Coronavirus : le cannabis, victime collatérale du Covid-19

Contrôles accrus et fermeture des frontières ne font pas bon ménage avec le trafic de cannabis. Le produit illicite le plus fumé de France voit sa consommation fortement perturbée par l’épidémie de coronavirus, obligeant les trafiquants à se réinventer pour s’approvisionner en période de confinement.

Dans son appartement du centre d’Orléans, Cédric fume son dernier gramme de cannabis acheté il y a une dizaine de jours. « Le mardi matin, soit quelques heures avant le confinement, le prix du gramme de cannabis avait déjà doublé », dit à Reuters cet organisateur de spectacle de 53 ans, consommateur régulier, évoquant la journée du 17 mars, quand la France s’est retrouvée sous cloche. « Mais depuis, ajoute-t-il, il n’y a plus de trafic dans les rues. »

Son dealer, qui compte entre 50 et 70 clients sur l’année, s’approvisionne habituellement lui-même en Belgique et aux Pays-Bas ou bien fait acheminer de la résine de cannabis du Maroc. Avec les mesures de confinement imposées en France pour limiter la propagation du coronavirus, et les contrôles presque systématiques des voitures, il a décidé de mettre un terme à ses déplacements.

« Pour l’instant, on vit sur les stocks d’avant le confinement, mais on en voit le bout », dit celui qui touche entre 2 500 et 3 000 euros de bénéfices les mois les plus vendeurs grâce à cette activité. « La savonnette de 100 grammes a pris 200 euros de plus en quelques jours. Si le confinement continue, je vais essayer de me tourner vers des connaissances qui ont de l’herbe locale. Mais il faut que je puisse me rendre chez eux. Bref, ça va être galère », ajoute ce salarié du secteur privé.

500 euros les 100 grammes

Dans certaines villes, les services policiers ont constaté, tout comme à Orléans, de fortes hausses de prix sur le terrain. A Marseille, les 100 grammes de cannabis sont passés de 280 à 500 euros en une semaine, rapporte le syndicat Unité SGP Police. Le marché se tend à Bordeaux et à Rennes. La résine de cannabis commence aussi à se faire très rare en prison, où 20 grammes peuvent se vendre 500 euros.

Une autre source policière en région parisienne précise que le prix du kilo de cannabis chez les semi-grossistes est passé de 2.000 à 3.500 euros depuis le début du confinement. « On nous parle d’un début de pénurie », dit à Reuters Yann Bastière, délégué national investigation d’Unité SGP Police.

Le cannabis est de très loin le produit illicite le plus consommé en France, selon l’Observatoire français des drogues et des toxicomanies (OFDT). On estime que 18 millions de Français chez les 11-75 ans en ont testé au moins une fois au cours de leur vie, et cinq millions sont des consommateurs annuels. La drogue provient majoritairement du Maroc et transite par l’Espagne. Mais les deux pays ont fermé leurs frontières maritimes et terrestres lorsque les foyers de coronavirus européens se sont intensifiés, rendant plus difficile l’acheminement de marchandises. « Aussi bien côté marocain qu’espagnol, tout le monde fait attention à sa frontière et ce qui peut y passer », dit Yann Bastière.

Les prix n’augmentent pas partout pour autant. Dans le Val-de-Marne, les points de deal ont été désertés par la clientèle, craintive à l’idée de subir des contrôles, explique à Reuters Yvan Assioma, secrétaire régional Paris pour Alliance Police nationale. Les prix ont donc légèrement baissé.

Crainte de violences urbaines

Sur le terrain, les dealers rivalisent d’ingéniosité pour vendre leur marchandise, donnant rendez-vous dans les supermarchés ou les tabacs, seuls commerces encore ouverts, ou bien en recrutant des « joggeurs » et des livreurs à vélo. Certains profitent de la situation pour augmenter les prix, ce qui ne signifie pas pour l’instant que la pénurie est notable, dit Thierry Colombié, économiste et spécialiste du crime organisé, mais ça ne saurait tarder.

Il note que les quelque 700 réseaux existants en France se sont tournés vers les Pays-Bas, alimentés eux-aussi par le Maroc, qui disposent d’un stock confortable de cannabis. Les livraisons se poursuivent, cachées dans les marchandises encore autorisées à passer les frontières. Mais les réserves s’amenuiseront vite.

Ces perturbations risquent d’être le vecteur de tensions dans les quartiers difficiles. « La pénurie va mettre de côté tous les petits trafiquants qui, jusque-là travaillaient en flux tendu », explique Thierry Colombié, qui précise que selon les dernières études disponibles, 200 000 personnes travaillent pour ces réseaux. « On sait qu’il y a dans les cités assez d’argent pour rester dans une stratégie (…) de survie. Si vous enlevez cette stratégie de survie à des centaines de milliers de familles, ça va poser un vrai problème », dit-il, ajoutant craindre une réédition des émeutes de 2005.

Dans les prisons – où la consommation de cannabis avoisine les 35% selon un étude de l’OFDT -, plusieurs mutineries ont déjà éclaté après la suspension des parloirs la semaine dernière. Outre les problèmes d’hygiène que pose la surpopulation carcérale en pleine épidémie de coronavirus, les difficultés pour se procurer la drogue peuvent avoir joué un rôle dans l’apparition de violences, estime Thierry Colombié.

Source

Coronavirus, alcool, tabagisme et cannabis : il est temps de dire la vérité !

Par le Professeur Costentin

Plus de 7.000 morts en Italie, plus de 4.000 en Espagne, plus de 1.000 en France, et certainement bien plus : voilà qui suffit à prendre la mesure du drame en cours.

Il urge de généraliser la prise de conscience de la gravité de la situation ; de la faire partager, afin que les précautions prises par la majorité de nos concitoyens ne soient pas annihilées par l’inconscience des réfractaires inconscients.

Si nous pouvons être tous infectés, il faut éviter de l’être simultanément afin que les plus atteints puissent être accueillis dans des lits de réanimation, en nombre inévitablement compté. Un ralentissement de l’épidémie permettra aussi d’attendre « les beaux jours » dont on peut espérer qu’à l’instar du myxovirus de la grippe, ils tempéreront l’agressivité du virus. Ce ralentissement donnera davantage de temps pour valider expérimentalement l’efficacité éventuelle de certains médicaments antiviraux ou antipaludéens et, enfin, d’attendre la conception d’un vaccin.

Ces banalités rappelées, il paraît plus original et non moins important de mettre en perspective ce qu’on redoute du coronavirus avec les méfaits que s’inflige la trop large fraction de notre population qui s’adonne aux drogues et toxicomanies.

Cet après-midi, l’employé d’un petit supermarché est sorti devant le magasin pour fumer une cigarette ; il a alors abaissé son masque de protection. Il parut surpris quand je lui dis : « Vous savez, le coronavirus n’a tué, aujourd’hui, en France, qu’une quinzaine des nôtres, alors que le tabac en a tué 200 ; comptez avec moi ; 75.000 morts par an, cela fait, pour chaque jour, 365 fois moins, c’est à dire 205. »

Et que font les pouvoirs publics contre ce fléau chronique ? Ils décident que les débits de tabac resteront ouverts pendant la période de confinement. Ignoreraient-ils que le poumon du fumeur est encore plus vulnérable que le poumon normal à l’agression virale ?

Même réflexion concernant l’alcool. Aujourd’hui, en France, ce ne sont pas 15 décès, comme pour le coronavirus, qu’on aura à déplorer de l’intempérance alcoolique, mais 120, soit 8 fois plus ; insistons : 45.000 décès annuels dus à l’alcool font, chaque jour, 123 victimes.

On peut espérer que les patients survivant au Covid-19 connaîtront un rétablissement quasi complet de leur santé (restitutio ad integrum). Ce ne sera pas le cas, tant s’en faut, pour les fumeurs ou les buveurs invétérés qui ne mourront pas de ces drogues, car de nombreux handicaps les affecteront, qui altéreront à des degrés divers leur « qualité de vie » et obéreront les comptes sociaux. Pourtant, comme pour les bureaux de tabac, la puissance publique a décrété que les cavistes resteront ouverts pendant la période de confinement.

Dit très crûment : « Pour ne pas trop vous “emmerbêter” pendant le confinement, vous pouvez fumer et picoler ! »

Le ministère de la Santé, complètement dans son rôle, a mis en garde contre l’usage des corticoïdes et des anti-inflammatoires non stéroïdiens, en cas de suspicion de coronavirus. Il a, par contre, omis d’avertir qu’en l’occurrence, le cannabis constituait une contre-indication manifeste en raison de ses effets dépresseurs de l’immunité. Le ministre qui, avant de l’être, était la figure de proue, à l’Assemblée nationale, du « cannabis thérapeutique », pour ne pas se contredire, cacherait-il cette contre-indication au million et demi de consommateurs de cette drogue prohibée ?

Une question à ce même ministre, qui a aussi beaucoup milité pour les « salles de shoot » : resteront-elles ouvertes pendant le confinement ? Et si oui, quelle case faudra-t-il cocher sur le laissez-passer pour justifier de s’y rendre ? « Déplacement pour motif de santé ? »

Source

«HISTOIRE DU TRAFIC DE DROGUE», LES ÂMES CAMÉES

Diffusée sur Arte, la série documentaire retrace les relations complices entre Etats et trafiquants qui ont mené à l’industrialisation du marché et à l’émergence de barons.

Loin d’être l’apanage des seules organisations criminelles, le trafic de drogue est depuis longtemps un instrument aux mains des Etats. Ce prisme géopolitique sert de fil rouge à une passionnante série documentaire en trois épisodes diffusée sur Arte à partir du 31 mars, dont le premier est disponible en avant-première toute la journée de ce mardi sur le site de Libé. Une histoire méconnue dont l’origine remonte au XIXe siècle, lorsque la couronne britannique inondait la Chine d’opium pour renflouer ses caisses, et que la France le raffinait au cœur de Saigon pour rentabiliser sa présence en Indochine. Bien avant les mafias, les grandes puissances coloniales ont compris l’intérêt qu’elles pouvaient tirer du commerce de substances addictives. Dans leur sillage, les premiers laboratoires pharmaceutiques parviennent à mettre sur le marché la cocaïne dès 1884, puis l’héroïne, nouveau dérivé de l’opium garanti sans accoutumance, recommandé pour soigner l’asthme et la toux des nourrissons.

cliquez sur Voir la vidéo

Liens occultes

Si l’apparition de ces nouvelles drogues modifie radicalement le rapport aux corps en abolissant la douleur, elle va aussi entraîner une généralisation de l’addiction à l’échelle planétaire. Au début du XXe siècle, la prohibition accélère l’essor du marché noir et du crime organisé aux Etats-Unis, qui trouve de puissants appuis au sein de l’appareil d’Etat. Mais c’est surtout au cours de la guerre froide que les liens occultes entre trafic et grandes puissances vont nourrir les intérêts les plus troubles. A défaut d’être une question de santé publique, la drogue devient un enjeu stratégique majeur. En 1951, en pleine guerre d’Indochine, les services secrets français achètent eux-mêmes l’opium pour le revendre à la mafia corse, afin de financer une armée contre-insurrectionnelle de 40 000 hommes. La même année, la CIA soutient les soldats chinois du Kuomintang repliés en Birmanie, qui deviendront les principaux trafiquants du Sud-Est asiatique. Au nom de la sécurité nationale, Washington n’hésite pas à s’appuyer sur le trafic de drogue pour lutter contre l’ennemi communiste.

L’Amérique finira par payer cher ses ambiguïtés. Alors que le pays plonge sous LSD dans le Flower Power, la guerre du Vietnam offre un visage bien plus sombre de la jeunesse. A leur retour du front, un tiers des 500 000 soldats engagés sont accros à l’héroïne. En 1971, le président Richard Nixon enclenche un virage radical et déclare officiellement la guerre contre les drogues. Premier producteur mondial d’héroïne grâce aux chimistes de la French connexion, la France est dans le viseur des services américains, qui dépêchent à Marseille des agents de la DEA, la nouvelle agence antidrogue. En seulement cinq ans, la «French» est démantelée et 3 000 trafiquants sont interpellés. Mais les années 70 vont surtout être marquées par l’industrialisation du trafic. C’est l’ère des grands barons de la drogue, Pablo Escobar en Colombie, Felix Gallardo au Mexique, Toto Riina en Italie ou encore Khun Sa en Thaïlande, dont les images tournées au cœur de la jungle font partie des précieuses archives exhumées par Julie Lerat et Christophe Bouquet, coréalisateurs de la série documentaire. Fruit d’une enquête de deux ans entre l’Europe, le Mexique, la Colombie, la Thaïlande et la Birmanie, Histoire du trafic de drogue décrypte les rapports complexes entre Etats tout en mettant en lumière, bien au-delà de la corruption, les logiques structurelles inhérentes au système.

Un fumeur d’opium à Saigon, extrait d’Histoire du trafic de drogue. Photo Yami 2

Un demi-siècle après le discours martial de Nixon, la guerre contre les drogues a surtout révélé ses échecs patents et son bilan macabre. En Colombie, où les Etats Unis ont investi dans un plan ambitieux de 45 milliards de dollars pour éradiquer les plantations de coca, la production n’a jamais été si élevée. Au Mexique, où 40 000 personnes ont disparu ces dix dernières années sur fond de guerre des cartels, des associations continuent de fouiller inlassablement la terre dans l’espoir de retrouver les corps des victimes. Après des années d’occupation soviétique, puis américaine, l’Afghanistan produit toujours 80 % de l’héroïne mondiale. Loin de se tarir, le trafic de drogue ne fait que s’adapter à son environnement.

Bilan macabre

La chute d’El Chapo, le parrain du cartel de Sinaloa condamné à perpétuité aux Etats-Unis, pourrait préfigurer l’avènement d’une nouvelle génération de trafiquants. Au Mexique, des organisations criminelles seraient parvenues à synthétiser le fentanyl, médicament produit depuis les années 50 par l’industrie pharmaceutique sans la moindre fleur de pavot. Cette drogue entièrement synthétique, cent fois plus puissante que l’héroïne, tue plus de 30 000 personnes par an aux Etats-Unis, où la surprescription d’antidouleurs encouragée par les laboratoires a rendu des centaines de milliers de patients accros. «Il faut un certain nombre de camions de coke pour approvisionner le marché américain pendant un an, tandis qu’il suffit de charger une seule voiture pour approvisionner tout le marché des opioïdes en fentanyl», note une spécialiste américaine du crime organisé. Une révolution qui devrait à nouveau bouleverser la géopolitique des drogues.

Le premier épisode est en avant-première toute la journée de ce mardi 24 mars sur le site de Libération.

Emmanuel Fansten

Histoire du trafic de drogue de Julie Lerat et Christophe Bouquet.

Trois épisodes, disponible à partir du 31 mars sur Arte.

Source

 

Coronavirus : Le confinement va-t-il nous rendre tous alcooliques ?

BOISSON De nombreux internautes ont augmenté leur consommation d’alcool depuis le début de la crise du coronavirus

Illustration de l'alcoolisme.
Illustration de l’alcoolisme. — Jaromoluk/Pixabay
  • Le confinement a tendance à augmenter la consommation d’alcool des personnes qui ont déjà cette habitude.
  • Et les whatsapéro, skypéros ou apéro-Facetime n’arrangent rien à la situation.
  • De nombreux internautes ont répondu à notre appel à témoignage et ont raconté le lien entre confinement et alcool.

Les Français semblent un peu trop portés sur la bouteille ces derniers temps. A l’heure où les whatsapéro, skypéros ou apéro-Facetime (comprendre apéritifs en visioconférence) remplacent les regroupements dans les bars, désormais interdits, une question se pose : va-t-on tous tomber dans l’alcool à cause du confinement ?

Alors que de plus en plus de messages s’amusent de la consommation un peu problématique des confinés depuis le début de la crise du coronavirus, faut-il s’inquiéter du foie de nos concitoyens ?

D’autant que la période d’isolement de la population pour éviter la propagation du virus n’est pas près de prendre fin : le gouvernement, après avoir donné un tour de vis aux mesures de confinement, a demandé l’avis de son conseil scientifique sur la suite à donner à cette mesure drastique.

Source

Une désinformation démasquée

Un de nos fidèles lecteurs a attiré notre attention sur un article au titre ronflant et évocateur :

Le coronavirus fait exploser les ventes de cannabis au Canada

Bigre ! Alors que de multiples officines cherchent sans grand succès un intérêt médical au cannabis, difficile de croire à une découverte, à l’évidence le COVID-19 fait de la résistance ! Alors, pourquoi ce titre et pourquoi faire ?

La réponse est dans l’article : aider ceux et celles qui doivent rester à la maison, adoucir leur temps de confinement, leur permettre de« supporter (l’épreuve d’) une quarantaine, de gérer leur stress ».
Une preuve semblait être apportée par l’observation d’un afflux de clients aux magasins de vente.
Ces témoignages rapportés sont ceux de quelques canadiens et de touristes….. français, enthousiastes !

Nous l’avons vérifié en interrogeant plusieurs de nos amis québécois incluant un
psychiatre (on ne sait jamais). Aucun n’a observé de ruée dans les boutiques, d’engouement spectaculaire, au contraire Montréal et Québec se vident, les habitants partent à la campagne, dans leurs chalets, les magasins ferment.
Le confinement est volontaire et bien réel, c’est le bon sens bien connu des québécois : ils s’abritent et laissent passer la pandémie.

On imagine facilement que dans un pays aussi grand et beau que le Canada, il est facile de s’isoler dans la belle nature du printemps. On peut aussi rester chez soi et
attendre la décrue. Souhaitons seulement que la pandémie ne dure pas trop longtemps .
J’ai l’idée que cet article, bien que paru dans un journal étranger, nous est destiné et veut suggérer aux français de recourir au cannabis pendant la pandémie.

Si la quarantaine dure, au risque de COVID-19, on ajoutera alors celui d’une addiction. Nous voici prévenus avant d’être immunisés

JP Tillement
L’auteur de ces lignes est un des responsables des relations franco-québécoises de l’Académie nationale de médecine