«Les jeunes qui fument doivent réfléchir»..

«Les jeunes qui fument doivent réfléchir»..Sécurité routière – Interview de Bernard Ladevèze, Directeur départemental et régional de la Prévention routière

«Les jeunes qui fument doivent réfléchir»..

La Prévention routière se réjouit de la généralisation des tests de dépistage aux stupéfiants…

C’est effectivement une bonne chose. Grâce au “DrugWipe”, le test anti-drogues, on a un test en quelques minutes seulement, très fiable qui plus est du point de vue de ses résultats. Et si le contrôle s’avère positif, la prise de sang obligatoire qui s’ensuit montre à la fois l’importance de la consommation de drogue et de quel produit il s’agit exactement. Je précise que Toulouse était en phase d’expérimentation depuis de longs mois sur ce test du DrugWipe.

Quel est le lien exact entre drogue au volant et accidentologie ?

Il est démontré que dans 14 % des accidents, on multiplie par deux le risque d’accident dès lors que l’on a fumé du cannabis.

Ce risque est certes multiplié par 8,5 en cas d’alcoolisation au volant, mais il est hélas démontré que l’association des deux, alcool et drogue, multiplie le risque d’accident par 14 ! Je crois que ce pourcentage doit vraiment faire réfléchir, à commencer les jeunes qui fument de plus en plus, je parle de consommation de drogue, la plupart du temps de cannabis.

Certains spécialistes parlent de catastrophe sociale sans mentionner les problèmes au volant…

C’est évidemment un tort. Je vais vous lister les conséquences de la consommation de cannabis au volant : difficulté à se concentrer et à rester attentif à l’activité routière autour de soi ; altération de la vision, de l’audition et des capacités de coordination ; temps de réaction allongé et capacité de contrôle de la ligne droite amoindri avec un conducteur qui zigzague facilement ; réponse détériorée en situation d’urgence, etc. Tout cela, on le constate dans bon nombre d’accidents mettant en scène des jeunes.

Celui qui prend ou fume de la drogue doit attendre combien de temps avant de reprendre le volant ?

Là aussi, il est prouvé que le cannabis reste plusieurs jours dans l’organisme avant de disparaître. Beaucoup croient alors être redevenus négatifs et pouvoir reprendre le volant sans risque, mais cela peut être une erreur. Il peut en effet y avoir résurgence de la positivité dans le sang en cas de choc émotionnel. C’est un élément loin d’être négligeable.

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Quand le cannabis abîme la mémoire

Quels sont les effets de la consommation de cannabis à long terme sur les fonctions cognitives? Telle est la question que se sont posée les Drs Emilio Albanese et Reto Auer des universités de Genève et Lausanne. Leur étude, publiée dans la revue JAMA Internal Medecine*, a mis en évidence une diminution de la mémoire.

La consommation de cannabis est devenue très commune. Addiction suisse estime ainsi qu’un quart de la population des 15 ans et plus a expérimenté la fumette. C’est la substance illicite la plus souvent consommée en Suisse. Dans la plupart des cas, ce sont surtout les jeunes qui sont concernés. Mais, alors que plusieurs villes en Suisse envisagent une forme de légalisation du cannabis, quel est l’effet d’une consommation quotidienne sur le long terme?

Pour répondre à cette question, les docteurs Emiliano Albanese et Reto Auer, des universités de Genève et Lausanne, ont analysé les données d’une étude américaine menée pendant vingt-cinq ans (lire encadré). Les participants, hommes et femmes, étaient âgés de 18 à 30 ans au début de l’étude.

Parmi les 3385 personnes sur lesquelles des données sur la fonction cognitive étaient disponibles, 2852 (84,3%) ont dit avoir consommé du cannabis. Seules 392 (11,6%) ont continué à en consommer régulièrement, soit environ une fois par jour, pendant les 25 années de l’étude.

Perte de mots

Trois fonctions cognitives ont été évaluées. La fonction exécutive, soit la faculté de répondre à une question en tenant compte du contexte plutôt que de manière automatique. L’attention et la vitesse de traitement de l’information. Et enfin la mémoire verbale à court et long terme. Les deux premiers tests n’ont pas montré d’association directe entre des déficits et la consommation de cannabis de longue durée. Or on sait que le cannabis a un effet sur ce type de performances. Mais après corrections de différentes variables, les chercheurs n’ont pas pu le démontrer.

Par contre, ce lien était évident pour l’évaluation de la mémoire verbale. Il s’agit d’un test neuropsychologique classique. La personne évaluée doit se souvenir d’une liste de quinze mots. Là, les consommateurs réguliers de cannabis ont été désavantagés. Ils perdent en moyenne un mot de plus que les autres par cinq années de consommation cumulée.

Une perte significative, en particulier autour de la cinquantaine, moment où la mémoire commence souvent à flancher. «C’est un peu comme si les consommateurs réguliers de cannabis étaient plus vieux de cinq ans que les autres. Or cela survient à un moment où la perte de mémoire progressive est tout à fait physiologique. Si bien que les adeptes du cannabis subissent un vrai désavantage par rapport aux autres. Il importe qu’ils en soient avertis», estime Emiliano Albanese.

La poule et l’œuf

Est-ce que l’on n’inverse pas les données du problème en disant que le cannabis provoque des dommages cognitifs? Les gens qui ont déjà un léger déficit cognitif sont-ils plus enclins à consommer du cannabis? Une hypothèse qui pourrait aussi expliquer les résultats de l’étude.

Pour répondre à cette objection, les chercheurs ont retrouvé les tests cognitifs plus généraux passés par les participants au début de l’étude, alors qu’ils étaient encore jeunes. Et ils ont pu démontrer qu’il n’y avait aucune relation entre la fonction cognitive et le choix de consommer du cannabis. Voilà donc une idée reçue qui a vécu!

Informer le consommateur

Au fond, qu’apporte cette étude? On savait déjà que la consommation aiguë de cannabis était problématique pour les fonctions cognitives. Mais cette étude est la première à montrer que c’est aussi le cas pour une consommation quotidienne, sur le long terme.

Jusqu’ici la discussion sur la légalisation du cannabis n’a pas pris en compte cette réalité.

«Du point de vue de la santé publique, il faut informer le consommateur de possibles dommages sur le cerveau lors d’une consommation continue. Ce n’est pas acceptable de ne pas en parler. De la même manière que l’on avertit les fumeurs sur les paquets de cigarettes du risque de cancer encouru. Pour le cannabis, on peut imaginer de légaliser la consommation mais il faut aussi bien renseigner les individus. Leur dire qu’ils devront faire face à des troubles cognitifs à un âge pas très avancé finalement, soit après 50 ans environ», commente Emiliano Albanese.

Cela complète aussi le constat d’une étude néozélandaise qui a évalué la relation entre la consommation continue de cannabis et l’intelligence entre 15 ans et 30 ans. Ses résultats ont montré une légère réduction du développement de l’intelligence chez les consommateurs réguliers.

Plus de THC, plus de dommages?

Aujourd’hui, le cannabis en circulation contient beaucoup plus de substances actives ou THC (tétrahydrocannabinol) que dans les années 80. Est-ce que cela voudrait dire que les consommateurs actuels, qui auront 50 ans dans dix ou vingt ans, courent un plus grand risque de dommages cognitifs que ceux qui ont été évalués dans l’étude?

«Pour notre étude, nous n’avons pas pu analyser bien sûr le cannabis consommé, commente le professeur. C’est de toutes façons difficile à évaluer. Il faudrait mesurer ces quantités avec des biomarqueurs. C’est infaisable sur plusieurs années et dans une large population. Mais on peut partir de l’hypothèse qu’une consommation d’un produit plus concentré pendant une période plus courte, a les mêmes effets sur les fonctions cognitives qu’une consommation sur le long terme avec des produits moins concentrés (gradient biologique). »

CARDIA

Les données sur la consommation de cannabis ont été récoltées dans une vaste étude de cohorte réalisée aux Etats-Unis, nommée CARDIA, et incluant 5115 personnes, hommes et femmes, noirs et blancs, entre 18 et 30 ans. Le but de CARDIA était d’évaluer le risque de développer une maladie cardiovasculaire chez les jeunes adultes. De nombreuses données ont été collectées, dont la consommation de cannabis. Un suivi qui a duré 25 ans (1986-2011). Des tests cognitifs ont également été réalisés au début de l’étude et à la fin.

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Drogue: Une molécule contre les effets du cannabis en test dès le mois de septembre

Un laboratoire bordelais lancera dans quelques mois un essai de phase 1 pour une molécule révolutionnaire dans le domaine de l’addiction au cannabis…

Historiquement, elle aurait dû s’appeler « 007 ». Mais pour des raisons de protocoles scientifiques, c’est finalement un autre nom de code, un peu moins vendeur, qui a été choisi : « AEF117 ». Une molécule pour l’heure cantonnée aux pipettes des labos avant, peut-être, d’aider des fumeurs de cannabis dans les années à venir. En France, un demi-million de personnes roulent quotidiennement leur joint à base d’herbe ou de ­résine, avec les conséquences désastreuses que cela engendre à long terme sur la cognition ou la motivation, notamment chez les jeunes.

Pour y remédier, une équipe de recherche de l’Inserm à Bordeaux dirigée par Pier Vincenzo Piazza a mis au point cette molécule révolutionnaire contrant l’effet de l’addiction au cannabis. Après des expériences fructueuses sur le rat, le chat et le singe, un premier essai de phase 1 sur des volontaires sains (humains, donc) sera lancé en septembre, avant deux autres essais de phase 1 sur des toxicomanes au cannabis.

« Bloquer la plus grosse partie des effets intoxiquant du cannabis »

Pour comprendre l’effet de cette molécule, il faut d’abord saisir l’action de cette drogue sur le cerveau. Quand on fume, le principe actif du cannabis, le THC, active des récepteurs et provoque l’intoxication. Celle-ci s’accompagne d’effets de plaisir, sensation de relaxation, problèmes de mémoire, etc. Quand les concentrations de THC sont très élevées, chez des fumeurs fortement intoxiqués, le cerveau développe un mécanisme de détente en produisant une hormone, appelée prégnénolone.

« Nous avons prouvé que cette hormone va se développer dans un endroit spécifique des récepteurs et bloquer la plus grosse partie des effets intoxicants du cannabis », poursuit Pier Vincenzo Piazza. En clair, la prégnénolone constitue un mécanisme naturel de défense contre les effets néfastes du cannabis en empêchant le THC d’activer pleinement les récepteurs cérébraux.

Les chercheurs ont donc administré à leurs cobayes de la prégnénolone externe – non produite par l’organisme – pour en augmenter le taux dans le cerveau, permettant ainsi de bloquer les effets du cannabis (sensation de plaisir, relaxation, problèmes de mémoire). En réalité, « elle n’inhibe pas le cannabis, mais elle va le transformer. C’est comme si vous preniez une molécule différente qui n’est plus le cannabis. »

Le fumeur ressent autre chose

Dans le langage médical, on dit que ce médicament n’est pas « antagoniste ». Il n’empêche pas le THC de se lier à son récepteur, comme certains médicaments déjà présents sur le marché, mais il bloque l’effet d’addiction et de plaisir du THC. Le fumeur va donc ressentir un plaisir atténué. Le produit devient moins attractif pour le cerveau. Mais pour autant, la molécule ne transforme pas le cannabis en produit aversif, comme c’est le cas pour certains traitements contre l’alcoolisme, par exemple.

Les chercheurs se sont enfin heurtés à un écueil : en tant que telle, la prégnénolone n’est pas un produit ingérable. Elle est très mal absorbée par voie orale et sa durée de vie reste très brève dans l’organisme (20 minutes). Il a donc fallu en recréer une de façon artificielle : « Comme on ne peut pas l’utiliser, nous avons créé une classe pharmacologique qui ne connaît pas ces problèmes-là. On a fait appel à la chimie », glisse le chercheur avant de lancer ses essais de phase 1. S’ils sont concluants, l’équipe bordelaise enchaînera les phases de tests en espérant la commercialisation de ce médicament. Au mieux, à l’horizon 2020.

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Surdoses fréquentes de cannabis chez les visiteurs du Colorado depuis la légalisation

WASHINGTON | Un nombre grandissant de visiteurs qui se rendent dans le Colorado, premier État américain à avoir légalisé la vente du cannabis en 2014, se retrouvent aux urgences après avoir consommé cette drogue de manière excessive, révèle une étude publiée mercredi.

«Les visites aux urgences dues à la consommation de cannabis ont augmenté davantage chez les personnes qui ne résident pas dans le Colorado que chez celles habitant cet État», a ainsi constaté le Dr Howard Kim, de la faculté de médecine de l’Université Northwestern, principal auteur de cette étude parue dans le New England Journal of Medicine.

«Cela pourrait indiquer que les non-résidents de l’Etat ne sont pas bien informés sur les effets néfastes de la marijuana», estime-t-il.

Ces effets peuvent être de l’anxiété, des hallucinations, une altération des capacités mentales, des symptômes cardiovasculaires (accélération du rythme cardiaque, palpitations et hypertension), des douleurs gastro-intestinales ou des vomissements.

Plus fréquent avec des produits comestibles

Les chercheurs relèvent que les surdoses se produisent plus souvent quand cette drogue est consommée sous forme comestible, dans des biscuits par exemple, car les utilisateurs ne se rendent pas compte immédiatement des effets du cannabis.

«Les gens qui mangent des produits contenant de la marijuana ne ressentent aucun effet sur le moment, ce qui les conduit à en consommer davantage», explique le Dr Kim. «Et quand les effets se font sentir ils sont beaucoup plus puissants».

De plus, le contenu en cannabis de ces produits comestibles varie énormément, il est ainsi difficile de savoir quelle dose exactement est absorbée.

Les visiteurs dans le Colorado venant d’un autre Etat ou de l’étranger qui se sont retrouvés aux urgences hospitalières avec des symptômes de surdose de cannabis ont représenté 163 visites pour 10.000 en 2014, contre 78 pour 10.000 en 2012, soit une augmentation de 109%.

Parmi les habitants du Colorado, le nombre de ces visites est passé de 70 pour 10.000 en 2012 à 101 pour 10 000 en 2014, ce qui représente un accroissement de 44%.

«Nous avons noté que ces visiteurs extérieurs étaient venus dans le Colorado pour de toutes autres raisons que de consommer du cannabis: ils venaient rendre visite à de la famille ou pour affaires», précise le Dr Kim. Et «ils se sont retrouvés à l’hôpital parce qu’ils ont voulu essayer un peu de marijuana».

La plupart ont été soignés et ont pu rentrer chez eux après quelques heures.

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L’addiction au cannabis favoriserait la dépendance à l’alcool

Selon deux études récentes, les fumeurs réguliers de cannabis sont plus à même de développer une dépendance à d’autres substances addictives, dont l’alcool, à court terme.

L'addiction au cannabis favoriserait la dépendance à l'alcool

Attention, une addiction peut en cacher une autre. Deux nouvelles études viennent en effet de montrer que les fumeurs réguliers de cannabis présentent plus de risques de développer une dépendance à l’alcool que les non-fumeurs. La première étude, menée par des psychologues et des épidémiologistes des universités américaines de Columbia, de la ville de New-York et de Yeshiva, est publiée dans la revue Drug and Alcohol Dependence . Elle utilise les données d’une large enquête menée aux Etats-Unis (National Epidemiologic Study of Alcohol Use and Related Conditions ou NESARC) pendant deux périodes (2001-2002 puis 2004-2005). Les scientifiques se sont intéressés à un panel de 27 461 adultes volontaires. Principal résultat de cette étude : les participants qui fumaient de la marijuana pendant la première période (2001-2002) étaient 5,4 fois plus nombreux à souffrir d’alcoolisme en 2004-2005 que les personnes qui n’en fumaient pas. « L‘usage du cannabis est associé à une augmentation du risque d’abus d’alcool persistant sur une durée de trois ans chez les adultes américains« , concluent les auteurs de ces travaux. Une affirmation que semble confirmer une seconde étude, publiée quelques jours plus tard dans le JAMA Psychiatry  et menée cette fois-ci par des chercheurs américains et français en psychiatrie et en épidémiologie, de l’Institut National de la Toxicomanie (Bethesda, Etats-Unis), des universités de Columbia (Etats-Unis) et de Paris Descartes (France). Ces scientifiques ont ici aussi utilisé les données de l’enquête NESARC. Ils ont alors estimé la force de l’association entre usage de cannabis en 2001-2002 et désordres psychologiques liés à l’alcoolisme en 2004-2005 pour 34 653 personnes. Parmi tous ces participants, 1 279 adultes fumaient du cannabis en 2001-2002 et, trois ans plus tard, ceux-ci présentaient plus de troubles psychiques et addictifs (pour l’alcool, la nicotine et les autres drogues) que les autres sujets.

Prévenir sur les risques de dépendances multiples

Ce qui conduit ce second groupe de chercheurs à la conclusion suivante : « au sein de la population générale, l’usage de cannabis est associé à un risque élevé de dépendance à de nombreuses autres substances. » C’est pourquoi les deux études préconisent aux décisionnaires des programmes cliniques de cibler spécifiquement ce risque de dépendance multiple dans les actions de prévention. Selon Alcool Info Service, 8,8% des Français présentent une consommation d’alcool à risque chronique ou de dépendance, soit près de six millions de personnes. En parallèle, l’Observatoire Français des Drogues et des Toxicomanies (OFDT) estime à 1,4 million le nombre de personnes consommant régulièrement du cannabis dans notre pays.

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Cannabis : avant 16 ans, il altère le développement cérébral (Sciences et Avenir)

Les fumeurs réguliers de cannabis, qui ont commencé avant 16 ans, ont un développement du cerveau altéré.

ALERTE. En France, 2 % des élèves de classe de 3e et 6 % des élèves de 2nde consomment du cannabis au moins 10 fois dans le mois (chiffre 2011, enquête Inserm).

Alerte ! Car chez les fumeurs réguliers de moins de 16 ans, le cerveau risque de connaître une altération du développement.

Tel est le constat du Center for BrainHealth de l’université du Texas de Dallas, dans une étude publiée dans Developmental cognitive neuroscience. Cette étude s’est intéressée à 42 fumeurs adultes réguliers (au moins une fois par semaine), âgés entre 21 et 50 ans, qui ont accepté de répondre à un questionnaire et de passer une IRM. L’objectif était de comparer les anatomies cérébrales de deux catégories de fumeurs : ceux qui déclarent avoir commencé leur consommation avant l’âge de 16 ans (13,1 ans en moyenne) et les autres après (16,9 ans en moyenne).

Des changements cérébraux majeurs durant l’adolescence

Pour rappel, pendant l’adolescence le cerveau est soumis à des changements majeurs. Il connaît un affinement de la matière grise (neurones et connexions) du cortex, du à un élagage massif des synapses « inutiles » et au renforcement des plus utilisées. Par ailleurs, les fibres conductrices des neurones (matière blanche), elles, se myélinisent, c’est-à-dire s’entourent d’une couche de myéline qui va accélérer la conduction électrique. Globalement le ratio matière grise / matière blanche diminue donc, signe que le cerveau se spécialise et devient plus performant!

Telles sont les caractéristiques anatomiques que les chercheurs de Dallas, menée par le Dr Francesca Filbey, ont mesuré par IRM chez les fumeurs réguliers de cannabis, vingt fumeurs « précoces » et vingt-deux fumeurs « tardifs ».  Leur observation est sans appel : les vingt volontaires qui ont commencé à consommer du cannabis avant 16 ans présentent (à l’âge adulte !) un développement cérébral différent des autres. Pour être plus précis, l’IRM révèle que chez les fumeurs précoces l’épaisseur du cortex est plus importante (au lieu de s’affiner) et le ratio matière grise / matière blanche ne diminue pas.

Le plissement du cerveau, lui, décroit également. Et ce, notamment dans les zones du cortex temporal et frontal impliquées dans les fonctions cognitives supérieures incluant les fonctions exécutives, la mémoire et l’apprentissage.

La quantité de cannabis consommée influence l’étendue de l’altération du développement du cerveau

« Il n’y a pas que l’âge qui compte, ajoute de surcroît Francesca Filbey, auteure principale de l’étude. La quantité de cannabis consommée influence l’étendue de l’altération du développement du cerveau ». Avant l’âge de 16 ans, en effet, l’étendue des altérations du développement est directement proportionnelle à la quantité (en grammes) de cannabis consommée par semaine au cours des années.

Quid des fumeurs « tardifs »? Leur maturation du cerveau est-elle « normale »? Impossible à dire car la comparaison avec des cerveaux de non fumeurs n’a pas été faite. La question de savoir à quel âge la consommation n’altère plus le cerveau reste donc en suspend : « C’est une question intéressante, assure Francesca Filbey. Nous n’avons pas la réponse bien que nous commençons à la regarder de près. »

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SEVRAGE TABAGIQUE: Il ne justifie pas la banalisation du cannabis – Académie Nationale de Médecine

C’est l’avertissement lancé par l’Académie Nationale de Médecine qui dénonce et met en garde, depuis longtemps, contre les conséquences de l’usage du cannabis (*).

16 02 19 sevrage tabagiqueUne proposition faite récemment dans les médias sur l’intérêt de cette pratique pour aider au sevrage tabagique vient encore une fois inciter à la banalisation de l’usage de cette drogue.

L’Académie nationale de médecine a le devoir de rappeler que :

  • Les Français sont les plus grands consommateurs de cannabis parmi les 28 états membres de l’Union européenne ;
  • Le cannabis est une drogue dont le principe toxicomanogène, le tétrahydrocannabinol (THC), perdure plusieurs jours dans le cerveau.
  • Tout indique que la  » rencontre  » avec cette drogue intervient chez des sujets de plus en plus jeunes (dès le collège) ;
  • Les produits actuellement disponibles comportent un taux accru (d’un facteur 4 à 8) de leur teneur en THC comparativement au cannabis disponible il y a quelques années ;
  • Des dispositifs de plus en plus en usage (pipes à eau, nébuliseurs, vapoteurs) délivrent davantage de THC que le simple joint ;
  • Les effets enivrants du THC, utilisé isolément et plus encore en association avec l’alcool, les antihistaminiques, les benzodiazépines, et les reliquats matinaux d’hypnotiques, sont responsables d’accidents routiers, professionnels, ainsi que de comportements auto- ou hétéro agressifs ;
  • Les perturbations des activités éducatives, cognitives, induites par le cannabis ont un impact sur les performances intellectuelles ; le THC favorise la survenue de troubles neuro-psychiatriques qui peuvent être irréversibles.

 

L’éradication du tabac, qui doit constituer un objectif majeur de santé publique, ne saurait se faire au prix de la banalisation d’une drogue encore plus nocive.

 

Source : Communiqué 16 février 2016 Académie nationale de Médecine, Nicole Priollaud

lire aussi :

CANNABIS: L’Académie rappelle sa toxicité somatique et psychique

CANNABIS: Pourquoi il n’est pas et ne saurait être un médicament

Biblio

(*)   Dubois G. Le cannabis. Bull. Acad. Natle Méd. 2012, 196 : 759-760.

Costentin J. La situation actuelle du cannabis en France. Bull. Acad. Natle Méd. 2014, 198 : 517-526.

Goullé J.P., Guerbet M. Les grands traits de la pharmacocinétique du delta-9-tétrahydrocannabinol (THC) ; les nouveaux cannabinoïdes ; le cannabis et la sécurité routière. Bull. Acad. Natle Méd. 2014, 198 : 541-557.

Dervaux A., Krebs M.O., Laqueille X. Les troubles cognitifs et psychiatriques liés à la consommation de cannabis. Bull. Acad. Natle Méd. 2014, 198 : 559-577.

Costentin J., Goullé J.P., Olié J.P. A propos de l’expansion de la consommation de cannabis. Bull. Acad. Natle Méd. 2014

« J’ai été accro au cannabis »

Teddy touche pour la première fois au cannabis à 16 ans ; à 19, il est dépendant et fume dix joints par jour. Près de 10 ans plus tard, un accident de la route alors qu’il conduisait sous l’emprise du cannabis et de l’alcool le pousse à arrêter. Pour Doctissimo, le jeune homme revient sur son addiction passée et son combat actuel pour sensibiliser les jeunes aux dangers du cannabis. Témoignage

Doctissimo : A quel âge avez-vous commencé à fumer du cannabis ?

Teddy : J’en ai fumé pour la première fois à l’âge de 16 ans, quand j’ai quitté le domicile familial pour mes études. A l’école j’étais souvent la tête de turc et j’essuyais quelques moqueries. Quand je suis parti de chez mes parents, j’ai voulu m’intégrer à un groupe et être vu comme un mec « cool ». J’ai donc commencé à fumer du cannabis, pour faire comme les autres.

Doctissimo : Vous fumiez souvent ?

Teddy : Au début, un joint chaque soir, environ une semaine par mois. C’était durant la semaine de cours, quand je n’étais pas chez mes parents. Au bout d’un mois ou deux, c’était tous les jours, que je sois chez mes parents ou à l’école. Quand je suis parti travailler à Paris (Teddy est originaire de la Côte d’Or ndlr), vers 19 ans, je suis passé à 10 joints par jour. C’était plus facile de se procurer de la drogue, de trouver des dealers.

teddy-temoignage-accro-au-cannabis-articleDoctissimo : Votre entourage était-il au courant de votre addiction au cannabis ?

Teddy : Au début, je l’ai caché.  Mais vers 18/19 ans, j’ai annoncé à ma famille que je fumais régulièrement. Mes parents et ma sœur m’ont d’abord fait la morale avant d’essayer de m’aider. Ils pensaient que c’était une simple erreur de jeunesse. Ma mère m’a trainé chez des médecins et des psychologues. J’y allais seulement pour lui faire plaisir car à cette époque je n’avais pas du tout l’intention d’arrêter.

Doctissimo : Votre addiction au cannabis a-t-elle eu un impact sur votre vie ?

Teddy : Contrairement à d’autres personnes accros au cannabis, je ne me suis pas isolé, je n’ai pas déprimé. Au contraire, j’avais une vie sociale très active. Je sortais souvent, je voyais des amis, je travaillais. Aujourd’hui, avec le recul, je reconnais que pendant cette période, je n’étais pas autant épanoui que je le pensais. Ma priorité était toujours de me procurer du cannabis. Payer mes factures ou remplir mes papiers administratifs passaient au second plan. L’argent que je gagnais servait d’abord à payer ma drogue.

Doctissimo : Justement, le cannabis vous a-t-il entraîné vers d’autres drogues ?

Teddy : Pour moi, cela a été malheureusement le cas. Entre 20 et 23 ans, j’ai testé la cocaïne, l’ectasy, le LSD et l’héroïne. Pendant un an, j’ai consommé régulièrement de la cocaïne pour pouvoir tenir. Entre les soirées alcoolisées et ma consommation excessive de cannabis, j’étais souvent épuisé. La cocaïne me reboostait et m’aidait à me lever tous les jours pour aller travailler. J’ai eu une bonne éducation, mes parents m’ont toujours dit que le travail est important, alors je ne voulais pas me retrouver au chômage à cause de mes excès.

Pour les autres drogues, c’était vraiment pour tenter l’expérience. Je ne suis pas vraiment tombé  dedans. Des amis m’avaient prévenu des dangers de l’héroïne, que c’est une drogue très addictive. Je n’en ai sniffé qu’une seule fois. Je ne voulais pas devenir dépendant à ces drogues, que je savais plus dangereuses que le cannabis.

Doctissimo : Qu’est-ce qui vous a motivé à arrêter le cannabis ?

Teddy : J’ai tenté d’arrêter une première fois en 2009, par amour, quand je suis retourné vivre à Dijon. J’ai compensé avec l’alcool. Je buvais beaucoup et parfois tout seul. Mais j’ai vite repris à fumer des joints, tout en continuant à boire.

En 2014, j’ai été victime d’un accident de la route. Je conduisais sous l’emprise des deux substances. Je revenais d’une journée de pêche durant laquelle j’avais bu entre 2 et 3 litres de bière. J’avais également fumé. J’étais littéralement défoncé et je me sentais invincible. J’ai pris un virage à 130 km/h au lieu de 80 km/h et j’ai plié ma voiture. Je m’en suis sorti juste avec un bleu, un miracle ! J’aurais pu mourir ou même tuer quelqu’un. Cet accident a été un déclic. Je devais réagir en arrêtant complètement le cannabis et l’alcool.

Doctissimo : Avez-vous été aidé ?

Teddy : J’ai arrêté le cannabis du jour au lendemain, après l’accident. Pendant mon séjour à l’hôpital, je suis tombé sur un dépliant de l’association Dépendances 21 qui aide les personnes en situation de dépendance. Je connaissais l’association car ma sœur y avait fait du bénévolat. J’ai pris rendez-vous avec le président. Ce dernier et d’autres membres de l’association m’ont d’abord aidé à monter un dossier pour ma défense puisque mes analyses de sang avaient prouvé que j’étais sous l’emprise de l’alcool et du cannabis pendant l’accident. J’ai également assisté à des réunions d’entraide organisées par l’association. J’ai consulté une fois un addictologue. Je n’ai pas eu besoin de médicaments pour le sevrage, seulement des anxiolytiques pour m’aider à m’endormir le soir. Le cannabis m’aidait à trouver le sommeil.

Doctissimo : Quelles ont été les suites de cet accident ?

Teddy : J’ai dû payer une amende de 500 euros et j’ai écopé de 60 heures de travaux d’intérêt général que je consacre à la prévention dans les écoles. J’interviens dans des collèges, lycées et entreprises pour sensibiliser les jeunes aux dangers du cannabis. Je veux leur faire comprendre que le cannabis n’est pas une porte d’entrée pour s’intégrer dans la société ou être vu comme quelqu’un de cool. Mon but n’est pas de leur faire la morale mais de les amener à réfléchir à chaque fois qu’ils consommeront du cannabis. Je veux qu’ils se posent des questions sur les dangers du cannabis à travers mon expérience. Je pense qu’il y a encore beaucoup à faire sur la prévention chez les jeunes. La mode du binge drinking et la banalisation de la cocaïne sont autant de tentations pour les jeunes avides de nouvelles expériences.

Doctissimo : Le cannabis vous manque aujourd’hui ?

Teddy : Non, le cannabis ne me manque pas. Je n’y pense plus, je n’en ai plus envie. Les deux premières semaines ont été dures car je n’arrivais pas à dormir. Mais les anxiolytiques m’ont aidé. Par contre, c’est plus difficile avec l’alcool. Anniversaires, repas de famille… les occasions de boire de l’alcool sont nombreuses. Mais j’évite d’en boire car un verre peut en entraîner un autre, puis un autre… Pour moi, la dépendance à l’alcool est plus physique que mentale. Avec le cannabis, c’est l’inverse.

Doctissimo : Avec le recul, que retenez-vous de cette période ?

Teddy : J’ai pris des risques, j’ai fait du mal à beaucoup de monde, j’ai été irresponsable mais ça ne m’importait pas à ce moment-là. Je n’étais pas prêt à voir la réalité en face. Pour pouvoir arrêter le cannabis, il faut déjà en avoir l’envie.

Teddy a témoigné dans l’émission « Toute une histoire », consacrée aux addictions des jeunes et diffusée le 18 février 2016 à 14 heures sur France 2.

A revoir après la diffusion sur le site de France 2 en replay. jusqu’au 24/02/2016

Annabelle Iglesias

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L’étude santé du jour : le cannabis altère le cerveau (surtout des jeunes)

DROGUE – Souvent à part sur le banc des accusés des drogues en tout genre, le cannabis bénéficie d’une réputation divisée.

Si certains pensent que sa dangerosité est relative la communauté scientifique tend à démontrer sa nocivité, surtout sur le cerveau des plus jeunes.

C’est un sujet qui divise. Une drogue dont la nocivité est souvent minimisée. Le cannabis fait partie de ces substances fortement consommées chez les jeunes. Un geste loin d’être inoffensif.

Mais en France, cette drogue dite douce est largement répandue : nous sommes le pays européen qui compte le plus grand nombre de consommateurs de cannabis. 40,9% de la population française l’a déjà expérimenté parmi les 15-64 ans et un jeune sur deux a déjà fumé un joint. Et voilà qu’une étude américaine vient pointer du doigt les dangers auxquels un jeune expose son cerveau en fumant du cannabis. Une équipe de scientifiques de l’université de Dallas au Texas a ainsi démontré comment cette drogue altérait le cortex préfrontal des plus jeunes. Explications.

► Méthodologie : Des fumeurs sous contrôle.
Pour comprendre le rôle du cannabis sur le cerveau, les chercheurs américains ont monté un groupe d’étude de 42 fumeurs réguliers. Leurs scanners ont été comparés et ils étaient soumis à un questionnaire pour comprendre leur consommation. Âgés entre 21 et 50 ans, ils fumaient tous au moins une fois par semaine.

► Ce que l’étude a démontré : le cortex préfrontal endommagé et un cerveau plus vieillissant
20 participants à l’étude avaient commencé leur consommation avant 14 ans et 22 autres vers 17 ans. Et, surprise, tous les cerveaux avaient trinqué, mais de manière différente selon l’âge auquel le premier joint avait été fumé. Les « jeunes » consommateurs avaient une étroitesse corticale anormale et une répartition singulière de la matière grise et de la matière blanche dans le cerveau. Or, le cortex préfrontal gère toutes les questions de raisonnement complexe chez un individu. Son altération est donc très problématique. Les fumeurs plus âgés n’étaient pas non plus préservés : leur cerveau présentait un vieillissement prématuré, lié à cette consommation régulière de cannabis.

► Ce qu’il faut en conclure : protéger les plus jeunes
On ne le répétera jamais assez, consommer des substances psychotropes à un jeune âge nuit à un organisme encore en développement. Et le cannabis ne fait pas exception. Ainsi, même si vous pensez que votre consommation est occasionnelle, sachez qu’elle est loin d’être sans conséquences sur le long terme, surtout si vous n’avez pas encore atteint l’âge adulte. Si vous pensez que vous, ou quelqu’un de votre entourage est à risque, sachez que Drogue Info Service peut vous conseiller et vous aider.

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Légaliser le cannabis : une vraie très mauvaise idée ! Par J Costentin (J.I.M.)

Paris, le samedi 13 février 2016 – Depuis plusieurs années, l’apparente inefficacité de la stratégie prohibitionniste pour empêcher la progression de la consommation de cannabis a inspiré certains observateurs du monde politique à préconiser une autre approche, soit une autorisation sous contrôle de cette substance. Une telle stratégie permettrait, selon eux, de mieux réglementer la distribution et la composition de ce produit et de renforcer les mesures de prévention et d’accompagnement des sujets les plus à risque remarquent les défenseurs de cette position.

Récemment, le professeur Bertrand Dautzenberg, acteur majeur de la lutte contre le tabagisme, a défendu une proposition semblable lors du 20ème congrès de pneumologie de langue française après avoir exposé son point de vue devant la presse. Il avait bien sûr pris soin de rappeler : « Je suis contre le cannabis comme je suis contre le tabac. Il ne faudrait pas en prendre du tout ». Cette précaution oratoire n’a cependant pas empêché que de nombreuses critiques fusent contre sa proposition.

Ardent pourfendeur du cannabis, qui s’attèle à en rappeler systématiquement les dangers, le professeur en pharmacologie Jean Costentin s’insurge sévèrement et non sans ironie contre les préconisations du professeur Dautzenberg n’hésitant pas à affirmer que ce dernier a imaginé un stratagème pour faire régresser la consommation de tabac en ignorant la toxicité extrême du cannabis, qu’il rappelle pour sa part de manière détaillée. Il s’inscrit par ailleurs en faux contre l’idée selon laquelle une autorisation obtiendrait des résultats plus probants qu’une interdiction.

Par le professeur Jean Costentin*

Le professeur Dautzenberg vient d’imaginer, pour baisser la consommation de tabac, de lui substituer le cannabis. Souvent un chercheur réserve au congrès où il doit s’exprimer, la primeur de ses déclarations, qui pourront ultérieurement être portées à la connaissance du public. Impatient, Mr. Dautzenberg a irrépressiblement communiqué ses cogitations à la presse, avant de les soumettre à la discussion des spécialistes de pneumologie réunis en congrès à Lille. Comme il s’y attendait, la machine médiatique, si conciliante avec le cannabis, s’est enflammée. Elle vit aussitôt en lui : un « grand médecin », un « pape de la lutte anti-tabac »,  un « médecin réputé et reconnu »,  un «médecin de renom », « l’homme de science »,  un « éminent professeur » (on trouve tous ces propos laudatifs dans le Parisien – Aujourd’hui en France du 29 janvier 2016). Parions que s’il avait tenu des propos prohibitionnistes sur le cannabis, ils n’auraient pas été restitués, ou un entrefilet aurait rapporté qu’un obscur pneumologue avait expiré une bouffée de sottise d’un autre âge sur cette drogue. Ainsi, la déclaration du Pr. Dautzenberg, en faveur d’une légalisation du cannabis, a eu un très beau retentissement médiatique.

« Un homonyme ? »

Cette posture nous navre, et ce d’autant plus que nous avons épaulé la lutte qu’il a menée contre le tabac. Avec d’autres consœurs et confrères qui ont soutenu son action nous sommes éberlués, secoués (succutés pour parler comme les pneumologues) par ses ruades et foucades.  « Ce n’est pas lui ! », « Un homonyme ? », « La presse n’a pas compris ». J’ai entendu tout cela mais, hélas, ni ses dénégations, ni ses démentis, ni ses protestations. Oui donc, Mr. Dautzenberg, pour alléger l’insupportable pression qu’exerce le tabac sur la santé de nos adolescents, a imaginé une manœuvre de diversion, visant à transférer leur appétence tabagique sur le cannabis. Pire qu’une fausse bonne idée il s’agit d’une vraie très mauvaise idée.

Le champ des substances psychoactives trop petit pour le vaste appétit des jeunes

Les jeunes, à la question posée à la cantine du lycée : « poire ou fromage ? », répondent, avec ce bel appétit, apanage de leur jeune âge, « mais des poires et des fromages ! ». C’est par le tabac qu’ils apprennent à fumer et, dans la logique toxicomaniaque du «toujours plus, toujours plus fort », ils en arrivent aux « joints » ; ajoutant au tabac de la résine de cannabis, (haschish / shit) ; alternant les cigarettes du seul tabac avec des  » joints ». Pour éliminer le tabac associé au shit, Mr. Dautzenberg propose qu’ils fument seulement le cannabis plante (« l’herbe », « la beuh »  en verlan, la « marijuana »), en permettant sa vente libre. Mais le compte n’y est pas, car ils veulent aussi le tabac ! Rappelons à Mr. Dautzenberg que l’adjonction de résine de cannabis au tabac, tout comme la présence naturelle de cette résine sur les fleurs et feuilles du cannabis, augmente de 200°C la température de combustion de l’élément végétal ; ce qui accroît sa décomposition thermique (pyrolyse) et génère ainsi 7 fois plus de goudrons cancérigènes que la combustion du seul tabac, et produit aussi cinq fois plus d’oxyde de carbone (CO).

Cocktail gagnant

L’association tabac-cannabis n’est pas fortuite ; le toxicomane demande aux effets stimulants de la nicotine de pallier les effets sédatifs / psycholeptiques du tétrahydrocannabinol (THC) du cannabis. Ce THC ne fait pas passer l’envie de la nicotine, tout comme la nicotine ne fait pas passer l’envie du THC. Alors qu’il est si difficile de s’affranchir d’une seule addiction, qu’elle soit à la nicotine ou au THC, quand les deux addictions sont installées il devient impossible de s’en affranchir. Bien que la nicotine rende plus volontaire, cette volonté ne permet pas de rompre avec le tabac. Le cannabis, lui, crée une aboulie, des troubles amotivationnels qui enlèvent jusqu’au désir même de s’en affranchir.

Une dangerosité cardiovasculaire plus importante que celle liée au tabac

On dispose de moyens, certes peu efficaces, pour aider au sevrage tabagique (varénicline, cytisine, bupropion..), alors qu’on est totalement démuni face à la dépendance cannabique.

Même pour un pneumologue, les effets du cannabis, encore plus que ceux de la nicotine, ne sauraient être cantonnés au seul appareil respiratoire, ni même au seul niveau somatique, car les conséquences cérébrales du cannabis sont nombreuses et majoritairement délétères.
Au niveau de la sphère O.R.L. et broncho-respiratoire, tabac et cannabis sont aussi dangereux l’un que l’autre.
Au plan cardio-vasculaire, le cannabis est encore plus dangereux que le tabac. Il est (devant le tabac) la troisième cause de déclenchement d’infarctus du myocarde ; il est à l’origine d’artérites des membres inférieurs chez des sujets jeunes (le tabac est moins impatient à déclencher ce trouble) ; il est à l’origine d’accidents vasculaires cérébraux, chez les sujets jeunes (là aussi le tabac est moins impatient pour frapper). Le cannabis est à l’origine de cancers du testicule du type « germinome non séminome », cancer qui n’est pas imputé au tabac.

Ravages sur le cerveau

C’est au niveau cérébral que la comparaison est encore, et de très loin beaucoup plus défavorable au cannabis. La nicotine stimule l’éveil, l’attention, la focalisation de celle-ci sur ce qui est pertinent, elle favorise la mémorisation. Elle réduit l’endormissement au volant, elle protégerait de la maladie de Parkinson… Le THC, lui, est sédatif / psycholeptique ; il est enivrant /ébriant ; il fait mauvais ménage avec la conduite automobile, surtout associé à l’alcool. Mi-janvier, en pleine ville, à Rouen, un conducteur ayant bu de l’alcool et fumé du cannabis a projeté sa voiture sur un arbre ; des six jeunes occupants, quatre ont été tués et deux autres très grièvement blessés…. Le cannabis, au long cours, induit anxiété et dépression  avec, pour cette dernière, en embuscade, un risque suicidaire. C’est un très grand perturbateur cognitif ; il altère gravement les capacités d’éducation et d’apprentissage, que notre société, dans la compétition internationale, doit mobiliser d’une façon redoublée.

Le THC, inondant le cerveau en pleine maturation des adolescents, peut perturber très gravement celle-ci, au point d’engendrer des troubles psychotiques. Le THC  peut soit induire la schizophrénie de novo, soit la décompenser, soit l’aggraver. Il crée de plus une résistance aux traitements symptomatiques qu’on lui oppose.

Des produits autorisés guère délaissés !

Le THC est un passage commun vers d’autres toxicomanies encore plus délétères (tous les héroïnomanes sont passés par la case cannabis). Quant à prétendre, comme l’a fait le professeur Dautzenberg, que c’est l’interdiction qui crée l’attrait, on se demande s’il avait bien présent à l’esprit le désastre des drogues licites, avec le chiffre des alcoolo-dépendants (4 à 5 millions) et celui des dépendants du tabac (13 millions). Si l’on ne compte encore « que »  1 600 000 consommateurs réguliers de cannabis en France, c’est parce qu’il est interdit. Prétendre que l’inclination à la transgression, assez fréquente chez les jeunes, fait de l’interdiction du cannabis la raison de son succès, amène très logiquement à penser que sa légalisation, les incitera à pratiquer cette transgression en s’adressant alors à des drogues encore plus « dures ».

Le très mauvais exemple du contrôle du tabac

Prétendre que la légalisation du cannabis permettrait de contrôler sa vente, en l’interdisant aux mineurs (proposition avancée par les élus écologistes pour calmer les citoyens raisonnables) incite à rappeler que 70% des buralistes ne respectent pas l’interdiction de vente du tabac aux mineurs. Si, dans une démarche protectrice, le prix en était trop élevé, afin d’être dissuasif, ou si les produits proposés étaient trop faiblement dosés, fleuriraient aussitôt les produits de contrebande, vendus sous le manteau. On connait déjà trop bien tout cela, et ne cédons pas à l’invitation de réinventer l’eau tiède.

Gribouille

Le pouvoir d’accrochage du cannabis est très grand, comme en atteste son recrutement, en France, de 1 600 000 usagers réguliers, en dépit de son caractère prohibé. Constatant le recrutement énorme opéré par le tabac et par l’alcool, qui peut exclure que la légalisation du cannabis ne lui fera atteindre les niveaux de consommation de ces deux drogues licites.
Se protéger du tabac en s’abritant derrière le cannabis est une sottise, à la Gribouille, qui plongeait dans l’eau pour se protéger de la pluie.

L’urgence est d’éradiquer le tabac en renforçant son interdiction chez les mineurs, il n’est pas de leur faciliter l’accès, « par préciput et hors part », à une deuxième drogue encore plus nocive que le tabac.

 

* Professeur émérite de pharmacologie
Directeur de l’unité de neuropsychopharmacologie expérimentale associée au CNRS (1984-2008) ; directeur de l’unité de Neurobiologie clinique du CHU de Rouen (1999-2010) ;
Membre titulaire des académies nationales de Médecine  et de Pharmacie ;
Président du Centre National de Prévention, d’Etudes et de Recherches sur les toxicomanies (C.N.P.E.R.T., depuis 2007).

Le titre et les intertitres sont de la rédaction du JIM

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Cannabis : 400 centres pour faire décrocher les jeunes (France 2)

Une initiative médicale se développe pour tenter de faire décrocher les jeunes fumeurs de cannabis.

Il s’agit de centres de consultation et d’écoute mis en place dans 400 lieux en France.

 Cliquez pour Voir la vidéo

C’est l’image d’Épinal des consommateurs de cannabis : un jeune fumeur branché bien dans ses baskets. Mais derrière l’apparente décontraction, certains sont inquiets des conséquences de leur addiction. Des adolescents accros se confient dans des lieux d’écoute appelés Consultations Jeunes Consommateurs (CJC). Il en existe plus de 400, partout en France.

Une méthode longue

Pas de leçon de morale pour des jeunes fatigués des tensions familiales, des résultats scolaires en berne ou en perte de repères et de confiance. Les psychologues, qui les accueillent, décortiquent leur comportement pour les aider à décrocher. Des consultations pour tenter de leur éviter une dépendance plus lourde : drogues dures, alcool, écrans… Une méthode qui demande du temps, parfois de longues années.

Cannabis : Les Français sous-estiment sa nocivité sur le cerveau des jeunes

DROGUE Près d’un quart des Français pense que les effets sur le cerveau s’arrêtent juste après avoir arrêté de fumer. Une aberration pour les psychiatres..

Sans le pouvoir vulgarisateur d’« Il était Une fois la Vie », comment faire passer efficacement un message scientifique au grand public ? La question taraude quotidiennement Pier Vincenzo Piazza, professeur en neurosciences et chercheur sur les mécanismes de l’addiction aux drogues. Pour lui, la méconnaissance globale des Français sur les risques que représente le cannabis sur le cerveau des jeunes, est affligeante. Ce serait même « l’un des plus gros ratés de l’histoire en matière de transmission de l’info de la science au public. »

Un tout récent sondage Ifop commandé par la Mildeca*, illustre l’ampleur du décalage. Concernant l’usage de cannabis à l’adolescence, 23 % des Français pensent que les effets sur le cerveau s’arrêtent juste après avoir arrêté de fumer. Ils sont aussi nombreux à penser que le cannabis n’a pas de conséquences sur l’activité cérébrale à long terme. Dans le même temps, seulement deux personnes sur trois (65 %) considèrent que le cannabis présente des risques pour la santé dès la première consommation, tout en sachant que celle-ci intervient dès le collège (11-15 ans) pour un quart des adolescents. Par ailleurs, 47,8 % des jeunes de 17 ans déclarent avoir fumé du cannabis au cours de leur vie selon les chiffres de l’Observatoire français des drogues et des toxicomanies (OFDT) datant de 2014.

« Une vulnérabilité exacerbée de l’adolescent »

« C’est un âge où le cerveau est un organe en transition vers l’état adulte, précise Etienne Hirsch, neurobiologiste français, directeur de recherche au CNRS et à l’INSERM. Les processus de maturation cérébrale se poursuivent jusqu’à 25 ans. De là résulte une vulnérabilité exacerbée de l’adolescent vis-à-vis de la neurotoxicité des substances psycho actives. » Le cortex préfrontal, qui permet la prise de décision, l’adaptation du comportement à une situation, serait plus particulièrement concerné.

Dans les heures qui suivent l’usage du cannabis, les troubles observés concernent pèle mêle : l’attention, le temps de réaction, la mémoire de travail et les fonctions exécutives. Il existerait aussi une corrélation entre l’usage et plusieurs passages à l’acte : tentatives de suicide, boulimie, comportements sexuels à risques, selon plusieurs études. Si ces troubles tendent à disparaître dans les mois qui suivent un arrêt de la consommation, « chez l’adolescent, ils peuvent persister », embraye le spécialiste, « y compris après sevrage si la consommation a commencé avant 15 ans ».

Troubles anxieux, de l’humeur et schizophrénie

Le professeur Marie Odile Krebs, chercheuse et praticienne en psychiatrie, alourdit un peu plus le tableau en évoquant les risques cognitifs et psychiatriques du cannabis chez les ados : « Les mésusages, c’est-à-dire l’abus et la dépendance, s’observent dans la période charnière de 15-25 ans. Or le problème c’est que c’est à cet âge-là que débutent les principaux troubles psychiatriques de l’adulte », dont les troubles anxieux, de l’humeur, la schizophrénie et, de façon moins évidente, la dépression.

Régulièrement, elle entend de jeunes consommateurs jurer que leur joint du soir n’a aucune incidence sur leur système cognitif. « Ben, si, peste la scientifique. Lorsque la dépendance et l’abus sont présents à 18 ans, on voit un effet sur le fonctionnement intellectuel global à l’âge adulte, même chez ceux qui ne consomment plus de cannabis. L’effet âge est important. » Dans le cerveau, une réduction de la taille des dendrites et une diminution de la plasticité neuronale est observée. Bref, en d’autres termes, les neurones subissent une sérieuse crise de croissance. Et se développent aussi bien qu’une orchidée au cœur d’un site de pétrochimie. N’est ce pas « Il Etait Une fois la Vie » ?

Cannabis : les jeunes fument beaucoup moins que ce qu’on pense

INFOGRAPHIE – Selon un sondage de la Midelca, la majorité des Français estiment qu’en moyenne, un jeune sur trois fume tous les jours en France. En réalité, les 18-25 ans sont 4% à s’adonner quotidiennement au cannabis.

Aujourd’hui, trois Français sur quatre (75%) s’estiment bien informés des risques pour la santé liés à la consommation de cannabis, selon un sondage Ifop pour la Mildeca (Mission interministérielle de lutte contre les drogues et les conduites addictives). Un chiffre qui grimpe même à 81 % pour les jeunes de 15 à 18 ans. Doit-il rassurer alors même que le baromètre santé de l’année dernière montrait que la consommation des adolescents repartait à la hausse et que près d’un jeune de 17 ans sur dix fumait des joints régulièrement?

Les jeunes, le cannabis et la prévention… Si le sujet a toujours été source de préoccupation, il est devenu ultra-sensible. Face ce phénomène, la Mildeca a décidé de faire le point sur les connaissances des Français en matière de cannabis lors d’un colloque organisé jeudi. «Notre stratégie consiste à mettre l’accent sur le transfert de connaissances scientifiques et la recherche, explique la présidente de la Mildeca, Danièle Jourdain Menninger. Il faut absolument sortir des discussions de comptoir sur le cannabis et ne plus se focaliser sur la seule question de la politique pénale. C’est ce que nous faisons en refondant les stratégies de prévention. Aujourd’hui, il ne s’agit plus de dire que ce n’est pas bien de fumer mais plutôt de donner des compétences aux jeunes pour apprendre à résister à la pression du groupe».

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Les fumeurs sous-estiment les risques

Pour ce qui est des connaissances, les premiers résultats sont là. Troubles de la mémoire et des apprentissages, risques spécifiques à l’adolescence et risques sur la santé mentale, maladies pulmonaires…: les dangers du cannabis sont loin d’être inconnus aux adultes comme aux adolescents, notamment grâce à l’information dispensée à l’école (61%) et dans leur famille (57%) indiquent les jeunes sondés. Ces connaissances sont cependant plus vagues chez les fumeurs qui ont tendance à sous-estimer les risques, un phénomène de déni classique.

La plupart des Français (60%) estime cependant que les jeunes de moins de 25 ans devraient être mieux informés, preuve de leur inquiétude sur les consommations des mineurs. Une consommation d’ailleurs très largement surestimée quand on les questionne sur le nombre de fumeurs quotidiens. Dans leur écrasante majorité (96%), ils pensent que plus d’un jeune sur dix fume tous les jours en France. En moyenne, ils estiment même que c’est le cas d’un jeune sur trois… En réalité, les 18-25 ans sont 4% à s’adonner quotidiennement au cannabis. Cette vision en trompe-l’œil, partagée par les jeunes eux-mêmes, inquiète à la Mildeca. «Tout le monde pense que tout le monde fume. Cela pose un problème de banalisation de la consommation, notamment pour les jeunes de moins de 25 ans. Laisser penser que tout le monde fume, c’est laisser penser que ce n’est pas si grave, alerte Danièle Jourdain Menninger.Or, nous devons lutter contre le phénomène de pression chez les jeunes. Il ne faut pas oublier qu’une grande partie d’entre eux ne fume pas. Faire passer ce message, c’est aussi une manière de lutter contre la consommation».

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