Le paradoxe français infirmé par une étude chinoise

L’effet bénéfique du célèbre paradoxe français, selon lequel une consommation modérée d’alcool peut réduire le risque de maladie coronarienne, est battu en brèche par une étude chinoise publiée dans la revue The Lancet.

Une consommation modérée d’alcool n’a rien à voir avec un effet protecteur contre les maladies cardiovasculaires, affirment les auteurs d’une étude chinoise d’envergure rendue publique dans la revue The Lancet.

Pendant cette recherche, qui a duré près de 10 ans, les spécialistes ont suivi l’évolution de la santé de 512.715 adultes vivant dans 10 régions de Chine, tout en prenant en compte leur consommation d’alcool et d’autres caractéristiques.Les résultats de l’étude ont montré que la tension artérielle et le risque d’accident vasculaire cérébral augmentaient de concert avec l’augmentation de la consommation d’alcool.

Quant aux accidents vasculaires cérébraux (AVC) et aux hémorragies intracérébrales, une absorption moyenne d’alcool est associée à un risque de maladie. Les affirmations précédentes d’après lesquelles une faible consommation journalière serait en mesure de protéger contre les accidents vasculaires cérébraux sont donc fausses, ont conclu les chercheurs.

Le paradoxe français a été présenté en 1992 par Serge Renaud et Michel de Lorgeril dans The Lancet. Selon lui, une consommation journalière de 20 à 30 grammes d’éthanol, soit deux à trois verres standards, était capable de réduire le risque de maladie coronarienne de 40%.

Source

Publicités

Les Canadiens plus réticents au cannabis à des fins récréatives

HALIFAX — Un nouveau sondage laisse croire que les Canadiens sont plus réticents face au cannabis à des fins récréatives par rapport à ce qu’ils en pensaient avant la légalisation de la substance.

Des chercheurs de l’Université Dalhousie disent être surpris de leurs résultats, qui suggèrent également qu’un haut niveau de stigmatisation subsiste.

Alors que 68,6 pour cent des Canadiens appuyaient la légalisation du cannabis en 2017, ils ne sont que 50,1 pour cent actuellement, selon l’enquête.

Par ailleurs, le nombre de personnes qui ne sont ni en accord ni en désaccord avec la légalisation a bondi depuis deux ans, passant de 6,9 à 20,3 pour cent.

L’auteur principal de l’étude, le professeur Sylvain Charlebois, souligne que les participants ont fait part de leurs inquiétudes sur les risques du cannabis pour les enfants, les jeunes adultes et les animaux, qui ont un accès accru à la substance.

Dans le cadre de cette enquête, 1051 adultes ont été questionnés sur une période de quatre jours au mois d’avril. Le sondage a une marge d’erreur de 3,1 points de pourcentage, 19 fois sur 20. Les résultats ont été publiés jeudi.

Il s’agit du suivi d’un sondage réalisé en 2017 qui portait sur la perception des Canadiens sur le cannabis avant sa légalisation.

Méconnaissance du cannabis

«Je pense que l’étude souligne le fait que les Canadiens sont encore des « analphabètes » du cannabis, dans une certaine mesure», a analysé M. Charlebois en entrevue depuis Halifax.

«Cela dépend beaucoup du message, de la manière dont les gouvernements ont dialogué avec le public. L’accent a été mis sur la distribution, bien sûr, et sur la protection des Canadiens, je suppose, mais je dirais que Santé Canada n’a pas vraiment accompli un bon travail pour expliquer aux gens ce qu’est le cannabis, ce que sont les cannabinoïdes.»

Et il y a eu beaucoup d’histoires dans les médias sur des enfants qui ont été hospitalisés après avoir ingéré par accident du cannabis ou sur des animaux qui sont tombés malades après être entrés en contact avec la substance.

«La majorité des Canadiens sont toujours d’accord avec la légalisation du cannabis, mais pas autant (qu’avant), a-t-il expliqué. Il y a de plus en plus de gens qui ne savent pas si c’est une bonne idée

Toujours de la stigmatisation

Selon le coup de sonde, la stigmatisation entourant la consommation de cannabis est encore bien présente.

Près d’un répondant sur cinq (18,8 pour cent) dit être inquiet d’être vu en train d’acheter du cannabis. Et 26,2 pour cent des répondants ne voudraient pas que leurs collègues sachent qu’ils consomment du cannabis à des fins récréatives.

De plus, 33,8 pour cent des personnes sondées disent qu’elles ne voudraient pas travailler avec un collègue qui consomme régulièrement du cannabis à des fins récréatives.

Pourtant, plusieurs répondants ont consommé cette substance et l’ont même utilisée pour cuisiner.

Selon l’enquête, 37 pour cent d’entre eux consomment du cannabis et parmi ceux-ci, 35 pour cent le font quotidiennement — ce qui représente environ 13 pour cent de la population en général.

Près de la moitié des répondants, ou 46 pour cent, en ont consommé pour des raisons médicales, alors que 32 pour cent l’ont fait pour des motivations récréatives. Par ailleurs, 10 pour cent des répondants disent avoir consommé du cannabis pour des raisons sociales, 7 pour cent pour leur «bien-être», et 4 pour cent pour des raisons «spirituelles».

Les consommateurs en hausse

Une récente étude de Statistique Canada suggère que la consommation du cannabis augmente à travers le pays.

Environ 5,3 millions Canadiens âgés de 15 ans ou plus (18 pour cent) disent avoir consommé en janvier, février et mars 2019 — ce qui est bien plus que les 14 pour cent enregistrés l’année précédente, avant la légalisation. Le nombre de personnes qui ont consommé pour la première fois cette substance a d’ailleurs doublé pendant cette période, pour s’établir à 646 000.

Lorsqu’ils se sont fait demander s’ils voudraient cuisiner avec du cannabis, 82 pour cent des répondants ont dit qu’ils ne le feraient jamais. En revanche, 17,4 pour cent des sondés (182 personnes) avouent avoir cuisiné avec du cannabis au moins une fois dans leur vie.

Seulement 2,3 pour cent d’entre eux disent cuisiner régulièrement avec la substance.

«Les gens croient que le cannabis ou les produits comestibles servent seulement à se droguer, a indiqué M. Charlebois. Mais je vois une petite tendance de Canadiens qui voient le cannabis comme un produit bon pour la santé.»

«Les produits comestibles finiront par être normalisés socialement, mais cela prendra probablement beaucoup plus de temps que le prévoient les entreprises.»

Le marché noir toujours présent

L’autre enjeu incontournable lorsqu’il est question du cannabis, c’est le marché noir, qui n’est pas disparu, signale M. Charlebois.

Selon le sondage, 60,4 pour cent des consommateurs de cannabis ont continué de recourir au même fournisseur après la légalisation, notamment en raison du prix et de la qualité.

«Certaines de ces personnes s’attendaient peut-être à des produits de meilleure qualité, à un prix abordable, mais certains indicateurs démontrent que le prix légal est bien supérieur au prix illégal sur de nombreux marchés.»

Source

Alcool: les mécanismes du cerveau qui peuvent vous entraîner vers l’addiction

Ce lundi, Maïtena Biraben recevait Michel Reynaud, addictologue, président du Fond Actions Addiction. Il a notamment expliqué les mécanismes du cerveau qui peuvent faire sombrer une personne dans l’alcoolisme.

Une étude s’inquiète de l’augmentation de la consommation d’alcool dans le monde

En 2017, chaque adulte dans le monde a consommé en moyenne 6,5 litres d’alcool pur, contre 5,9 litres en 1990, selon une étude publiée mercredi dans la revue médicale britannique « The Lancet ».

En moyenne dans le monde, chaque adulte a consommé 6,5 litres d\'alcool pur en 2017, contre 5,9 litres en 1990. Cette quantité devrait atteindre 7,6 litres d\'ici 2030, selon des estimations. (Photo d\'illustration)
En moyenne dans le monde, chaque adulte a consommé 6,5 litres d’alcool pur en 2017, contre 5,9 litres en 1990. Cette quantité devrait atteindre 7,6 litres d’ici 2030, selon des estimations. (Photo d’illustration) (FRANK MAY / PICTURE ALLIANCE / AFP)

En moyenne dans le monde, chaque adulte a consommé 6,5 litres d’alcool pur en 2017, contre 5,9 litres en 1990. Cette quantité devrait atteindre 7,6 litres d’ici 2030, selon des estimations établies à partir des données de 189 pays.

L’alcool représente « un facteur de risque majeur » dans l’apparition de nombreuses maladies, ainsi que dans la survenue de blessures et d’accidents, rappellent les auteurs de l’étude. Ce « changement de paysage » en matière de consommation d’alcool doit inciter les pays concernés à adopter les mesures qui ont prouvé leur efficacité ailleurs. L’étude évoque notamment « la hausse des taxes, une restriction de la disponibilité et l’interdiction du marketing et de la publicité pour l’alcool ». 

La consommation a doublé en Asie du Sud-Est

Aujourd’hui, c’est en Europe que la consommation par habitant est la plus élevée au monde, d’après les données présentées par cette étude. Mais cette consommation a reculé de 20% en vingt-sept ans, pour atteindre 9,8 litres d’alcool consommés par habitant chaque année. L’étude publiée dans The Lancet explique cette évolution par le net recul des consommations d’alcool dans certaines anciennes républiques soviétiques et certains pays d’Europe de l’Est.

A l’inverse, on observe un phénomène de rattrapage dans des pays à revenu intermédiaire,comme la Chine, l’Inde et le Vietnam, soutenu par « les transitions économiques et l’accroissement de la richesse ». Ces trois pays ont désormais « des niveaux de consommation supérieurs à certains pays européens » – respectivement 7,4 litres, 5,9 litres et 8,9 litres, selon l’article. Dans l’ensemble de l’Asie du Sud-Est, la consommation moyenne a doublé entre 1990 et 2017, pour atteindre 4,7 litres par habitant. Dans la région « Pacifique occidental », qui inclut notamment la Chine, le Japon et l’Australie, elle s’est accrue de 54%.

Le niveau de consommation enregistré reste en revanche stable et très limité en Afrique du Nord et au Moyen-Orient, avec moins d’un litre d’alcool consommé par adulte et par an. Alors qu’une majorité de la population mondiale – 53% – ne boit pas régulièrement d’alcool, « les estimations indiquent que d’ici 2030 la moitié des adultes boira de l’alcool » au moins une fois par an, estime l’étude. Près d’un quart (23%) connaîtra aussi une alcoolisation massive (au moins six verres standards en une occasion) au moins une fois par mois. Ils n’étaient que 18,5% en 1990.

La consommation nocive d’alcool entraîne trois millions de morts par an, les hommes représentant plus de 75% de ces décès, selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS). En France, l’alcool est responsable de 41 000 décès chaque année, soit la deuxième cause de mortalité évitable après le tabac.

Source

Sauvons nos enfants du cannabis, il y a urgence !

Pr Jean-Pierre Pujol, Pr émérite de l’université de Caen, membre du Centre national de prévention, d’études et de recherches sur les toxicomanies (C.N.P.E.R.T).

Sauvons nos enfants du cannabis, il y a urgence !

À l’heure où le marché florissant du cannabis suscite la convoitise de lobbys sans scrupule qui prêchent pour sa légalisation, il est urgent de rappeler quelle est la situation de ce fléau dans notre pays et les ravages qu’il génère chez nos ados.

Le cannabis n’est pas une « drogue douce », comme certains voudraient le faire croire à notre jeunesse. Déjà 300 000 enfants de 12 à 15 ans ont expérimenté ce produit et souvent son usage est associé au tabac et à l’alcool, ce qui aggrave encore les méfaits sur l’organisme.

Il faut savoir que la consommation du cannabis est responsable de 300 morts de la route et que le risque d’accidents mortels est 14 fois plus grand lorsque l’alcool est associé.

De plus, les troubles physiques et psychiques sont nombreux, menant souvent à la violence, à une forte tendance suicidaire et parfois même à la schizophrénie. À cet égard une étude Néo-Zélandaise montre que sur 1 000 adolescents qui avaient commencé à consommer au collège, 100 d’entre eux (10 %) étaient devenus schizophrènes à 18 ans.

Perte irréversible du Quotient Intellectuel

Fumer du cannabis provoque une perte d’attention chez les élèves, une difficulté à suivre les cours, à mémoriser les données, et compromet gravement le parcours scolaire. Les enseignants nous disent qu’ils ont affaire à des individus complètement apathiques, démotivés et parlent de la « drogue de la crétinisation ». Une perte irréversible de 9 points de Quotient Intellectuel (Q.I.) est d’ailleurs observée chez les consommateurs permanents.

Ce tableau ne fait que s’assombrir avec l’augmentation du taux de THC (tétrahydrocannabinol) dans les produits actuels. Il faut ajouter que l’addiction au cannabis, surtout lorsqu’elle apparaît très tôt chez les adolescents, conduit parfois à la recherche de drogues encore plus néfastes, comme la cocaïne et l’héroïne.

Comment, dès lors, peut-on plaider en toute conscience pour une légalisation du cannabis dans notre pays ? L’argument de certains serait d’invoquer les vertus thérapeutiques potentielles de cette drogue, et c’est le truchement par lequel sont passées les nations qui ont choisi cette option, comme le Canada récemment. Mais les données expérimentales dont nous disposons actuellement ne permettent pas de considérer le cannabis comme un médicament car il se montre très inférieur aux substances déjà mises sur le marché et utilisées dans les pathologies concernées, avec par contre des effets secondaires importants, notamment sur la sphère cardio-vasculaire. On peut admettre que les recherches sur certaines substances présentes dans la feuille de cannabis puissent se poursuivre mais ceci n’implique pas pour autant de passer à la légalisation.

Une crise sanitaire nationale

Contrairement à des pays comme la Suède, qui a mis en place une politique efficace de lutte contre la toxicomanie, basée à la fois sur la répression et sur la prévention, les pouvoirs publics français ne se montrent pas à la hauteur d’un problème qui s’apparente à une crise sanitaire nationale. D’ailleurs, la France est classée en tête des 28 états européens pour la consommation de cette drogue. Combien de temps faudra-t-il pour que l’on prenne conscience de l’urgence d’intégrer dans les programmes scolaires, et ce dès l’école primaire, une information auprès de nos enfants sur les dangers de cette drogue « lente » ? Il faut absolument que Jean-Michel Blanquer, ministre de l’éducation nationale et de la jeunesse, associé à la ministre des solidarités et de la santé, Agnès Buzyn, mette en place de façon urgente un plan scolaire d’information dont l’exécution serait supervisée en région par les recteurs d’académie.

Des structures d’accueil pour les parents

Enfin, avec la demande pressante de nos concitoyens d’une plus grande proximité des services publics, il serait intéressant de prévoir des structures d’accueil pour les parents touchés par ce problème et qui vivent un drame familial de façon silencieuse. Ces derniers, bien souvent considèrent comme déshonorante la situation de leur enfant atteint par le fléau et refusent d’en parler. Ils ne savent pas à quel service s’adresser pour trouver des spécialistes qui soient à l’écoute et leur permettent de « tirer d’affaire » leur enfant. Seul un soutien médical et familial peut laisser espérer un retour à la normale avant qu’il ne soit trop tard. Pourquoi ne pas prévoir de telles structures au sein des maisons « France Services » proposées par le président de la République ?

Source

Ces jeunes abstinents saoulés par les soirées alcoolisées

En 2017, 14 % des jeunes disaient n'avoir jamais consommé d'alcool.

En 2017, 14 % des jeunes disaient n’avoir jamais consommé d’alcool.

Ils ont 15, 20 ou 25 ans et ne boivent pas une goutte d’alcool. Une tendance à contre-courant qui bouscule les codes des rendez-vous estudiantins.

C’est une fête de jeunes comme les autres. Ou presque. Pour marquer la fin du premier semestre, Tom (1) a invité ses amis : Clément, Jules, Martin et Zacharie. Et aussi Pauline, Sarah et Aloïse. Moyenne d’âge : 19 ans et des brouettes. Tous étudiants en prépa, en école d’ingénieur ou de commerce. Il est 21 heures. Les « vieux » – comprenez, les parents de Tom – ont gentiment été priés de débarrasser le plancher dans l’après-midi. La playlist Spotify est lancée. Sur la table du salon, une kyrielle de bols de chips au vinaigre et de bonbecs acidulés. La fête vient de commencer. Et alors ? Rien. Sauf qu’au lieu de trinquer au mojito ou de décapsuler des bières, la petite bande va siroter du Perrier menthe. Et rien d’autre.

Tom et ses camarades seraient-ils des extraterrestres ? Tant s’en faut. Aussi surprenant que cela puisse paraître, l’abstinence est la dernière tendance chez les millennials. Les chiffres de l’Observatoire français des drogues et des toxicomanies (OFDT) l’attestent : en 2017, 14 % des jeunes de 17 ans affirmaient n’avoir jamais touché à l’alcool, contre seulement 6 % en 2000 (2). « Il est certes trop tôt pour parler d’épidémie de la sobriété, mais on voit chaque jour de nouveaux convertis, confirme Stanislas Spilka, responsable du pôle Enquêtes et analyses statistiques de l’organisme. Une chose est sûre : les Français, tous âges et tous milieux sociaux confondus, boivent moins qu’autrefois. » Même si l’Académie de médecine s’alarme d’une stagnation de la consommation depuis sept ans, celle-ci est passée de 26 litres d’alcool pur par habitant en 1961 à 11,7 litres en 2017, selon les chiffres de l’OFDT.

Boire ou conduire il faut choisir

Conséquence : les parents n’inciteraient plus autant leurs rejetons à tremper leurs lèvres dans une coupe de champagne lors des réunions de famille. Le premier verre se prend de plus en plus tard. En 2010, 6 enfants sur 10 déclaraient avoir goûté de l’alcool en classe de 6e. Ils n’étaient plus que 1 sur 2 en 2014. A 17 ans, certains ne sont donc pas encore initiés à la chose.

Du côté des non-abstinents, les chiffres sont aussi encourageants. Les alcoolisations ponctuelles importantes (API) – autrement dit, les cuites – régressent : en 2017 toujours, 44 % des jeunes de 17 ans disaient avoir absorbé plus de cinq verres en une occasion au cours du mois écoulé, contre 48,8 % en 2014. Voilà pour les chiffres.

Les campagnes de sensibilisation – « Tu t’es vu quand t’as bu ? », « Celui qui conduit, c’est celui qui ne boit pas »… – auraient-elles un impact sur le comportement de nos ados ? Si la plupart des lycéens estiment avoir été peu ou prou sensibilisés aux dangers de la boisson, ils sont les premiers à regretter qu’on ne leur apprenne pas mieux à résister à la pression du groupe. « L’alcool est quand même au coeur de beaucoup de soirées étudiantes, confirme le psychiatre Olivier Phan. Lorsqu’un jeune quitte le domicile familial pour aller étudier dans une autre ville, il se lâche et se met souvent à boire pour se conformer à la norme. » Pour ne pas être celui ou celle qui ne sait pas s’intégrer.

Des ados plus réfléchis

Boire serait-il alors devenu ringard ? Un peu. « Dans beaucoup de pays où l’alcool a la réputation de couler à flots, les ados ont aussi réduit leur consommation, confirme Maria Melchior, spécialiste des conduites addictives. On observe désormais trois groupes d’abstinents : les premiers s’y refusent pour des raisons culturelles ou religieuses (c’est le cas de près d’un jeune sur deux en Seine-Saint-Denis), les deuxièmes parce qu’ils n’ont pas vraiment d’amis, et les derniers, matures et de plus en plus nombreux, juste par choix. Parmi cette troisième catégorie, les raisons de délaisser la bouteille sont variées. Certains, par exemple, avancent avoir été confrontés à l’alcoolisme d’un proche.

 

Raconter un moment précis d’ivresse de sa mère, Andrea en est incapable. « Il y en a eu tellement, soupire cet étudiant en double cursus droit et histoire de l’art, à Paris-Assas. D’aussi loin que je me souvienne, je l’ai toujours vue alcoolisée ». A 47 ans, cette ex-secrétaire, aujourd’hui en invalidité, est détruite par l’alcool. À traîner avec des gens peu recommandables, elle a même eu maille à partir avec la justice. Alors pour Andrea, le vin et tout le reste, c’est définitivement non.

La peur d’être un autre

Autre raison d’adopter le « sans alcool, la fête est plus folle » : la peur de perdre le contrôle de soi. « Pas question de me réveiller sans savoir qui j’ai embrassé la veille, assène Ambrine, étudiante en master de gestion à Dauphine. C’est non seulement dangereux – on peut avoir des relations non consenties -, mais aussi terriblement dégradant pour soi. »

Dans une autre vie, Roxane, 26 ans, a bu. Beaucoup même. Et certains souvenirs lui donnent encore la nausée. « J’ai chopé des mecs improbables et envoyé des textos torrides à mon ex. Je me suis trémoussée à moitié nue sur une table en croyant que j’avais le déhanché de Beyoncé. J’ai même volé des boîtes de Canigou au supermarché du coin », raconte-t-elle, un brin dépitée. Après dix ans de beuveries, cette Parisienne a tourné la page. « Je suis peut-être moins drôle, mais je ne grimace plus jamais de honte le matin. »

« La façon de boire est devenue plus violente, confirme Victor Le Grand, journaliste et coauteur de Tournée générale (Ed. Flammarion), un document sur la France et l’alcool, sorti en février. Le binge drinking (ou « biture express ») – une pratique qui consiste à avaler cul sec plusieurs shots d’alcool fort pour atteindre rapidement l’ivresse – et les comportements débridés qui lui sont imputables peuvent en effrayer plus d’un. »

Une quête de bien-être

Autre raison d’opter pour une vie sobre : l’envie de prendre soin de son corps. A 20 ans, Nicolas pratique l’escalade, à raison de quatre fois par semaine. Il ne fume pas, mange équilibré et dort huit heures par nuit. Et, bien sûr, il ne boit pas. « Tout le monde sait que l’alcool est nocif, avance ce passionné de culture japonaise. A quoi bon me bousiller la santé, alors que je n’aime pas ça ? » Même son de cloche pour Guillaume. Étudiant en école d’agronomie, le jeune homme préfère dépenser son argent dans des livres plutôt que de picoler et de risquer la cirrhose à 40 ans. « Dire non est juste une question de volonté », assure cet ascète.

Nicolas et Guillaume ont raison d’être prudents. Les spécialistes sont unanimes : à partir d’une certaine dose, l’alcool peut non seulement occasionner des problèmes hépatiques, mais il peut aussi provoquer des dégâts irréversibles sur le cerveau.

L’alcool, une drogue socialement valorisée

Il n’empêche : dire qu’on ne boit pas, quand on a 18 ans, ça fait un peu désordre. L’alcool est tellement associé au plaisir convivial qu’on peut vite être taxé d’ennuyeux, de rabat-joie, d’asocial.

Pour arrondir ses fins de mois, Léa, étudiante en communication, travaille dans un bar du quartier de la Bastille. « L’autre soir, un type a voulu m’offrir un verre, raconte la jeune fille. Je lui ai dit ‘OK, va pour un jus d’ananas.’ Il a pouffé de rire. Puis il a insisté, sa pinte à la main : ‘Allez, juste une p’tite !’, ‘t’es pas drôle’, ‘puisque j’te dis que je paie…' » J’aurais dû lui dire que j’étais musulmane pratiquante ou allergique aux sulfites. Ça lui aurait cloué le bec. »

Clémentine, elle, en est arrivée à faire place nette dans son entourage. « Quand je sais qu’à 22 heures tout le monde sera torché, je décline l’invitation, glisse cette rousse au teint clair. A quoi bon me forcer si c’est pour ne rien comprendre à leur délire ? Autant rester chez moi. »

Entre les sober parties (soirées sobres) et les brumes éthyliques, certains ne veulent pas trancher. « Je suis parfois le seul à ne pas picoler, raconte Arthur, 21 ans. Ça ne m’empêche pas de m’éclater. » Comme les autres abstinents, il admet pourtant préférer se retrouver en vase clos. Les avantages avancés : « La possibilité d’arriver en scooter et de repartir tranquille, la perspective de ne pas comater le reste du week-end devant Netflix et, surtout, la satisfaction de rire parce que c’est vraiment drôle, et non parce qu’on est beurré. » Mieux : rester sobre permettrait parfois de booster son sex-appeal. Du haut de ses 15 ans, Annabelle le confirme : « Un mec qui déguste un mocktail[un cocktail de fruits] est cent fois plus craquant qu’un type défoncé qui te postillonne à la figure en baragouinant des trucs incompréhensibles ! »

Prôner l’abstinence pour mieux faire tomber les filles (ou les garçons) ? Pas sûr que nos ados mordent tous à l’hameçon. En attendant, il incombe à chacun – et encore plus aux parents – de ne pas banaliser la consommation d’alcool. Pour que le plaisir gustatif reste toujours plus important que l’effet psychotrope. Le jeune étant versatile, la tendance du zéro alcool pourrait en effet encore faire pschitt.

Source

Débat sur LCP : La légalisation du cannabis

Dimanche 5 Mai 2019, 10h sur Public Sénat,
La légalisation du cannabis
Pr. Jean Costentin

Voir la vidéo

Un débat sur le cannabis dit « thérapeutique » et sur la légalisation de cette
drogue, réunissait sur la chaîne parlementaire (LCP), outre un modérateur peu directif,
quatre débatteurs.

Dans le camp des tenants de la légalisation du cannabis : Esther Ben Bassa (sénatrice-Europe écologie les verts, franco-turco-israélienne) et Amine Ben Yamina (Algéro-Français, psychiatre, addictologue, récemment promu professeur, président de la Fédération Française des Addictions).

Face à eux madame Saintoyant qui représentait la Mission Interministérielle de Lutte contre les Drogues et les Conduites Addictives (MILDECA) et le professeur Jean-Claude Alvarez, pharmacologue, toxicologue, chef du laboratoire de toxicologie du CHU de Garches spécialiste des drogues et des produits dopants.
Madame Ben Bassa n’a manifestement rien appris depuis que son projet de loi de
légalisation du cannabis a été retoqué en 2014 par le Sénat. Ce rejet a économisé à notre pays un fort contingent de drogués et de malades psychiatriques supplémentaires.

Les aspects sanitaires ne la concernaient pas.
Cette omission était plus grave s’agissant de A. Benyamina, puisqu’il devait
représenter la valence médicale du débat ; or il a tout au plus admis quelques uns des
risques psychiques que fait encourir cette drogue.

A distance d’une culture pharmacologique et toxicologique, qui lui est manifestement étrangère, il s’est aventuré dans le domaine de la thérapeutique. Dans ce droit fil il avait déclaré il y a quelques mois (le Figaro) : « il faut laisser sa chance au cannabis thérapeutique ». Désolé, cher confrère, mais en médecine, ce n’est pas à un médicament qu’on doit laisser sa chance, mais au patient à qui l’on pourrait le prescrire, et à lui seul ! Sa récente promotion au titre de Professeur des Universités devrait le rendre plus prudent et circonspecte.

Usant d’une manip’ éprouvée, au service de la légalisation du cannabis, il le déguise en médicament pour, tel le cheval de Troie, le faire entrer dans la cité, sous les ovations d’une foule abusée et reconnaissante. Alors qu’il préside la Fédération Française des Addictions, on mesure le degré de contamination du monde de l’addictologie, et l’urgence, pour la puissance publique, de donner un coup de pied dans ce nid de frelons.

Face donc à ces deux idéologues, la représentante de la MILDECA, posément, avec
élégance, charme, rigueur, n’a rien exclu pour le futur thérapeutique de tel ou tel
constituant du cannabis, mais affirmé qu’en l’état des connaissances rien, hormis des
intérêts économiques qui ne prennent même plus la précaution de se dissimuler, ne
justifiait ces emballements médiatiques ; et de rappeler plusieurs des méfaits
psychiatriques du THC.
Dans la même tonalité que la représentante de la MILDECA, sans avoir eu un
temps suffisant pour s’exprimer, ni sans avoir bénéficié du silence de ses contradicteurs
qui voulaient étouffer son propos, le professeur Alvarez s’est appliqué à poser ce qui
aurait pu permettre un débat constructif. Il eut fallu d’abord distinguer une éventuelle
utilisation thérapeutique du cannabis de sa légalisation à des fins récréatives ; ensuite, si l’on voulait parler d’utilisation thérapeutique potentielle, il fallait de ne pas faire du
cannabis une entité pharmacologique, eu égard à la presque centaine de substances
cannabinoïdes qu’il recèle ; mais préciser de quelle molécule on parlait, afin d’en
préciser le rapport bénéfices / risques. Mais hélas la rigueur scientifique qu’il appelait
de ces vœux n’était pas au rendez-vous de cette émission. Les téléspectateurs n’ont donc rien appris, si ce ne sont les manips’ de ceux qui veulent légaliser cette drogue
dangereuse quoi que l’on veuille en dire.