Effets épigénétiques du cannabis : Si importants qu’il faut les connaître

Par le Pr. Jean Costentin (1)

Président du Centre National de Prévention, d’Etudes et de Recherches sur les Toxicomanies (CNPERT)

Une course de vitesse se joue entre les tenants de la légalisation du cannabis, pressés de commettre l’irrémédiable, et ceux qui, informés des méfaits de cette drogue, expliquent pourquoi sa légalisation serait un drame sanitaire, une mise en danger de notre société et de la vie d’autrui.

Les manifestations de sa toxicité psychique liées à son principal constituant, le THC,  consistent en une ivresse, source de dangers pour la conduite automobile et diverses activités professionnelles ; en des effets désinhibiteurs suscitant des prises de risques ; en une perturbation de la capacité d’apprendre et, partant, des activités éducatives ; en la survenue d’anxiété, de troubles dépressifs pouvant inciter au suicide ; en l’apparition ou l’aggravation d’une schizophrénie (la folie dans le langage commun) qu’on ne sait guérir ; en une dépendance / addiction dont on ne sait débarrasser ses victimes ; en une escalade vers d’autres drogues…

Sa toxicité physique est d’ordre cardio-vasculaire, avec des artérites, des accidents vasculaires cérébraux, c’est la troisième cause de déclenchement d’infarctus du myocarde. Il a des effets cancérogènes sur les sphères ORL, broncho-pulmonaire, ainsi que pour les testicules. Il  diminue les défenses immunitaires. Il perturbe le déroulement de la grossesse, affecte le développement de l’enfant qui en naîtra ; il manifestera, à l’adolescence, une vive appétence pour les drogues.

De fait, à l’adolescence, les enfants dont les parents consommaient du cannabis, sont plus vulnérables aux toxicomanies. On pensait, assez logiquement, que c’était la conséquence du mauvais exemple donné par les parents, de leur permissivité, d’un accès plus facile aux drogues… Depuis  quelques années une autre explication s’est ajoutée, en relation avec effets épigénétiques du THC. Leur importance justifie les explications suivantes.

Nos caractères exprimés (phénotype) sont déterminés par notre programme génétique (génotype), dont le support est l’ADN (acide désoxyribonucléique). Cet ADN est le constituant majeur, mais non exclusif de nos gènes (portés par les chromosomes présents dans le noyau de chacune de nos cellules). A chacun de ces gènes correspond un de nos caractères. Des mutations (spontanées ou provoquées) de notre ADN, sont transmissibles à notre descendance ; elles peuvent modifier les caractères exprimés.

Il existe d’autres types de modifications, dites épigénétiques, qui affectent non pas l’ADN lui même, mais des éléments associés à son enveloppe, à sa chromatine, qui est telle une gaine associée à ces gènes. Ce type de modifications peut influer sur l’intensité d’expression des gènes ; conduisant à des modifications non pas qualitatives mais quantitatives de certains caractères. Diverses substances, dont le THC, produisent des modifications épigénétiques, qui affectent des éléments de l’enveloppe des gènes (les histones de la chromatine),  et modifient, ce faisant, leur expression.

Les chercheurs de l’équipe de Y. Hurd  (Mont Sinaï Addiction Institute, de New York) ont étudié les effets épigénétiques du THC. Ils ont montré qu’il provoquait (entre autres modifications) la méthylation d’histones associées au gène codant le récepteur D2 de la dopamine, avec pour effet d’en diminuer l’expression.

Les enfants issus de parents ayant consommé du cannabis avant leur procréation, présentent une raréfaction de ces récepteurs D2, dans une structure cérébrale – le noyau accumbens. Comme à la stimulation de ces récepteurs est associée la perception du plaisir (dont chacun de nous a un impérieux besoin), ces individus, aux récepteurs D2 raréfiés, pour éprouver du plaisir, doivent les confronter à une plus grande concentration de la dopamine, que libèrent les neurones dopaminergiques de ce noyau accumbens. Ils recourent pour ce faire aux drogues, à n’importe quelles drogues (c’est leur caractéristique d’action neurobiologique) afin qu’elles instaurent une haute concentration de dopamine (« l’amine du plaisir »)2.

Ainsi, les individus en âge de procréer qui consomment du cannabis, exposent leurs gamètes (spermatozoïdes, ovules) aux effets épigénétiques du THC. Ils pourront conférer à leur progéniture, une sous expression des récepteurs D2 accumbiques avec, pour corollaire, une plus vive appétence pour les drogues.

En conclusion, un libre accès au cannabis des individus en âge de procréer, fera de leurs enfants des toxicomanes. Les « décideurs » doivent bien se pénétrer de ces conséquences. Tout doit être fait pour qu’ils le sachent et ne puissent ultérieurement s’abriter derrière le fait qu’ils ne savaient pas. Passant outre à ces données ils deviendraient responsables, non seulement de la mise en danger de la vie d’autrui, car le cannabis peut tuer, mais aussi d’avoir corrompu les enfants de ses consommateurs.

1« Le désastre des toxicomanies en France » J. Costentin Ed. Docis 2018

2« La dopamine dans tous ses états » J. Costentin Ed. Docis 2017    

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Alcool dans les stades : on vous explique pourquoi la loi Evin est menacée

Une propositions de loi déposée à l'Assemblée nationale veut rétablir la vente d'alcool dans les stades / © J. Petitcolas / France 3 Lorraine
Une propositions de loi déposée à l’Assemblée nationale veut rétablir la vente d’alcool dans les stades / © J. Petitcolas / France 3 Lorraine

Lutter contre l’hypocrisie 

Ceux qui ne fréquentent pas assidûment les stades ne le savent pas toujours. Mais l’alcool n’a en fait jamais été complètement banni des enceintes sportives. Actuellement, la loi Evin autorise un club sportif à vendre de l’alcool dix fois par an. Des dérogations accordées par le maire ou le préfet jugées insuffisantes par Stéphane Viry. Ce député des Vosges et ancien président du club de foot d’Epinal a déposé un projet de loi visant à supprimer ces restrictions, au nom de l’équité.

Certains privilégiés consomment du vin ou du champagne parce qu’ils sont invités dans des espaces VIP. Alors qu’à quelques mètres de là, le supporter lambda n’a pas le droit de boire une bière. Stéphane Viry, député de la 1ere circonscription des Vosges.

Soutenu par une quinzaine d’autres députés LR, Stéphane Viry défend sa proposition de loi en rappelant aussi que la vente d’alcool est autorisée à l’extérieur des stades. « Cela provoque un phénomène d’alcoolisation massive avant d’aller voir le match », explique-t-il à nos confrères de Vosges matin. « Des supporters achètent des bouteilles et les consomment en dix minutes. C’est dangereux, » conclut-il.

Des recettes supplémentaires pour les clubs

L’autre argument avancé par le député de la première circonscription des Vosges est l’aide financière que pourrait apporter sa proposition de loi aux clubs locaux. Si ces buvettes redevenaient pérennes, elles seraient une source supplémentaire de revenus non négligeable pour ces associations sportives confrontées à des baisses de subventions.

Des sponsors viticoles sur les maillots ?

Assouplir la loi Evin pour permettre aux clubs de survivre, c’est également l’idée que défend Valérie Beauvais. Cette députée de la Marne propose d’autoriser à nouveau le parrainage des clubs sportifs par des entreprises viticoles et des brasseurs. Ce qui était possible avant la loi Evin. Les joueurs pourraient donc à l’avenir porter des maillots aux couleurs d’une marque d’alcool.

Drogue : ce qu’une étude mondiale nous apprend de la consommation des Français

La cocaïne, produite en Amérique du Sud, est vendue en Europe autour de 70 euros le gramme (illustration). LP/Olivier Arandel
Plus de 120 000 personnes, dans 35 pays, ont participé à l’unique enquête internationale sur les drogues. Cannabis, MDMA et cocaïne sont en tête des produits consommés.
En matière de drogues, les possibilités semblent infinies. L’organisation « Global drug survey » vient de publier une grande enquête sur leur consommation. Depuis 2011, GDS, en s’appuyant sur des référents scientifiques de différents pays, réalise l’unique sondage international sur les drogues et l’attitude des consommateurs.

Les résultats 2019 ont été obtenus en recueillant les déclarations de 123 814 personnes, vivant dans 35 pays dont la France, pendant tout le mois de décembre 2018 via des questionnaires en ligne.

Les auteurs de l’étude précisent bien qu’ils ne travaillent pas selon un échantillonnage représentatif de la population des consommateurs de drogues pays par pays. Ce qui explique que 35 000 personnes aient répondu en Allemagne, trois fois plus qu’aux Etats-Unis qui arrivent pourtant deuxième. En France, 3 185 personnes ont complété le questionnaire relayé par des associations comme la Fédération addiction.

70 euros le gramme en France

Après le cannabis et la MDMA, la cocaïne est la substance illicite la plus consommée dans le monde. En Colombie, pays producteur, un gramme coûte 3,80 euros. La France est le dixième pays le plus cher, à 70 euros le gramme, un prix stable depuis plusieurs années. La marchandise produite en Amérique du Sud arrive sur les marchés occidentaux de plus en plus pure, ce qui peut, notent les auteurs de l’étude, accroître les risques pour la santé ainsi que le niveau de dépendance.

Sur les 123 814 personnes interrogées, seules 0,3 % consomme presque chaque jour (plus de 301 jours par an). Ce sont les Écossais qui en prennent le plus souvent : douze fois dans l’année, deux fois plus que la moyenne. Viennent ensuite le Canada, le Brésil, l’Italie, le Portugal et le Danemark (10 fois dans l’année). Les consommateurs français sont, avec huit prises de cocaïne dans l’année, dans une pratique dite « festive » de la drogue.

Une récente enquête de notre journal montrait que, soumis à l’action des douanes et de la police, et face à la concurrence d’internet, les dealers avaient modifié leurs habitudes de travail. Le « four » à l’ancienne, point de deal en banlieue où les clients viennent se fournir le plus discrètement possible, est de moins en moins la norme. L’étude GDS le montre : l’an dernier, plus des deux tiers des Français consommateurs ont été livrés dans la journée. Et pour 30 % d’entre eux, c’était même dans la demi-heure, preuve qu’un service de livraisons « à la demande » se normalise.

Cannabis : tombola, pub et livraison à domicile, les nouvelles méthodes des dealers

L’étude estime qu’en dehors de leur penchant pour une drogue interdite, les consommateurs sont des citoyens respectueux des lois. Ils ont pourtant bien conscience de soutenir des organisations mafieuses.

Pour cette raison, ou pour éviter des pépins de santé, seuls 42 % des consommateurs français ont envie de prendre moins de cocaïne cette année. Un résultat dans la moyenne (41,5 %), quoique bien loin de l’Italie où 64,6 % des habitués veulent lever le pied. Mais un monde comparé aux 80 % de Finlandais qui n’ont pas du tout envie de prendre moins.

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Canada : Multiplication des intoxications au cannabis chez les enfants

Les produits comestibles de cannabis — croustilles, muffins, boissons, bonbons — seront mis en vente dès octobre prochain.
Photo: Chris Young La Presse canadienne Les produits comestibles de cannabis — croustilles, muffins, boissons, bonbons — seront mis en vente dès octobre prochain.

Le nombre de mineurs se retrouvant à l’hôpital après avoir fait une intoxication au cannabis a considérablement augmenté depuis la légalisation de cette drogue au Canada l’automne dernier.

Le centre de traumatologie de l’Hôpital de Montréal pour enfants (HME) a traité 26 cas pour intoxication ou usage du cannabis depuis l’entrée en vigueur de la loi légalisant la marijuana au pays, le 17 octobre dernier.

Parmi eux, neuf étaient âgés de moins de sept ans. À titre de comparaison, l’hôpital traitait un enfant de ce groupe d’âge pour intoxication au cannabis tout au plus tous les trois ans avant la légalisation.

« Dans [le cas des plus jeunes], c’est souvent accidentel. Les parents font des brownies ou des biscuits au pot et laissent ça traîner sur le comptoir de cuisine ou dans le frigo. Mais un enfant qui passe par là, son réflexe, ça va être d’en prendre sans se poser de questions », explique l’urgentologue et toxicologue au HME Dominic Chalut.

Même constat au Centre hospitalier universitaire Sainte-Justine, à Montréal. Les intoxications au cannabis, qui s’élevaient à deux par année entre 2013 et 2016, sont passées à cinq en 2017-2018, pour finalement grimper jusqu’à 11 en 2018-2019.

Du côté de la capitale nationale, le centre antipoison de Québec a également enregistré un nombre d’appels plus élevé concernant des intoxications au cannabis depuis sa légalisation. « Il est difficile de déterminer s’il y a plus d’expositions ou si les gens se sentent plus à l’aise de nous appeler, mais nous avons répertorié 15 cas chez des enfants âgés de moins de cinq ans depuis le 6 février 2019 », précise Maude St-Onge, directrice médicale du centre.

Appel à la prudence

Elle estime nécessaire de rappeler aux consommateurs que le cannabis est « une substance psychoactive qui doit être placée hors de la portée des enfants, et ce, même lorsque le cannabis est dans son contenant original. »

« On ne laisse pas traîner des médicaments sur le comptoir, ça devrait être pareil avec le cannabis », renchérit le Dr Dominic Chalut, du HME, appelant les parents — et l’ensemble de la population — à faire preuve « d’extrême prudence ».

Le médecin fait remarquer que les effets du cannabis sont « considérables » sur les enfants. En raison de leur petite taille et de leur poids léger, ils sont plus vulnérables et ressentent d’autant plus les effets de cette drogue.

Étourdissements, perte d’équilibre, vomissements, anxiété sont les symptômes les plus courants. « Certains ont même du mal à respirer assez rapidement, ou à l’inverse ils sont très agités », raconte-t-il.

Dans des cas plus graves, les enfants ont subi des convulsions et ont dû être hospitalisés à l’unité de soins intensifs pédiatriques.

Inquiétudes

La situation est d’autant plus inquiétante, selon le Dr Chalut, que les produits comestibles de cannabis — croustilles, muffins, boissons, bonbons — seront mis en vente dès octobre prochain. « Il faut protéger nos enfants de ce type de produits. Mais surtout, comme société, on devrait se demander : voulons-nous vraiment que des drogues psychoactives se retrouvent dans des aliments inoffensifs et attirants comme des bonbons ou des biscuits ? » laisse-t-il tomber.

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Cannabis : le Colorado évalue l’impact de la légalisation sur la santé

Aux Etats-Unis, l’Etat du Colorado a évalué sa légalisation du cannabis thérapeutique ou récréatif, et les résultats sont mitigés. 

Cannabis : le Colorado évalue l'impact de la légalisation sur la santéVICTORIABEE / ISTOCK.

Dans le Colorado, la légalisation du cannabis thérapeutique a réduit le taux d’hospitalisation pour douleurs chroniques, mais a augmenté le nombre d’accidents de la route et d’overdoses. Ce sont les résultats d’une nouvelle étude, publiée dans le British Medical Journal.

Une augmentation de 10% du nombre d’accidents de la route

Précisons que le Colorado a aussi légalisé la consommation de cannabis à usage récréatif depuis 2014. Les chercheurs ont constaté qu’après l’évolution législative, cet Etat américain a connu une augmentation de 10% du nombre d’accidents de la route, ainsi qu’une augmentation de 5% d’overdoses d’alcool et de cannabis ayant entrainé des blessures ou la mort. Dans le même temps, les autorités locales ont enregistré une baisse de 5% des admissions à l’hôpital pour douleur chronique.

28 millions de dossiers constitués pour hospitalisation ont été passés au crible. « Il y a eu peu de recherches rigoureuses concernant les effets réels de la consommation de cannabis sur la santé publique », souligne Gregory Marcus, chercheur en cardiologie à l’UCSF School of Medicine. « Ces données démontrent la nécessité d’une mise en garde énergique contre la conduite sous l’influence de toute substance psychotrope, et suggèrent que les efforts de lutte contre la dépendance et l’abus d’autres drogues récréatives deviennent encore plus importants lorsque le cannabis a été légalisé », ajoute-t-il.

Une évaluation complexe

En 2014, plus de 117 millions d’Américains, soit 44,2% du pays, avaient consommé du cannabis au cours de leur vie. Aux Etats-Unis, 28 États et le district de Columbia ont autorisé l’usage du cannabis thérapeutique, et 9 d’entre eux l’ont légalisé à des fins récréatives.

Bien qu’il soit plus commode de conclure que la légalisation du cannabis récréatif ou thérapeutique est bonne ou mauvaise, « son évaluation est beaucoup plus complexe », poursuit Gregory Marcus. « Ses effets sont très probablement variables, selon les besoins et les circonstances propres à chaque individu. L’utilisation des revenus tirés du cannabis à des fins récréatives pour appuyer ce genre de recherche serait probablement un investissement judicieux, tant sur le plan financier que sur celui de la santé publique », conclut-il.

En France, la légalisation du cannabis thérapeutique fait débat au sein de la classe politique et de la société civile. Le Premier ministre Edouard Philippe a récemment estimé qu’il serait « absurde de ne pas se poser la question » de la légalisation du cannabis thérapeutique.

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Cannabis au volant: la France mauvaise élève de l’Europe

En 2017, en France, 439 conducteurs qui avaient consommé du cannabis ont provoqué un accident mortel. – 16 % de Français reconnaissent conduire sous son emprise, méconnaissant ses effets sur la route.

Les Français étant devenus les plus gros consommateurs de cannabis d’Europe, le risque d’accident routier lié à cette substance s’est aujourd’hui démultiplié sur le territoire. «Les jeunes sont concernés, mais la consommation perdure après 25 ans souligne Anne Lavaud, déléguée générale de l’association Prévention routière. Ce vendredi, elle organise un colloque sur le sujet en partenariat avec l’ETSC, une ONG qui milite auprès des instances européennes pour lutter contre ces risques.

Toutes les études témoignent aujourd’hui d’une situation inquiétante, en particulier dans notre pays. Interrogés en 2016, 16 % de consommateurs de cannabis ont reconnu conduire sous l’emprise de la drogue, contre une moyenne de 11 % en Europe. «Contrairement à l’alcool, où les risques au volant sont intégrés, les consommateurs de cannabis pensent rouler sans danger. Ils disent adopter une conduite cool», relate Emmanuel Barbe, le délégué interministériel à la sécurité routière. En réalité, le cannabis entraîne la perte de coordination des mouvements et diminue les temps de réaction. En 2017, 439 personnes qui avaient pris ces substances ont provoqué un accident mortel.

«Une étude indique qu’un quart des Français pense que leur assurance joue en cas de conduite sous l’emprise de drogue. Ce qui est faux. Seule la responsabilité civile joue»

La méconnaissance des effets de la drogue au volant révèle la nécessité d’intensifier les campagnes d’information, selon Anne Lavaud. Au sein desquelles doit être menée la chasse aux contrevérités. «Une étude indique qu’un quart des Français pense que leur assurance joue en cas de conduite sous l’emprise de drogue. Ce qui est faux. Seule la responsabilité civile joue», insiste la responsable de l’association.

En parallèle, pour lutter contre ce fléau, les contrôles, encore peu nombreux, se sont intensifiés grâce à une méthode simplifiée. Le test salivaire a mis fin à la prise de sang, jusqu’alors obligatoire .

Ainsi, en 2017, 233.586 contrôles ont été menés, donnant lieu à des taux positifs de l’ordre de 23 %. «Par le biais d’un nouveau fonds de recherche, un appel à projet a été lancé pour la création d’un “drogomètre”, un outil de contrôle instantané qui n’aurait plus besoin d’une confirmation différée en laboratoire, comme c’est le cas aujourd’hui. Les contrôles, alors moins coûteux, pourraient être plus nombreux», explique Emmanuel Barbe.

La situation pourrait-elle s’aggraver si la dépénalisation du cannabis était adoptée? Pour répondre à la question abordée lors du colloque, les expériences étrangères vont être passées au crible, comme celle du Canada. Depuis octobre dernier, le cannabis y est légalisé.

Or les effets de ces nouvelles dispositions sur la route ont été immédiats. Même s’il est interdit de conduire sous l’emprise de cette drogue, il y a eu un relâchement. En 2017, 2,9 % des Canadiens reconnaissaient avoir pris le volant dans les deux heures suivant la consommation de cannabis. Le taux a atteint les 3,3 % dès octobre dernier, «ce qui correspond à 800.000 conducteurs», souligne Ward Vanlaar, de la Fondation de recherches sur les blessures de la route au Canada.

Alors que la situation pourrait se dégrader encore, le pays bute sur un obstacle de taille: en période de grand froid, la technologie utilisée pour les contrôles ne fonctionne pas…

Source :Figaro du 10/05/2019.

L’alcool tue. L’humeur de Catherine

Pas question de minimiser, de relativiser : l’alcool est un poison, pour l’homme et pour la société. La mort à Tremblay-en-France, ce vendredi 10 mai, d’une fillette de six ans, écrasée par son père, qui conduisait sous influence, en est l’illustration tragique.

Il y a un an, le 7 février 2018, invitée de l’émission Débat Alcool : un tabou français ? sur France 2, Agnès Buzyn, notre ministre de la Santé, hématologue, chercheuse et professeure de médecine à l’université, déclarait seule, l’imprudente !, la guerre au lobby viticole – David contre Goliath –, en qualifiant le vin d’alcool comme les autres. Comment ?! Cette béotienne prétendait-elle, sérieusement, jeter ce symbole de la France dans le même sac à poubelle que l’anisette ou la bière ?! Elle l’osait. Pire ! Elle persistait : la consommation de vin, et pas seulement l’abus, était nuisible à la santé, et si elle l’affirmait, c’est qu’il s’agissait là d’une vérité scientifique.

Ils sont soûlants, ces scientifiques, avec leurs recherches, leur rigueur et leurs chiffres imparables. Parce que les chiffres, c’est comme l’alcool, quand c’est brut, ça ne pardonne pas.

Pourtant parfois si, on dirait…

En effet, cette attaque lâche contre notre boisson nationale – eh non, ce n’est pas l’eau de source –, autant dire notre identité, ne passa pas sans riposte. Aussitôt, notre Président, paré de l’autorité que lui confère son titre de consommateur distingué, montait sur le front pour défendre le droit de chaque Français à son vin quotidien. Et de plaider ainsi, j’extrapole sans trahir l’esprit : mes chers concitoyens, moi, votre Président, j’en bois deux verres par jour au moins et admirez mon teint, la vivacité de mon œil, la fulgurance de mon esprit et de ma réussite. Allez-y donc sans crainte, ces histoires de nocivité ne sont que du baratin. D’autres, courageusement, joignirent leur voix à la sienne, pour voler au secours de notre cher pinard, si peu alcoolisé, pratiquement inoffensif…

Mais la vérité est tenace. Et les médecins aussi.

Depuis, ces derniers n’ont pas hésité à contester âprement le mythe du vin innocent. Pour (d)énoncer les faits et proposer des moyens d’action contre ce fléau, ils ont publié des tribunes, depuis celle du professeur Hirsch dans Le Figaro du 5 mars 2018, dont le titre annonçait clairement la couleur : « Vu du foie, le vin est bien de l’alcool », jusqu’à la dernière en date du 29 avril 2019 : confrontée d’un côté à l’indifférence politique, de l’autre à l’urgence sanitaire, l’Académie nationale de médecine a lancé un appel aux pouvoirs publics, leur réclamant des mesures fortes.

Pour essayer de comprendre, de démêler le vrai du faux, je me suis tournée vers les chiffres. Vous verrez, ils dégrisent, et vite, les chiffres de l’alcool. J’en cite ici quelques-uns, aussi crus que cruels, qui prouvent encore, s’il le fallait, que l’alcool ne se contente pas de ravager le foie et détruire les neurones : il ronge notre société.

L’alcool est la première cause de retard mental du nouveau-né et de décès des 15-30 ans. Impliqué dans 40 % des violences faites aux femmes, à l’origine d’un tiers des accidents de la route, 20 % des suicides et 50 % des homicides, il est la deuxième cause de décès évitable.

Enfin, je livre sans commentaire ce petit bonus exclusif : en 2017, l’alcool a tué en France 41 000 personnes (sur 606 274 décès) pour une population de 66,77 millions d’habitants. Ce qui représentait 6,77 % des décès.

La même année aux États-Unis, les armes à feu, tous calibres confondus,tuaient 39 773 personnes (sur 2 744 248 décès) pour une population de 325,7 millions d’habitants. Ce qui représentait 1,45 % des décès. Gardons cela en mémoire lorsqu’on s’offusquera, à juste titre évidemment, de l’amour des Américains pour leurs « joujoux » dangereux et de la toute-puissance de leur lobby des armes à feu.

Mais revenons à la France et à son vin sacro-saint. Pourquoi cette complaisance au sommet de l’État ? Pourquoi nos dirigeants préfèrent-ils donc à ce sujet « ne pas emmerder les Français » alors que dans d’autres cas, disons que ça ne les gêne pas ? Pourquoi ces mensonges éhontés ? Y aurait-il plus important que la santé publique ?

Laissons parler les chiffres encore, car eux ne se plient pas aux calculs politiques.

Le vin, deuxième industrie française, représente 12,5 milliards d’euros à l’export, 75 000 hectares de vignes, 3,7 milliards de litres de vin, soit 16 % de la production mondiale et 500 000 emplois.

Ah oui, quand même… CQFD.

Alors, bien sûr chacun a droit à son péché mignon. Tant qu’il reste mignon. Et quand l’alcool est-il mignon ? Quand il nous rend un peu pompette, qu’il nous fait rire plus fort, relâcher nos ceintures, et nous décoince le cul.

Mais il cesse de l’être dès qu’il s’exprime en taloche ou en œil au beurre noir pour les femmes, les enfants et autres empêcheurs de se pinter en rond, qu’il se traduit en cadavres, et pas seulement de bouteilles.

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