNABIS EN FRANCE?

Alors que le débat sur la légalisation du cannabis fait son retour, une étude du média spécialisé Newsweed estime que le marché noir du stupéfiant le plus consommé de France serait bien plus important que ce qu’on estimait.

La consommation de cannabis est-elle sous-estimée en France? S’il est par définition impossible de faire une évalution juste de ce marché noir, l’Insee l’estimait jusqu’à présent aux alentours d’un milliard d’euros.

Mais une nouvelle étude dévoilée aujourd’hui par le média spécialisé Newsweed fait état d’un marché bien plus important. Les auteurs qui se sont basés sur les rapports de l’Observatoire français des drogues et toxicomanies (OFDT) l’estiment eux à 3,24 milliards d’euros.

Un chiffre colossal qui est supérieur par exemple aux ventes de whisky en France (un des plus gros marchés des produits de grande consommation) qui est estimé à 3 milliards d’euros entre les achats en grande distribution et la consommation hors-domicile. Et qui se rapproche désormais de celui des ventes de tabac. Si le marché du tabac s’élève à 17,5 milliards d’euros, il est constitué à 80% de taxes. La valeur des cigarettes vendues en France était de 3,5 milliards d’euros, un chiffre comparable à cette estimation du marché du cannabis.

« Ces 3,24 milliards sont élévés, mais ils nous semblent assez proches de la réalité, assure Aurélien Bernard, le fondateur de Newseed et auteur de l’étude. Ils correspondent à la consommation réelle des Français: les transactions, les dons et l’autoculture. »

Pour y parvenir, les auteurs ont pris la quantité consommée que l’OFDT estime à 30 tonnes par mois, soit 360 tonnes par an, la répartition entre les différents produits consommés et y ont appliqué les prix constatés du marché sur les boutiques en ligne sur le dark web ou auprès des revendeurs.

+60% de consommation en 10 ans

Ainsi 66% du cannabis consommé en France se ferait sous la forme de l’herbe, 32% sous forme de résine et 2% pour les autres produits comme les spacecakes (les pâtisseries à base de cannabis). L’herbe coûtant en moyenne 10 euros le gramme, la résine 5 euros et le reste aux alentours de 40 euros, Newseed estime donc le marché à plus de 3,2 milliards d’euros.

Et le marché serait en très forte croissance tant en volume qu’en valeur depuis une décennie. En 2010, l’OFDT estimait le marché global à 225 tonnes de cannabis consommé en France contre 360 aujourd’hui, soit une croissance de 60% en 10 ans.

Si les Français sont plus nombreux aujourd’hui à en consommer (4,6 millions aujurd’hui contre 3,8 millions en 2010), le nombre de consommateurs réguliers (plus de 10 fois par mois) a lui aussi fortement progressé passant de 930.000 en 2010 à 1,4 million aujourd’hui dont la moitié auraient une consommation quotidienne. Ce qui ferait des Français les plus plus gros consommateurs en Europe de cannabis.

Si les Français consomment plus, ils consomment aussi plus cher.

« Il y a une évolution en valeur avec des consommateurs qui se déportent de plus en plus sur l’herbe qui est plus chère, constate Aurélien Bernard. Il y a 10 ans c’était 50/50 entre herbe et résine, aujourd’hui c’est 70% pour l’herbe et 30% pour la résine. »

Une montée en gamme des consommateurs que les experts mettent en parallèle avec celle observée sur les marchés alimentaires avec une recherche de produits plus sains, bio et plus naturels.

Alors que certains pays et Etats américains ont légalisé la consommation de cannabis à usage récréatif, en France l’opposition reste forte. Tandis qu’une expérimentation du cannabis à titre thérapeutique doit commencer à compter de janvier 2021 dans le pays, plusieurs membres du gouvernement se sont récemment opposés à sa légalisation éventuelle. Un débat qui agite aussi le monde médical entre les pro et anti légalisation.

L’Espagne, la « ferme de cannabis » de l’Europe

Par AFP ,publié le 17/10/2020 à 09:06 , mis à jour à 09:06

Un policier catalan dans une plantation illégale de marijuana à Martorell, près de Barcelone, le 6 octobre 2020
Un policier catalan dans une plantation illégale de marijuana à Martorell, près de Barcelone, le 6 octobre 2020 afp.com/Josep LAGO

San Esteban Sasroviras (Espagne) – Il fait encore nuit noire quand les policiers pénètrent dans un pavillon d’une banlieue de Barcelone. Au sous-sol, sous une intense lumière jaune, poussent des centaines de plants de cannabis, une « ferme » illégale comme beaucoup d’autres en Espagne.

Porte d’entrée depuis des décennies du haschich marocain en Europe, l’Espagne est devenue un pays producteur de cannabis attirant des organisations criminelles de toute l’Europe. 

Entre 2014 et 2018, les saisies de plants de marijuana ont été multipliées par quatre en Espagne, selon le ministère de l’Intérieur. Et le pays représente un tiers des saisies au sein de l’Union européenne, selon le dernier rapport européen sur les drogues, publié en 2019. 

A la frontière française, la Catalogne (nord-est) est devenue « la ferme (de cannabis) de l’Europe« , selon Ramon Chacon, adjoint aux enquêtes criminelles de la police régionale catalane. 

Tout a commencé il y a dix ans, lorsque les organisations distribuant le haschich marocain sur la côte méditerranéenne espagnole, qui disposaient déjà d’infrastructures solides et de contacts, « se sont rendues compte qu’elles gagnaient plus d’argent avec la marijuana« , poursuit-il. 

Avec 25 millions de consommateurs, le cannabis est la drogue la plus consommée en Europe et son commerce y pèserait environ 11,6 milliards d’euros en 2019, selon les estimations d’Europol. 

– Une forêt de marijuana –  

Durant la première semaine d’octobre, trois opérations policières contre la production illégale de cannabis ont été menées en Catalogne.  

L’un de ces coups de filet, auquel a pu assister l’AFP, a permis de mettre la main sur 1.500 plants et entraîné l’arrestation de quatre personnes à San Esteban Sasroviras, à 25 km de Barcelone. 

Juste avant de faire irruption dans cette « ferme » illégale, les policiers, équipés de gilets pare-balles et de fusils d’assaut, avancent en silence vers de petites maisons isolées.  

Souvent inoccupés depuis la crise financière de 2008, ces logements sont loués ou squattés par des groupes mafieux qui y installent des plantations pouvant avoir un rendement quatre fois supérieur à une plantation en extérieur. 

Dans l’immense sous-sol, éclairé par de puissants projecteurs jaunes, des centaines de plants serrés les uns contre les autres atteignent un mètre de hauteur. Malgré les ventilateurs, l’air est chargé d’humidité, comme dans une forêt qui exhalerait le parfum entêtant du cannabis. 

Avec quatre récoltes annuelles, les trafiquants espéraient revendre leur production entre 200.000 et 400.000 euros sur le marché européen, selon la police. 

En Espagne, le gramme d’herbe se vend 5 euros mais en moyenne en Europe, c’est trois fois plus voire six fois dans certains pays nordiques.  

Ces juteux bénéfices attirent en Espagne « les groupes organisés étrangers et multinationaux qui y créent de grandes installations de production pour répondre à la demande dans leurs pays« , explique Jan Op Gen Oorth, porte-parole d’Europol. 

Des groupes anglais, suisses, serbes, polonais ou français sont séduits par les faibles coûts et la législation espagnole et ses « zones grises« , explique Ramon Chacon. 

Le commerce et la consommation publique du cannabis sont interdits en Espagne mais la production pour la consommation personnelle est autorisée. Une législation qui a permis la création d’associations de consommateurs sans statut légal qui produisent du cannabis pour leurs membres. 

Avec pour résultat, estime Ramon Chacon, une banalisation du cannabis et des « tentacules » du trafic de drogue qui atteignent « toutes les couches de la société« , y compris en corrompant policiers et politiciens. 

L’explosion de la production illégale a pour corollaire les affrontements entre clans, le trafic d’armes ou la traite d’êtres humains avec des migrants réduits en esclavage dans certaines fermes. 

En Catalogne, trois homicides liés au trafic de cannabis ont été recensés le mois dernier. 

« Cela commence à devenir habituel« , indique Ramon Chacon qui craint que la violence n’augmente encore à l’avenir. Pour le moment, « tout le monde gagne de l’argent sans grande concurrence entre les clans » mais « on finira par avoir plus de tensions entre les groupes, et une lutte pour le territoire plus compliquée, avertit-il. 

Alcool : augmenter les prix fait baisser le nombre de décès et d’hospitalisations

  1. Par Charlotte Arce

Dans les pays ayant fixé un prix minimum sur les boissons alcoolisées, le nombre de décès et d’hospitalisations liés à la consommation d’alcool a fortement chuté.

Alcool : augmenter les prix fait baisser le nombre de décès et d’hospitalisationsSERGEYRYZHOV/ISTOCK

L’ESSENTIEL

  1. Fixer un prix minimum pour les boissons alcoolisées, comme c’est le cas en Ecosse ou au Pays de Galle, permettrait de faire chuter le nombre de décès et d’hospitalisations liés à la consommation d’alcool.
  2. Au Québec, instaurer un prix minimum d’1,50 dollar canadien permettrait ainsi de diminuer de près de 6% le nombre de décès et de 8,4% le nombre d’hospitalisations.
  3. Fixer un prix unitaire minimum à 1,75 dollar aurait des effets encore plus nets, avec une diminution de 11,5% du nombre de décès et de plus de 16% du nombre d’hospitalisations.

En matière de santé publique, quelles sont les dispositions réglementaires liées à la consommation d’alcool qui se révèlent particulièrement efficaces ?

Alors qu’en France, un certain nombre de mesures ont été prises pour limiter la consommation d’alcool, comme l’interdiction de certaines boissons très alcoolisées, un encadrement des lieux de vente et de consommation ou encore une publicité limitée, certains pays ou États ont pris une disposition qui semble particulièrement porter ses fruits : la fixation d’un prix minimum sur les boissons alcoolisées. C’est le cas notamment en Ecosse, au Pays de Galle et dans certaines provinces du Canada.

Selon une nouvelle étude menée par des chercheurs de l’université de Victoria en Colombie-Britannique et publiée dans le Journal of Studies on Alcohol and Drugs, cette politique de « prix unitaire minimum » entraînerait « une réduction substantielle et durable des méfaits causés par l’alcool dans la société ». « Alors que nous continuons à faire face à la pandémie de Covid-19 et que nous entendons des inquiétudes quant à l’accablement de nos systèmes de soins de santé, cette étude montre qu’un prix unitaire minimum pour l’alcool contribuerait à libérer des ressources précieuses en diminuant la charge de l’alcool sur nos systèmes de soins de santé », affirme Adam Sherk, docteur en philosophie et auteur principal de l’étude.

Pour parvenir à cette conclusion, les chercheurs ont utilisé un modèle informatique en accès libre appelé « Modèle international des méfaits de l’alcool et des politiques en la matière » (InterMAHP) pour estimer les méfaits de l’alcool dans un pays ou un État ainsi que pour déterminer l’impact potentiel sur la consommation d’alcool des politiques publiques. Leur objectif : déterminer l’effet potentiel d’une tarification unitaire minimale sur l’année 2014 au Québec, une province qui n’a pas encore institué une telle politique.

Ils ont ensuite croisé ces informations avec des données sur la consommation d’alcool par habitant, des données sur les hospitalisations et les décès, des informations sur les ventes de vins, de spiritueux et de liqueurs (qui sont partiellement contrôlées par le gouvernement au Canada) et sur les ventes de bière.

Au Québec, les chercheurs ont estimé à 2 850 le nombre de décès et à 24 694 le nombre d’hospitalisations attribuables à la consommation d’alcool. Il s’agit notamment de décès dus au cancer, aux maladies cardiovasculaires et aux blessures. Les principales causes d’hospitalisation liées à la consommation d’alcool sont les blessures non intentionnelles, les troubles psychiatriques, le cancer, les troubles digestifs et les maladies transmissibles.

Jusqu’à 16% d’hospitalisations en moins

La modélisation utilisée par les chercheurs a permis de déterminer que si le Québec avait précédemment mis en place une politique de prix unitaire minimum de 1,50 dollar canadien par boisson standard (environ 2,3 euros), 169 décès auraient été évités, soit une réduction de 5,9 %. L’instauration d’un prix unitaire minimum de 1,75 dollar canadien par boisson (environ 2,7 euros) aurait permis d’éviter 327 décès, soit une diminution de 11,5%.

De plus, une politique de prix unitaire minimum de 1,50 dollar canadien par boisson aurait permis de réduire le nombre d’hospitalisations de 2 063 cette année-là (soit une diminution de 8,4 %). Un prix de 1,75 dollar canadien aurait réduit les hospitalisations de 4 014, soit 16,3 %.

« Ce rapport vient s’ajouter aux preuves de plus en plus nombreuses que les politiques de prix unitaires minimums sont un moyen efficace pour les gouvernements de réduire les visites à l’hôpital liées à l’alcool et de sauver des vies, estime Adam Sherk. Les gouvernements nationaux et juridictionnels, y compris le Québec, devraient envisager de suivre l’exemple de pays comme l’Écosse et de mettre en œuvre ces politiques. »

Cannabis : le gouvernement dit non à la légalisation

Alors que maires et parlementaires Les Républicains s’opposent sur la question, certains membres du gouvernement rappellent que la légalisation du cannabis n’est pas à l’ordre du jour.

Dimanche 27 septembre, trois maires LR avaient publié une tribune dans le JDD où ils appelaient à la légalisation du cannabis. Une semaine plus tard, 80 parlementaires LR ont réfuté cette idée en publiant, eux aussi, un texte dans le même journal. Finalement, certains membres du gouvernement se sont positionnés contre cette idée lors de plusieurs interviews. 

Sur le plateau de LCP lundi 5 octobre, Marlène Schiappa, ministre déléguée à la Citoyenneté a déclaré : 

Je suis contre la légalisation du cannabis. Pourquoi ? Parce que généralement ça mène à la consommation de drogues plus dures et qu’on sait que ça sert à financer les réseaux de traite des êtres humains et d’ailleurs en partie les activités terroristes qu’on évoquait.

Position similaire pour Eric Dupond-Moretti, le ministre de la Justice, au cours d’un entretien publié par Le Figaro ce mardi 6 octobre : « Le cannabis déscolarise, rend dépendant psychologiquement, et a des effets délétères sur la santé mentale et physique. J’ai donc toujours été opposé à sa dépénalisation […] Je pense que cela ne fera que déplacer la délinquance vers d’autres drogues comme la cocaïne et l’héroïne. »

A la mi-septembre, Gérald Darmanin, le ministre de l’Intérieur avait déjà fait part de son rejet de la légalisation du cannabis : « Je ne peux pas, en tant que ministre de l’Intérieur, en tant qu’homme politique, dire à des parents qui se battent pour que leurs enfants sortent de l’addiction à la drogue, que l’on va légaliser cette merde. Et je dis bien ‘cette merde.’ « 

Il apparaît très clairement que le gouvernement est encore loin d’envisager la légalisation de la weed. Le lancement de l’expérimentation du cannabis thérapeutique envisagé à l’origine au mois de septembre a été reporté de trois mois, pour cause de coronavirus. 

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Boulevard Voltaire  jeudi 1er octobre 2020

L’édile de Reims et les deals de Reims 

Pr. Jean Costentin

 Le maire de Reims, M. Robinet, membre du LR, parti jusqu’alors assimilé aux prohibitionnistes du cannabis, s’exprime en faveur de sa légalisation, proposant que sa ville soit le siège de son expérimentation. Sait-il encore où il habite, et pour son appartenance politique, et pour sa ville, cité historique, mondialement identifiée au champagne ? Deviendra-t-elle « Shit-ville » ou « Joint-ville » (sans pont) !

M. Robinet, ni psychiatre, ni médecin, ni pharmacien (contrairement à ce que voudraient faire accroire ceux qui appuient sa proposition), a fait des études scientifiques, suivies par une thèse de pharmacologie, prolongée d’autres travaux, tous étrangers à la neurobiologie et aux toxicomanies. Son adhésion à la légalisation du cannabis repose donc sur des convictions, dénuées de compétences.

       La loi de 1970 prohibant le cannabis pressentait les méfaits à cette drogue ; les cinquante ans qui l’ont suivie les ont précisés, en y ajoutant d’autres encore plus graves.

Une toxicité psychique majeure : ivresse à l’origine d’accidents routiers et professionnels, majorée par l’association à l’alcool (champagne ou cannabis, il faudra choisir) ; effets désinhibiteurs libérant des pulsions agressives (rixes, viols…) ; « crétinisation » (« la fumette / ça rend bête ; le chichon / ça rend con », « pétard du soir / trou de mémoire ») ; démotivation (« pétard du matin / poil dans la main ») ; induction d’anxiété et de dépressions, pouvant mener au suicide ; perturbation de la maturation cérébrale (entre 12 et 20 ans), avec diminution du quotient intellectuel et émergence possible de la schizophrénie (« la folie ») ; incitation à consommer d’autres drogues conduisant aux polytoxicomanies. Induction, par son tétrahydrocannabinol, d’effets épigénétiques qui modifient le niveau d’expression de certains gènes, affectant les caractères qu’ils expriment (le phénotype). Les individus en âge de procréer qui exposent leurs spermatozoïdes ou leurs ovules au THC transmettent à leur enfant ces modifications, qui peuvent être à l’origine de troubles autistiques, de la schizophrénie, d’une attirance vive pour les drogues qui s’exprimera à l’adolescence… Le fumeur de cannabis non seulement s’inflige divers méfaits, mais fait hériter sa progéniture de divers autres.

Sa toxicité physique l’emporte sur celle du tabac (qui tue, chaque année, 75.000 Français). Citons les cancers, les accidents vasculaires cérébraux, les infarctus du myocarde (3e cause)… Les femmes enceintes fumant du cannabis exposent leur enfant à des risques tératogènes, de mort subite, de ralentissement de leur développement psychomoteur, d’hyperactivité avec déficit de l’attention, d’une grande vulnérabilité aux toxicomanies…

La France est, en Europe, le premier consommateur de cannabis (1.500.000 « usagers réguliers ») ; sa consommation débute désormais au collège, usant de produits aux taux de THC multipliés par six en trente ans, avec de nouveaux modes de consommation (pipes à eau, e-cigarettes avec des recharges « d’huile de cannabis »…) qui augmentent sa cession à l’organisme.

Oubliez les revenus que sa légalisation apporterait au budget ; pour 1 dollar collecté, l’État du Colorado doit débourser 4,5 dollars pour assumer les conséquences néfastes de sa consommation.

Oubliez la disparition de la pègre que réaliserait la légalisation. Le cannabis légalisé serait cher pour être dissuasif et faiblement dosé en THC pour être moins toxique ; les dealers vendraient moins cher un cannabis plus « puissant » ; ils y ajouteraient la vente d’autres drogues que, dans la même logique, il faudrait légaliser.

Les jeunes qui s’abstiennent du cannabis le font, pour 60 % d’entre eux, par crainte de sa toxicité, et pour les 40 % restants, par respect de son interdiction. Leurs bonnes résolutions seraient ruinées si cette drogue était légalisée. Comment continuer de croire que le cannabis est dangereux si l’État, protecteur par destination, levait son interdiction ? Le nombre des consommateurs tendrait alors vers les 4 à 5 millions d’alcoolo-dépendants et même les 13 millions de tabagiques.

Voilà comment, Monsieur le Maire, une prévention foncièrement déficitaire serait complètement annihilée. Je vous conjure, pour vos responsabilités, pour la nation et pour notre jeune génération, de ne pas persévérer dans cette erreur.

Jean Costentin , Docteur en médecine