Facebook détecte les potentiels dealers de drogue grâce à l’IA

Par Thibaut Popelier Le 18 novembre 2018

facebook piratage
Même s’il est, par principe, impossible de « modérer Internet », les réseaux sociaux comptent bien lutter contre le crime et les addictions. C’est par exemple le cas de Facebook qui a développé une intelligence artificielle pour s’attaquer aux dealers de drogue.

Cette IA peut donc repérer les images liées à la drogue qui ont été postées par des utilisateurs.

L’intelligence artificielle contre le crime

Cette technique permet de les détecter avant même qu’elles ne soient signalées par d’autres internautes comme étant du contenu inapproprié. La nouvelle manière procéder permettra notamment aux modérateurs humains de se consacrer à d’autres tâches, comme trouver des pages, des groupes ou encore des hashtags en rapport avec la drogue.

Kevin Martin, en charge de la politique publique américaine chez Facebook, a expliqué le fonctionnement de cette intelligence artificielle : « Notre technologie peut détecter du contenu comme des images en rapport avec la drogue et les tentatives de vendre cette drogue avec des informations telles que des prix, des numéros de téléphone ou des identifiants pour d’autres réseaux sociaux ».

Une solution contre la crise américaine des opioïdes ?

Dans le même temps, Facebook a rejoint Twitter et Google dans le but de former une coalition nommée « Tech Together ». Elle aura pour but de lutter contre la crise liée à l’addiction aux opioïdes (substances psychotropes comme l’héroïne par exemple), qui toucherait plus de deux millions d’américains à l’heure actuelle. D’après les autorités, ces addictions auraient causé la mort de plus de 49 000 citoyens américains l’année dernière.

D’après Kevin Martin, les plus gros acteurs d’internet, tels que Facebook et Google, travailleront ensemble pour offrir les ressources nécessaires afin d’aider les personnes victimes des différentes addictions liées à la drogue. Une tâche qui semble presque impossible…

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Paris : un nouveau décès près de la salle de shoot

Cécile Beaulieu|16 novembre 2018
Un homme a trouvé la mort, ce jeudi, rue Ambroise-Paré (Xe). A côté de la salle de shoot. DR

Ce jeudi, un homme a trouvé la mort près de la salle de consommation de drogue, rue Ambroise-Paré (Xe). Il s’agirait du troisième décès ces deux dernières années.

« C’est le mort de trop. Nous savons tous que cette sanisette est une salle de shoot bis ». Rue Ambroise-Paré (Xe), où est installée depuis deux ans la salle de consommation à moindre risque (SCMR), le constat est le même, d’immeuble en immeuble.

Le décès, ce jeudi, d’un homme de 37 ans devant les toilettes publiques ne fait que rendre plus tendue encore la situation.

De sources judiciaires, une enquête pour « recherche des causes de la mort » est diligentée, mais il est évident que le lieu et les circonstances de son décès posent une multitude de questions, dans un secteur où les habitants dénoncent sans relâche les scènes ouvertes de toxicomanie et la dégradation de leurs conditions de vie : « Notamment l’utilisation des toilettes comme lieu d’injection, souligne une riveraine. Les gens font même la queue, chaque jour, pour s’y injecter. »

L’homme décédé ce jeudi a été retrouvé en possession d’un passeport suédois, d’un kit d’injection et d’un pochon contenant du crack. Il « n’était pas inscrit à la salle de consommation » du Xearrondissement, où plus de 1100 personnes sont enregistrées, tient toutefois à préciser la Ville.

« Je ne me voile pas la face, assène de son côté Alexandra Cordebard, la maire (PS) du Xe. Je voudrais que ces toilettes soient fermées, définitivement. Mais plus encore, que les horaires de la salle de consommation soient étendus à la matinée, alors qu’elle n’ouvre qu’à 13 heures. J’ai parfaitement conscience du mal-être des personnes qui vivent là, et je compte bien obtenir les crédits nécessaires à l’extension des horaires de la SCMR. La salle joue son rôle sanitaire, et il ne faudrait pas que l’impression inverse domine ».

Mais, dans le quartier Lariboisière, colère et lassitude dominent. « Nous venons, nous et nos enfants, d’assister au troisième décès sous nos fenêtres », s’agace Pierre (*), habitant du quartier depuis 15 ans. « Avant, les toxicomanes étaient là, mais ils faisaient partie de notre environnement. On les connaissait. Depuis l’installation de la salle et le démantèlement de la colline du crack (XVIIIe), il y a eu un véritable appel d’air, on découvre des gens qui arrivent de partout. Très agressifs, pas du tout enclins à partager notre vie. Bref, des tox très durs. On est démunis… Et changer les horaires de la salle, franchement, ça reviendrait à valider les problèmes plus qu’à les résoudre ».

En juillet dernier, un homme d’une quarantaine d’années avait déjà été découvert sans vie, au pied du 9, rue Ambroise-Paré. Et quelques jours seulement après l’installation de la salle en 2016, un homme serait également mort d’overdose. Jamais les enquêtes n’ont été rendues publiques.

La Ville de Paris réfléchit actuellement à l’installation d’une deuxième salle de shoot dans le nord-est parisien, ainsi qu’à la mise en place d’un bus itinérant qui permettrait d’assurer la prise en charge médicale des toxicomanes et de les accompagner dans un parcours de réinsertion.

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Fumer du cannabis entraîne de plus en plus de graves complications

Les morts impliquant le cannabis ont augmenté ces dernières années. Selon une enquête, les hommes trentenaires sont les principaux exposés.

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Publié le  Le Point.fr
Dans cette étude, l’usage du cannabis était « à visée autothérapeutique », notamment anxiolytique, sédative et hypnotique, pour plus d’un patient sur cinq.
Le nombre de notifications de problèmes de santé et de décès liés au cannabis et aux cannabinoïdes a augmenté en France entre 2012 et 2017. Les données présentées au Comité scientifique spécialisé temporaire sur le cannabis thérapeutique devraient inciter à la prudence. Ce comité a été créé en septembre par l’Agence nationale de sécurité sanitaire du médicament et des produits de santé pour juger de la pertinence et de la faisabilité de la mise à disposition du cannabis à visée thérapeutique dans notre pays.
Il a récemment recueilli le point de vue des professionnels de santé et a examiné des données de vigilance afin d’évaluer les éventuels risques.

Le Dr Émilie Bouquet, du Centre d’évaluation et d’information sur les pharmacodépendances et addicto-vigilance du CHU de Poitiers, a présenté les résultats d’une enquête nationale menée dans 13 centres français. L’analyse a porté sur 2 217 notifications de vigilance impliquant du cannabis seul ou en association à de l’alcool et/ou du tabac entre 2012 et 2017.

« Le nombre de cas avec du cannabis a triplé, passant de 179 en 2012 à 562 en 2017, quand le nombre global des notifications doublait, passant de 2 833 à 5 560 cas », a-t-elle précisé.

Les trentenaires les plus touchés

Globalement, les hommes trentenaires sont les principaux concernés, avec le plus souvent une exposition chronique ainsi qu’une consommation fréquente de tabac, voire d’alcool. Pour plus d’un patient sur cinq, l’usage de cannabis était « à visée autothérapeutique », notamment anxiolytique, sédative et hypnotique. Les complications rapportées étaient psychiatriques dans plus de la moitié des cas, avec une dépendance et/ou une demande de sevrage (35 %), devançant largement les troubles psychotiques, une agressivité, une impulsivité et/ou de la violence ainsi que des manifestations anxieuses, dépressives, voire des idées suicidaires. Selon le Dr Bouquet, des antécédents psychiatriques étaient retrouvés chez la moitié des personnes concernées.

Mais les problèmes ne s’arrêtent pas là. Les notifications font état de problèmes neurologiques dans 15,6 % de cas, touchant surtout les âges extrêmes. Il s’agit principalement de troubles de la conscience, de la mémoire, des fonctions cognitives et de la concentration, d’accidents vasculaires cérébraux ainsi que de convulsions et d’épilepsie. Les complications gastro-intestinales concernent 7,8 % des personnes (essentiellement des nausées et des vomissements, ainsi que des douleurs abdominales). Quant aux troubles cardiaques, retrouvés dans 7,7 % des cas, ils prennent en général la forme de tachycardie, de palpitations et parfois d’infarctus.

Plus d’une centaine de décès

Toujours selon le Dr Bouquet, les morts impliquant le cannabis ont augmenté entre 2012 et 2016. Sur cette période, la spécialiste dénombre 131 décès directs, dont 62 liés au seul cannabis, et 136 décès indirects, dont 73 avec cette unique drogue. Entre 2012 et 2017, 16 décès ont été notifiés spontanément, impliquant le cannabis seul ou en association avec le tabac et/ou l’alcool, hors drames.

Dans le cadre de l’évaluation d’une mise à disposition du cannabis à visée thérapeutique et de spécialités à base de cannabinoïdes, Émilie Bouquet estime donc qu’il faut « impérativement tenir compte de ce risque de complications rares mais graves pour les éventuels futurs patients exposés, maintenir la vigilance, poursuivre la recherche sur la sécurité d’emploi et former/informer les professionnels de santé amenés à prescrire, délivrer et administrer ces produits ».

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Cannabis. À quels risques s’exposent les fumeurs ?

Que provoque le cannabis sur le corps ? Sur le cerveau ? Les jeunes sont-ils plus exposés que les autres ? Que cherche-t-on quand on fume ? (photo d'illustration)
Que provoque le cannabis sur le corps ? Sur le cerveau ? Les jeunes sont-ils plus exposés que les autres ? Que cherche-t-on quand on fume ? (photo d’illustration) | FOTOLIA

Outre les risques physiques, connus, le cannabis perturbe le fonctionnement du cerveau, et particulièrement chez les jeunes. Certains pensent aussi que fumer du cannabis aide à dépasser sa timidité ou apaiser sa colère. Un piège. Décryptage avec deux spécialistes.

Que provoque le cannabis sur le corps ? Sur le cerveau ? Génère-t-il des addictions ? Les jeunes sont-ils plus exposés que les autres ? Que cherche-t-on quand on fume ? Deux spécialistes de l’addiction répondent à ces questions.

Quels risques physiques génèrent le cannabis ?

On connaît les risques liés à la combustion : cancer, risques pulmonaires. Mais il y a aussi ceux liés aux substances avec lesquelles le cannabis est coupé. Par exemple « du cirage ou du caoutchouc », prévient Jean-Pierre Couteron, porte-parole de la fédération Addiction. Il est aussi psychologue dans une consultation jeunes consommateurs (CJC) à Boulogne-Billancourt.

Des risques cognitifs ?

Le cannabis perturbe aussi le fonctionnement du cerveau : mémoire, attention, concentration, ce qui ne facilite pas la scolarité. Les jeunes, dont le cerveau est en pleine maturation, sont les plus exposés. « Le cerveau sera perturbé au-delà de la période de consommation »« Alcool, cannabis, tabac sont beaucoup plus dangereux à ces âges-là, précise le Pr Reynaud, psychiatre addictologue et président du Fonds action, à l’origine du site addictaide.fr. Tout l’enjeu est, au moins, de repousser la consommation après 18 ans. Les risques encourus diminuent alors de trois quarts. »

Les conséquences peuvent être plus graves chez les très gros consommateurs ou ceux qui fument un cannabis très concentré en THC : « Il y a des risques d’épisodes délirants, hallucinations, troubles du comportement, dit le Pr Reynaud. Enfin, on sait maintenant que le cannabis peut induire des schizophrénies (cela reste rare et essentiellement chez des personnes prédisposées) et aggrave indiscutablement les états psychotiques et les pathologies psychiatriques. »

Des conséquences « psycho-sociales » ?

Le cannabis altère aussi les apprentissages, les « compétences psycho-sociales », prévient Jean-Pierre Couteron. « Des trucs tout bêtes : gérer son stress, sa colère, sa timidité. Ces compétences, que l’on apprend à un enfant, sont remises en jeu à l’adolescence. Si vous êtes un peu timide, angoissé, vous pouvez vous piéger à confier ce malaise à un produit ». Danger ! « Il donne l’impression que le problème n’existe plus, alors qu’en réalité, on n’a pas acquis la capacité à le résoudre… »

Y a-t-il des risques d’addiction ?

Oui, même s’ils sont moindres que l’alcool. « On considère que 5 à 10 % des consommateurs en général deviennent dépendants », dit Michel Reynaud. Mais ces risques sont plus élevés chez les jeunes. 24,9 % des jeunes de 17 ans qui ont consommé dans l’année du cannabis présente un risque élevé d’usage problématique ou de dépendance, selon l’Observatoire français des drogues et toxicomanies.

Les dispositifs de prise en charge sont-ils suffisants ?

Il existe des consultations pour les jeunes consommateurs (CJC) dans la plupart des villes. « Mais les structures existantes sont très en dessous des besoins, pointe le Pr Reynaud. Cela rend l’accès aux soins difficile. Enfin, la pédopsychiatrie en France est en grande souffrance, en raison du manque de médecins. »

Les parents d’adolescents ont du mal à trouver des réponses aux situations qu’ils rencontrent. Il faut des mois d’attente pour une consultation.

Par ailleurs, toutes les consultations jeunes consommateurs n’ont pas la même approche. Certains considèrent que le jeune doit d’abord être demandeur. « Moi, je pense qu’il ne faut pas attendre, dit Jean-Pierre Couteron. Je consacre une partie de mon temps à travailler avec les parents dont les enfants ne veulent pas venir consulter. On réfléchit ensemble à la manière de les faire bouger. »

Soigner une addiction ne peut-il passer que par la volonté du patient ?

Dans neuf cas sur dix, contraindre quelqu’un à se soigner ne mènera à rien. Dès que le traitement sera terminé, la personne se remettra à consommer. « C’est pour cette raison que les psychiatres sont souvent réticents à hospitaliser sous contrainte des personnes dont le problème principal est la consommation de psychotropes. Le patient doit accepter de faire une part du chemin. S’il ne veut pas du tout, les proches et nous-mêmes sommes en grande difficulté », dit le Pr Reynaud.

Fumer du cannabis ouvre-t-il la porte à une escalade vers des drogues plus dures ?

Il n’y a pas de preuve de la théorie de l’escalade. Au départ, les jeunes commencent par fumer du tabac et tous les toxicomanes sont ou ont été fumeurs. Et parmi ceux qui se mettent à fumer du cannabis, « seule une petite partie passera à d’autres produits et à une consommation problématique. Mais quand ça arrive, c’est un drame pour les parents et les enfants », dit le Pr Reynaud.

Que cherche-t-on dans les drogues ?

Un plaisir ou un apaisement à des difficultés sociales, psychologiques. « Toutes les addictions sont un plaisir qui a mal tourné », dit le Pr Reynaud.

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Chez les consommateurs de cannabis – 11/11/18

Pneumothorax spontané et emphysème pulmonaire 

Introduction

Si les complications pulmonaires du tabagisme sont bien connues, celles liées à l’usage du cannabis le sont moins.

Objectifs

Revue systématique sur les données concernant le pneumothorax spontané (PS) et l’emphysème pulmonaire chez les consommateurs de cannabis.

Sources documentaires

Medline sur la période 1980–2018 avec pour mots-clés : cannabis ou marijuana et pneumothorax ou emphysema (limites « Title/Abstract »). Parmi 97 articles, 42 résumés sélectionnés ont donné lieu à une double lecture aboutissant à retenir 20 études.

Résultats

Seize rapports de cas (8 avec PS) retrouvaient des bulles des lobes supérieurs chez les fumeurs mixtes (FM) de cannabis et tabac et chez les 2 fumeurs exclusifs de cannabis (FEC). Le risque de PS était accru chez les FM, mais pas chez les FEC. Chez des patients âgés de moins de 35 ans ayant un PS, l’incidence des bulles à la tomodensitométrie (TDM) thoracique était plus élevée chez les FM que chez les fumeurs exclusifs de tabac (FET). La TDM thoracique des patients ayant un PS ne montrait pas de différence significative concernant la prévalence, la localisation et le type d’emphysème entre les FM et les FET. La proportion de zones avec diminution de la densité pulmonaire était plus importante chez les FM que chez les non-fumeurs (NF), mais similaire chez les FET et les NF.

Conclusion

Les résultats suggèrent un effet toxique cumulatif du tabac et du cannabis sur le risque de PS et d’emphysème pulmonaire.

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« Le désastre des toxicomanies en France » par le Pr Jean Costentin

Présentation du dernier livre du Pr Jean Costentin : «  » – Editions Docis – par le Pr Jean-Pierre Goullé

Le dernier ouvrage du Pr Jean Costentin, intitulé « Le désastre des toxicomanies en France » est le cinquième d’une longue série consacrée aux toxicomanies, dont le premier « Halte au cannabis », a été publié il y a 12 ans. Comme les précédents, ce livre est le témoin d’un engagement de tous les instants, depuis plus de 20 ans, motivé par son farouche combat contre toutes les toxicomanies.

Rappelons à cet égard que Jean Costentin préside le Centre national de prévention d’études et de recherches sur les toxicomanies. Cet ouvrage qui comporte 365 pages, est un long cri de colère contre leurs méfaits, qu’elles soient licites, alcool et tabac ; ou illicites, cannabis en premier lieu. Il lutte également avec force, comme il le dit si bien, contre des idées qui prospèrent, entretenues par les médias, avec duplicité, à laisser se développer les toxicomanies et ses conséquences catastrophiques pour la santé publique.

Il s’agit d’un livre, fort bien écrit, au style alerte, riche de très nombreuses informations, destiné aussi bien aux professionnels de santé, qu’au grand public, parents, enseignants, éducateurs, mais aussi aux adolescents, tant il se lit avec une facilité déconcertante.

Dans son préambule, l’auteur cite ce qu’écrivait à propos des drogues illicites, il y a tout juste 30 ans le Pr Pierre Deniker :
« Du point de vue médical et sanitaire, il n’est pas question d’accepter le développement d’un mal nouveau, sous prétexte qu’il ressemble à celui que nous connaissons déjà. Les dégâts produits par l’alcoolisme et le tabagisme ne nous disposent pas, au contraire à subir passivement ceux des toxicomanies. Il ne s’agit pas de choisir entre la peste et le choléra qui sont déjà là. Il s’agit bien d’empêcher une troisième épidémie, sorte de lèpre… ».

Dans une première partie, il traite successivement des généralités sur les drogues, les toxicomanies et les addictions, avec des chapitres spécifiques sur le tabac, l’alcool, le cannabis, la cocaïne, les amphétamines, les opioïdes, sans oublier toutes les nouvelles drogues de synthèse dont le nombre ne cesse de croître, ni les médicaments détournés de leurs indications thérapeutiques. Il démonte également les circuits d’une activité particulièrement lucrative et les profits considérables engrangés par ce commerce.

Au-delà des 130 000 vies perdues chaque année, il rappelle les chiffres abyssaux de leur coût annuel pour la Nation, estimé à 250 milliards d’euros. Il s’oppose avec véhémence aux salles de shoot et fut l’un des premiers à dénoncer le détournement d’usage du Subutex®.

Quant à ce que l’on appelle improprement le « cannabis thérapeutique » souhaité par certains, alors que nous disposons de molécules plus actives dans chacune de ses indications ; il fustige cette démarche dont l’objet hypocrite est en réalité la légalisation de l’usage récréatif, sur le mode de ce qui a été fait dans d’autres pays.

Il accuse les graves insuffisances des plans gouvernementaux dans ce domaine, ainsi que les organismes officiels, pour les carences coupables dont ils ont fait preuve au cours des deux dernières décennies et qui portent comme il le dit, la mémoire, l’empreinte digitale du désastre de ces toxicomanies.

Face à ce terrible constat, mais sans concession, Jean Costentin évoque les différentes pistes qui s’offrent à nous pour sortir du gouffre, comme il le dit très bien. Il prend pour modèle la Suède, qui confrontée à ce problème par le passé, a réussi à résoudre sa crise par l’éducation, la pédagogie et l’enseignement.

Ces piliers, constituent donc pour lui les bases essentielles de la lutte contre ces toxicomanies. Le rapport 2017 de l’Observatoire européen des drogues et toxicomanies, qui du fait de l’absence d’information et de prévention dans les programmes éducatifs, décerne dans ces domaines un carton rouge à la France, semble donner raison au Pr Costentin.

Le lecteur trouvera en fin d’ouvrage, divers documents annexés, pour l’essentiel des échanges de correspondances et des commentaires très intéressants, qui l’enrichissent considérablement.
Ce livre doit trouver sa place dans toutes les bibliothèques familiales, tant il est à la portée de tous.

Disponible chez :

Les femmes auraient plus de risques que les hommes d’être accro au cannabis

Une étude italienne affirme que les femmes ont plus de risques de développer une dépendance au cannabis que les hommes, bien que ces derniers en consomment plus et plus régulièrement. L’hormone sexuelle féminine serait responsable.

Les débats sur le cannabis vont bon train depuis maintenant plusieurs années. Ses vertus thérapeutiques contre certaines maladies ont poussé des gouvernements à sa légalisation (contrôlée, dans la plupart des cas), mais il ne faut pas minimiser la dépendance qu’il peut générer chez les consommateurs, et les femmes sont les premières concernées. C’est en effet ce qu’avance le Conseil national de la recherche d’Italie : bien que les hommes aient 4 fois de chances d’essayer le cannabis et consomment des quantités plus importantes plus fréquemment, ce sont les femmes qui ont le plus de risques de devenir dépendantes à cause de l’œstrogène, l’hormone sexuelle féminine. Elles sont biologiquement plus sensibles aux effets de la drogue et à la diffusion de la dopamine dans le cerveau, qui crée instantanément du plaisir. « Le cannabis est la drogue illicite la plus consommée au monde, explique le Dr Liana Fattore, auteure de l’étude. Bien qu’il soit associé à des effets négatifs sur la santé, y compris le risque de développer une addiction, le cannabis médical et récréatif est de plus en plus légalisé. De plus, le cannabis synthétique [plus puissant que le cannabis mais qui en imite les effets, et jugé impropre à la consommation, NDLR] gagne en popularité et est associé à des vagues d’intoxications et à des décès occasionnels. Identifier les facteurs qu’impliquent la consommation de cannabis et l’addiction devient alors essentiel ».

10% des consommateurs deviennent accro

Si la raison exacte qui explique la plus grande « sensibilité » des femmes n’est pas connue, les scientifiques sont certains que le sexe joue un rôle majeur dans la régulation des cannabinoïdes, les substances chimiques qui activent les récepteurs cannabis présents dans le corps humain et chez les mammifères. « Des études sur les animaux suggèrent que les mécanismes endogènes [c’est-à-dire produits par le corps lui-même, comme l’œstrogène, NDLR] sont à l’origine de la sensibilité face aux cannabinoïdes.

Chez les rats, l’hormone féminine baptisée œstradiol impacte sur le contrôle des mouvements, le comportement social et la filtration de l’information sensorielle dans le cerveau – des aspects concernés par la consommation de drogue – en modulant le système endocannabinoïde. En retour, ce système influence la production d’œstradiol », poursuit le Dr Fattore.

Selon les chiffres du NHS, le système de santé publique britannique, 10% des consommateurs de cannabis deviennent dépendants, le risque étant accru si l’on commence durant sa jeunesse ou si l’on en prend tous les jours. Sans compter une potentielle dépendance au tabac, souvent associé à la drogue. Le mieux, c’est encore de ne jamais essayer…

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Dopage en entreprise : quand les salariés se droguent pour «tenir»

Dans un ouvrage paru aux éditions Erès, trois chercheurs se penchent sur le phénomène du dopage en entreprise. Récompensé par le prix RH 2018, Se doper pour travailler soulève les raisons profondes qui poussent certains salariés à l’addiction.

C’est un fléau dont le sport n’a pas fini d’entendre parler. Malgré les techniques de plus en plus poussées des systèmes de dépistage, le dopage continue de sévir auprès de certains athlètes désireux de décupler leur performance pour décrocher les trophées. Mais ils ne sont pas les seuls. Loin des terrains de tennis ou des pistes d’athlétisme, dans les buildings de verre parsemés d’open space, le dopage aussi a trouvé sa place. Sous des formes différentes. Psychotropes, cigarettes, cafés ou longues lignes blanches rythment la vie de certains salariés et leur permettent de «tenir». Et bien souvent dans l’indifférence générale. Voire dans l’auto-acceptation.

C’est à ce sujet délicat que trois intellectuels et professionnels du sujet ont choisi de s’attaquer l’année dernière. Avec succès, puisque leur essai baptisé Se doper pour travailler, paru aux éditions Erès, vient de recevoir le prix du livre RH 2018. Décerné par Science Po, le cabinet Syntec Recrutement et Le Monde, le prix RH récompense les ouvrages s’attaquant à des sujets pointus liés aux mutations que traverse le monde du travail. Se doper pour travailler est le résultat d’un travail de longue haleine mené par trois chercheurs, Renaud Crespin (CNRS), Dominique Lhuilier (Cnam) et Glady Lutz, docteur en psychologie du travail.

Remise en cause de «consommer moins c’est mieux»

«On s’est dit qu’il était temps d’aller voir sur le terrain ce qu’il en est aujourd’hui de ses consommations», explique l’un d’eux. Loin du cliché traditionnel de l’ouvrier alcoolique ou du publicitaire coké, le dopage quotidien, «très fréquent» selon les auteurs, ne serait pas réservé à une catégorie socio-professionnelle ni à un secteur d’activité particulier. Mais c’est surtout contre le discours de prévention officiel, qui vise à prévenir, détecter et sanctionner, sans se soucier des réalités, que les trois chercheurs ont dressé leur minutieuse étude. «Il y a un décalage entre l’adage préventif «consommer moins c’est mieux» et les pratiques réelles. Au cours de nos recherches nous avons pu constater que ces substances étaient au contraire utilisées comme un outil de régulation, pour tenir, se calmer, récupérer ou se stimuler».

Se transformer plutôt que de transformer sa situation professionnelle

Bref, loin de provoquer des comportements déviants, l’utilisation de drogues permettrait de conserver une santé apparente et une certaine sécurité. Par l’addiction, les salariés se préserveraient même d’autres risques liés au travail: surmenage, burn-out, déclassement… En cause, une réalité de plus en plus pénible ou difficile, que ces drogues permettraient d’affronter. C’est donc l’ensemble d’un système, basé sur la pression, où les salariés ne sont parfois que des variables tenues de rentrer dans des moules informes, qui est pointé du doigt par cet ouvrage. «Parfois les salariés n’arrivent plus à transformer les situations de travail. Ils pensent alors que c’est en se transformant eux-mêmes qu’ils arriveront, en étant plus rapides, plus détendus, plus ouverts dans la relation client, plus productifs, plus plus plus, toujours plus. Logique puisque c’est grosso-modo ce qu’on attend des salariés aujourd’hui», explique Dominique Lhuillier sur le site Mode(s) d’emploi.

D’où les limites du discours de lutte contre les addictions et prises de drogues en entreprises. S’attaquer aux salariés sans parler du problème dans son ensemble revient à ignorer les causes tout en voulant lutter contre les effets. Autrement dit, retirer l’addiction sans modifier le contexte qui a poussé le salarié à cette addiction c’est le priver de son principal carburant face à une course tout aussi difficile. On comprend mieux dès lors pourquoi les trois chercheurs ont titré leur ouvrage «se doper pour travailler» et non «se droguer pour travailler», d’apparence synonymes. Dans le monde compétition qu’est l’entreprise, comme dans le sport, les drogues ne correspondent pas à un objectif récréatif pur, mais bel et bien de performance ou de compensation d’une pénibilité profonde liée à leur effort.

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