Jean Costentin

Les xénobiotiques (toxiques ou non) introduits dans l’organisme par différentes voies passent dans le sang ; ils sont alors souvent transformés par des enzymes du foie, en des métabolites plus solubles dans l’eau, qui seront trouvés dans la salive, le sang, l’urine, les fèces, où l’on pourra les rechercher et les doser. Dans ces milieux biologiques leur présence exprime une exposition récente mais parfois, pour certaines substances, une exposition qui peut être très antérieure au moment du prélèvement, par libération des stocks tissulaire (cannabinoïdes urinaires). Pour diluer leur présence dans l’urine et amener leurs concentrations en dessous de leur seuil de détection, certains trichent, en prenant des diurétiques ; ce qui est répréhensible, d’autant que cela, en diminuant leur poids, peut les faire concourir dans des groupes de poids inférieurs à ce qu’il est effectivement.

Ces dosages, pour utiliser une métaphore photographique, ne sont souvent que des instantanés ou des images obtenues après un bref temps de pose. Pour avoir une vision plus longue sur la consommation des substances incriminées, le cheveu est une matrice majeure. Pendant la période où une substance et/ou ses métabolites est/sont présents dans le sang qui irrigue le cuir chevelu, ils peuvent s’intégrer au bulbe pileux et au cheveu en formation et en croissance. La croissance du cheveu étant d’un centimètre par mois, on peut appréhender la période de consommation d’une drogue mois par mois, centimètre par centimètre, et juger de son abondance en fonction de sa concentration. Ce dosage s’effectue sur une mèche de cheveu (pas besoin de scalper le sportif). Et s’il est chauve diront les malins ? On peut recourir aux poils axillaires ou pubiens.

Pour l’alcool, la restitution du permis de conduire à des chauffeurs/chauffards alcooliques, l’examen capillaire  mesure l’éthylglucuronide, un métabolite de l’éthanol/alcool, qui permet de savoir depuis combien de temps il a mis fin à son intempérance alcoolique (depuis 3 mois/analyse sur 3 cm de cheveux) avec des seuils qui permettent de distinguer un abstinent (<5 pg/mg), une « consommation sociale », ou une consommation excessive (plus de 6 verres standardisés par jour durant au moins 3 mois, l’analyse se faisant sur 3 cm de cheveux avec un résultat >30 pg/mg).

En France les spécialistes de ces analyses sont les Prs. P. Kintz (Strasbourg) et J.-C. Alvarez (Garches) ; pour la recherche des métaux ce fut le Pr. JP Goullé (le Havre).

Ces examens capillaires permettent d’éclairer les circonstances de certaines intoxications. En matière de dopage, ils peuvent approcher les circonstances d’introduction de la substance interdite dans l’organisme et distinguer une consommation involontaire par contamination (absence de la substance dans les cheveux ou concentration très faible) d’un vrai dopage (concentration élevée)