« J’ai été accro au cannabis »

Teddy touche pour la première fois au cannabis à 16 ans ; à 19, il est dépendant et fume dix joints par jour. Près de 10 ans plus tard, un accident de la route alors qu’il conduisait sous l’emprise du cannabis et de l’alcool le pousse à arrêter. Pour Doctissimo, le jeune homme revient sur son addiction passée et son combat actuel pour sensibiliser les jeunes aux dangers du cannabis. Témoignage

Doctissimo : A quel âge avez-vous commencé à fumer du cannabis ?

Teddy : J’en ai fumé pour la première fois à l’âge de 16 ans, quand j’ai quitté le domicile familial pour mes études. A l’école j’étais souvent la tête de turc et j’essuyais quelques moqueries. Quand je suis parti de chez mes parents, j’ai voulu m’intégrer à un groupe et être vu comme un mec « cool ». J’ai donc commencé à fumer du cannabis, pour faire comme les autres.

Doctissimo : Vous fumiez souvent ?

Teddy : Au début, un joint chaque soir, environ une semaine par mois. C’était durant la semaine de cours, quand je n’étais pas chez mes parents. Au bout d’un mois ou deux, c’était tous les jours, que je sois chez mes parents ou à l’école. Quand je suis parti travailler à Paris (Teddy est originaire de la Côte d’Or ndlr), vers 19 ans, je suis passé à 10 joints par jour. C’était plus facile de se procurer de la drogue, de trouver des dealers.

teddy-temoignage-accro-au-cannabis-articleDoctissimo : Votre entourage était-il au courant de votre addiction au cannabis ?

Teddy : Au début, je l’ai caché.  Mais vers 18/19 ans, j’ai annoncé à ma famille que je fumais régulièrement. Mes parents et ma sœur m’ont d’abord fait la morale avant d’essayer de m’aider. Ils pensaient que c’était une simple erreur de jeunesse. Ma mère m’a trainé chez des médecins et des psychologues. J’y allais seulement pour lui faire plaisir car à cette époque je n’avais pas du tout l’intention d’arrêter.

Doctissimo : Votre addiction au cannabis a-t-elle eu un impact sur votre vie ?

Teddy : Contrairement à d’autres personnes accros au cannabis, je ne me suis pas isolé, je n’ai pas déprimé. Au contraire, j’avais une vie sociale très active. Je sortais souvent, je voyais des amis, je travaillais. Aujourd’hui, avec le recul, je reconnais que pendant cette période, je n’étais pas autant épanoui que je le pensais. Ma priorité était toujours de me procurer du cannabis. Payer mes factures ou remplir mes papiers administratifs passaient au second plan. L’argent que je gagnais servait d’abord à payer ma drogue.

Doctissimo : Justement, le cannabis vous a-t-il entraîné vers d’autres drogues ?

Teddy : Pour moi, cela a été malheureusement le cas. Entre 20 et 23 ans, j’ai testé la cocaïne, l’ectasy, le LSD et l’héroïne. Pendant un an, j’ai consommé régulièrement de la cocaïne pour pouvoir tenir. Entre les soirées alcoolisées et ma consommation excessive de cannabis, j’étais souvent épuisé. La cocaïne me reboostait et m’aidait à me lever tous les jours pour aller travailler. J’ai eu une bonne éducation, mes parents m’ont toujours dit que le travail est important, alors je ne voulais pas me retrouver au chômage à cause de mes excès.

Pour les autres drogues, c’était vraiment pour tenter l’expérience. Je ne suis pas vraiment tombé  dedans. Des amis m’avaient prévenu des dangers de l’héroïne, que c’est une drogue très addictive. Je n’en ai sniffé qu’une seule fois. Je ne voulais pas devenir dépendant à ces drogues, que je savais plus dangereuses que le cannabis.

Doctissimo : Qu’est-ce qui vous a motivé à arrêter le cannabis ?

Teddy : J’ai tenté d’arrêter une première fois en 2009, par amour, quand je suis retourné vivre à Dijon. J’ai compensé avec l’alcool. Je buvais beaucoup et parfois tout seul. Mais j’ai vite repris à fumer des joints, tout en continuant à boire.

En 2014, j’ai été victime d’un accident de la route. Je conduisais sous l’emprise des deux substances. Je revenais d’une journée de pêche durant laquelle j’avais bu entre 2 et 3 litres de bière. J’avais également fumé. J’étais littéralement défoncé et je me sentais invincible. J’ai pris un virage à 130 km/h au lieu de 80 km/h et j’ai plié ma voiture. Je m’en suis sorti juste avec un bleu, un miracle ! J’aurais pu mourir ou même tuer quelqu’un. Cet accident a été un déclic. Je devais réagir en arrêtant complètement le cannabis et l’alcool.

Doctissimo : Avez-vous été aidé ?

Teddy : J’ai arrêté le cannabis du jour au lendemain, après l’accident. Pendant mon séjour à l’hôpital, je suis tombé sur un dépliant de l’association Dépendances 21 qui aide les personnes en situation de dépendance. Je connaissais l’association car ma sœur y avait fait du bénévolat. J’ai pris rendez-vous avec le président. Ce dernier et d’autres membres de l’association m’ont d’abord aidé à monter un dossier pour ma défense puisque mes analyses de sang avaient prouvé que j’étais sous l’emprise de l’alcool et du cannabis pendant l’accident. J’ai également assisté à des réunions d’entraide organisées par l’association. J’ai consulté une fois un addictologue. Je n’ai pas eu besoin de médicaments pour le sevrage, seulement des anxiolytiques pour m’aider à m’endormir le soir. Le cannabis m’aidait à trouver le sommeil.

Doctissimo : Quelles ont été les suites de cet accident ?

Teddy : J’ai dû payer une amende de 500 euros et j’ai écopé de 60 heures de travaux d’intérêt général que je consacre à la prévention dans les écoles. J’interviens dans des collèges, lycées et entreprises pour sensibiliser les jeunes aux dangers du cannabis. Je veux leur faire comprendre que le cannabis n’est pas une porte d’entrée pour s’intégrer dans la société ou être vu comme quelqu’un de cool. Mon but n’est pas de leur faire la morale mais de les amener à réfléchir à chaque fois qu’ils consommeront du cannabis. Je veux qu’ils se posent des questions sur les dangers du cannabis à travers mon expérience. Je pense qu’il y a encore beaucoup à faire sur la prévention chez les jeunes. La mode du binge drinking et la banalisation de la cocaïne sont autant de tentations pour les jeunes avides de nouvelles expériences.

Doctissimo : Le cannabis vous manque aujourd’hui ?

Teddy : Non, le cannabis ne me manque pas. Je n’y pense plus, je n’en ai plus envie. Les deux premières semaines ont été dures car je n’arrivais pas à dormir. Mais les anxiolytiques m’ont aidé. Par contre, c’est plus difficile avec l’alcool. Anniversaires, repas de famille… les occasions de boire de l’alcool sont nombreuses. Mais j’évite d’en boire car un verre peut en entraîner un autre, puis un autre… Pour moi, la dépendance à l’alcool est plus physique que mentale. Avec le cannabis, c’est l’inverse.

Doctissimo : Avec le recul, que retenez-vous de cette période ?

Teddy : J’ai pris des risques, j’ai fait du mal à beaucoup de monde, j’ai été irresponsable mais ça ne m’importait pas à ce moment-là. Je n’étais pas prêt à voir la réalité en face. Pour pouvoir arrêter le cannabis, il faut déjà en avoir l’envie.

Teddy a témoigné dans l’émission « Toute une histoire », consacrée aux addictions des jeunes et diffusée le 18 février 2016 à 14 heures sur France 2.

A revoir après la diffusion sur le site de France 2 en replay. jusqu’au 24/02/2016

Annabelle Iglesias

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L’étude santé du jour : le cannabis altère le cerveau (surtout des jeunes)

DROGUE – Souvent à part sur le banc des accusés des drogues en tout genre, le cannabis bénéficie d’une réputation divisée.

Si certains pensent que sa dangerosité est relative la communauté scientifique tend à démontrer sa nocivité, surtout sur le cerveau des plus jeunes.

C’est un sujet qui divise. Une drogue dont la nocivité est souvent minimisée. Le cannabis fait partie de ces substances fortement consommées chez les jeunes. Un geste loin d’être inoffensif.

Mais en France, cette drogue dite douce est largement répandue : nous sommes le pays européen qui compte le plus grand nombre de consommateurs de cannabis. 40,9% de la population française l’a déjà expérimenté parmi les 15-64 ans et un jeune sur deux a déjà fumé un joint. Et voilà qu’une étude américaine vient pointer du doigt les dangers auxquels un jeune expose son cerveau en fumant du cannabis. Une équipe de scientifiques de l’université de Dallas au Texas a ainsi démontré comment cette drogue altérait le cortex préfrontal des plus jeunes. Explications.

► Méthodologie : Des fumeurs sous contrôle.
Pour comprendre le rôle du cannabis sur le cerveau, les chercheurs américains ont monté un groupe d’étude de 42 fumeurs réguliers. Leurs scanners ont été comparés et ils étaient soumis à un questionnaire pour comprendre leur consommation. Âgés entre 21 et 50 ans, ils fumaient tous au moins une fois par semaine.

► Ce que l’étude a démontré : le cortex préfrontal endommagé et un cerveau plus vieillissant
20 participants à l’étude avaient commencé leur consommation avant 14 ans et 22 autres vers 17 ans. Et, surprise, tous les cerveaux avaient trinqué, mais de manière différente selon l’âge auquel le premier joint avait été fumé. Les « jeunes » consommateurs avaient une étroitesse corticale anormale et une répartition singulière de la matière grise et de la matière blanche dans le cerveau. Or, le cortex préfrontal gère toutes les questions de raisonnement complexe chez un individu. Son altération est donc très problématique. Les fumeurs plus âgés n’étaient pas non plus préservés : leur cerveau présentait un vieillissement prématuré, lié à cette consommation régulière de cannabis.

► Ce qu’il faut en conclure : protéger les plus jeunes
On ne le répétera jamais assez, consommer des substances psychotropes à un jeune âge nuit à un organisme encore en développement. Et le cannabis ne fait pas exception. Ainsi, même si vous pensez que votre consommation est occasionnelle, sachez qu’elle est loin d’être sans conséquences sur le long terme, surtout si vous n’avez pas encore atteint l’âge adulte. Si vous pensez que vous, ou quelqu’un de votre entourage est à risque, sachez que Drogue Info Service peut vous conseiller et vous aider.

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Légaliser le cannabis : une vraie très mauvaise idée ! Par J Costentin (J.I.M.)

Paris, le samedi 13 février 2016 – Depuis plusieurs années, l’apparente inefficacité de la stratégie prohibitionniste pour empêcher la progression de la consommation de cannabis a inspiré certains observateurs du monde politique à préconiser une autre approche, soit une autorisation sous contrôle de cette substance. Une telle stratégie permettrait, selon eux, de mieux réglementer la distribution et la composition de ce produit et de renforcer les mesures de prévention et d’accompagnement des sujets les plus à risque remarquent les défenseurs de cette position.

Récemment, le professeur Bertrand Dautzenberg, acteur majeur de la lutte contre le tabagisme, a défendu une proposition semblable lors du 20ème congrès de pneumologie de langue française après avoir exposé son point de vue devant la presse. Il avait bien sûr pris soin de rappeler : « Je suis contre le cannabis comme je suis contre le tabac. Il ne faudrait pas en prendre du tout ». Cette précaution oratoire n’a cependant pas empêché que de nombreuses critiques fusent contre sa proposition.

Ardent pourfendeur du cannabis, qui s’attèle à en rappeler systématiquement les dangers, le professeur en pharmacologie Jean Costentin s’insurge sévèrement et non sans ironie contre les préconisations du professeur Dautzenberg n’hésitant pas à affirmer que ce dernier a imaginé un stratagème pour faire régresser la consommation de tabac en ignorant la toxicité extrême du cannabis, qu’il rappelle pour sa part de manière détaillée. Il s’inscrit par ailleurs en faux contre l’idée selon laquelle une autorisation obtiendrait des résultats plus probants qu’une interdiction.

Par le professeur Jean Costentin*

Le professeur Dautzenberg vient d’imaginer, pour baisser la consommation de tabac, de lui substituer le cannabis. Souvent un chercheur réserve au congrès où il doit s’exprimer, la primeur de ses déclarations, qui pourront ultérieurement être portées à la connaissance du public. Impatient, Mr. Dautzenberg a irrépressiblement communiqué ses cogitations à la presse, avant de les soumettre à la discussion des spécialistes de pneumologie réunis en congrès à Lille. Comme il s’y attendait, la machine médiatique, si conciliante avec le cannabis, s’est enflammée. Elle vit aussitôt en lui : un « grand médecin », un « pape de la lutte anti-tabac »,  un « médecin réputé et reconnu »,  un «médecin de renom », « l’homme de science »,  un « éminent professeur » (on trouve tous ces propos laudatifs dans le Parisien – Aujourd’hui en France du 29 janvier 2016). Parions que s’il avait tenu des propos prohibitionnistes sur le cannabis, ils n’auraient pas été restitués, ou un entrefilet aurait rapporté qu’un obscur pneumologue avait expiré une bouffée de sottise d’un autre âge sur cette drogue. Ainsi, la déclaration du Pr. Dautzenberg, en faveur d’une légalisation du cannabis, a eu un très beau retentissement médiatique.

« Un homonyme ? »

Cette posture nous navre, et ce d’autant plus que nous avons épaulé la lutte qu’il a menée contre le tabac. Avec d’autres consœurs et confrères qui ont soutenu son action nous sommes éberlués, secoués (succutés pour parler comme les pneumologues) par ses ruades et foucades.  « Ce n’est pas lui ! », « Un homonyme ? », « La presse n’a pas compris ». J’ai entendu tout cela mais, hélas, ni ses dénégations, ni ses démentis, ni ses protestations. Oui donc, Mr. Dautzenberg, pour alléger l’insupportable pression qu’exerce le tabac sur la santé de nos adolescents, a imaginé une manœuvre de diversion, visant à transférer leur appétence tabagique sur le cannabis. Pire qu’une fausse bonne idée il s’agit d’une vraie très mauvaise idée.

Le champ des substances psychoactives trop petit pour le vaste appétit des jeunes

Les jeunes, à la question posée à la cantine du lycée : « poire ou fromage ? », répondent, avec ce bel appétit, apanage de leur jeune âge, « mais des poires et des fromages ! ». C’est par le tabac qu’ils apprennent à fumer et, dans la logique toxicomaniaque du «toujours plus, toujours plus fort », ils en arrivent aux « joints » ; ajoutant au tabac de la résine de cannabis, (haschish / shit) ; alternant les cigarettes du seul tabac avec des  » joints ». Pour éliminer le tabac associé au shit, Mr. Dautzenberg propose qu’ils fument seulement le cannabis plante (« l’herbe », « la beuh »  en verlan, la « marijuana »), en permettant sa vente libre. Mais le compte n’y est pas, car ils veulent aussi le tabac ! Rappelons à Mr. Dautzenberg que l’adjonction de résine de cannabis au tabac, tout comme la présence naturelle de cette résine sur les fleurs et feuilles du cannabis, augmente de 200°C la température de combustion de l’élément végétal ; ce qui accroît sa décomposition thermique (pyrolyse) et génère ainsi 7 fois plus de goudrons cancérigènes que la combustion du seul tabac, et produit aussi cinq fois plus d’oxyde de carbone (CO).

Cocktail gagnant

L’association tabac-cannabis n’est pas fortuite ; le toxicomane demande aux effets stimulants de la nicotine de pallier les effets sédatifs / psycholeptiques du tétrahydrocannabinol (THC) du cannabis. Ce THC ne fait pas passer l’envie de la nicotine, tout comme la nicotine ne fait pas passer l’envie du THC. Alors qu’il est si difficile de s’affranchir d’une seule addiction, qu’elle soit à la nicotine ou au THC, quand les deux addictions sont installées il devient impossible de s’en affranchir. Bien que la nicotine rende plus volontaire, cette volonté ne permet pas de rompre avec le tabac. Le cannabis, lui, crée une aboulie, des troubles amotivationnels qui enlèvent jusqu’au désir même de s’en affranchir.

Une dangerosité cardiovasculaire plus importante que celle liée au tabac

On dispose de moyens, certes peu efficaces, pour aider au sevrage tabagique (varénicline, cytisine, bupropion..), alors qu’on est totalement démuni face à la dépendance cannabique.

Même pour un pneumologue, les effets du cannabis, encore plus que ceux de la nicotine, ne sauraient être cantonnés au seul appareil respiratoire, ni même au seul niveau somatique, car les conséquences cérébrales du cannabis sont nombreuses et majoritairement délétères.
Au niveau de la sphère O.R.L. et broncho-respiratoire, tabac et cannabis sont aussi dangereux l’un que l’autre.
Au plan cardio-vasculaire, le cannabis est encore plus dangereux que le tabac. Il est (devant le tabac) la troisième cause de déclenchement d’infarctus du myocarde ; il est à l’origine d’artérites des membres inférieurs chez des sujets jeunes (le tabac est moins impatient à déclencher ce trouble) ; il est à l’origine d’accidents vasculaires cérébraux, chez les sujets jeunes (là aussi le tabac est moins impatient pour frapper). Le cannabis est à l’origine de cancers du testicule du type « germinome non séminome », cancer qui n’est pas imputé au tabac.

Ravages sur le cerveau

C’est au niveau cérébral que la comparaison est encore, et de très loin beaucoup plus défavorable au cannabis. La nicotine stimule l’éveil, l’attention, la focalisation de celle-ci sur ce qui est pertinent, elle favorise la mémorisation. Elle réduit l’endormissement au volant, elle protégerait de la maladie de Parkinson… Le THC, lui, est sédatif / psycholeptique ; il est enivrant /ébriant ; il fait mauvais ménage avec la conduite automobile, surtout associé à l’alcool. Mi-janvier, en pleine ville, à Rouen, un conducteur ayant bu de l’alcool et fumé du cannabis a projeté sa voiture sur un arbre ; des six jeunes occupants, quatre ont été tués et deux autres très grièvement blessés…. Le cannabis, au long cours, induit anxiété et dépression  avec, pour cette dernière, en embuscade, un risque suicidaire. C’est un très grand perturbateur cognitif ; il altère gravement les capacités d’éducation et d’apprentissage, que notre société, dans la compétition internationale, doit mobiliser d’une façon redoublée.

Le THC, inondant le cerveau en pleine maturation des adolescents, peut perturber très gravement celle-ci, au point d’engendrer des troubles psychotiques. Le THC  peut soit induire la schizophrénie de novo, soit la décompenser, soit l’aggraver. Il crée de plus une résistance aux traitements symptomatiques qu’on lui oppose.

Des produits autorisés guère délaissés !

Le THC est un passage commun vers d’autres toxicomanies encore plus délétères (tous les héroïnomanes sont passés par la case cannabis). Quant à prétendre, comme l’a fait le professeur Dautzenberg, que c’est l’interdiction qui crée l’attrait, on se demande s’il avait bien présent à l’esprit le désastre des drogues licites, avec le chiffre des alcoolo-dépendants (4 à 5 millions) et celui des dépendants du tabac (13 millions). Si l’on ne compte encore « que »  1 600 000 consommateurs réguliers de cannabis en France, c’est parce qu’il est interdit. Prétendre que l’inclination à la transgression, assez fréquente chez les jeunes, fait de l’interdiction du cannabis la raison de son succès, amène très logiquement à penser que sa légalisation, les incitera à pratiquer cette transgression en s’adressant alors à des drogues encore plus « dures ».

Le très mauvais exemple du contrôle du tabac

Prétendre que la légalisation du cannabis permettrait de contrôler sa vente, en l’interdisant aux mineurs (proposition avancée par les élus écologistes pour calmer les citoyens raisonnables) incite à rappeler que 70% des buralistes ne respectent pas l’interdiction de vente du tabac aux mineurs. Si, dans une démarche protectrice, le prix en était trop élevé, afin d’être dissuasif, ou si les produits proposés étaient trop faiblement dosés, fleuriraient aussitôt les produits de contrebande, vendus sous le manteau. On connait déjà trop bien tout cela, et ne cédons pas à l’invitation de réinventer l’eau tiède.

Gribouille

Le pouvoir d’accrochage du cannabis est très grand, comme en atteste son recrutement, en France, de 1 600 000 usagers réguliers, en dépit de son caractère prohibé. Constatant le recrutement énorme opéré par le tabac et par l’alcool, qui peut exclure que la légalisation du cannabis ne lui fera atteindre les niveaux de consommation de ces deux drogues licites.
Se protéger du tabac en s’abritant derrière le cannabis est une sottise, à la Gribouille, qui plongeait dans l’eau pour se protéger de la pluie.

L’urgence est d’éradiquer le tabac en renforçant son interdiction chez les mineurs, il n’est pas de leur faciliter l’accès, « par préciput et hors part », à une deuxième drogue encore plus nocive que le tabac.

 

* Professeur émérite de pharmacologie
Directeur de l’unité de neuropsychopharmacologie expérimentale associée au CNRS (1984-2008) ; directeur de l’unité de Neurobiologie clinique du CHU de Rouen (1999-2010) ;
Membre titulaire des académies nationales de Médecine  et de Pharmacie ;
Président du Centre National de Prévention, d’Etudes et de Recherches sur les toxicomanies (C.N.P.E.R.T., depuis 2007).

Le titre et les intertitres sont de la rédaction du JIM

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Cannabis : 400 centres pour faire décrocher les jeunes (France 2)

Une initiative médicale se développe pour tenter de faire décrocher les jeunes fumeurs de cannabis.

Il s’agit de centres de consultation et d’écoute mis en place dans 400 lieux en France.

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C’est l’image d’Épinal des consommateurs de cannabis : un jeune fumeur branché bien dans ses baskets. Mais derrière l’apparente décontraction, certains sont inquiets des conséquences de leur addiction. Des adolescents accros se confient dans des lieux d’écoute appelés Consultations Jeunes Consommateurs (CJC). Il en existe plus de 400, partout en France.

Une méthode longue

Pas de leçon de morale pour des jeunes fatigués des tensions familiales, des résultats scolaires en berne ou en perte de repères et de confiance. Les psychologues, qui les accueillent, décortiquent leur comportement pour les aider à décrocher. Des consultations pour tenter de leur éviter une dépendance plus lourde : drogues dures, alcool, écrans… Une méthode qui demande du temps, parfois de longues années.

Cannabis : Les Français sous-estiment sa nocivité sur le cerveau des jeunes

DROGUE Près d’un quart des Français pense que les effets sur le cerveau s’arrêtent juste après avoir arrêté de fumer. Une aberration pour les psychiatres..

Sans le pouvoir vulgarisateur d’« Il était Une fois la Vie », comment faire passer efficacement un message scientifique au grand public ? La question taraude quotidiennement Pier Vincenzo Piazza, professeur en neurosciences et chercheur sur les mécanismes de l’addiction aux drogues. Pour lui, la méconnaissance globale des Français sur les risques que représente le cannabis sur le cerveau des jeunes, est affligeante. Ce serait même « l’un des plus gros ratés de l’histoire en matière de transmission de l’info de la science au public. »

Un tout récent sondage Ifop commandé par la Mildeca*, illustre l’ampleur du décalage. Concernant l’usage de cannabis à l’adolescence, 23 % des Français pensent que les effets sur le cerveau s’arrêtent juste après avoir arrêté de fumer. Ils sont aussi nombreux à penser que le cannabis n’a pas de conséquences sur l’activité cérébrale à long terme. Dans le même temps, seulement deux personnes sur trois (65 %) considèrent que le cannabis présente des risques pour la santé dès la première consommation, tout en sachant que celle-ci intervient dès le collège (11-15 ans) pour un quart des adolescents. Par ailleurs, 47,8 % des jeunes de 17 ans déclarent avoir fumé du cannabis au cours de leur vie selon les chiffres de l’Observatoire français des drogues et des toxicomanies (OFDT) datant de 2014.

« Une vulnérabilité exacerbée de l’adolescent »

« C’est un âge où le cerveau est un organe en transition vers l’état adulte, précise Etienne Hirsch, neurobiologiste français, directeur de recherche au CNRS et à l’INSERM. Les processus de maturation cérébrale se poursuivent jusqu’à 25 ans. De là résulte une vulnérabilité exacerbée de l’adolescent vis-à-vis de la neurotoxicité des substances psycho actives. » Le cortex préfrontal, qui permet la prise de décision, l’adaptation du comportement à une situation, serait plus particulièrement concerné.

Dans les heures qui suivent l’usage du cannabis, les troubles observés concernent pèle mêle : l’attention, le temps de réaction, la mémoire de travail et les fonctions exécutives. Il existerait aussi une corrélation entre l’usage et plusieurs passages à l’acte : tentatives de suicide, boulimie, comportements sexuels à risques, selon plusieurs études. Si ces troubles tendent à disparaître dans les mois qui suivent un arrêt de la consommation, « chez l’adolescent, ils peuvent persister », embraye le spécialiste, « y compris après sevrage si la consommation a commencé avant 15 ans ».

Troubles anxieux, de l’humeur et schizophrénie

Le professeur Marie Odile Krebs, chercheuse et praticienne en psychiatrie, alourdit un peu plus le tableau en évoquant les risques cognitifs et psychiatriques du cannabis chez les ados : « Les mésusages, c’est-à-dire l’abus et la dépendance, s’observent dans la période charnière de 15-25 ans. Or le problème c’est que c’est à cet âge-là que débutent les principaux troubles psychiatriques de l’adulte », dont les troubles anxieux, de l’humeur, la schizophrénie et, de façon moins évidente, la dépression.

Régulièrement, elle entend de jeunes consommateurs jurer que leur joint du soir n’a aucune incidence sur leur système cognitif. « Ben, si, peste la scientifique. Lorsque la dépendance et l’abus sont présents à 18 ans, on voit un effet sur le fonctionnement intellectuel global à l’âge adulte, même chez ceux qui ne consomment plus de cannabis. L’effet âge est important. » Dans le cerveau, une réduction de la taille des dendrites et une diminution de la plasticité neuronale est observée. Bref, en d’autres termes, les neurones subissent une sérieuse crise de croissance. Et se développent aussi bien qu’une orchidée au cœur d’un site de pétrochimie. N’est ce pas « Il Etait Une fois la Vie » ?