Les 10 euros du paquet de cigarettes endigueront-ils le tabagisme français ? (France Inter)

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Invités :

  • Alors que la hausse des prix du tabac est souvent accusée d’être une mesure hypocrite, le #telsonne accueille médecins et buralistes pour des questions quant à sa vraie utilité.

Ce fut un des moments importants du discours de politique générale d’Edouard Philippe devant l’Assemblée le 4 juillet : justifiant cette décision par la nécessité de suivre des voies courageuses, il s’est engagé à ce que le prix du paquet de cigarettes soit progressivement porté à 10 euros. Dans le même temps, il a dénoncé les trafics qui minent cette politique et en font peser le poids sur les épaules des plus faibles. Cette hausse correspond à une augmentation de 40% du prix de tabac, et la taille de la marche a vocation à signifier la sévérité des volontés gouvernementales. Cette mesure est-elle nécessaire ? Suffisante ?

Le tabagisme est un problème de santé publique dont la France est une des plus vulnérables victimes. En proportion, les Français fument plus que la grande majorité de leurs voisins, et persistent à le faire : la consommation française reste stable quand partout ailleurs elle est en baisse douce. Plus de 80 000 décès par an, 27% de fumeurs et une politique de prévention et d’accompagnement inefficace sur le long terme : toute la communauté médicale s’accorde sur la gravité de ce constat, et accueille donc la hausse du prix du paquet avec espoir. Dans quelle mesure la hausse des prix permettra-t-elle une baisse du tabagisme français ? Qu’en sera-t-il pour les jeunes et les défavorisés ?

Vigoureusement opposés à la hausse des prix, les buralistes français mènent de nombreuses actions pour se faire entendre. Le 21 juillet, ils avaient bâché 432 radars automatiques dans l’idée de se venger de la perte de revenu à laquelle l’Etat les condamnerait. Plus généralement, ils s’organisent dans la retransmission des arguments de l’industrie du tabac. Ces derniers sont nombreux : la hausse du prix ne fera que détourner les fumeurs vers des trafics qui continueront d’être alimentés, elle fera perdre de l’argent à l’Etat comme aux buralistes, elle n’entraînera pas de baisse générale de la consommation de tabac… La mesure du gouvernement sera-t-elle l’échec annoncé par les buralistes ? Cette profession ne devrait-elle pas chercher à se reconvertir ? Comment protéger les commerces français du trafic de tabac et des prix bas européens ? 

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Merci Aline

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Les drogues seraient responsables de 33 % du déficit français annuel

TABAC, ALCOOL ET DROGUES ILLICITES COÛTENT 19,2 MILLIARDS D’EUROS PAR AN

En 2015, à la demande de l’Observatoire français des drogues et des toxicomanies (OFDT), Pierre Kopp a réalisé une étude sur le coût social des drogues en France. Selon cette enquête, chaque année, ce sont 19,2 milliards d’euros qui sont facturés à l’État français à cause des drogues, soit 1 % de son PIB.

Pour réaliser son enquête sur le coût des drogues pour la société française, Pierre Kopp s’est basé sur des données stables datant de 2010. Selon son analyse, l’État dépense 19,2 milliards d’euros tous les ans pour soigner les répercussions du tabac (13,8 milliards d’euros), de l’alcool (3 milliards d’euros) et des drogues illicites (2,4 milliards d’euros) sur la santé des Français. Une somme qui représente 1 % du PIB français.

En d’autres termes, les dépenses étatiques liées à ces addictions représenteraient 33 % du déficit budgétaire annuel. Les taxes de ces produits ne sont pas suffisamment élevées pour permettre l’équilibre du « budget tabac, alcool et drogues illicites ». En effet, alors que les frais médicaux engendrés par les consommations de tabac (25,9 milliards d’euros) et d’alcool (7,7 milliards d’euros) sont salés ; les recettes perçues par l’État avec les taxes tabac et alcool remboursent moins de la moitié des soins prodigués.

Le tabac est l’addiction la plus coûteuse pour le monde 

Pierre Kopp a calculé le coût social des drogues selon plusieurs critères : la valeur des vies humaines perdues, les pertes de qualité de vie et de production, les dépenses en prévention, les répressions et soins, l’économie des retraites non versées, les taxes prélevées sur l’alcool et le tabac … Selon ce chercheur en économie, les coûts sociaux de l’alcool et du tabac sont identiques (120 milliards d’euros chacun).

Celui des drogues illicites est évalué à 8,8 milliards d’euros. (à comparer avec le budget 2017 de la JUSTICE : 8,9 milliards)

Le tabac est sans hésitation la drogue responsable du plus grand nombre de décès. En revanche, les fumeurs vivent plus longtemps (71 ans) que les alcooliques (63 ans). Fumer est également l’addiction la plus coûteuse au monde.

Selon une étude publiée par Tobacco Control en janvier 2017, 6 % des dépenses mondiales liées à la santé sont causées par le tabagisme. En France, les paquets de cigarettes tarifés à 1,50 euro en 1990 sont désormais vendus à  près de 7 euros. Pourtant, selon le cabinet Microeconomix, si le coût pour la société était pris en compte, le prix juste d’un paquet de tabac serait supérieur à 13 euros.

Source

Tabac, pas brillant

Extrait du Bulletin Épidémiologique Hebdomadaire N°12 du 30 mai 2017

En 2016, plus d’un tiers des personnes de 15-75 ans déclaraient fumer en France et près de 3 Français sur 10 fumaient quotidiennement.

Ces prévalences sont stables depuis 2010, après la hausse observée entre 2005 et 2010.

L’augmentation du tabagisme chez les femmes dans les classes d’âge les plus élevées s’explique par un effet de génération déjà observé : les générations de femmes chez qui le tabagisme s’est développé sont aujourd’hui âgées de 55 à 75 ans, et une partie d’entre elles n’ont pas arrêté de fumer. La diminution du tabagisme parmi les femmes de 15-24 ans et les hommes de 25-34 ans est en revanche un résultat encourageant pour l’avenir.

L’accroissement des inégalités sociales en matière de tabagisme depuis le début des années 2000 se poursuit. La prévalence de la consommation de tabac augmente parmi les plus défavorisés en matière de diplôme et de revenus et diminue parmi les personnes ayant des hauts niveaux de diplôme et de revenus.

Plusieurs facteurs peuvent expliquer une prévalence du tabagisme plus élevée parmi les populations socialement défavorisées, notamment l’utilisation de la cigarette pour gérer le stress, la difficulté à se projeter dans l’avenir, la méfiance à l’égard des messages de prévention, le déni du risque, une dépendance nicotinique plus importante, une norme sociale en faveur du tabagisme ou des événements difficiles pendant l’enfance.

De plus, le processus d’arrêt du tabac est différencié selon la situation socio économique : les fumeurs des catégories sociales moins favorisées sont aussi nombreux que les autres à vouloir et à tenter d’arrêter de fumer, mais ils y arrivent moins souvent. Afin de mieux comprendre ces inégalités, une publication française portant spécifiquement sur les usages de substances psychoactives selon la situation professionnelle (en emploi ou au chômage) concluait à la nécessité de réaliser des actions de prévention adaptées, efficaces et acceptables pour les plus défavorisés.

La prévalence du tabagisme en France (un tiers de fumeurs) reste nettement plus élevée que dans les pays voisins :

  • l’Allemagne l’Espagne, la Belgique et les Pays-Bas compte environ un quart de fumeurs
  • l’Italie et la Grande-Bretagne en comptent environ un cinquième.
  • Les États-Unis et l’Australie ont quant à eux un niveau de tabagisme nettement inférieur aux pays d’Europe occidentale, avec environ 15% de fumeurs parmi les adultes en 2014-2015.

Dans ces pays, aux contextes sociétaux et de politique de lutte anti-tabac variés, la tendance est, contrairement à la France, une baisse continue de la prévalence du tabagisme, plus ou moins forte selon les pays, depuis le début des années 2000.

Tabagisme et arrêt du tabac en 2016

Le 12ème bilan annuel du tableau de bord tabac1 permet, comme les précédents, de donner une vue synthétique de l’évolution au cours de l’année écoulée des principaux indicateurs liés aux ventes de tabac, à la prise en charge des fumeurs et aux actions de prévention et d’information, éléments qui sont détaillés chaque mois dans un tableau de bord mensuel.
L’actualité 2016 a été marquée par l’entrée en vigueur d’un grand nombre de mesures2 issues du Programme national de réduction du tabagisme (PNRT) et contenues dans la loi de modernisation de notre système de santé3 (dite « loi santé ») du 26 janvier 2016. C’est le cas en particulier de la mesure emblématique, le paquet neutre standardisé (PNS) : depuis le 20 mai, les industriels ont l’obligation de ne plus fabriquer que ce type de paquets pour les cigarettes et le tabac à rouler, et de ne livrer aux buralistes et revendeurs autorisés que ces conditionnements depuis le 20 novembre.

L’obligation de vente aux fumeurs de ces PNS est elle entrée en vigueur au 1er janvier 2017. Par ailleurs, l’opération « Moi(s) sans tabac » a été menée pour la première fois en France en novembre 2016 ; elle consiste à lancer aux fumeurs le défi collectif, largement relayé dans les médias et sur les réseaux sociaux, de s’arrêter de fumer pendant au moins un mois ……

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Voici les 5 substances les plus addictives du monde

PAR ERIC BOWMAN, CHARGÉ DE COURS EN PSYCHOLOGIE ET EN NEUROSCIENCES, UNIVERSITÉ DE ST ANDREWS (ÉCOSSE)

ACTUALITÉ
L’addiction, c’est une dépendance à un produit, qui rend « accro » au point qu’on ne parvient plus à s’en passer. Certaines substances très addictives sont des drogues illégales, mais pas toutes.

Quelles sont les drogues les plus addictives ? Cette question semble simple de prime abord, mais la réponse varie en fonction de votre interlocuteur. Selon que l’on interroge tel ou tel chercheur, le potentiel addictif d’une drogue sera jugé en fonction de différents critères : ses dangers pour la santé, son prix, sa capacité à activer le « circuit de récompense » dans le cerveau, le plaisir que les personnes qui la consomment y trouvent, la force des symptômes de manque en phase de désintoxication, et la facilité avec laquelle une personne qui commence à la consommer devient « accro ».

Il existe aussi d’autres critères pour mesurer le potentiel addictif d’une drogue, et certains chercheurs affirment même qu’aucune drogue n’est addictive en soi. En raison de ces points de vue divergents, il a semblé pertinent de demander à des panels d’experts de classer les drogues en fonction de leur caractère plus ou moins addictif. En 2007, David Nutt et ses collègues ont ainsi interrogé des experts en addictologie et ont fait d’intéressantes découvertes.

1. L’héroïne

Un champ de pavots en Birmanie. L’héroïne est une drogue opiacée, obtenue à partir de la morphine issue du latex du pavot à opium. (Photo : UNODC Myanmar/AFP)

L’étude de Nutt démontre que l’héroïne est la drogue la plus addictive de toutes, avec un score maximal de 3/3. Il s’agit d’un opiacé qui entraîne une augmentation de 200 % du niveau de dopamine dans le système de récompense du cerveau, comme l’ont prouvé les expériences menées sur des animaux de laboratoire.

En plus de ce facteur hautement addictif, le danger de l’héroïne vient aussi du fait que la dose létale est seulement 5 fois supérieure à la dose nécessaire pour obtenir un effet de « high ». L’héroïne est classée 2e en termes de nocivité en raison des dommages qu’elle peut causer à la fois aux consommateurs de cette drogue et à la société. Le marché des opiacés illégaux – y compris l’héroïne – était estimé à 68 milliards de dollars en 2009.

2. La cocaïne

La cocaïne consommée sous forme de crack est considérée comme
particulièrement dangereuse. (Photo : US DEA/Reuters)

La cocaïne interfère directement avec la façon dont le cerveau utilise la dopamine pour transporter des messages d’un neurone à l’autre. En résumé, la cocaïne empêche les neurones d’éteindre le signal de la dopamine. Il en résulte une augmentation anormale de l’activité des circuits de récompense du cerveau.

Dans les expériences menées sur les animaux, la cocaïne augmentait plus de 3 fois les niveaux de dopamine par rapport au niveau normal. On estime que 14 à 20 millions de personnes consomment de la cocaïne à travers le monde et que le marché de la cocaïne s’élève environ à 15 milliards de dollars.

Selon les experts, la cocaïne consommée sous forme de crack est la 3e drogue la plus dangereuse tandis que la cocaïne sous forme de poudre, qui provoque un « high » moins prononcé, est classée 5e.

Environ 21 % de ceux qui essaient la cocaïne en deviennent dépendants à un moment de leur vie. La cocaïne ressemble à d’autres stimulants provoquant une dépendance, comme la méthamphétamine – qui pose de plus en plus problème, car elle est de plus en plus disponible – et l’amphétamine.

3. La nicotine

La nicotine contenue dans le tabac des cigarettes est la troisième
plus grande source d’addiction dans le monde.
(Photo : Srdjan Zivulovic/Reuters)

La nicotine est le principal ingrédient addictif du tabac. Quand quelqu’un fume une cigarette, la nicotine est rapidement absorbée par les poumons et acheminée vers le cerveau. Les chercheurs ont classé la nicotine comme la troisième substance la plus addictive.

Plus des deux tiers des Américains qui ont essayé de fumer ont déclaré qu’ils étaient devenus dépendants de la cigarette à un moment de leur vie. En 2002, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) estimait qu’il y avait plus d’un milliard de fumeurs et on prévoit que le tabac tuera 8 millions de personnes chaque année d’ici à 2030.

Les animaux de laboratoire sont assez futés pour ne pas fumer. Cependant, les rats soumis à des expériences en laboratoire appuient sur un bouton pour recevoir une dose de nicotine directement dans le sang – et cela provoque une augmentation de 25 à 40 % des niveaux de dopamine dans leur système de récompense.

4. Les barbituriques (anciens somnifères)

La dépendance aux barbituriques était fréquente quand ces
médicaments étaient prescrits couramment.
(Photo d’illustration : Fotolia)

Les barbituriques sont une classe de médicaments initialement utilisés pour traiter l’anxiété et favoriser le sommeil, par exemple le Gardenal. Ils interfèrent avec les signaux chimiques du cerveau, avec l’effet d’« éteindre » différentes régions du cerveau. À de faibles doses, les barbituriques causent une certaine euphorie, mais à des doses plus élevées ils peuvent être mortels, car ils inhibent les réflexes de respiration.

La dépendance aux barbituriques était plus fréquente lorsque ces médicaments étaient prescrits couramment, mais elle a diminué de façon spectaculaire quand ils ont été remplacés par d’autres médicaments, essentiellement les benzodiazépines (Lexomil, Xanax, Valium…). Cela met en évidence le rôle du contexte dans la dépendance : si un médicament addictif n’est plus disponible, il ne peut plus nuire. Les chercheurs de l’étude de Nutt ont classé les barbituriques au 4e rang des substances les plus addictives.

5. L’alcool

22 % des personnes qui ont déjà « bu un verre » développent
une dépendance à l’alcool à un moment de leur vie.
(Photo d’illustration : Marc Ollivier/archives Ouest-France)

La consommation d’alcool – légale dans de nombreux pays – a été notée 1,9 sur un maximum de 3 par l’équipe de Nutt. Il a pour effet principal d’augmenter les niveaux de dopamine dans le système de récompense du cerveau de 40 à 360 % – dans les expériences menées sur des animaux. Plus ils boivent, plus leur niveau de dopamine augmente.

Quelque 22 % de ceux qui ont « bu un verre » développent une dépendance à l’alcool à un moment de leur vie. L’OMS a estimé que 2 milliards de personnes avaient consommé de l’alcool en 2002 et que plus de 3 millions de personnes sont mortes des suites d’une consommation excessive en 2012. L’alcool a également été classé comme la substance la plus dangereuse au monde par d’autres experts.

La version originale de cet article a été publiée dans The Conversation.

The ConversationSource (Ouest France)

Addictions: l’expertise reconnue des anciens malades (Le Figaro)

Une dizaine de personnes sorties de la dépendance viennent de recevoir le premier diplôme universitaire validant leur statut de «patient-expert».

Vincent a connu l’enfer de la dépendance pendant vingt-cinq ans. «Dix ans d’héroïne, dix ans de cocaïne et enfin, l’alcool, énumère-t-il d’un ton neutre. J’ai essayé de décrocher de nombreuses fois avant de trouver enfin une structure me correspondant.» Depuis bientôt trois ans, il n’a plus touché à rien. Devenu bénévole pour l’association qui l’a accompagné dans son sevrage, cet ex-agent immobilier a rapidement souhaité faire de la prévention en milieu scolaire son métier. «Mais mon responsable avait besoin que j’aie un diplôme universitaire. Je suis tombé sur le DU de Paris Sud, j’ai trouvé ça passionnant.»

Fraîchement diplômé, il se félicite de ce «cadeau mérité». «J’ai arrêté les études en terminale, je n’ai pas eu mon bac: à l’époque, j’étais déjà consommateur de drogue. Alors ce diplôme, même à 53 ans, c’est une grande fierté. J’ai énormément travaillé, certaines notions médicales étant difficiles à maîtriser. C’est la valorisation de ma reconstruction.»

Première promotion mondiale

Avec huit autres personnes ayant connu les affres de la dépendance destructrice, Vincent forme la toute première promotion française, et même mondiale, de «patients-experts»diplômés en addictologie. L’idée de créer un diplôme universitaire pour des malades chroniques investis auprès de leurs pairs, afin d’élargir et valider leurs compétences dans l’accompagnement et la représentation des malades notamment, est une innovation française lancée en 2009 au sein de l’université Pierre et Marie Curie à Paris.

À peine sept ans plus tard, le modèle commence déjà à essaimer puisque c’est dans un autre établissement, l’université Paris Sud, qu’a été créée, à l’initiative du Fonds Actions Addictions, la formation de «Reconnaissance des compétences du patient expert dans les addictions».

«Une parole plus forte»

Le monde de l’addictologie y a vu une opportunité pour mieux faire entendre ses besoins. «L’addiction est encore souvent associée à la notion de péché, déplore Michel Reynaud, président du Fonds Actions Addictions. C’est une maladie qui suscite moins d’empathie que d’autres. J’espère qu’en étant reconnus comme patients-experts, avec des connaissances fiables et non critiquables, les personnes diplômées porteront une parole plus forte auprès des institutions et des autorités.»

Le programme de ce DU est en grande partie le même que celui qui était déjà proposé aux médecins ou infirmiers: formation aux différentes addictions (alcool et drogue bien sûr, mais aussi jeux, sexe, psychotropes…), thérapies possibles, neurobiologie, pharmacopée… Les étudiants ont suivi des cours via une plateforme Internet et validé le tout par des examens.

«Gage de sérieux»

«Ça m’a permis d’apprendre de nouveaux savoir-faire et de formaliser des choses que je savais déjà par l’expérience», résume une autre diplômée. Chantal a sombré dans l’alcoolisme il y a une trentaine d’années quand son couple s’est mis à aller mal. Six ans de dépendance forte, marqués par la honte et le secret. Elle s’en est sortie grâce à l’association La Croix-Bleue, dont elle est devenue d’abord bénévole, puis, grimpant les échelons, responsable régionale pour le sud-est de la France.

Âgée de 59 ans aujourd’hui, elle caresse le projet d’ouvrir un jour un centre de cure pour les femmes. Son nouveau diplôme, «gage de sérieux», sera un atout. «Le statut de patient-expert va leur permettre de mieux collaborer avec certains acteurs, notamment les assistantes sociales, qui mettent parfois en doute leur sérieux», confirme Jean-Paul Tomczak, président de la Camerup, coordination de cinq associations cumulant 100.000 membres, qui a cofinancé la formation de certains étudiants.

«Visibles et formés»

Les débouchés ouverts aux patients diplômés en addictologie sont divers: accompagnement des patients dans les centres, les hôpitaux et les associations, formation professionnelle y compris de soignants, et représentation des intérêts des malades et de leurs proches auprès des instances décisionnaires (agences régionales de santé, hôpitaux…).

«Ce DU leur donne un label de sérieux: plus les patients seront visibles et formés, moins on pourra leur dire qu’ils sont militants et pas compétents», explique le Pr Reynaud. La formation théorique vise aussi à compléter les connaissances acquises par l’individu souvent de façon empirique, au gré de son parcours. «Certaines associations sont attachées à une méthode particulière comme l’abstinence, alors que la recherche médicale montre qu’on peut aussi viser une consommation maîtrisée, illustre Michel Reynaud. D’autres associations revendiquent une dimension spirituelle, voire religieuse, qui peut s’avérer très utile pour certains malades mais peut être en décalage avec le monde laïc et scientifique des soignants. Nous souhaitons apprendre aux diplômés qu’il existe plusieurs réponses possibles à une situation.»

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La mortalité liée au tabac est sous-estimée

La mortalité précoce chez un fumeur est 2 à 3 fois plus élevée que chez une personne qui n’a jamais fumé. L’excès de mortalité est actuellement expliqué par 21 pathologies dont le tabac accroit la fréquence. Parmi elles, 12 types de cancers, 6 types de maladies cardiovasculaires, le diabète, les pathologies pulmonaires obstructives chroniques et les pneumonies. Ces différentes pathologies tuent 500 000 américains, et plus de 100 000 français chaque année au total 7 millions d’êtres humain par an. Il semble cependant que le nombre de pathologies favorisées par le tabac soit encore très largement sous estimées. Plusieurs études épidémiologiques comparant la mortalité liée au tabac aux causes de décès ne pouvaient s’expliquer par les seules 21 pathologies.

Pour identifier d’autres pathologies dont la prévalence serait augmentée par le tabac et conduirait à un décès, des scientifiques américains ont utilisé les données d’une étude ayant suivi pendant 10 ans une population d’hommes et de femmes âgés de plus de 55 ans. Deux groupes étaient constitués, les fumeurs et les non fumeurs.. Un participant ayant arrêté de fumer était considéré comme fumeur. La consommation présente ou passée de chacun était analysée. Il s’avère que la très grande majorité des participants considérés comme fumeurs avaient en fait arrêté de fumer plus de 10 ans avant le début de l’étude. Les causes de décès ont été ensuite analysées pour 52 pathologies chez les fumeurs et les non fumeurs. D’autres facteurs confondant étaient pris en compte.

Sur les 10 années considérées, le nombre de décès/1000 personnes.année était de 3037 chez les non-fumeurs et 6 462 chez les fumeurs, respectant le doublement du risque de mortalité précoce identifié chez les fumeurs. Les 21 pathologies ne recouvraient que 83% des décès. Les autres étaient reliés à l’une des 31 autres pathologies que l’on ne pensait pas auparavant liée au tabagisme.

Il est important de rappeler que les participants avaient arrêté de fumer depuis 10 ans, soit vers 45 ans, démontrant que même après l’arrêt du tabac, le risque de mortalité précoce persiste et ne se normalise pas en comparaison à une population n’ayant jamais fumé. Les chiffres de mortalité auraient probablement été pires s’ils avaient continué de fumer

Les fumeurs avaient un risque de mortalité précoce accrue pour chacune des 52 pathologies recherchées en comparaison à ceux n’ayant jamais fumé. De nombreuses pathologies qui ne sont aujourd’hui pas répertoriées comme accrues par le tabagisme apparaissent finalement directement en lien avec le tabagisme. Ainsi le risque de mourir précocement d’un cancer de la prostate augmente de 40% chez les fumeurs, et le risque de mourir d’un cancer du sein de 30% chez les femmes. Les risques accrus de décès précoces par d’autres pathologies sont identiques chez les fumeurs et les fumeuses et considérablement augmentés en comparaison aux non fumeurs : le risque de mourir précocement d’une infection s’accroit de 230%, d’une insuffisance rénale de 200%, d’une ischémie intestinale de 600%,et d’une cirrhose de 300%.

L’importance du tabagisme joue également un rôle ; parmi les fumeurs, le risque de chacun de ces décès était d’autant augmenté que la consommation de cigarettes quotidiennes était importante,augmentant significativement par exemple le risque de cancer du sein ou d’insuffisance rénale au sein du groupe des fumeurs. Une bonne raison d’arrêter de fumer précocement est tout de même retrouvé : le risque de mourir précocement de toutes ces pathologies, mis à part de la cirrhose déclinait au fur et à mesure que s’éloignait le moment où fut fumé la dernière cigarette. Un risque persiste donc chez les ex-fumeurs, toujours plus important que chez les non-fumeurs mais qui peut se réduire.

Cette importante étude révèle qu’environ 20% des décès liés au tabac sont pour l’instant ignorés, ces pathologies ne rentrant pas dans les maladies reconnues comme liées au tabagisme. Elle révèle que nombre de pathologies gastro-intestinales sont accrues par le tabac, comme la cirrhose hépatique, ou la maladie de Crohn. De même pour les risque de cancers, auparavant limité à 12 types de néoplasies et dont dorénavant la liste s’allonge dramatiquement et inclue le cancer du sein, de la prostate et d’autres, où encore le risque d’insuffisance rénale, et d’infections

Ainsi les scientifiques estiment que le nombre des victimes du tabagisme est encore plus élevé qu’estimé, cette étude relevant le nombre de décès d’environ 60 000 victimes supplémentaires, pour les Etats-Unis (soit environ 10 à 15 000 pour la France).

Est-il encore nécessaire de se demander ce qu’attendent les pouvoirs publics pour agir? Accepterait-on qu’un médicament non indispensable et qui aurait tué précocement 30 personnes ne soit pas retiré du marché ? Le fait qu’il s’agisse de plus de 70 000 morts causés par le tabac rend t-il la lutte moins crédible ? Quelles complicités sont donc en oeuvre pour ne pas agir ?

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