Drogues : le gouvernement s’engage dans un long combat

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Toutes les cinq minutes en moyenne, dans les quartiers nord de Marseille (Bouches-du-Rhône), une amende tombe : 200 euros pour chaque personne en possession de drogue, et un PV envoyé au domicile sans passage par leur commissariat. C’est une procédure simplifiée qui permet un gain de temps selon les policiers. « On peut le faire à la proximité des cités, on va verbaliser les acheteurs« , explique le commissaire Patrick Longuet. Car en effet, jusque là les policiers ciblaient en priorité les vendeurs, mais désormais, les consommateurs eux aussi sont visés. L’amende est inscrite au casier judiciaire.

1,5 million d’usagers réguliers de cannabis en France

Sur le plateau du 20 Heures, Anne-Claire Poignard a évoqué les quatre drogues qui sont en particulier dans le viseur des nouvelles législations : le cannabis en tout premier lieu, mais aussi la cocaïne, l’héroïne et les drogues de synthèses, comme l’ecstasy. En France, les personnes détenues pour trafic de stupéfiants représentent environ 18% de la population carcérale, c’est un peu plus de 10 000 individus.

 

Bientôt une amende forfaitaire pour les consommateurs de cannabis et de cocaïne

INFO LE POINT. À partir de la rentrée, les usagers de drogues ne seront plus systématiquement poursuivis. L’amende forfaitaire délictuelle va être généralisée.

Le montant de l’amende forfaitaire délictuelle (AFD) est fixé à 200 euros, minoré à 150 euros et majoré à 450 euros, comme celle pour stationnement gênant. Pour alléger la charge de travail des forces de l’ordre et désencombrer les tribunaux, les fumeurs de cannabis et consommateurs de cocaïne sur la voie publique ne seront plus systématiquement passibles de poursuites judiciaires. Du moins, sur le papier. En réalité, une marge d’appréciation est laissée aux policiers sur le terrain. Sur quel(s) critère(s) ? La note diffusée par le ministère de l’Intérieur le 8 juillet ne le mentionne pas.

COLOMBIE TÉMOIGNAGES: LES RAVAGES CACHÉS DE LA COCAÏNE

Cloisons nasales perforées, impuissance, nécroses cutanées: la cocaïne génère des maladies et effets secondaires méconnus

Destruction de cloison nasale, problèmes cardiaques ou neurologiques, impuissance sexuelle, nécroses: la cocaïne génère maladies et effets secondaires méconnus et honteusement dissimulés. Des ex-toxicomanes et drogués rencontrés en Colombie, premier producteur de ce stupéfiant, témoignent.

La sortie du confinement, imposé pour enrayer la propagation du nouveau coronavirus, risque de se traduire par une hausse des surdoses avec une reprise de la consommation après des mois de sevrage, craignent des experts.

Risque de surdose

«Les gens, qui ont réduit leur consommation durant la quarantaine, ne peuvent prendre ce qu’ils prenaient avant, parce que cela pourrait provoquer une surdose», avertit Julian Quintero, directeur de l’institut d’action technique sociale (ATS) à Bogota, la capitale colombienne confinée depuis le 20 mars.

Quelque 500’000 toxicomanes meurent chaque année dans le monde et 35 millions d’entre eux souffrent de «troubles» consécutifs à leur addiction, selon un rapport de l’Office des Nations unies contre la drogue et le crime (UNODC), publié en mai.

Difficulté de traiter ces effets secondaires

«Les gens vont difficilement chez le médecin pour une addiction à la cocaïne et ils ne pensent pas que cela cause d’autres affections», explique Efren Martinez, directeur scientifique du centre de désintoxication de la fondation Colectivo Aqui y Ahora, en soulignant la difficulté de traiter ces effets secondaires, dont les patients parlent avec réticence.

Voici trois témoignages, recueillis par l’AFP, sur le calvaire de ces maladies, nées de l’inhalation de cocaïne.

Les saignements n’empêchaient pas Nicolas Merizalde de «sniffer» du «perico», nom populaire de la cocaïne en Colombie. «Avec un mouchoir, avec n’importe quoi, je nettoyais le sang. J’attendais que cela sèche un peu, puis je m’en remettais encore et encore jusqu’à saigner», raconte cet homme de 47 ans.

Cloison en platine

Pas de trace visible de chirurgie, bien que sa cloison nasale ait été remplacée par du platine. Les dégâts au septum du nez sont générés par une consommation effrénée de longue date, dans son cas depuis ses 14 ans.

«Les acides que contient la cocaïne ont le pouvoir de dévorer l’os, littéralement», souligne M. Martinez. Et, «le plus grave, ce sont les micro-infarctus cérébraux», quand la cloison nasale est perforée, la poudre montant au cerveau.

Impuissance sexuelle

De l’alcool et la marijuana, Nicolas Merizalde est passé très vite à la «neige» et de «façon plus obsessive» que ses amis: «Eux sniffaient une ligne, moi deux». Sa vie est partie en vrille. Il a volé, frappé sa petite amie, passé de la drogue au Pérou, s’est laissé tripoter par un «dealer» de drogue en échange de sa dose.

Au bout du rouleau, il s’est enfermé dans un motel pour en finir d’une surdose. Mais il a échoué et s’est retrouvé hospitalisé. Depuis 1995, il est «clean» et dirige depuis dix ans un centre de réhabilitation.

Alberto attribue la rupture avec sa femme à sa dysfonction érectile. «Amoureux» de la cocaïne, il n’imaginait pas qu’elle le trahirait au lit. «C’est ce qui peut arriver de pire… c’est ce qui a déclenché notre séparation, car mon corps, ma vie, tout dépendait de la drogue», a raconté ce quadragénaire dans un couloir de l’hôpital universitaire San José à Bogota.

Erection perturbée

Il y a été opéré d’une ischémie cérébrale, causée par la poudre blanche. Ses difficultés d’érection ont commencé il y a plus de vingt ans. Il en avait 22, dont huit à se droguer quotidiennement. Il s’est marié, a eu deux enfants, sans renoncer à la «coke». Son épouse l’a toléré, jusqu’à ce qu’il puise dans le budget familial.

Et leur relation intime s’est étiolée. «Quand tu […] es dépendant de la drogue, cela annule souvent le plaisir sexuel», dit-il. La cocaïne forme des caillots de graisse dans les vaisseaux sanguins, perturbant l’irrigation du pénis, donc l’érection, explique le toxicologue Miguel Tolosa, qui a suivi Alberto.

Nécrose cutanée

Mais l’impuissance était un problème mineur face à d’autres troubles: infarctus cérébral, problèmes hépatiques, coronariens et rénaux. «La drogue a été la pire décision de ma vie. Elle a tout gâché», admettait Alberto, avant de cesser d’aller aux contrôles médicaux et que l’hôpital perde sa trace.

Jorge Rodriguez montre son torse, son dos, ses bras. Sa peau témoigne de l’«enfer» de la nécrose cutanée due à une cocaïne frelatée: elle est parsemée de cicatrices de la taille de lentilles. «Les démangeaisons ne me laissaient rien faire, ni lire, ni écrire, ni l’amour […] Cela empoisonne la vie», se souvient cet homme de 50 ans, chez lui dans le centre de Bogota.

«Travailler reclus»

«Le lit tâché de sang, les chemises… C’est une maladie honteuse». A la fin des années 2010, son corps s’est couvert de boutons, transformés en lésions. «Pour aller à une réunion, je devais me passer des calmants sur la peau», explique-t-il. «J’ai dû cesser d’avoir une vie professionnelle publique [comme chercheur et consultant, ndlr] et travailler reclus». Consommateur de cocaïne depuis un quart de siècle, il a commencé à souffrir après avoir changé de dealer. Cinq amis ont ensuite présenté les mêmes symptômes.

Des médecins ont évoqué la gale ou des acariens. Les traitements ne les soulageaient que quelques jours, jusqu’à ce que l’institut d’action technique sociale (ATS) analyse la cocaïne. Pour plus de profit, les narcos l’avaient mélangée à du Levamisol, un antiparasitaire vétérinaire.

Source

HISTOIRE DU TRAFIC DES DROGUES

Les vidéos sont visibles jusqu’au
29 Mai 2020 (voir au bas de l’article)
L’historique du commerce de la drogue que présentent les journalistes Julie Lerat et Christophe Bouquet, nous mène des Guerres de l’opium du XIXe siècle jusqu’à la Colombie d’aujourd’hui. Leur reportage est une plongée au cœur d’un marché clandestin qui n’a jamais cessé de s’étendre. À voir sur arte.tv

De la Chine au Mexique… De l’Afghanistan aux rues new-yorkaises… De la Sicile aux forêts colombiennes… La géopolitique mondiale des drogues couvre la planète. Au XIXe siècle, l’opium se répand à travers toute l’Asie, sous l’impulsion des puissances coloniales britannique et française. Parallèlement, l’industrie pharmaceutique découvre des produits miraculeux : morphine, héroïne, cocaïne, indispensables à la chirurgie moderne. Mais la consommation échappe au contrôle.  L’addiction devient un fléau mondial et un enjeu de santé publique. Dès lors, la prohibition va progressivement s’imposer. L’interdit donne naissance aux premiers réseaux de trafics internationaux qui ne vont cesser de chercher la protection des États. Cette criminalité connaît un essor sans précédent pendant la Guerre froide, quand les services secrets américains et soviétiques utilisent les drogues comme un instrument politique. Les États-Unis sont les premiers à en payer le prix fort , puisqu’en 1970 un tiers de leurs soldats au Viêtnam sont dépendants de l’héroïne. Un an plus tard, le Président Richard Nixon déclare la guerre aux drogues. Consommateurs et trafiquants sont chassés et pourchassés jusqu’au bout du monde.

Mises au point légalement par l’industrie pharmaceutique occidentale

Héroïne. Cocaïne. Deux produits qui pèsent aujourd’hui aussi lourd dans l’économie mondiale que le pétrole ou le textile. Ces drogues, responsables en deux siècles de millions de morts, ont d’abord été mises au point le plus légalement du monde par l’industrie pharmaceutique occidentale. Les systèmes bancaires et les services secrets du monde entier, en lien plus ou moins direct avec des organisations criminelles, ont contribué à les faire prospérer. La répression s’est toujours révélée impuissante à mettre fin à ce commerce immensément lucratif, car le secteur des stupéfiants, « le plus agile du monde« , selon l’un des analystes interrogés dans ce reportage, parvient à se recomposer chaque fois qu’un coup lui est porté. Les masses d’argent qu’il injecte dans l’économie mondiale ne cessent de remodeler les frontières. Archives, entretiens, reportages inédits, ce triptyque d’investigations inédites dévoile les logiques cachées du trafic de drogue et sa porosité avec les pouvoirs en place. Effrayant. Passionnant.

Jérôme ENEZ-VRIAD

Histoire du trafic des drogues
Un reportage en 3 parties de 53 minutes chacune
1 / L’ère des empires
2 / L’heure des barons
3 / Les territoires perdus
En accès gratuit jusqu’au 29 mai 2020 sur Arte.TV

Passeurs de cocaïne en Guyane

« Aller sans retour » : un film pour sensibiliser sur le phénomène des passeurs de cocaïne en Guyane

Un film intitulé « Aller sans retour » sera diffusé, à partir du mois de janvier, dans le cadre d’une vaste campagne de communication à destination des jeunes collégiens et lycéens de Guyane.

Réalisé par une jeune réalisatrice guyanaise talentueuse, Marie-Sandrine BACOUL (qui a notamment été assistante-réalisatrice sur la série « Guyane » de CANAL+), il a pour objectif de sensibiliser les jeunes Guyanais sur la réalité et les risques liés au trafic de cocaïne à destination de la métropole (phénomène des « mules »). Il a été en partie financé par la MILDECA, et a également obtenu, entre autres, le soutien de la collectivité territoriale de Guyane, de la préfecture, de la protection judiciaire de la jeunesse ainsi que du parquet et de la ville de Cayenne.

Dans les collèges et lycées de Guyane, des projections sont prévues, suivies d’échanges avec des représentants de la Justice, de la protection judiciaire de la jeunesse, des forces de l’ordre (Police, Douane, Gendarmerie) ou d’associations. Une campagne d’affichage sera également mise en place dans ces établissements.

Afin de toucher un maximum de jeunes, une page Instagram a été créée : @allersansretour_lefilm, sur laquelle le film est diffusé depuis le 19 janvier, comme sur youtube. Il sera relayé sur le site internet du film dès février et diffusé dans les cinémas guyanais et sur la chaîne TV Guyane la 1ère.

 

 

Une nouvelle appli contre les addictions

Une collaboration entre plusieurs associations a abouti à la création d’une nouvelle appli pour lutter contre les addictions à l’alcool, au tabac, à la drogue, aux médicaments et aux jeux.

Téléchargée et installée en quelques secondes, l’application se révèle plutôt facile à utiliser. En plus des informations de base sur les addictions, des autotests et de l’option « journal de bord », il est possible d’avoir une consultation en ligne gratuite, confidentielle et anonyme avec des spécialistes compétents. Une option qui était souhaitée depuis longtemps .

Günter Biwersi, directeur-adjoint de l’association « Jugend- an Drogenhëllef »: « Normalement nous voyons nos clients une fois par semaine. Mais maintenant nous pouvons répondre à des questions particulières ou, au moyen du journal de bord, discuter de choses, qui souvent ne peuvent pas être abordée lors d’une rencontre d’une heure. » L’application n’est pas seulement destinée à ceux qui sont en traitement ou en consultation. « Nous sommes aussi de plus en plus souvent contacter par des jeunes et des étudiants qui tentent des expériences qui ont des questions. »

« Nous espérons toucher une grande partie des usagers d’internet. Qu’il s’agisse d’un consommateur, de quelqu’un qui recherche des substances ou par le thème de l’addiction. Je pense que nous auront beaucoup de succès avec ce projet La consultation va fonctionner vite pendant la semaine. Les réponses arriveront dans un délai de 48 heures.

En ce qui concerne les substances addictives, l’appli fournit actuellement des informations sur six produits, dont l’alcool, les cigarettes, le cannabis et la cocaïne. Une sélection limitée qui va s’étoffer durant les prochains mois.

« Ce sont les substances les plus couramment consommées par les gens actuellement. Nous adapterons aussi le programme. Mais cela dépendra de la demande des clients. Ce qui sera demandé le plus souvent, sera aussi développé en premier.“

Mais cela ne doit pas empêcher de poser des questions sur d’autres produits. L’application a été développée pour le marché luxembourgeois, mais ses promoteurs espèrent aussi pouvoir aider des frontaliers et des habitants de la Grande Région.

Source

Rapport de l’ONU : explosion de la production mondiale de cocaïne

La production mondiale de cocaïne continue d’exploser ces dernières années. Selon un rapport de l’ONU, la production mondiale a atteint un nouveau plus haut historique avec près de 2.000 tonnes en 2017, soit 25% de plus que l’année 2016, qui était déjà un record.

L’extension des zones de culture en Colombie, favorisée par la fin du conflit avec les FARC, explique notamment cette forte hausse de la production.

L’autre tendance concerne la drogue illicite la plus consommée en Europe, le cannabis. ce dernier est de plus en plus puissant, avec une teneur en THC avoisinant souvent les 25%.

« La résine de cannabis, nous explique le Centre européen des Drogues et des Addictionsa considérablement évolué dans toute l’Europe, donnant lieu à un produit plus puissant, susceptible de poser un risque accru de dépendance et de problèmes de santé mentale pour les utilisateurs. Nous constatons que le cannabis est la drogue illicite la plus utilisée en Europe, il y a 1% d’utilisateurs quotidiens, donc c’est vraiment important. »

Au total, plus de 270 millions de personnes dans le monde consomment des drogues illégales chaque année, le cannabis étant loin devant avec 188 millions d’adeptes, selon l’ONUDC.

Les opioïdes affectent 53,4 millions de consommateurs.

Source

Cannabis, cocaïne, ecstasy: les Français consomment-ils plus que leurs voisins européens?

Deux personnes fumant du cannabis. (Illustration)

Dr Laurent Karila : « On ne fait pas assez de prévention sur les méfaits de la cocaïne »

Le Dr Laurent Karila.

Le Dr Laurent Karila. / SOS ADDICTION

La Croix : Quels sont les effets de la cocaïne sur l’organisme ?

L. K. : C’est une drogue stimulante qui entraîne un phénomène d’euphorie, de bien-être, de toute puissance. Vos pensées vont vite, très vite… C’est d’ailleurs ce qui fait que les consommateurs y reviennent. Voilà pour le premier effet. Vient ensuite la « descente » : une grosse demi-heure après la prise, le consommateur devient soudain très fatigué, triste, irritable. Il se met à fonctionner au ralenti. La tentation, du coup, c’est de reprendre un trait.

Certains disent pouvoir « gérer » leur consommation, sans être dépendant. Qu’en est-il ?

L. K. : Parmi les drogues les plus addictives, on trouve d’abord le tabac, l’héroïne, puis la cocaïne et enfin l’alcool. La cocaïne a donc, c’est indéniable, un potentiel psychoactif moins fort que le tabac ou l’héroïne en termes d’addiction, mais elle arrive quand même juste derrière ! On ne peut donc pas dire qu’elle ne rend pas dépendant. Après, cela n’a pas vraiment de sens de parler en soi du potentiel d’accroche d’un produit, il diffère tellement entre deux personnes.

Nous ne sommes donc pas égaux face au risque de dépendance…

L. K. : Non, l’impact de la cocaïne sur le cerveau n’a rien à voir d’un individu à l’autre. En fait, l’installation de l’addiction dépend de divers paramètres. Ils sont d’abord d’ordre psychologique : certains individus présentent une tendance plus marquée que d’autres à la dépression, aux troubles anxieux… Viennent ensuite les facteurs environnementaux : le stress au quotidien, le cadre dans lequel on a consommé la première, le fait d’être entouré ou non de consommateurs. Reste enfin, le terrain génétique, important lui aussi.

Croire qu’on saura « gérer » sa consommation de cocaïne au motif que d’autres y arrivent est donc infondé ?

L. K. : Absolument. Je ne crois pas à la consommation « contrôlée ». Le plus souvent, la dépendance s’installe sournoisement. Au bout d’un an ou deux de consommation, des troubles cognitifs apparaissent : troubles de la mémoire, de l’attention. Mais c’est surtout une drogue très cardiotoxique. Elle est vasoconstrictrice et le risque, au moment d’une prise, c’est qu’une artère se trouve serrée trop fort et qu’une partie de l’organisme ne soit plus irriguée.

Une étude a récemment montré que, après un trait, un cocaïnomane a un risque 24 fois plus élevé que la moyenne de faire un infarctus dans l’heure qui suit. Et ce, qu’il s’agisse du millième trait ou du tout premier, c’est totalement aléatoire.

À quelle condition un sevrage peut-il réussir ?

L. K. : Le sevrage, qui est la première étape du soin, dure environ trois semaines. Concernant la cocaïne, les symptômes de manque physiques s’atténuent rapidement. Ce qui fait rechuter, c’est l’envie psychologique de consommer. Et cette envie peut être stimulée par différents signaux : le fait d’en voir à la télé, de réentendre une musique qui évoque une période de consommation ou, tout simplement, le fait d’être confronté aux objets utilisés lors des prises. Je me souviens d’un patient qui pilait sa cocaïne avec son titre de transport en commun et le plus compliqué pour lui, c’était de l’utiliser au quotidien sans que cela déclenche l’envie de consommer.

Vos patients arrivent-ils à vraiment décrocher ?

L. K. : Il n’y a pas de règles. Pour que ça marche, il faut qu’ils soient motivés et qu’un bilan médical poussé – physique et psychologique – ait été mené pour savoir sur quels paramètres jouer. On couple ensuite les traitements médicamenteux avec une psychothérapie comportementale. Tout l’enjeu est d’aider les patients à réagir autrement à leurs envies, à éviter les situations à risques. Le plus dur, c’est de garder la volonté d’arrêter.

Alerte-t-on assez, selon vous, sur les méfaits de cette drogue ?

L. K. : Clairement pas ! Les autorités insistent avant tout sur ceux du tabac et de l’alcool et elles ont raison puisqu’ils font, à eux deux, 130 000 victimes par an. On parle de plus en plus du cannabis, mais on fait trop peu sur la cocaïne. À tort, car c’est vraiment en train de devenir une drogue problématique.

Recueilli par Marie Boëton

Drogues : la cocaïne et le protoxyde d’azote de plus en plus répandus

Selon un rapport de l’Observatoire français des drogues et des toxicomanies (OFDT) publié jeudi 20 décembre, la consommation de cocaïne et de protoxyde d’azote est en augmentation en France.

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Selon l’étude « Tendances récentes et nouvelles drogues » de l’OFDT, on comptait 1,6% d’usagers de cocaïne parmi les 18-64 ans en 2017, contre 1,1% en 2014. Le protoxyde d’azote ou gaz hilarant, qui peut se trouver dans n’importe quel supermarché, est de plus en plus utilisé dans les soirées étudiantes.

Jean-Pierre Couteron, porte-parole de la Fédération Addiction, a répondu aux questions du Magazine de la santé.

  • Comment expliquer l’augmentation de la consommation de la cocaïne ?

Jean-Pierre Couteron, Fédération Addiction : « Ce que l’OFDT a noté, c’est que la cocaïne quitte son milieu traditionnel, elle est en train de gagner les classes moyennes notamment parce que l’offre a changé. Le produit est un peu moins cher, on l’a rendu plus accessible, on peut se le faire livrer à domicile… On a aussi « amélioré » la qualité du produit, la cocaïne est davantage dosée, elle est plus pure. La cocaïne devient plus « fréquentable » et donc le marché s’est élargi. »

  • Quels sont les effets de la cocaïne sur l’organisme ?

Jean-Pierre Couteron : « Il y a des risques cardiaques, des effets de perte de contrôle avec tout ce qui s’ensuit : on prend moins soin de soi, on tire sur la machine… Il y a aussi des effets sociaux et psychiques. Or comme la cocaïne est de plus en plus « pure », plus dosée, tous ces effets sont augmentés. »

  • Des produits que l’on trouvait avant uniquement dans certains milieux festifs se diffusent de plus en plus. De quels produits s’agit-il ?

Jean-Pierre Couteron : « Essentiellement deux types de produits : le GBL-GHB, c’est-à-dire la drogue du violeur et le poppers, qui est un vieux produit qui disparaît et réapparaît. Le poppers a été remis en vente libre et les industriels ont changé le marketing avec des présentations plus amusantes, des petits slogans plus incitatifs. Il y a aussi une diffusion importante de l’ecstasy, de la MDMA, de la kétamine… Le mouvement général décrit par l’OFDT, c’est qu’auparavant ces produits étaient cantonnés à des « sous-groupes » festifs (chemsex, free parties, clubbers…)… et maintenant ils se diffusent dans d’autres milieux. Il va donc falloir changer les pratiques de prévention des risques. »

  • Le protoxyde d’azote, ou gaz hilarant, est aussi de plus en plus utilisé…

Jean-Pierre Couteron : « Le vrai risque, c’est que ce produit réapparaît chez un public qui n’a pas la notion du danger de ce produit. C’est un produit banal que vous pouvez acheter dans le commerce puisqu’il est présent par exemple dans les siphons à crème chantilly. Or il y a eu des cas d’accidents et de décès. Dans certaines régions, comme dans le nord de la France, cela devient un produit de grande consommation. Il va falloir réagir en terme de réduction des risques et d’information ! »

Source France info

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