Le marketing de l’alcool pour ados

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Crise des opiacés : une première amende de 572 millions de dollars contre un laboratoire américain

Le laboratoire Johnson & Johnson est accusé d’avoir provoqué une vaste dépendance aux médicaments antidouleur par des pratiques promotionnelles agressives.  

Crise des opiacés : une première amende de 572 millions de dollars contre un laboratoire américain
Crise des opiacés : une première amende de 572 millions de dollars contre un laboratoire américain

Le jugement est aussi historique que le procès, qui s’était ouvert en mai dernier. Un tribunal a condamné hier, lundi 26 août, le groupe Johnson & Johnson à payer 572 millions de dollars à l’Etat de l’Oklahoma pour sa responsabilité dans la crise des opiacés.

Il s’agit du premier jugement civil contre un laboratoire aux Etats-Unis pour une crise qui a fait des dizaines de milliers de morts par overdose.

« Pratiques trompeuses »

« La crise des opiacés est un danger imminent pour l’Oklahoma et ses habitants », a déclaré le juge Thad Balkman lors d’une audience lundi à Norman.

Le juge a estimé que le laboratoire Janssen, division pharmaceutique de Johnson & Johnson, avait adopté des pratiques « trompeuses de marketing et de promotion des opiacés », causant une crise de la dépendance à ces médicaments antidouleur, des morts par overdose et une hausse des syndromes d’abstinence néonatales dans l’Etat -c’est-à-dire quand un bébé a été exposé à la drogue pendant la grossesse et naît dépendant à la drogue. « La crise des opiacés a ravagé l’Etat de l’Oklahoma. Elle doit être contenue immédiatement », a poursuivi le juge, fondant son jugement sur une loi contre les « nuisances publiques ».

Le laboratoire se défend de toute responsabilité

Le demi-milliard de dollars demandé à Johnson & Johnson servira à financer des programmes dans l’Etat pour remédier à la crise. Le groupe a immédiatement fait savoir qu’il ferait appel. « Janssen n’a pas provoqué la crise des opiacés dans l’Oklahoma », a déclaré Michael Ullmann, vice-président et directeur juridique de Johnson & Johnson. J&J estime avoir respecté la loi et rappelle que ses médicaments ne représentaient que 1% du marché des opiacés.

Déploiement de moyens persuasifs auprès des prescripteurs

Janssen distribue les comprimés de Nucynta et le patch Duragesic, qui contient du fentanyl, l’un des opiacés de synthèse les plus puissants, et que le laboratoire a inventé.

Initialement, le patch était prescrit aux malades du cancer pour des douleurs aigues. Mais le laboratoire est accusé d’avoir créé la demande via une grande campagne auprès des médecins, par des moyens marketing, des financements de recherche et des événements « d’éducation » et de formation. Le laboratoire a au fil des années cherché à les convaincre, apparemment avec succès, que ses médicaments ne créaient pas de dépendance.

« Pseudo-addiction »

L’industrie utilisait le terme de « pseudo-addiction » pour persuader les médecins que les patients qui présentaient des signes d’addiction, par exemple en demandant des doses d’opiacés de plus en plus fortes ou en revenant chez le médecin avant l’épuisement théorique de l’ordonnance précédente, ne souffraient pas réellement d’addiction, mais en fait de sous-traitement de la douleur », a conclu le juge.

« La solution, selon le marketing des prévenus, était de prescrire au patient plus d’opiacés », a-t-il écrit dans son jugement.

Plusieurs laboratoires ont préféré éviter la case procès

D’autres groupes pharmaceutiques avaient préféré régler l’affaire à l’amiable, en particulier le groupe au coeur de l’épidémie: Purdue Pharma, vendeur du notoire Oxycontin. Purdue a réglé 270 millions de dollars avant le procès. Un autre laboratoire, l’Israélien Teva, a aussi négocié un règlement à 85 millions de dollars.

2000 plaintes sur le territoire américain

Le procès a été comparé aux actions en justice contre les fabricants de tabac qui se sont soldées par un accord de plus de 200 milliards de dollars en 1998. Les opiacés ont fait 47.000 morts par overdoses en 2017 aux Etats-Unis. Mais alors que l’Etat avait demandé 17 milliards de dollars, le juge a accordé une somme plus modeste.

Au-delà de cette procédure, près de 2.000 autres plaintes ont été déposées contre les fabricants de médicaments opiacés par diverses juridictions aux Etats-Unis.

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A propos de l’émission de France Inter du 21 Août

Emission en direct sur France Inter du mercredi 21/08/2019 (Autour de la table ce mercredi pour en parler, Jean-Paul Bruneau, président fondateur de l’Association Nationale E.D.V.O (Espoir du Val d’Oise), association œuvrant pour la réinsertion sociale et professionnelle de consommateurs de drogues, François-Michel Lambert, député de la 10ème circonscription des Bouches-du-Rhône, Fabrice Olivet, directeur de l’association Auto-Support des Usagers de Drogues (ASUD), et Marie Jauffret-Roustide, sociologue, chargée de recherche Inserm, co-coordinatrice
scientifique du programme de recherche « Drogues et Sociétés » à l’EHESS.)

Face aux autres intervenants pro-légalisation, j’étais seul détracteur pour apporter la contradiction ou pour rappeler le rôle éducatif de la sanction dans les conduites à risques des fumeurs de cannabis.

La pression médiatique actuelle pour faire accepter aux Français l’idée d’une légalisation de la production jusqu’à la consommation du cannabis, est dangereuse pour l’évolution de nos mœurs; les conseilleurs ne seront pas les payeurs quand les conséquences seront à prendre en charge dix à vingt ans plus tard comme pour le tabac. 80% de taxes sur le tabac ne suffisent pas à payer les conséquences du tabagisme donc, faire croire que les 2 milliards prélevés sur la vente du cannabis suffiront, reste du domaine de l’utopie.

Pour les non fumeurs, prendre soins de sa santé pour travailler plus longtemps et pour bien vivre, c’est aussi participer en payant plus d’impôts comme la CSG pour permettre «exemple, entres autres », à 120 000 héroïnomanes d’avoir leurs produits de substitution gratuits « au nom de la limitation des risques ».
Tout est bon pour neutraliser ce qui relève du bon sens comme la Loi EVIN, ou le code de la santé publique qui sanctionne le fait de présenter l’usage des drogues sous un jour favorable !

Inquiétant également de voir un Député comme François-Michel LAMBERT, militant écologiste, entraînant ses collègues députés pour faire l’apologie de la légalisation du cannabis; ceci, en ignorant les dérives actuelles de l’auto production de cannabis et sur les conséquences dans les 33 Etats Américains qui ont légalisé l’usage thérapeutique dont 11 jusqu’à l’usage récréatif (trafic parallèle persistant voir même en
augmentation faute d’approvisionnement suffisant, concurrence au moyen du DARKNET, accidents en progression, surconsommation en eau et en énergie,…) la culture du cannabis est devenue 1 ère cause d’assèchement des rivières en Californie (ça contribue aux incendies notamment dans la région des « Rocheuses » ; c’est la culture qui consomme le plus d’eau et d’électricité (1% de toute l’électricité des
USA) donc très mauvais pour notre écosystème… tout cela part en fumée en polluant les poumons inutilement et l’atmosphère, contribuant ainsi au réchauffement de notre planète !

Le manque de recul pour l’analyse des conséquences par rapport à cette politique de légalisation, n’est pas suffisamment pris en compte ; les expériences européennes non plus, cependant la politique de tolérance des Pays Bas (qui reviennent en arrière tardivement et maladroitement) a créé un modèle qui s’est exporté sur toute l’Europe ; la Belgique, la France et l’Espagne principalement.
En France, progression entre 2010 et 2018 des saisies d’herbe de cannabis multipliées par 7, passant de 4 Tonnes à 30 T à l’année ; 5 millions de Français ont fumé du cannabis en 2017, 1,5 million régulièrement, 5 à 6% sont auto-producteurs donc 210 000 environ pour 76 000 cannabiculteurs qui s’entraident au moyen des nouvelles technologies, utilisateurs des réseaux sociaux, adeptes des nouvelles
techniques et nouvelles variétés de cannabis pour produire du cannabis de plus en plus toxique pour le cerveau vu les teneurs en THC…
Il faudra beaucoup de gendarmes pour veiller sur la production légale contrôlée, taxée, et concurrencée, sans oublier le commerce de plus de mille produits de consommation comme la bière au cannabis ou la saucisse au cannabis vendue à Marseille (voir article ci-joint).
La complexité de ce phénomène de société où nos principes de précaution sont mis à mal, doit être prise sérieusement en compte par nos Politiques ; je vous mets en pièces jointes deux rapports publiés par l’OFDT (Observatoire Français des Drogues et Toxicomanies).

La récente législation répressive en France concernant l’usage (amende de composition immédiate pour l’adulte) n’a pas encore produit tous ses effets donc il y a lieu de retarder toutes initiatives favorisant la légalisation du cannabis, même si cela rapporterai, selon le Député LAMBERT, 2 Milliards d’euros (très hypothétiques) et la création de 50 000 emplois ! (en divisant par 10 c’est déjà exagéré mais c’est moins
grave que de prétendre que des fumeurs de cannabis sont mis en prison pour le simple usage).

Les économistes avertis pensent que les 2 « supposés » milliards sont bien faibles pour prendre en charge les problèmes de santé engendrés, (comme pour le tabac qui « tue lentement » prématurément 1 fumeur sur 2,  qui est cependant 7 fois moins cancérogène que le cannabis et qui ne modifie pas les comportements
ou les réflexes). Les dealers et usagers revendeurs dans nos quartiers dits prioritaires, n’iront pas d’avantage pointer au chômage car ils sont déjà multicartes ; avec la cocaïne qui nous arrivent de plus en plus (à 1 € le Gr en Colombie, à 3,50€ à notre frontière Guyanaise, livrée par tonne en Europe et dans nos cités à 20€ le Gr …)
+ les drogues de synthèse, tout cela ne peut que transformer dangereusement ce business de proximité (le cannabis restant la drogue d’amorçage).

J’ai longuement échangé après l’émission de mercredi avec Fabrice OLIVET, directeur d’ASUD, qui défend la liberté de consommer des drogues et d’en sortir ; il n’admet pas les intrusions musclées des policiers dans les quartiers, ciblant les usagers ! (Difficile pour lui de reconnaître que ces usagers interpellés sont bien souvent usagers revendeurs, guetteurs, rabatteurs ou livreurs). Il reconnait cependant que le
toxicomane est devenu une ressource non négligeable par le commerce de produits de substitution et les médicaments, trop facilement prescrits et beaucoup trop longtemps.

C’est vu par ceux que je reçois à EDVO comme une nouvelle forme d’esclavage sans le moindre respect pour le malade dépendant qui désire malgré tout arrêter. F.OLIVET regrette le manque de structures comme celle d’EDVO et aimerait le
développement des prises en charge sur le modèle que nous défendons.
Cependant, les usagers de drogues militant pour leur liberté de consommer via ASUD, ont souvent la parole pour valoriser leur point de vue sur ce phénomène de Sté ; nous regrettons toujours que les ex-toxicomanes comme ceux d’EDVO, (dont certains deviennent patients experts pour pouvoir prendre la parole), ne soient pas consultés pour participer à ce grand débat sur la légalisation du cannabis !

Les parents qui vivent les conséquences de l’usage du cannabis chez leurs enfants et chez leurs proches, ne sont pas d’avantage consultés ! L’avis de ces éducateurs de proximité au quotidien devraient être pris en compte pour les décisions qui touchent l’environnement de leurs enfants (un mineur ou jeune majeur reste vulnérable, influençable, et ne peut développer ses compétences psychosociales avec un cerveau
embrumé par la fumée de cannabis ; le THC « contenu dans cette fumée » se stocke dans les lipides protecteurs du système nerveux central (cerveau) sur 3 semaines avant d’être complètement évacué) !

Je pense qu’il nous manque un « Charles BEAUDELAIRE » en 2019; il connaissait suffisamment le cannabis (haschisch) pour écrire en 1857 «le haschisch annihile la volonté … le haschisch est isolant… le haschisch appartient à la classe des joies solitaires, il est fait pour les misérables oisifs…»
Le tabac « sans y ajouter le cannabis fumé », tue plus que les guerres, le sida et le paludisme réunis ; serait-ce utile pour l’avenir de notre planète ?
J’ai parfois l’impression de nager à contre courant ! Votre avis m’intéresse par retour mail…merci.
Jean-Paul BRUNEAU (jpbruneau1@gmail.com)

Interview du Pr. Jean Costentin*, par Mr. G. Balay, pour le magazine Terra Darwin

Après voir pris le temps et le soin de répondre aux questions posées par ce journaliste, celui-ci m’a soumis un texte de 4 pages, dans lequel ma contribution  se réduisait à quelques lignes, noyées dans des opinions contraires et bien mises en exergue. De là l’idée de restituer in extenso mon texte aux lecteurs du blog de notre  CNPERT 

G.B. : Êtes-vous opposé à la légalisation du cannabis sur un plan récréatif, sur un plan thérapeutique ou sur des deux ?

J.C. : Je suis opposé à ces deux  légalisations : le cannabis est fallacieusement qualifié de « thérapeutique » car, en l’état présent  des connaissances, cet adjectif  n’est pas justifié. Il est le faux nez, le cheval de Troie, du cannabis « récréatif » dont on sait très bien maintenant que «la récré» peut très mal se terminer.

Tous les Etats qui ont légalisé le cannabis récréatif l’ont, telle une figure obligée,  préalablement travesti en médicament.

G.B. : Quelles sont vos raisons à l’origine de cette double opposition ?

 J.C. : Permettez que je réponde successivement sur chacune d’elles.

S’agissant du cannabis dit « thérapeutique » je vous convie à prendre connaissance d’un récent communiqué de l’académie nationale de Pharmacie, académie qui réunit en matière d’expertise sur les médicaments, d’une part, et sur les toxicomanies, d’autre part,  les meilleurs experts nationaux, dont plusieurs ont une notoriété internationale. Que dit en substance ce communiqué : «  L’Académie nationale de Pharmacie met en garde contre une banalisation de préparations de cannabis qui trompe les attentes des patients en les faisant abusivement passer pour « thérapeutiques ».

Depuis des décennies l’accès d’une molécule à la dignité de médicament, repose sur son rapport bénéfices / risques ; les bénéfices qu’on espère que le patient retirera de son utilisation sont mis en balance avec les risques qu’on lui fait prendre en lui prescrivant ce médicament. Ce n’est jamais sans quelques risques qu’on introduit dans l’organisme une molécule qui lui est étrangère.

Si des  effets sur l’organisme de tel ou tel composant du chanvre indien  (en particulier le THC ou le CBD) sont avérés, ils ont une intensité modeste ; elle s’épuise au fil des utilisations (tolérance). Ces molécules, dans les indications alléguées, ne font pas mieux que les médicaments actuellement disponibles; elles persistent très longtemps dans l’organisme (en raison de leur très grande solubilité dans les graisses / lipides), ce qui est considéré comme un inconvénient ; elles agissent simultanément sur de très nombreuses fonctions, alors qu’on demande à un vrai médicament d’agir spécifiquement sur une seule…C’en est fini depuis longtemps des thériaques et autres panacées !

Dans un dessein thérapeutique on ne devrait pas parler de cannabis. Ce chanvre indien est un mélange, en proportions variables, de très nombreuses substances, parmi lesquelles on dénombre près d’une centaine de molécules réunies sous le vocable de « cannabinoïdes » ; elles ont entre elles une parentée chimique mais elles peuvent différer considérablement quant à la nature et à l’intensité de leurs effets. De plus, dans l’organisme, les unes peuvent se transformer en d’autres.

Il a ainsi été montré que le cannabidiol  (CBD) qui semblait exempt des méfaits  connus du tétrahydrocannabinol (THC) se transforme en ce dernier, au contact de l’acidité du liquide gastrique, mais aussi, à un niveau significatif, quand il est fumé. La pharmacologie, la thérapeutique, depuis des décennies, ne recourent plus qu’à des substances pures, éventuellement extraites du végétal ; elles ont abandonné les « soupes végétales » d’autrefois ; « végétal varie, bien fou qui s’y fie »…

S’agissant des risques encourus par leur usage, ils sont multiples, à la mesure du manque de spécificité de ces molécules ; de là de multiples effets latéraux, qui sont pour un certain nombre d’entre eux franchement adverses. Sans rechercher l’exhaustivité, et sans les détailler, j’en énumère quelques uns. Oublions l’usage du cannabis fumé. Cela fait presque un demi siècle que la pharmacopée a évacué les cigarettes thérapeutiques. La combustion de tout végétal produit en effet des goudrons irritants et cancérogènes pour la sphère O.R.L. et broncho-respiratoire.

Le tétrahydrocannabinol / THC, dont les utilisateurs ne tarissent pas d’éloge, est puissamment toxicomanogène, ce qui pollue considérablement leur appréciation de l’effet, et contraste notablement avec celui constaté objectivement par leurs médecins.

Tel patient qui voudrait apaiser une douleur par le THC n’a pas besoin que celui-ci accroisse son appétit ; qu’il engendre une ivresse incompatible avec la conduite d’engins à moteur ; qu’il induise une relaxation musculaire ; qu’il diminue sa vigilance ; qu’il perturbe sa mémoire à court terme, sans laquelle ne peut se constituer une mémoire à long terme, c’est à dire une culture ; qu’à doses élevées il déclenche un état délirant (pensée coupée du réel) et des hallucinations (des perceptions erronées, irréelles) ; que son utilisateur en devienne dépendant / « accro »,  ne pouvant plus arrêter sa consommation, alors que les troubles ayant motivé sa consommation ont disparu.

Le développement d’une tolérance, c’est à dire d’une diminution de l’effet le conduit à augmenter la dose et la fréquence de ses administrations ; il entre dans une course poursuite derrière l’effet recherché qui caracole en tête, au point de lui donner envie de recourir à une drogue plus puissante, en particulier un morphinique. C’est une telle trajectoire qui est à l’origine aux U.S.A. de la « crise des opioïdes » qui, l’an passé, a été à l’origine de 72.000 morts dans ce pays.

G.B. : Estimez-vous que la légalisation du cannabis aurait plus d’effets néfastes que positifs?

J.C. : Pour ce qui est de la légalisation du cannabis récréatif maintenant, mon opposition est encore plus vive que  celle que je viens d’exprimer sur le cannabis abusivement qualifié de « thérapeutique ».

Notons tout d’abord que notre pays est confronté à une véritable pandémie cannabique ; parmi les 28 Etats membres de l’Union Européenne nous sommes, et de loin, les plus grands consommateurs de cette drogue. Elle frappe de plus en plus précocement, dès le collège ; alors que la législation encore en vigueur devrait être dissuasive, le contrevenant s’exposant théoriquement à une année de prison et / ou 3.500 € d’amende, un million et demi de nos concitoyens bravent cet interdit, en consommant au moins dix « joints »  (résine de haschich égrenée dans du tabac) par mois, ou dix «pétards » (constitués de la plante elle même, surtout ses fleurs femelles les plus riches en THC).

Ce niveau de consommation assure une imprégnation permanente de l’organisme en THC. Il est évident que la levée de l’interdiction  associée a une encore plus grande disponibilité de cannabis (le produit « d’Etat » ajouté à celui des dealers qui joueront sur un prix plus bas et une teneur plus élevée en THC) fera exploser le nombre des consommateurs. Dans une enquête sommaire que j’avais effectuée auprès de lycéens et de collégiens qui se déclaraient non consommateurs de cannabis, je les interrogeais sur les raisons de leur abstention ; 40% d’entre eux étaient convaincus de sa toxicité et les 60% autres  s’en abstenaient en raison de son interdiction.

Cela doit nous inciter à redoubler les informations sur ses dangers que nous dispensons depuis bientôt 20 ans, et nous conforte dans la conviction que la loi devait être maintenue, en la faisant mieux connaître, en l’expliquant, en la justifiant et en l’appliquant, non pas au sommet de sa rigueur, mais avec les nuances dictées par les circonstances et non le « classement sans suite » bien trop systématiquement pratiqué. Une attention particulière doit être portée à l’injonction de soins, destinée à sevrer le toxicomane de sa drogue.

Le caractère licite du tabac a recruté en France treize millions de fumeurs, dont 75.000 d’entre eux en meurent chaque année ; la licité de l’alcool a recruté  quatre millions et demi de sujets « alcoolo-dépendants », parmi lesquels quelques centaines de milliers d’ «alcooliques», dont 49.000 d’entre eux en meurent chaque année. On est très au dessus des 3.500 morts annuels de la route, qui bénéficient eux d’une exceptionnelle attention des pouvoirs publics.

La toxicité physique du cannabis est supérieure à celle du tabac ; sa combustion produit 5 à 7 fois plus de goudrons qui sont cancérigènes pour la sphère O.R.L. et broncho pulmonaire ; il est la troisième cause de déclenchement d’infarctus du myocarde ; il est à l’origine d’artérites et d’accidents vasculaires cérébraux chez des sujets jeunes. Trois femmes sur quatre qui fument du cannabis sont incapables d’arrêter leur consommation en cas de grossesse. C’est alors pour le fœtus la triple peine : de l’oxyde de carbone qui trouble l’apport d’oxygène au fœtus, du THC, et d’une prématurité  avec une taille et un poids plus petits que ne le ferait une simple prématurité.

Il connaîtra ensuite un retard de son développement psychomoteur, un risque accru de mort subite « inexpliquée » ; dans l’enfance un risque accru d’hyperactivité avec déficit de l’attention ; et à l’adolescence une très grande vulnérabilité aux drogues et toxicomanies. Le mécanisme de cette vulnérabilité est élucidé, il correspond à un effet épigénétique développé par le THC. Cela correspond à une modification de l’expression de certains gènes, qui codent des récepteurs impliqués dans la sensation de plaisir.

Sa perception étant diminuée, le malheureux héritier de cette vulnérabilité, est incité à recourir à des drogues, à n’importe quelle drogue, pour rehausser le niveau du plaisir défaillant. « Les parents ont fumé le cannabis vert et leurs enfants en ont eu les neurones agacés » pourrait-on dire, en détournant une formule du livre d’Ezéchiel.

La toxicité psychique du cannabis / THC est encore plus importante. Elle l’emporte de très loin sur celle du tabac, mais aussi d’assez loin sur celle de l’alcool.

Le THC induit une ivresse incompatible avec la conduite des engins à moteur, au même niveau que l’alcool. L’association, non exceptionnelle, de ces deux drogues  multiplie par 14 le risque d’accidents mortels.

Le THC induit une désinhibition avec prise de risques, une éventuelle auto- ou une hétéro-agressivité. Il incite à des relations sexuelles parfois non consenties, souvent non protégées au plan contraceptif, mais aussi infectieux ( SIDA…)

Il perturbe la mémoire à court terme, sans laquelle ne peut se constituer une mémoire à long terme, une culture. Cela se traduit par les piètres performances des élèves Français au classement international PISA ; ils sont relégués au 27ième rang, alors que la France compte parmi les Etats qui consacrent le plus de moyens à l’éducation de sa jeunesse. L’éradication du cannabis de toute la sphère éducative ferait gagner, mécaniquement, au moins une quinzaine de rangs.

Après avoir été souvent perçu dans ses usages initiaux comme anxiolytique, le cannabis induit des états anxieux, et souvent même anxio-dépressifs avec, en embuscade, des risques suicidaires.

Il est devenu irréfragable que le cannabis a des relations étroites avec la schizophrénie ; la folie au sens commun du terme, affection fréquente, puisqu’elle affecte 1% de la population, dont on ne guérit pas. Ce risque est d’autant plus marqué que la consommation est plus précoce, plus durable et plus importante. Sur les 650.000 cas attendus en France, plus de 85.000 auraient été évités si le cannabis ne s’en était mêlé.

Les effets du cannabis diminuent au fil des usages. Son consommateur va en accroître et les doses et la fréquence des usages, puis il va recourir à d’autres drogues, sans abandonner le cannabis. Pire qu’une escalade, où l’on abandonne une prise pour en saisir une autre, il s’agit alors d’une polytoxicomanie, ce qui est devenu très commun.

Je synthétise et condense mon propos. Le cannabis est une drogue ; il est toxique pour le corps comme le tabac et l’alcool ; il est très délétère pour la grossesse et pour l’enfant qui en naîtra ; c’est un grand perturbateur du psychisme, à un niveau qui se situe au delà de celui de l’alcool. Ayant désormais une bonne connaissance des méfaits du tabac et de l’alcool, et constatant notre incapacité à s’en affranchir, qui peut imaginer en conscience de leur adjoindre le cannabis, ce qui aggraverait considérablement les désastres qu’ils causent. Halte au feu !

G.B. : Vous avez vu dans les projets de légalisation que des gardes fou ont été prévus, tels l’interdiction de la vente aux mineurs, le développement de campagnes de prévention, des garanties également sur la qualité des produits vendus par l’Etat.. Vous ne croyez pas en leur efficacité ?

 J.C. : Comment pourrais-je y croire, ayant sous les yeux, grandeur nature, les drames du tabac et de l’alcool. L’interdiction de la vente du tabac aux mineurs n’est pas respectée par une majorité des buralistes ;  le tabac au collège démarre dès la sixième ; les premières ivresses sont de plus en plus précoces et fréquentes, avec les « bitures expresses »/ alcoolisations aigües, les comas éthyliques.

Comment imaginer que cette légalisation permettrait des campagnes de prévention ? Quand le coup est parti rien ne l’arrête. C’est avant d’imaginer une éventuelle légalisation qu’il faut les faire. Sinon c’est mettre la charrue au devant des bœufs. La « prévention » en matière de tabac et d’alcool constitue, passez-moi l’expression, « un  bide exceptionnel » aussi, s’en prévaloir est d’une parfaite indécence !

Quant à la qualité des produits vendus par une régie d’Etat, tout donne à penser qu’ils seront boudés par les consommateurs ; les dealers ont encore de beaux jours devant eux. Ces produits d’Etat seront peu dosés en THC, pour tenter de « limiter la casse » ; bien moins dosés en tous cas que ceux qui prévalent aujourd’hui.

Leur teneur en THC de ces derniers, sous la pression des consommateurs, en une trentaine d’années, a été  multipliée d’un facteur 6,5.  Qui peut croire que les consommateurs sont prêts à revenir aux tisanes qui prévalaient il y a une trentaine d’années ?  Le cannabis d’Etat sera boudé aussi en raison de son prix élevé, à des fins de dissuasion et de rentrées fiscales.

Abandonnons les espoirs d’un arrêt du trafic, avec des dealers reconvertis dans l’éducation, la prévention, la vente de sorbets en période de canicule et de muguet au premier Mai. Si leur vente de cannabis venait à diminuer ils accroîtraient leurs ventes de crack, de coke, d’héroïne…. Oublions aussi une police et une gendarmerie dégagées de la traque aux dealers.

G.B. : Comment en est-on arrivés à ce niveau exceptionnel de consommation ? Quelles solutions préconisez-vous ?

 J.C. : Répondre à votre question revient à dessiner les moyens de sortir par le haut de ce grave problème et non par le fond, c’est-à-dire en mettant en oeuvre la vraie mauvaise idée d’une légalisation de cette drogue. On notera au passage que certains y voient un préalable à celle de toutes les autres drogues.

Le cannabis a été constamment banalisé ; les informations scientifiques  accumulées depuis la loi de 1970 qui prohibe cette drogue, vont toutes dans le sens de sa justification, invitant à l’appliquer sans faiblir, afin de protéger l’Homme et particulièrement les jeunes, plus vulnérables, sur lesquels elle s’est abattue. Des preuves multiples et convergentes de nature scientifique, médicale, clinique, épidémiologique se sont accumulées ; mais elles dérangeaient les militants de la légalisation ; elles devaient être fausses ; aussi ont-elles été dissimulées, déformées, contredites avec la plus parfaite mauvaise foi, raillées.

Par contre les broutilles, les anecdotes, qui servaient la cause de la légalisation, qui satisfaisaient les appétits de lucre des uns et l’addiction des autres ont été exaltées.  Ont été mis en exergue les Etats qui ont franchi le pas de la légalisation, en prenant garde d’évoquer ni les bilans ni dles marches arrière discrètes.

L’éducation Nationale consacre au mieux deux heures d’enseignement sur les drogues et toxicomanies. Elles sont souvent dispensées par des représentants de la police nationale  ou de la gendarmerie ; leur action doit être saluée mais, se limitant  au rappel de la loi, cela est très insuffisant. L’Observatoire Européen des drogues et toxicomanies (OEDT) vient d’ailleurs de décerner un carton rouge à la France pour son insuffisance criante en matière de prévention.

La Suède consacre à ce sujet une quarantaine d’heures réparties de la maternelle à l’Université. Sa législation prohibitive est voisine de la nôtre, mais elle est rigoureusement respectée. Aujourd’hui la Suède peut s’enorgueillir de compter (en proportion bien sûr) dix fois moins de toxicomanes que la moyenne européenne.

Des « personnalités », que les média ont promu diapasons et métronomes pour structurer l’évolution de notre société, annoncent depuis 20 ans l’imminence de la légalisation du cannabis, ce qui familiarise avec l’inimaginable.

Des addictologues, à contre emploi, incapables de sortir de cette toxicomanie ceux qui s’y sont fait prendre, apportent leur voix au chœur de la légalisation. Mus par des idéologies libertaires, ils imaginent que la légalisation de toutes les drogues, qu’ils prônent, fera de leur spécialité la première de toutes les spécialités médicales.

Informons, expliquons, justifions, faisons entendre notre opposition par nos arguments à ceux qui ont subverti l’opinion publique. Pourrissons la vie des dealers afin qu’ils ne puissent approcher nos jeunes. Touchons au porte monnaie les consommateurs, non pas par une simple amende en solde de tout compte, mais par la mise en place d’un « cannabis à points », comportant l’inscription de la contravention sur un document informatique qui sera consulté extemporanément lors de l’établissement d’une nouvelle contravention, dont le montant croîtra avec les récidives.

Pour la quatrième infraction le contrevenant devra suivre un stage payant l’informant  des sanctions supérieures et surtout des risques physiques et psychiques auxquels il s’expose ce stage sera conclu par un contrôle des connaissances acquises. Pour prévenir les récidives ultérieures serait mis en place un suivi par un médecin assermenté, qui comporterait pendant quelques années une recherche régulière des cannabinoïdes dans les urines..

 G.B. : Hors ces aspects sanitaires, quel est votre regard sous l’angle social et plus largement sociétal  :

 J.C. :  Notre Nation est engagée dans la mondialisation. Les Nations qui seront en situation favorable pour monter sur le podium de ces jeux olympiques de l’esprit, de l’intelligence, de la technique, des performances, seront celles qui sauront empêcher leurs jeunes de chausser les semelles de plomb du cannabis, la drogue de la crétinisation par excellence ; « la fumette ça rend bête, le chichon ça rend con », « pétard du matin poil dans la main, pétard du soir trou de mémoire ».

Quant à l’argument misérable selon lequel la légalisation du cannabis serait une manne budgétaire pour le budget de la Nation, il est fallacieux. C’est une vision biaisée,  à très court terme. Elle a aussi prévalue pour le tabac et l’alcool, dont on sait désormais qu’ils coûtent beaucoup plus chers à la Nation qu’ils ne  lui rapportent.

« Il n’est de richesse que d’Homme », ni shooté, ni camé, ni paumé !

La devise du Centre National de Prévention, d’Etudes et de Recherches sur les Toxicomanies que je préside depuis 10 ans  s’exprime : « S’il est important de se préoccuper de l’état de la planète que nous léguerons à nos enfants, il est encore plus important de nous préoccuper de l’état des enfants que nous léguerons à cette planète »

 

 

*Jean Costentin

Professeur émérite de l’université de Rouen

Docteur en médecine, pharmacien, docteur ès Sciences

Directeur de l’unité de neuropsychopharmacologie expérimentale, CNRS (1984-2008) ;

Directeur de l’unité de Neurobiologie clinique du CHU de Rouen (1999-2011) ;
Membre titulaire de l’académie nationale de Pharmacie ;

Membre titulaire de l’académie nationale de Médecine ;

Président (2018-2019) de l’académie des Sciences, Belles Lettres et Arts de Rouen ;

Président (depuis 2008) du centre national de prévention, d’études et de recherches sur les toxicomanies (CNPERT) ;

Président (1999-2000) de l’association française de Psychiatrie biologique ;

 

Auteur de :

« Halte au cannabis » Ed. Odile Jacob 2007 ;

« Pourquoi il ne faut pas dépénaliser l’usage du cannabis » Ed. O. Jacob 2013 ;

« Le désastre des toxicomanies en France » Ed. Docis 2018 ;

« Le cannabis – ses risques à l’adolescence » H. Chabrol, M. Choquet, J. Costentin Ed. Ellipses 2013 ;

« Le cannabis – ce qu’il faut retenir et faire savoir », J.-P. Goullé, P. Mura, J. Costentin  Ed. Lavoisier 2019 ;

« Dictionnaire critique du cannabis » J. Costentin, Ed. Docis  (sous presse)

« Chroniques sur les drogues et toxicomanie » J. Costentin (en cours de relecture)

 

 

 

 

Quand la consommation mondiale d’alcool s’affaiblit.

Photo : Vinexpo

Mais la bonne nouvelle pour les viticulteurs est que la premiumisation en est une conséquence directe.

Lorsque l’on interrogeait les producteurs de vins à Vinexpo Bordeaux 2019 en mai dernier, la réponse qui revenait systématiquement à la question : quels sont les challenges à relever aujourd’hui dans l’industrie des vins et spiritueux ? était celle de la consommation d’alcool qui chute. Préoccupant. Est-ce dû à un changement de mode vie des consommateurs, davantage axés sur une hygiène de vie dite healthy, où l’alcool n’a que peu de place ? Ou bien à un simple rejet de l’alcool par manque de connaissances sur les valeurs de cette industrie et sur la multiplicité de produits que peut offrir ce commerce ? Est-ce un changement sociétal et culturel à part entière ? Comment le mesure-t-on ?

La consommation mondiale de boissons alcoolisées s’amoindrit. Selon l’étude de l’institut IWSR (International Wine and Spirits Record), 27,8 milliards de caisses de boissons alcoolisées ont été consommées dans le monde en 2017. Au cours des cinq dernières années, la consommation a chuté à un taux annuel de 0,35% par an. Alors même que sur la même période la population mondiale a connu une croissance de 1,15 % par an. Ainsi, la consommation d’alcool par habitant a atteint un taux de 1,48 % par an, passant de 35,2 litres en 2013 à 33,2 litres en 2017.

Consommation mondiale par habitant de boissons alcoolisées

La santé et le bien-être modifient le paysage de la consommation mondiale d’alcool ….

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