HISTOIRE DU TRAFIC DES DROGUES

Les vidéos sont visibles jusqu’au
29 Mai 2020 (voir au bas de l’article)
L’historique du commerce de la drogue que présentent les journalistes Julie Lerat et Christophe Bouquet, nous mène des Guerres de l’opium du XIXe siècle jusqu’à la Colombie d’aujourd’hui. Leur reportage est une plongée au cœur d’un marché clandestin qui n’a jamais cessé de s’étendre. À voir sur arte.tv

De la Chine au Mexique… De l’Afghanistan aux rues new-yorkaises… De la Sicile aux forêts colombiennes… La géopolitique mondiale des drogues couvre la planète. Au XIXe siècle, l’opium se répand à travers toute l’Asie, sous l’impulsion des puissances coloniales britannique et française. Parallèlement, l’industrie pharmaceutique découvre des produits miraculeux : morphine, héroïne, cocaïne, indispensables à la chirurgie moderne. Mais la consommation échappe au contrôle.  L’addiction devient un fléau mondial et un enjeu de santé publique. Dès lors, la prohibition va progressivement s’imposer. L’interdit donne naissance aux premiers réseaux de trafics internationaux qui ne vont cesser de chercher la protection des États. Cette criminalité connaît un essor sans précédent pendant la Guerre froide, quand les services secrets américains et soviétiques utilisent les drogues comme un instrument politique. Les États-Unis sont les premiers à en payer le prix fort , puisqu’en 1970 un tiers de leurs soldats au Viêtnam sont dépendants de l’héroïne. Un an plus tard, le Président Richard Nixon déclare la guerre aux drogues. Consommateurs et trafiquants sont chassés et pourchassés jusqu’au bout du monde.

Mises au point légalement par l’industrie pharmaceutique occidentale

Héroïne. Cocaïne. Deux produits qui pèsent aujourd’hui aussi lourd dans l’économie mondiale que le pétrole ou le textile. Ces drogues, responsables en deux siècles de millions de morts, ont d’abord été mises au point le plus légalement du monde par l’industrie pharmaceutique occidentale. Les systèmes bancaires et les services secrets du monde entier, en lien plus ou moins direct avec des organisations criminelles, ont contribué à les faire prospérer. La répression s’est toujours révélée impuissante à mettre fin à ce commerce immensément lucratif, car le secteur des stupéfiants, « le plus agile du monde« , selon l’un des analystes interrogés dans ce reportage, parvient à se recomposer chaque fois qu’un coup lui est porté. Les masses d’argent qu’il injecte dans l’économie mondiale ne cessent de remodeler les frontières. Archives, entretiens, reportages inédits, ce triptyque d’investigations inédites dévoile les logiques cachées du trafic de drogue et sa porosité avec les pouvoirs en place. Effrayant. Passionnant.

Jérôme ENEZ-VRIAD

Histoire du trafic des drogues
Un reportage en 3 parties de 53 minutes chacune
1 / L’ère des empires
2 / L’heure des barons
3 / Les territoires perdus
En accès gratuit jusqu’au 29 mai 2020 sur Arte.TV

L’ecstasy à Paris : 10 morts depuis Janvier 2019

La MDMA, la « drogue de l’amour », fait son retour en Europe

Plus connue quand elle se trouve sous la forme d’ecstasy, cette drogue ne détrône pas le cannabis en termes de consommation en Europe, mais elle talonne la cocaïne.

Comprimés d’ecstasy.
Comprimés d’ecstasy. DOMINIQUE FAGET / AFP

La « drogue de l’amour », la « D », la « MD »… Autant de petits noms pour désigner la MDMA (3,4-méthylènedioxyméthamphétamine), un stupéfiant plus connu quand il se trouve sous la forme d’ecstasy, qui signe son retour en Europe. La substance, qui s’est fait connaître dans les années 1990, ne détrône pas le cannabis en termes de consommation, loin de là, mais elle talonne la cocaïne depuis quelques années. C’est ce que montre le rapport 2016 de l’Observatoire européen des drogues et des toxicomanies (OEDT), publié mardi 31 mai, et qui porte sur les données des années 2013 et 2014.

Ce rapport estime que 13 millions des 15-64 ans ont déjà consommé de la MDMA, soit près de 4 % de cette population (5,1 % a déjà testé la cocaïne et 24,8 % le cannabis). La MDMA séduit majoritairement des jeunes adultes : sur les 2,5 millions de personnes en ayant consommé au cours de l’année, 2,1 millions ont moins de 35 ans.

Substance présente dans les raves à ses débuts, « la MDMA/ecstasy n’est plus une drogue de niche ou liée à une sous-culture » et se trouve dans les bars ou les fêtes à domicile, indique par ailleurs le rapport.

« Peu chère, facile d’accès, de bonne qualité », la MDMA remplit tous les avantages d’une consommation « festive » de drogue, reconnaît Muriel Grégoire, psychiatre à l’hôpital Marmottan, spécialisé dans la prise en charge des addictions. « Elle a vraiment bonne réputation », ajoute la soignante, soulignant qu’il y a peu de risque de devenir accro : « C’est une drogue qui n’accroche pas. »

« En addictologie, ce n’est pas le problème principal, explique-t-elle. La MDMA stimule d’abord la sérotonine, et non la dopamine, comme le fait la cocaïne. Et si la cocaïne peut être discrète socialement, les effets de la MDMA sont visibles, si bien que les gens n’ont pas envie d’être dans cet état tout le temps. »

La MDMA est aussi « empathogène », c’est-à-dire qu’elle génère de l’empathie, d’où son surnom de « drogue de l’amour ». Les personnes qui en consomment décrivent un sentiment d’amour universel, l’envie de câliner son voisin, ils ressentent de l’énergie pour danser tout en restant « tranquille, sans devenir irritable », rapporte le docteur Muriel Grégoire.

« Bad trip » et attaques de panique

Pourtant, cette drogue a aussi des effets indésirables. Muriel Grégoire reçoit ainsi en consultation une poignée de consommateurs de MDMA qui ont l’impression de « ne pas redescendre » :

« Souvent, ce sont des patients qui en ont pris de manière abusive, de fortes doses ou tous les week-ends pendant plusieurs semaines. Ils ont fait un “bad trip” et ils gardent des signes résiduels quelques jours voire quelques semaines après. Ils peuvent souffrir de troubles anxieux ou dépressifs (attaque de panique, anxiété du matin au soir), ou, plus rarement, de troubles psychotiques comme un sentiment de persécution, de déréalisation ou de dépersonnalisation, c’est-à-dire qu’ils ne reconnaissent plus où ils sont ou qui ils sont. »

Les personnes fragiles ou alcoolisées sont plus sujettes à ces « mauvais voyages » mais « ces effets indésirables peuvent arriver à n’importe qui », souligne Muriel Grégoire. Le risque de surdose, pouvant entraîner la mort, n’est pas exclu non plus. « La situation est d’autant plus préoccupante que la MDMA […] est de plus en plus disponible via les marchés en ligne », précise Alexis Goosdeel, directeur de l’OEDT.

Le rapport de l’OEDT rappelle que la MDMA, après une phase de grande popularité dans les années 1990, a connu « une longue période pendant laquelle sa piètre qualité et son adultération [frelatage] se sont traduites par une diminution de sa consommation ».

Mais, aujourd’hui, « un marketing sophistiqué et ciblé » serait en œuvre, selon les auteurs de l’étude, afin de relancer cette drogue. Ils décrivent ainsi des « poudres, cristaux et comprimés fortement dosés, avec toute une série de logos, de couleurs et de formes ». « Il pourrait s’agir d’une stratégie délibérément mise en œuvre par les producteurs afin d’améliorer la réputation de cette drogue », suggère l’observatoire.

Substituts « légaux »

Par ailleurs, sur Internet, on voit apparaître des produits de synthèse vendus comme des substituts « légaux », indique l’étude. Ces nouvelles substances psychotiques jouent sur une zone grise juridique, éphémère : le temps que la « nouvelle » molécule soit officiellement reconnue comme illicite, elle peut être considérée comme légale par défaut.

Or la cathinone, par exemple, un substitut de stimulants tels que les amphétamines, la MDMA et la cocaïne, « a causé près de 200 intoxications aiguës et une centaine de décès depuis 2011 » en Europe, souligne le rapport. Plus risquées, ces substances sont aussi « clairement addictives », constate Muriel Grégoire.

Source 1

Source 2