Cannabis : plus de suicides recensés chez les jeunes qui en consomment

La consommation de cannabis chez les jeunes a été associée à un plus fort risque de dépression et de suicide. La dépendance est ici analysée comme un élément déclencheur du mal-être, et non comme la conséquence.

Cannabis : plus de suicides recensés chez les jeunes qui en consommentKATARZYNABIALASIEWICZ / ISTOCK.

La consommation de cannabis chez les adolescents a été associée à un risque accru de dépression et de comportement suicidaire chez les jeunes adultes, selon une méta-analyse publiée dans la revue JAMA Psychiatry.

Ces conclusions ont été tirées sur la base de plusieurs études, comprenant au total    23 317 personnes. Les chercheurs ont analysé le risque de dépression, d’anxiété, d’idées suicidaires et de tentatives de suicide en fonction de la consommation de cannabis.

« Nous avons été assez surpris des taux de suicide »

« L’étude indique que le diagnostic de dépression chez environ 7% des Canadiens et des Américains âgés de 18 à 30 ans est attribuable au cannabis, ce qui signifie que    25 000 jeunes Canadiens et 400 000 jeunes Américains souffrent de dépression en raison d’une consommation antérieure de cannabis« , affirme le Dr Nancy Mayo, co-auteure de l’étude, par ailleurs professeure de physiothérapie et d’ergothérapie.

Si les scientifiques ont fait état d’une association plutôt faible avec l’anxiété, ils ont été surpris par les taux de suicide. « Lorsque nous avons commencé cette étude, nous nous attendions à ce que la dépression soit un facteur attribuable à la consommation de cannabis, mais nous avons été assez surpris des taux de suicide. En effet, un pourcentage important des tentatives de suicide est attribuable au cannabis« , écrivent-ils. « Nous espérons que ces résultats inciteront les organismes de santé publique à appliquer des stratégies préventives pour réduire la consommation de cannabis chez les jeunes », ajoutent-ils.

Les plus gros consommateurs de cannabis en Europe

Les jeunes Français sont les plus gros consommateurs de cannabis en Europe, 21,5% des 16-34 ans ayant déjà essayé. Selon une étude de l’Ifop publiée le 11 juin dernier, « les positions en faveur d’une régulation du marché du cannabis par l’État se situent désormais autour de 50% de la population ».

Le suicide, est, en parallèle, la deuxième cause de mortalité chez les 15-24 ans, juste après les accidents de la route. Malgré une baisse de 26% du taux de suicide entre 2003 et 2014, la France présente, au sein des pays européens, un des taux de suicide les plus élevés derrière les pays de l’Est, la Finlande et la Belgique.

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Peut-on mieux protéger les adolescents contre les addictions ? (Le Figaro)

07/01/2019

355 morts par jour ; un coût direct de 22 milliards d’euros, soit 1,1 % du PIB ; un coût social annuel évalué à près de 250 milliards d’euros : la consommation de drogues – licites et illicites – a atteint en France un niveau d’autant plus alarmant que l’entrée en addiction commence de plus en plus tôt !

Champions d’Europe

À dix-sept ans, plus de 90 % des jeunes français ont déjà expérimenté une boisson alcoolique, 59 % ont déjà été ivres ; quatre jeunes sur dix déclarent avoir déjà consommé du cannabis au point, pour près de 10 % d’entre eux, de devenir dépendants avec aussi une nette tendance à consommer plusieurs substances en même temps… et de plus en plus tôt : en troisième, la moitié des élèves fument du tabac et un quart a expérimenté le cannabis ; en sixième, la moitié d’entre eux a déjà expérimenté l’alcool…

Or, aucun adolescent n’est à l’abri ; tous les milieux socio-économiques sont touchés, et les filles sont en train de rattraper les garçons ! Résultat : alors que se confirme une tendance générale à la baisse de consommation de tabac et d’alcool chez les collégiens partout en Europe*, nos adolescents sont toujours parmi les plus gros fumeurs et les plus gros buveurs.

Certes, entre 2014 et 2017, l’expérimentation du cannabis a régressé de près de 10 % en moyenne, mais sa consommation régulière (plus de dix fois par mois) de 2 % à peine ; surtout, la dépendance est de plus en plus fréquente, avec de graves conséquences en termes de santé physique et psychique à un âge particulièrement sensible.

Or, les empreintes précoces forgent l’accoutumance : plus durable est la consommation, plus l’abstinence est difficile et plus lourd le tribut payé à ces substances toxiques. Les examens de neuro-imagerie montrent des fonctions cérébrales altérées, et, plus la consommation débute jeune, plus le risque de troubles psychiques et de difficultés d’apprentissage s’avère important.

Notre vingt-sixième place en queue du Programme international pour le suivi des acquis des élèves (PISA), le classement annuel des performances éducatives des pays développés, n’est sans doute pas étrangère à ce triste record, de même que le nombre encore trop souvent inexpliqué d’accidents mortels sur la route et sur la voie publique …

Déjouer le piège 

L’adolescence est une période de transgression et de nouvelles expérimentations, mais souvent en toute naïveté et par seul goût du risque … La première cigarette, la première dose, le premier joint, le premier cachet, c’est gratuit et proposé par un type sympa à la sortie du collège ; présenté comme un produit naturel, ce n’est pas dangereux ! Et puis, tout le monde en prend… L’engrenage s’enclenche en douceur, au point d’oublier que c’est toujours illégal et passible de lourdes amendes, voire de peines d’emprisonnement.

Proposer, même gratuitement, des stupéfiants, c’est jusqu’à cinq ans d’emprisonnement et soixante-quinze mille euros d’amende, et sept ans d’emprisonnement et cent-cinquante mille euros d’amende à proximité d’un établissement scolaire. Depuis fin novembre 2018, le simple usage de
drogue illicite est passible d’une amende de 200 euros… Un petit rappel à la loi ne serait pas inutile…

Mais, les parents sont-ils suffisamment vigilants ? Sont-ils seulement informés des signes d’alerte ? Des changements brutaux d’amis, de tenue vestimentaire et de comportement ; des résultats scolaires en chute libre ; des demandes de rallonges d’argent de poche de plus en plus pressantes…  quitte même à en arriver à voler !  Trop d’ados se laissent tenter sans savoir pourquoi ; ils n’ont pas de projets, ils ne font pas sport ou d’autres activités, ils ne se sentent pas bien dans leur peau ni dans leur environnement.

S’il est difficile d’éviter à cet âge les prises de risque, les parents peuvent limiter les dégâts en faisant sentir qu’ils sont là, prêts à parler et à aider sans culpabilisation ni intrusion… Mais surtout en veillant à ne pas donner eux-mêmes le mauvais exemple. Et si une aide extérieure s’avère nécessaire, une consultation chez un médecin s’impose, ne serait-ce que pour faire le point.

Une priorité nationale ?

Notre jeunesse qui fume trop, boit trop, se drogue, passe pour le mouton noir de l’Europe. A qui la faute ?  Notre politique en matière de prévention est-elle à la hauteur ? Certes, tous les acteurs concernés – l’Éducation nationale, la santé, la justice, l’agriculture – sont mobilisés autour des grands chantiers de la Mission interministérielle de lutte contre les drogues et conduites addictives (MILDECA).

Mais, L’Observatoire européen des drogues et toxicomanies (OEDT) ne manque pas une occasion de nous rappeler que l’information et la prévention doivent être intégrés dans les programmes scolaires dès l’école primaire avec un encadrement suffisamment formé pour que les parents ne se retrouvent pas désarmés devant l’adolescent qu’ils n’ont pas appris à protéger dès son plus jeune âge…

Au-delà des traditionnels programmes interministériels et autres plans gouvernementaux, il est temps d’agir sur le terrain, au plus près des jeunes. Le nouveau service national devrait permettre d’établir un contact avec des professionnels de santé motivés ; mettons aussi à profit l’engouement des adolescents pour les réseaux sociaux afin de les encourager à témoigner, partager et mieux s’informer avec les mots et les codes de leur âge.

Pr Jean-Pierre GOULLÉ, Toxicologue, Membre de l’Académie nationale de Pharmacie

* Health Behavior in School-aged Chlidren (HBSC) et European School Project on Alcohol and other Drugs (ESPAD) (enquêtes réalisées tous les quatre ans auprès des jeunes européens de 11 à 16 ans). Enquête sur la Santé et les Consommations lors de l’Appel de Préparation A la Défense (ESCAPAD) (enquête menée auprès des jeunes français de 17 ans par l’OFDT) https://www.ofdt.fr/enquetes-et-dispositifs/hbsc/,https://www.ofdt.fr/enquetes-et-dispositifs/espad/en-pratique/, https://www.ofdt.fr/enquetes-et-dispositifs/escapad/

Addiction aux drogues : le circuit cérébral mis en évidence

Dans un modèle de souris, des chercheurs ont identifié un circuit cérébral lié à la consommation compulsive de drogues. Ces travaux suggèrent aussi que les expériences personnelles, plus que la génétique, expliquent que certains sombrent plus facilement dans l’addiction.
L’addiction aux drogues passe souvent par plusieurs phases : après la première exposition à la substance addictive, l’individu consomme de manière maîtrisée sa « drogue », mais ensuite il peut perdre le contrôle et glisse vers une consommation compulsive. Tous les consommateurs n’atteignent pas ce niveau d’addiction.

Des chercheurs de l’université de Genève ont voulu savoir quelle était la différence, au niveau du cerveau, entre quelqu’un qui se drogue de manière compulsive et un utilisateur plus « raisonné ». Pour cela, ils ont mis au point un modèle de dépendance chez la souris. Les animaux pouvaient stimuler leur système de récompense dans le cerveau, simplement en appuyant sur un levier. En effet, la sensation de plaisir associée aux drogues est liée à l’activation du système de récompense, dans lequel agit le neurotransmetteur dopamine.

Pourquoi certains sont-ils plus facilement accro aux drogues ?

Pour savoir quelles souris faisaient un usage compulsif et incontrôlé de cette « drogue », les chercheurs ont puni les souris qui actionnaient le levier avec une petite décharge électrique. 60 % des souris ont continué à appuyer quand même sur le levier, tandis que les autres, comprenant la leçon, ont arrêté leur consommation. Ces résultats paraissent dans Nature.

Les chercheurs ont alors observé que dans le cerveau des animaux addict à leur drogue un circuit était activé : il allait d’une zone impliquée dans la prise de décision (le cortex orbito-frontal) aux ganglions de la base du système de récompense. Lorsque les chercheurs ont accru l’activité de ce circuit chez des souris qui contrôlaient leur consommation de drogue, celles-ci sont devenues addict. Inversement, quand l’activité de ce circuit était réduite chez les animaux accro à la drogue, ils arrêtaient d’actionner le levier de manière compulsive. Toutes les souris étaient génétiquement identiques, ce qui laisse penser que des modifications épigénétiques, liées à leurs expériences de vie, expliqueraient que certaines deviennent plus facilement addict que d’autres.

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Alcool et sport : la MILDECA alerte sur les risques d’un nouvel assouplissement de la loi Evin

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Madame Perrine GOULET, députée de la Nièvre, a remis le 30 novembre 2018 au Premier ministre un rapport sur le financement des pratiques sportives en France. Pour donner au mouvement sportif la capacité de mobiliser davantage de ressources privées, le rapport préconise notamment d’examiner la possibilité d’un assouplissement de la loi Evin, en particulier des dispositions suivantes :

  • la limitation de vendre de l’alcool pour un club à dix dates par an ;
  • l’interdiction générale de la publicité pour l’alcool à la télévision ;
  • l’interdiction du parrainage des clubs sportifs par les alcooliers.

La MILDECA rappelle que l’interdiction de la consommation d’alcool dans les stades était l’une des mesures fondatrices de la loi Evin. Elle visait justement à empêcher l’association symbolique de l’alcool et de son image aux valeurs positives du sport.

La MILDECA est donc fermement opposée à l’assouplissement de cet encadrement législatif essentiel, destiné à prévenir les consommations à risque d’alcool et à protéger la jeunesse.

L’alcool est responsable chaque année de près de 49 000 décès. Il est présent dans 30% des condamnations pour violences, 40% des violences familiales, 30% des viols et agressions, un tiers des accidents mortels de la route. Un français sur 5 se dit très affecté par les dommages liés à l’alcoolisation de tiers. Les collectivités locales, tant en milieu urbain que rural, sont très préoccupées par les débordements de la vie festive.

La lutte contre les consommations à risque d’alcool est une priorité de l’action publique, non seulement d’un point de vue de santé publique, mais aussi d’ordre et de tranquillité publiques, pour favoriser un « mieux vivre ensemble » au sein de la société française.

Au sein de cette action publique globale, la réduction des incitations à consommer, en particulier en direction des adolescents et des jeunes adultes, joue un rôle déterminant. La littérature scientifique rapporte de nombreuses preuves quant au lien entre exposition à la publicité et consommations à risque d’alcool, en particulier chez les jeunes (voir expertise collective Inserm sur les conduites addictives des adolescents).

Alors que les niveaux de consommation des adolescents et des jeunes adultes restent très préoccupants en France (à 17 ans, 44% ont déclaré une alcoolisation ponctuelle importante dans le mois), les études mettent en évidence que les jeunes, en raison de leurs pratiques sociales (internet, réseaux sociaux, cinéma, pratiques sportives et de loisirs) sont plus sensibles que la population générale à l’influence des stratégies publicitaires. Celles-ci peuvent être directes ou indirectes, c’est-à-dire valorisant l’image positive / festive de tel ou tel comportement ou produit (sponsoring, placement de produits, organisation de « concours »…).

Pour cette raison, les industriels investissent massivement dans ces stratégies publicitaires, soit des sommes de l’ordre de 450 millions d’euros par an. L’analyse des stratégies marketing met clairement en évidence la manière dont les jeunes sont ciblés, en tant que future génération de buveurs, via le recours à des imaginaires et des vecteurs populaires auprès de cette classe d’âge, tels que le sport. D’après une étude de janvier 2017, 30% des lycéens déclarent avoir été exposés aux publicités en faveur de l’alcool chaque jour au cours des douze derniers mois.

Protéger les adolescents et les jeunes adultes nécessite une extrême vigilance sur leur niveau d’exposition à la publicité qu’il ne faut en aucun cas voir augmenter. L’utilisation par les industriels de stratégies de contournement des règles applicables n’invalide pas le principe des interdits protecteurs ; au contraire, elle met en lumière l’urgence de faire appliquer strictement la loi pour permettre à la jeunesse de grandir dans un environnement protecteur. Élargir les possibilités de vente d’alcool dans les stades irait à l’encontre de cet objectif sociétal majeur.

Les fédérations sportives, par leur capacité de mobilisation et l’organisation de compétitions, ne doivent pas générer des incitations à des comportements à risque ; elles constituent au contraire un relai essentiel des campagnes de santé publique et notamment de la prévention des addictions (tabac, alcool, drogues…), en s’appuyant sur les valeurs du sport pour promouvoir des comportements favorables à la santé.

La perspective d’organisation d’évènements sportifs majeurs tels que la coupe du monde de Rugby ou les JO 2024 est ainsi l’occasion de porter des valeurs positives en termes de santé, de bien-être et d’intégration sociale. Les retombées sur l’ensemble du territoire d’ici à 2024 et même au-delà, notamment en matière de santé publique, seront aussi une des conditions de réussite de ces évènements internationaux majeurs.

Enfin, et c’est un enjeu crucial, il s’agit de prévenir les importants risques de trouble à l’ordre public potentiellement générés par ce type de manifestations et majorés en cas d’alcoolisation des supporters et du public.

Le cannabis, produit illicite le plus expérimenté en France

L’ANPAA, association nationale protection en alcoologie et addictologie, gère la prévention et soins. Elle est l’interlocuteur privilégiée dans l’Yonne. © SALESSE Florian
À l’occasion d’une conférence sur les effets du cannabis organisée ce mardi 4 décembre à Auxerre, état des lieux de sa consommation en France et en Bourgogne Franche-Comté.

En 2017, le cannabis « demeure de très loin le produit illicite le plus expérimenté en France », selon le dernier baromètre santé sur les usages de substances psychoactives.

Mardi 4 octobre, l’association française des dépendants en rétablissement (AFDER) invite le public à une conférence sur le cannabis et ses effets. Elle est organisée en partenariat avec l’institut de formation en soins infirmiers, hôte de l’événement, et le réseau de santé mentale de l’Yonne. L’occasion de faire un tour d’horizon des chiffres de sa consommation.

Les plus élevés depuis 25 ans

« Les seules hausses statistiquement significatives portent sur l’expérimentation et l’usage quotidien, toujours selon Santé publique France. Ainsi 2,2 % des 18-64 ans déclarent un usage quotidien. La proportion des usagers dans l’année est de 11 % (soit un adulte sur dix). Les usagers réguliers (au moins 10 fois dans le mois) sont à 3,6 %. « Si les progressions observées sont bien moindres que celles intervenues entre 2010 et 2014, les niveaux 2017 s’avèrent être les plus élevés depuis 25 ans », précise les auteurs du baromètre santé.

17 millions d’expérimentateurs 

L’observatoire français des drogues et des toxicomanies a été sollicité par l’Ansm à l’occasion du comité scientifique sur l’évaluation de la pertinence et de la faisabilité de la mise à disposition du cannabis thérapeutique en France. À travers le croisement de diverses études, concernant la population âgée de 11 et 75 ans, il estime que le pays compte 1,4 million de réguliers (dont 700.000 qui ont un usage quotidien du cannabis) et 5 millions de consommateurs occasionnels. Le chiffre le plus important est celui des expérimentateurs : 17 millions. À noter qu’ils sont 2,2 millions pour la cocaïne, 38 millions pour le tabac et 47 millions pour l’alcool.

Surtout des jeunes, plutôt des hommes

Dans un diagnostic de l’addiction en Bourgogne Franche-Comté diffusé au printemps 2018, l’agence régionale de la santé a estimé que 9 % des Bourguignons de 17 ans consommaient au moins dix fois du cannabis dans le mois. Ils sont 4% a en avoir un usage quotidien. Le phénomène semble être générationnel : parmi les adultes, les pourcentages sont respectivement de 0,7 % et 1,4 %. Par ailleurs, ce sont plus souvent des hommes (33 % d’entre eux) que des femmes (18 %). À noter que, pour l’Institut national de prévention et d’éducation pour la santé (Inpes), les consommateurs de cannabis sont presque également répartis entre les catégories socioprofessionnelles en Bourgogne Franche-Comté : entre 23 et 28 % des ouvriers, employés, profession intermédiaire et cadres

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