NON, la cigarette électronique n’est pas le moyen idéal pour cesser de fumer

Lors de son introduction, il y une dizaine d’années, la cigarette électronique (e-cigarette) a été présentée comme un outil formidable pour obtenir des fumeurs de cigarettes combustibles qu’ils cessent progressivement de fumer. Depuis, son usage n’a cessé de se développer, encouragé par  les producteurs commerciaux qui se sont engouffrés dans ce nouveau marché.

Mais aucune preuve scientifique sérieuse n’était  venue attester que l’e-cigarette n’était pas nocive, ou beaucoup moins nocive que la cigarette combustible. Toutefois, cela n’empêchait pas certains psychiatres addictologues de vanter les mérites du produit et d’en faire un outil essentiel pour cesser de fumer, en prétendant qu’il n’y a pas dans la vapoteuse « ce qui tue », à savoir de l’oxyde de carbone et des goudrons. Mais, depuis quelque temps, une certaine méfiance ne cessait de s’accroître parmi la population et des doutes s’élevaient sur  les vertus de l’e-cigarette.

Or, de nouvelles études viennent d’être publiées qui établissent très nettement que les liquides produits par le vapotage se montrent très dommageables au niveau cellulaire. Ces travaux ont conduit l’OMS a déclarer, dans son rapport du 26 Juillet sur l’épidémie du tabac, que la cigarette électronique est incontestablement nocive pour l’organisme, et à recommander une régulation de ce produit. Dans le même temps, on apprend que San Francisco vient d’en interdire l’usage sur son territoire. La Chine envisagerait également de prendre des mesures dans ce sens.

Une première étude, menée par des chercheurs de Stanford (1), montre que des cultures de cellules-souches vasculo-endothéliales exposées aux liquides de l’e-cigarette (e-liquids) ou au sérum de vapoteurs réagissent par une viabilité réduite, une production accrue de formes  réactives d’oxygène, une activation du stress oxydatif, et une inhibition de la faculté de former des tubes vasculaires et de migrer, une spécificité de ce type cellulaire.

Ceci confirme un dysfonctionnement endothélial. De plus, le milieu conditionné de ces cultures ainsi traitées induit chez des macrophages un état pro-inflammatoire, caractérisé par la production d’interleukines-1ß et -6, deux cytokines qui induisent le stress oxydatif. L’exposition des cultures au sérum des vapoteurs induit également les mêmes phénomènes, perturbant le fonctionnement des cellules endothéliales, en particulier leur aptitude à former des vaisseaux (capacité pro-angiogénique). Les chercheurs ont également observé une production accrue des cytokines inflammatoires dans le sérum des fumeurs de e-cigarettes. Globalement ce tableau correspond aux troubles qui précèdent les maladies cardiovasculaires.

Certes, il s’agit là d’une étude « in vitro », technique qui comporte des limites bien connues. Mais ces résultats ont été confirmés par une autre recherche, menée cette fois chez des souris (2). Celles-ci ont été exposées pendant 3  jours ou 4 semaines à l’air ambiant (contrôles), ou à la vapeur de cigarette électronique contenant soit un mélange de propylène glycol et glycérol végétal, soit ce même mélange plus de la nicotine, soit le mélange avec nicotine et des parfums, ou à la fumée de cigarettes combustibles.

Le stress oxydatif, l’inflammation et la mécanique pulmonaire ont été évalués. Les résultats montrent que la vapeur de l’e-cigarette, spécialement celle contenant l’ensemble des composants accroît le nombre de cellules retrouvées dans le liquide de lavage bronchio-alvéolaire, ainsi que les marqueurs du stress oxydatif, ceci au moins de façon comparable, et dans beaucoup de cas même supérieure à la fumée de cigarette combustible. Le taux de protéine présent dans le liquide de lavage bronchio-alvéolaire était uniquement élevé chez le groupe exposé à la vapeur contenant l’ensemble des composants, pour tous les temps observés. Ces données montrent que l’exposition à la vapeur de cigarette électronique peut déclencher des réponses inflammatoires et affecter le système respiratoire de manière négative. De plus,, dans beaucoup de cas, les parfums ajoutés dans l’e-cigarette exacerbent ces effets néfastes.

Comme on le voit, il n’est plus possible de prétendre que la cigarette électronique peut constituer un moyen idéal de transition pour cesser de fumer. D’ailleurs, les statistiques montrent que 75% des vapoteurs continuent de fumer des cigarettes combustibles. De plus, on constate que bon nombre d’adolescents se mettent à vapoter, pensant que c’est moins risqué, mais comme l’e-cigarette contient toujours de la nicotine, ils deviennent vite accrocs et se mettent à fumer des cigarettes combustibles. Donc, le vapotage contribue également à accroître le tabagisme chez nos jeunes.

Tout ceci devrait inciter certains addictologues à se montrer plus circonspects à l’avenir et à prendre conscience de la responsabilité qu’ils prennent, par leurs déclarations publiques,  vis-à-vis de nos jeunes adolescents.

  1. Journal of the American College of Cardiology 2019, 73, issue 21
  2. American Journal of Physiology. Lung Cellular and Molecular Physiology 2018, 315, Issue 5, L667-L672

Jean-Pierre PUJOL Professeur de Biochimie 

Membre du CNPERT (Centre National de Prévention, d’Etudes et de Recherches sur les Toxicomanies)

 

 

 

 

 

 

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Agnès Buzyn s’oppose à un retour de l’alcool dans les stades

105 députés LREM ont déposé fin juillet à l’Assemblée une proposition de loi visant à assouplir la loi Évin et à réautoriser l’alcool dans les stades.

C’est non. Pour la ministre de la Santé Agnès Buzyn, l’hypothèse d’un retour de l’alcool dans les stades n’est pas envisageable.

« La ferveur n’a pas besoin d’alcool pour s’exprimer dans nos stades », a jugé Agnès Buzyn dans un message publié ce vendredi sur Twitter. « L’alcool tue 41 000 personnes chaque année dans notre pays. Chacun de ces décès est évitable. Ne laissons pas de nouvelles incitations à la consommation d’alcool se rendre complices de ce bilan », a-t-elle martelé.

105 députés LREM (un tiers du groupe) ont déposé fin juillet à l’Assemblée une proposition de loi « visant à faire de la France une nation sportive » dans laquelle ils proposent « d’assouplir de manière encadrée » la loi Evin « dans les stades en étendant l’octroi d’autorisations temporaires de vente d’alcool aux sociétés sportives ». 

La loi Évin de 1991 contre le tabagisme et l’alcoolisme interdit la vente, la distribution et l’introduction de boissons alcoolisées dans tous les établissements d’activités physiques et sportives. Les clubs disposent d’une dérogation pour vendre de l’alcool dix fois par an. Mais ils veulent plus, souhaitant pouvoir s’aligner sur leurs concurrents européens et bénéficier de revenus substantiels les jours de match grâce à la vente d’alcool et à la publicité.

Une initiative qui fait « bondir les addictologues »

« Afin de prévenir toute polémique », les députés LREM ont répété ce vendredi leur attachement à la loi Évin. « En aucun cas, la proposition de loi qui sera finalement portée par le groupe dans son ensemble ne pourra s’apparenter à une remise en cause de la loi Évin à laquelle ce dernier reste profondément attaché, dans son esprit et dans sa lettre », ont-ils insisté dans un communiqué.  

LIRE AUSSI >> Le retour de l’alcool dans les stades, un projet qui divise

Les députés LREM font ainsi valoir que les sociétés sportives pourraient éventuellement bénéficier de certaines dérogations prévues par la Loi Évin qui autorise déjà les associations sportives à vendre de l’alcool dix fois par an.

L’initiative de ces députés a fait bondir les addictologues et la Fédération française d’addictologie (FFA) a envoyé ce vendredi une lettre ouverte à Agnès Buzyn. « L’ensemble des acteurs de l’addictologie représentés par la FFA attend (…) que vous vous opposiez fermement et publiquement à ces basses manoeuvres qui n’ont comme seul objectif de vider progressivement la loi Évin de l’ensemble des dispositions qui gênent le lobby alcoolier », écrit-elle.

Selon la FFA, l’autre objectif de la proposition de loi est « de réautoriser le sponsoring des activités sportives » par des entreprises du secteur de l’alcool, « en vue des jeux Olympiques et de la Coupe du monde de rugby » qu’organisera la France en 2024 et 2023. Ces derniers mois, des députés LR ont également signé des propositions de loi allant dans le même sens.

Source

Le cannabis thérapeutique une fumisterie lucrative pour légaliser une drogue redoutable.

Le docteur A. Coquerel est médecin, compétent en pédiatrie et en neurologie, radioanalyste, professeur de Pharmacologie à la faculté de Médecine de Caen, il a dirigé le laboratoire de l’agence française de lutte contre le dopage (AFLD) ainsi que le laboratoire de Pharmaco-Toxicologie du CHU de Caen.
Il est membre de l’académie nationale de Pharmacie.

 Le débat sur la dépénalisation du cannabis (CNB) est très ancien en France ; il fait actuellement l’objet de pressions croissantes de « leaders d’opinions »  et de nombreux médias qui, après avoir véhiculé l’image fausse d’une non-toxicité, voient dans la vulgarisation de son usage un moyen de recoller avec une jeunesse qui s’y initie très tôt et en consomme de plus en plus régulièrement. Bien entendu, pour abolir les lois répressives qui intègrent le cannabis aux stupéfiants, ils l’ont comparé aux « drogues légales » que sont le tabac et l’alcool. Comme cela n’a pas suffi il leur faut maintenant lui trouver des vertus thérapeutiques ! Ce coup de baguette magique reproduit ce qui s’est fait ces dernières années aux USA et au Canada, dont le libéralisme prône, sans vergogne, l’usage comme médicament d’une plante stupéfiante,  puisque cela rapporte gros !

La littérature scientifique n’a cessé durant ces 30 dernières années de faire progresser les connaissances sur le CNB et en particulier son interaction avec un système physiologique, celui des endocannabinoïdes. Une multitude d’études lui ont trouvé de nombreuses activités sur le système nerveux central via son composé prédominant, le THC (delta 9-tétra-hydro-cannabinol) : antiémétisant, orexigène, antalgique, anti-spastique. Les grandes compagnies pharmaceutiques ont d’ailleurs dépensé des centaines de millions de dollars dans les années 1990 pour trouver des composés de synthèse qui auraient des propriétés thérapeutiques plus puissantes que le THC sans comporter les nombreux effets indésirables qu’on lui connaît. Cela n’a pas abouti mais il en reste une conséquence négative : de nombreux composés, initialement brevetés, mais désormais dans le domaine public. Leur puissance d’effet est parfois 100 à 500 fois plus élevée que celle du THC avec, en conséquence, une dangerosité majeure. Ces super-cannabinoïdes ont été introduits sur le marché noir depuis une dizaine d’années où ils sont vendus de façon illégale comme  « sels de bains »  ou « parfums d’ambiance», pour tromper les autorités mais pas leurs consommateurs.

Les pays occidentaux sont confrontés à la consommation massive de cannabis par une fraction croissante de leur jeunesse. La France est, à cet égard, la toute première des 28 Etats de l’Union Européenne. Chaque Nation y est allé de sa propre législation – c’est par exemple sa légalisation dans les « coffee shops » aux Pays Bas – Cette course à l’échalote fait que les adolescents ne voient même plus de raison de maintenir une répression quelconque puisque qu’ils en sont déjà dans l’usage régulier lié à une vie festive, devenue prioritaire par rapport à des engagements sociaux à long terme, telles des études longues, le travail en entreprise, activités qui  demandent beaucoup d’énergie, avec « un esprit sain dans un corps sain ».

Dans ce contexte général la France ne veut être en reste ! Et donc depuis près de 30 ans nombre de personnages politiques et de médias « modernes » (« branchés »/« chébrants ») s’échinent à revendiquer qui une dépénalisation, qui une légalisation – la nuance ne porte que sur la possibilité pour l’Etat de tirer des taxes de ce nouveau commerce. Ils assurent que cela tarira le trafic en banlieue, alors qu’on sait qu’il concerne déjà un large panel de différentes drogues : la cocaïne et les nouveaux psychotropes de synthèse (NPS) font déjà partie du paysage du « deal » à grande échelle (6-8 % des jeunes sont initiés à la cocaïne et autant aux NPS). Les enquêtes annuelles de l’OFDT [observatoire français des drogues et toxicomanies] confirment la croissance de leurs usages.

En attendant une éventuelle dépénalisation de tous les stupéfiants les « opinion makers » veulent légaliser le cannabis en lui trouvant des vertus thérapeutiques.

Cela amène une double interrogation :

  • Quels sont les arguments scientifiques qui montrent que le cannabis pourrait être une (bonne) thérapeutique ?
  • Si on observe ou croit entrevoir un rationnel scientifique à l’usage médical du CNB, qui va en faire le commerce ? Pour quelles indications ? Par quel réseau (les pharmaciens d’officine versus des « coffee shops » ?).  Et avec quels éventuels contrôles et/ou évaluations du rapport individuel et collectif des bénéfices-risques ? Rien n’est prévu sauf céder aux sirènes du libre usage…

La France s’enorgueillit de son particularisme et pour cela abrite généralement ses actions collectives sous le couvert d’enquêtes confiées à des organismes publics ou parapublics,  ce qui présente un avantage pour les décideurs politiques. L’avis d’experts dits « indépendants » peut constituer un fusible en cas de conflits (rappelons par exemple l’affaire du Levothyrox®). On charge l’ANSM (agence nationale de sécurité des médicaments et produits de santé) et son réseau de pharmaco-surveillance de faire une enquête limitée et contrôlée par le ministère en charge du dossier pour qu’il rende le rapport attendu par le gouvernement….

Pour le CNB a été créé, sur ordre ministériel, via l’ANSM, un comité scientifique spécialisé temporaire (CSST) ; cette disposition est aberrante s’agissant d’un problème ancien et permanent. En quelques mois seulement ce CSST a fait un tour de table censé interroger les différentes opinions sur le « cannabis thérapeutique ». Les associations « procannabis » ont, bien sûr, pesé lourd ; au contraire les toxicologues et pharmacologues experts du domaine ont à peine été auditionnés et leurs alarmes ont été délibérément ignorées.

La conclusion voulue a été tirée : on peut dès maintenant, et pendant les 2 ans à venir, pratiquer des essais médicaux : pourquoi pas ? Oui, mais, sans se concentrer sur le rapport bénéfice-risque, ni recourir, dans chaque indication explorée, à un comparateur de référence… Sous réserve de quelques pages de lecture et de la promesse (sans contrainte) de signalements d’effets indésirables, tout médecin pourra prescrire du CNB …Quid – Des doses ? – Des formes « pharmaceutiques » ? – Des modalités de la délivrance ? …Cela viendra ! Faisons le pari qu’on sera plus près des « coffee-shops » que des modalités actuelles de délivrance des médicaments stupéfiants… Quant aux autres promesses du type « ce ne sera pas à fumer »,  qui pourra s’en assurer ? Que de fausses naïvetés !!! L’important est de montrer au peuple et à son « aile marchante » qu’on s’occupe bien de l’affaire….

Pour ce qui est des « argumentaires scientifiques » pro-CNB on est abasourdi par les contrevérités exprimées en France, comme ailleurs. Via la caisse de résonnance médiatique ces mensonges éhontés deviennent paroles d’évangile. Ainsi est prêté au cannabis des vertus analgésiques : depuis plus de 15 ans (cf. rapport de l’Académie de médecine) cette analgésie vaut 2 comprimés de codéine (soit 3 mg d’équivalent morphine… donc très peu de chose) ; le THC a des propriétés anti-nausées et orexigène, il serait donc souverain pour les chimiothérapies … Aucune étude n’a encore prouvé une simple supériorité relativement au bon vieux métoclopramide (Primpéran®) et rien relativement aux récents antagonistes de la substance P…

Dans une comparaison aux sétrons (famille d’antagoniste des récepteurs 5HT3 de la sérotonine), qui ont nettement améliorés la tolérance digestive des chimiothérapies, une publication paraît favorable au CNB. On découvre en l’analysant que l’on ne savait pas si les patients étaient ou non antérieurement consommateurs de cannabis (imaginez qu’on ait testé l’alcool chez des alcooliques !), de même ces publications restent très floues sur les équivalents posologiques administrés aux patients (quelle dose de THC par prise ? quelle concentration sanguine de THC lors du pic d’efficacité ?). Pire encore, elles n’étudient pas les effets indésirables ! La drogue mettant les patients dans un état second on a la garantie qu’ils ne se souviendront pas s’ils étaient nauséeux ! Cela peut relever alors de la « soumission chimique » (que l’on retrouve dans les espaces festifs, bien sûr !)

Avec le CNB « thérapeutique » survient une grande nouveauté écologique, on ignore toutes les étapes médico-légales auxquelles doit satisfaire tout médicament et on fait la promotion pour un extraits de plantes, sans préciser la nature ni la concentration du ou des principes actifs, ni les conséquences de cette administration en terme d’effet maximal, de durée d’effet et de risque d’effets indésirables liés à la dose. Bien entendu on ignore sciemment la sévérité potentielle et la durée de ceux-ci. Qui ira dès lors enquêter sur la survenue tardive d’une schizophrénie (la plus grave des maladies psychiatriques) si on se contente de recueillir l’impression immédiate du consommateur ?

Gardons-nous de médire : de grands médias, subvertis par des lobbies pro-CNB (dont des représentants des cultivateurs de chanvre ordinaire) assurent que « près de 300 000 patients sont abandonnés sans traitement » alors que le cannabis les soulagerait. Pourtant 3 produits (le THC, le CBD [cannabidiol, isomère du THC] et leur association) sont autorisés sous conditions / avec quelques restrictions, comme médicaments : ils peuvent être prescrits par tout médecin sous le statut d’autorisation temporaire d’utilisation (ATU) individuelle (i.e. prescription non limitée mais engageant le médecin et son patient qui sont officiellement demandeurs). L’ensemble de ces ATU concerne moins de quelques centaines de cas par an !

Reste qu’un libre usage récréatif, pour tout pseudo-symptôme, voire n’importe quoi –  jusqu’au « malaise social » – pourrait effectivement concerner 300 000 français (on compte déjà près d’un million de fumeurs quotidiens !). En revanche au cours de l’usage et de l’abus  de cannabis leur malaise social ne pourra que s’accroître.

Il s’agit donc d’un schisme avec les tenants d’une « auto-thérapeutique » dérégulée et libre (accès au CNB de manière non contrôlée) qui rappelle un slogan de mai 68 « jouissons sans entraves » et le médicament validé qui répond à de nombreuses exigences légales et impose une exposition minimale et un suivi à long terme.

Cette contradiction, au plan scientifique, est également rédhibitoire : quel est l’intérêt  d’utiliser des extraits de plantes à la composition incertaine alors qu’un traitement médical se fait à la posologie optimisée d’un principe actif connu et de grande pureté ?

Avec quels arguments est-on arrivé à faire croire au citoyen non spécialiste que le cannabis est un produit utile voire bon pour la santé !

  • Les plantes c’est « écolo » : on va se traiter (traduire se « shooter » !), c’est « naturel » donc ça ne peut pas être nocif !

Rappelons que la nature peut être cruelle : ainsi l’alcool, la digitale, nombre de champignons, les extraits de coca et bien d’autres produits « naturels » qui ont des activités biologiques – certains sont à l’origine de vrais médicaments – , ils deviennent néanmoins des poisons quand on ne respecte pas la bonne indication, quand l’administration est incontrôlée (dose, fréquence et durée d’administration, adaptation posologique, association), ou quand on  ne se préoccupe pas des modalités de cessation du traitement. Les études systématiques des « défauts » de ces médicaments issus de produits naturels – telle la morphine (extraite de l’opium, et l’opium issu du pavot) – sont périodiquement réévalués, au point que la morphine, si elle reste un médicament indispensable pour les douleurs majeures, est classée « stupéfiant » afin d’en limiter la dangerosité, car sa toxicité est avérée tant sur le court terme (surdose avec son risque d’apnée mortelle) que sur les moyens et long termes (la dépendance/ l’addiction, l’altération des fonctions cognitives et diverses incapacités sociales …dont celle de conduire des véhicules ou de contrôler des machines).

Toutes ces précautions sont passées à la trappe par les pro-CNB, parce qu’ils les ignorent, ou pire parce qu’ils les méprisent, car elles s’opposent à leur but : le libre accès au CNB.

Les conséquences délétères de l’usage du CNB sont bien connues des membres du CNPERT, grâce  aux excellentes revues et analyses faites par les professeurs Costentin et Goullé. L’Académie nationale de Pharmacie a fait un excellent communiqué de presse le 18 juin 2019 (*) exprimant que le CNB thérapeutique était une appellation fausse et trompeuse en rappelant brièvement les principaux risques auxquels son usage expose. Les commentaires furent peu nombreux….Ignorer la Science est leur meilleure défense possible pour clore rapidement le débat ! Il n’y a pas plus sourds que ceux qui ne veulent pas entendre.

Le mutisme de nombre de grands médias sur ces éléments est scandaleux ; seul un RIC (référendum d’initiative citoyenne) permettrait d’instaurer un véritable débat, à armes égales (avec un temps d’antenne identique pour que s’expriment les opinions opposées). Ce serait plus intéressant que de savoir qui doit gérer les aéroports de Paris, car les familles, parents, adolescents, éducateurs et professions de santé sont tous concernés par l’accès aux drogues et leur usage. Ce RIC permettrait de leur faire enfin connaître les données objectives qui leur sont délibérément cachées, en un temps où la liberté de la presse pourrait devenir dictature de certains journalistes, où l’on ignore délibérément les données de la Science et les exigences modernes de la sécurité sanitaire.

C’est dans ce contexte que les agences créées et financées – à prix d’or – par l’Etat devraient donner l’exemple, ce qu’elles ne font pas. Leur défaillance est telle qu’elles entretiennent l’ambiguïté.

Une seule explication apparaît à l’origine de ce manque de courage, qui laisse proliférer des contre-vérités notoires : la démagogie !

Tentons aussi d’analyser les raisons d’un néo-libéralisme pour l’usage du CNB :

-Une longue succession de mensonges : en mai 68 fleurissait le slogan: « il est interdit d’interdire » ; sa persistance a permis de nourrir les barbaries et la décadence qui nous cancérisent aujourd’hui. Il y a plus d’un demi-siècle, Claude Olievenstein, un addictologue historique, déclarait « il n’y a pas de drogué heureux ». Qu’en sera-t-il quand toute la société aura un libre accès au CNB, porte d’entrée dans l’usage d’autres drogues ?

Lors des années 1980 et du SIDA, contre lequel on était totalement démuni, les créateurs du slogan « cannabis thérapeutique » étaient des groupes libertaires Californiens qui  prônaient l’accès au CNB, dans une démarche de soins palliatifs, pour lutter contre la cachexie et les douleurs terminales. Dans l’émission TV de la Chaîne Parlementaire le 04 mai sur l’évolution du statut du cannabis outre atlantique, le film américain de 50 mn montre que la volonté finale des groupes libertaires était le libre accès à toutes les drogues !

-Reste l’argument fallacieux de la « relance économique » grâce à la culture du CNB…. Il a été présenté aux USA et au Canada comme un grand moyen de lutter et contre la criminalité du trafic illicite et contre la désertification industrielle. C’est effrayant ! Certes la commercialisation est très lucrative. Des sollicitations se multiplient pour acheter des actions  dans des « startups » ou dans de grosses entreprises. Les traders annoncent des progressions trimestrielles de la valeur des actions allant jusqu’à 25 %. Qui dit mieux ! L’argent n’a pas d’odeur, reportons nous à un numéro historique de « Forbes » : le placement le plus rémunérateur était la vente d’arme et les films pornographiques. Donc demain légalisons aussi la prostitution et la production de diverses drogues obtenues par culture ou par synthèse chimique. En effet les NPS (nouveaux psychotropes de synthèse) récemment classés stupéfiants sont encore interdits en vente libre mais leur commerce fleurit, en particulier via internet, sans que les autorités politiques mondiales, européennes et nationales ne fassent grand-chose pour s’y opposer (bloquer une carte bancaire ne serait-il pas possible ?) ….. Il est vrai que ces produits permettent de tellement mieux «s’éclater» dans les espaces festifs, les « rave parties » et autres « fêtes de la musique »….

Ainsi donc, le CNB, déguisé de vertus « thérapeutiques » n’est que le CHEVAL DE TROIE d’une demande libertaire d’accès à tout !

Qui se soucie des conséquences ? L’éthique n’est bonne qu’au travers d’une vision canalaire ou militante ! Si les régimes démocratiques se défoncent pour mieux s’effondrer ce sera bien fait !

Enfin, l’argument que la légalisation fera cesser le trafic est une autre contre-vérité avérée : aux USA les Etats qui ont légalisé le CNB l’interdisent toujours (heureusement !) aux adolescents…. qui continuent de s’en procurer sur le marché parallèle. La vulgarisation du CNB au Colorado a entraîné une augmentation du trafic. Il s’en est même trouvé pour argumenter que les très nombreux mésusages des opiacés aux USA (à l’origine de plus de 60 000 morts par an) seraient moindres si les citoyens avaient un libre accès au CNB. Des articles de presse se sont appliqués à corroborer cette assertion mais, patatras, une publication scientifique très récente vient de démonter le contraire ! En renforçant l’argument maintes fois énoncé que le CNB est une porte d’entrée vers les autres drogues.

– De même on a longtemps argué que si les jeunes fumaient du CNB ils ne buvaient pas ! Cette vision attrayante a fait long feu car c’est tout le contraire  que l’on observe : l’usage de l’un incite à l’usage de l’autre et l’absence de CNB nourrit la « défonce » par alcoolisation aigue (binge drinking / biture expresse). Il faudrait aussi s’interroger sur l’origine de l’épidémie d’obésité chez les jeunes : alcool + boissons sucrées + cannabis ? À suivre….

Au total : ménager la paix sociale, « faire du fric » sans se soucier des générations à venir, sont les vrais motifs de ceux qui veulent vendre du CNB, qu’il soit avec ou sans label « thérapeutique » ; ce dernier n’étant qu’un sas pour aboutir à sa libre consommation.

Si l’impuissance publique succombe à ces sirènes, la suite sera douloureuse : le CNB est une drogue abêtissante, aux conséquences psycho-sociales dramatiques (induction, décompensation, entretien et aggravation de la schizophrénie, dépression et suicides, désinsertion scolaire et professionnelle, accidentologie et criminalité, etc..). Il a fallu un siècle pour diminuer très significativement l’alcoolisme dur lié au libre accès de boissons à très haut degré alcoolique ; la consommation de cigarettes commence tout juste à diminuer ; on contient difficilement – et à grand coût – l’usage de l’héroïne et autres opiacés. Tout cela s’effondrera s’il est donné demain un libre accès au cannabis et après-demain à toutes les drogues.

Si le pouvoir politique est tenté de céder à « la rue », manipulée par des médias influents, réclamons un Référendum d’Initiative Citoyenne.

(*) Académie nationale de Pharmacie : Cannabis « thérapeutique » – une appellation abusive et dangereuse. 18 juin 2019.  https://www.acadpharm.org/avis_propositions/communiques.php

 

 

 

Le cannabis avant 25 ans, des risques psychiatriques mal appréciés

JOURNAL INTERNATIONAL DE MÉDECINE – Publié le 28/07/2019

Alors que certains pays ont déjà légalisé l’usage du cannabis et que d’autres proposent de le faire, une revue systématique d’articles de la littérature médicale sur la psychopathologie induite (ou du moins favorisée) par cette drogue dite (à tort) « douce » rappelle opportunément que « les décideurs devraient tenir compte des effets indésirables de l’utilisation du cannabis chez les jeunes. »

Antérieures à mars 2018, les publications retenues sont des études comparatives (cohorte, cas-témoin, transversale) portant, chez des personnes de moins de 25 ans, sur l’incidence de l’exposition au cannabis sur une symptomatologie psychiatrique : troubles psychotiques, troubles dépressifs, ou/et troubles anxieux. Parmi les 23 études analysées, toutes sauf une « constatent que l’utilisation précoce de cannabis est généralement associée à des risques plus élevés de psychose. »

Majoration du risque de psychose mais aussi de dépression et de troubles anxieux

Cette majoration des risques psychiatriques est vérifiée aussi, mais à un degré moins important, pour les problématiques anxieuses ou/et dépressives, puisque 11 études (sur 23, soit près de la moitié) présentent des résultats indiquant « une majoration des symptômes lors d’un contact précoce » avec cette substance. Les auteurs de cette recherche estiment ainsi que, chez les sujets de moins de 25 ans, « l’utilisation plus importante du cannabis est associée avec un plus grand nombre de symptômes psychiatriques, particulièrement chez les personnes ayant une prédisposition ou une vulnérabilité préalable. »

Les conclusions d’une telle étude incitent donc à une grande prudence dans l’actuel débat sur la légalisation du cannabis, d’autant plus qu’il existe d’autres aspects inquiétants, rappelés par le Pr J. Costentin dans son commentaire sur un article récent du JIM (Légalisation du cannabis : la grande offensive) : « Ascenseur vers d’autres drogues », le cannabis peut « soit induire de novo, soit décompenser une schizophrénie, soit l’aggraver quand elle est déclarée ; il crée une résistance aux médicaments antipsychotiques… Très grand perturbateur de la cognition, il s’abat sur nos jeunes à l’heure des apprentissages. » À l’image du Dr Folamour jouant allègrement avec le risque nucléaire, le pro-légalisateur apprécie mal les risques sanitaires et sociologiques qu’il prend…

Dr Alain Cohen

RÉFÉRENCE

Hosseini S et coll.: The effect of age of initiation of cannabis use on psychosis, depression, and anxiety among youth under 25 Years. Canadian J Psy; 2019; 64(5): 304–312.

 

Islande : les chevaux avaient abusé du cannabis

Les vétérinaires pensaient que les équidés étaient atteints d’une maladie neurologique rare. Le problème venait de leur alimentation, selon la presse locale.

Les animaux pouvaient souffrir d'un manque de coordinaion musculaire, de tremblements ou d'un appetit accru. Photo d'illustration.
Les animaux pouvaient souffrir d’un manque de coordinaion musculaire, de tremblements ou d’un appétit accru. Photo d’illustration.

© John Fredricks / NurPhoto

Le cannabis rendrait-il les hommes stériles ?

Journal International de Médecine – Publié le 20/07/2019

La consommation de cannabis et de ses dérivés augmente au niveau mondial, et elle touche notamment des hommes en âge de se reproduire. Comme par ailleurs des inquiétudes se sont faites jour sur le plan de leur fertilité qui diminuerait globalement au moins dans le monde occidental, la relation éventuelle entre les deux phénomènes mérite d’être explorée – ce qu’a fait tout récemment une équipe de chercheurs américains sur base de la littérature disponible.

Leur recherche a porté sur les articles identifiables via Pulmed/Medline. En ce qui concerne l’altération de la fertilité masculine par le cannabis, les éléments de preuve les plus importants ont été trouvés dans le domaine des caractéristiques du sperme. Ainsi, les données actuellement disponibles plaident pour un effet réducteur du cannabis sur le nombre de spermatozoïdes et leur concentration, une induction d’anomalies de leur morphologie, ainsi qu’une diminution de leur mobilité, de leur durée de vie et de leur capacité à féconder un ovule.

Des modèles animaux ont démontré un effet du cannabis sous la forme d’une atrophie testiculaire ainsi qu’une diminution de la libido et de la fonction sexuelle. Cependant, ces résultats n’ont pas (encore) été reproduits dans des études humaines.

A prendre en compte sur le plan thérapeutique

D’autres études portaient sur les éventuelles modifications hormonales. Leurs résultats pointaient en direction d’une diminution des taux de testostérone et de LH ainsi que d’une absence d’effet sur le taux de FSH, mais sans aboutir à des conclusions définitives.

Pour les auteurs de cette revue, cette dernière suggère un impact négatif du cannabis sur la fertilité masculine. Cependant, des études complémentaires chez l’homme doivent encore valider les résultats certains qui ont été obtenus dans des modèles animaux. En attendant, concluent-ils, les médecins doivent garder à l’esprit cette possible nocivité du cannabis (y compris de ses dérivés thérapeutiques) sur la fertilité masculine, parmi d’autres facteurs possibles.

Pas d’effet réellement démontré sur la libido

Rappelons que le système endocannabinoïde est réactif aux composés contenus dans le cannabis, les plus connus étant le THC et le cannabidiol. Le système se trouve non seulement dans le cerveau mais également à différents endroits de l’organisme. Il intervient dans la régulation de nombreux comportements et fonctions physiologiques. La fonction sexuelle, notamment via le cerveau (y compris l’axe hypothalamo-hypophysaire), les organes et les hormones sexuelles peuvent également influencer ce système. Enfin, en ce qui concerne la libido, d’autres études antérieures ont abouti à des résultats divergents. Il est d’ailleurs possible que le cannabis ait un effet favorable sur la libido et sur la fréquence des rapports sexuels, par la désinhibition et la diminution de l’anxiété qu’il peut induire, mais rien n’est clairement prouvé, tant le risque de biais par des facteurs confondants est élevé.
Dr Claude Leroy

RÉFÉRENCE

Payne KS et coll.: Cannabis and Male Fertility: A Systematic Review. J Urol. 2019. Publication le 27 mars 2019.