Cannabis – le professeur Costentin répond aux déclarations du professeur Dautzenberg

Le professeur Dautzenberg, pour faire baisser la consommation du tabac, vient d’imaginer de lui substituer le cannabis.

Un chercheur réserve habituellement au congrès où il doit s’exprimer, la primeur de ses déclarations, qui pourront ultérieurement être portées à la connaissance du public. Impatient, Mr. Dautzenberg a irrépressiblement communiqué ses cogitations à la presse, avant de les soumettre à la discussion des spécialistes de pneumologie réunis en congrès à Lille. Comme il devait s’y attendre, la machine médiatique,si conciliante avec le cannabis, s’est enflammée.

Elle vit aussitôt en lui : un « grand médecin », un « pape de la lutte anti-tabac », un « médecin réputé et reconnu », un « médecin de renom », « l’homme de science », un « éminent professeur » (on trouve tous ces propos laudatifs dans le journal –Aujourd’hui en France- du 29 janvier 2016). Parions que s’il avait tenu des propos prohibitionnistes sur le cannabis, ils n’auraient pas été restitués, ou un entrefilet aurait rapporté qu’un obscur pneumologue avait expiré une bouffée de sottises d’un autre âge sur cette drogue. Ainsi, la déclaration du Pr. Dautzenberg, en faveur d’une légalisation du cannabis, a eu un très beau retentissement médiatique.

Cette posture nous navre, et ce d’autant plus que nous avons épaulé la saine lutte qu’il a menée contre le tabac. Avec d’autres consœurs et confrères qui ont soutenu son action nous sommes éberlués, secoués (succutés pour parler comme les pneumologues) par ses ruades et foucades. « Ce n’est pas lui ! », « Un homonyme ? », « La presse n’a pas compris », tout cela fut entendu, mais, hélas, ni ses dénégations, ni ses démentis, ni ses protestations. Oui donc, Mr. Dautzenberg, pour alléger l’insupportable pression qu’exerce le tabac sur la santé de nos adolescents, a imaginé une manœuvre de diversion, visant à transférer leur appétence tabagique sur le cannabis. Pire qu’une fausse bonne idée il s’agit d’une vraie très mauvaise idée.

A la question posée à la cantine du lycée : «poire ou fromage ? » les jeunes répondent, avec leur bel appétit : « mais des poires et des fromages !». Car ces déclarations nous préparent une plus fréquente association du cannabis au tabac. C’est avec le tabac qu’ils s’initient à fumer puis, dans la logique toxicomaniaque du « toujours plus, toujours plus fort », ils arrivent aux « joints » ; ajoutant au tabac de la résine de cannabis, (haschish / shit) et alternent alors les cigarettes du seul tabac avec des « joints ». Pour dissocier le tabac du cannabis, Mr. Dautzenberg propose qu’ils fument le seul cannabis : «l’herbe », «la beuh » (en verlan), «la marijuana », usant alors, puis abusant bientôt des fameux « pétards ». Pour ce faire, il propose sa vente libre. Dans une telle substitution le compte n’y est pas, car il manque aux utilisateurs le tabac !

En termes de toxicité relative, faut-il rappeler à Mr. Dautzenberg que l’adjonction de résine de cannabis au tabac, tout comme la présence naturelle de cette résine sur les fleurs et feuilles du cannabis, augmente de 200°C la température de combustion de l’élément végétal ; ce qui accroit sa décomposition thermique (pyrolyse), générant 7 fois plus de goudrons cancérigènes que la combustion du seul tabac et produisant au moins cinq fois plus d’oxyde de carbone (ce CO, qui réduit le pouvoir oxyphorique de l’hémoglobine).

L’association tabac-cannabis n’est pas fortuite, le toxicomane demande aux effets stimulants de la nicotine de pallier les effets sédatifs / psycholeptiques du tétrahydrocannabinol (THC) du cannabis ; aussi ne peuvent-ils être dissociés aussi facilement qu’il l’a imaginé. Le THC n’enlève pas l’envie de la nicotine, tout comme la nicotine n’évacue pas l’envie du THC ; ils ne sont donc pas mutuellement substituables. Alors qu’il est si difficile de s’affranchir d’une seule addiction, qu’elle soit à la nicotine ou au THC, quand les deux addictions sont installées il devient impossible de s’en affranchir.

Bien que la nicotine rende plus volontaire, cette volonté ne permet pas de rompre avec le tabac. Le cannabis qui induit une aboulie, des troubles amotivationnels, enlève, lui, jusqu’au désir de s’en affranchir. On dispose de moyens, certes peu efficaces, pour aider au sevrage tabagique (varénicline, cytisine, bupropion..), alors qu’on est totalement démuni face à la dépendance cannabique. Au niveau des sphères O.R.L. et broncho-respiratoire, le tabac et le cannabis sont sensiblement aussi dangereux l’un que l’autre ; le cannabis étant peut-être encore plus cancérogène. Même pour un pneumologue, les effets du cannabis, bien plus que ceux de la nicotine, ne sauraient être cantonnés au seul appareil respiratoire, ni même au seul niveau somatique, car les conséquences cérébrales du cannabis sont nombreuses et majoritairement délétères.. Au plan cardio-vasculaire, le cannabis est plus dangereux que le tabac.

Il est (devant le tabac) la troisième cause de déclenchement d’infarctus du myocarde ; il est à l’origine d’artérites des membres inférieurs chez des sujets jeunes (le tabac est moins impatient à déclencher ce trouble) ; il est à l’origine d’accidents vasculaires cérébraux chez les sujets jeunes (là aussi le tabac est moins impatient pour frapper). Le cannabis est à l’origine de cancers du testicule du type « germinome non séminome », ce qui n’est pas imputé au tabac. C’est au niveau cérébral que la comparaison est de très loin plus défavorable au cannabis. La nicotine stimule l’éveil, l’attention, sa focalisation sur ce qui est pertinent, elle favorise la mémorisation. Elle réduit l’endormissement au volant, elle semble exercer une certaine protection vis-à- vis de la maladie de Parkinson…

Le THC, lui, est sédatif / psycholeptique, il est enivrant / ébriant, il fait mauvais ménage avec la conduite automobile, surtout associé à l’alcool. Mi-janvier, en pleine ville de Rouen, un conducteur ayant bu de l’alcool et fumé du cannabis a projeté sa voiture sur un arbre ; des six jeunes occupants, quatre ont été tués et deux autres très grièvement blessés… Le cannabis, au long cours, induit anxiété et dépression avec, pour cette dernière, en embuscade, un risque suicidaire. Le THC est un très grand perturbateur cognitif ; il altère gravement les capacités d’éducation et d’apprentissage, que notre société, dans la compétition internationale, doit solliciter d’une façon redoublée. Le THC, frappant le cerveau des adolescents en pleine maturation, peut perturber celle-ci très gravement, au point d’engendrer des troubles psychotiques (la schizophrénie / la folie au sens commun du terme). Le THC peut induire cette schizophrénie de novo ; il peut la décompenser / la révéler et aussi l’aggraver.

Il crée de plus une résistance aux traitements symptomatiques qu’on lui oppose. Le THC est un passage fréquent vers d’autres toxicomanies encore plus délétères (tous les héroïnomanes sont passés par la case cannabis). Quand le professeur Dautzenberg prétend que c’est l’interdiction qui crée l’attrait, on se demande s’il a bien présent à l’esprit le chiffre des alcoolo- dépendants (4 à 5 millions) et celui des dépendants du tabac (13 millions) ; bref, le désastre des drogues licites. Si l’on ne compte encore « que » 1.600.000 consommateurs réguliers de cannabis en France, c’est parce qu’il est interdit.

Prétendre que l’inclination à la transgression, assez fréquente chez les jeunes, fait de l’interdiction du cannabis la raison de son succès, conduit très logiquement à penser que sa légalisation, les inciterait à pratiquer cette transgression en s’adressant à des drogues encore plus « dures ». Prétendre que la légalisation du cannabis permettrait de contrôler sa vente, en l’interdisant aux mineurs (proposition avancée par les « verts »pour calmer / enfumer les citoyens raisonnables) incite à rappeler que 70% des buralistes ne respectent pas l’interdiction de vente du tabac aux mineurs.

Si, dans une démarche protectrice, le prix en était élevé, pour être dissuasif, ou si les produits proposés étaient faiblement dosés en THC, fleuriraient aussitôt des produits de contrebande, vendus sous le manteau. On connait déjà très bien tout cela ; ne réinventons pas l’eau tiède. Le pouvoir d’accrochage du cannabis est très grand, comme en atteste le recrutement, en France, de 1.600.000 usagers réguliers, en dépit de son caractère prohibé. Constatant le recrutement énorme opéré par le tabac et par l’alcool, tout indique que la légalisation du cannabis lui ferait atteindre des niveaux de consommation de l’importance de ces deux drogues licites.

Se protéger du tabac en s’abritant sous le cannabis est une aberration, comme Gribouille, plongeant dans l’eau pour se protéger de la pluie. Ce n’est pas parce-que la prohibition du cannabis ne parvient pas à empêcher le niveau important de son usage, qu’il faut le légaliser, surtout au pays qui en est le plus grand consommateur parmi les 28 états membres de l’union européenne. Ce n’est pas parce que l’interdiction des vols, des viols, des autres violences, de la pédophilie, des excès de vitesse… n’éradiquent pas ces comportements, qu’on envisage de les légaliser.

De la même façon ce n’est pas parce que la prohibition du cannabis n’empêche pas sa consommation, facilitée de longue date par des déclarations banalisantes, comme celle exprimée aujourd’hui par Mr. Dautzenberg, qu’il faut le légaliser. L’urgence est d’éradiquer le tabac, en renforçant son interdiction chez les mineurs, il n’est pas de leur faciliter l’accès « par préciput et hors part » à une deuxième drogue, encore plus nocive. C’est au niveau du tabac qu’il faut fixer l’interdit, donc le niveau de la transgression, et surtout pas au-delà du cannabis.

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One Reply to “Cannabis – le professeur Costentin répond aux déclarations du professeur Dautzenberg”

  1. « L’urgence est d’éradiquer le tabac, en renforçant son interdiction chez les mineurs, il n’est pas de leur faciliter l’accès « par préciput et hors part » à une deuxième drogue, encore plus nocive. »

    Le cannabis est en vente libre dans bien des collèges et autres lycées. Le paradoxe c’est qu’une légalisation compliquerait l’accès des mineurs à cette substance.

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