Alcool au volant : va-t-il falloir souffler pour démarrer ?

  • Alcool au volant : va-t-il falloir souffler pour démarrer ?
    Les conducteurs jugés après une récidive pourraient se voir obligés d’installer le dispositif.

    Alcool au volant : va-t-il falloir souffler pour démarrer ?
    Christophe Mounet, gérant de Franc Diesel, fait une démonstration de l’éthylotest antidémarrage.

    TIPHANIE NAUD
  • Alcool au volant : va-t-il falloir souffler pour démarrer ?
    Les conducteurs jugés après une récidive pourraient se voir obligés d’installer le dispositif.

    Alcool au volant : va-t-il falloir souffler pour démarrer ?
    Christophe Mounet, gérant de Franc Diesel, fait une démonstration de l’éthylotest antidémarrage.
L’éthylotest antidémarrage va se généraliser pour les particuliers après un contrôle avec une alcoolémie délictuelle. Le seul centre agréé périgourdin est à Saint-Laurent-des-Vignes.

« Prêt pour test, s’il vous plaît soufflez ». Impossible de lancer le moteur de la voiture sans s’exécuter. L’éthylotest antidémarrage (EAD), posé sur le tableau de bord, y veille. « L’appareil est branché sur le système de démarrage, entre la partie contact clé et le démarreur », explique Christophe Mounet, gérant de la société Franc Diesel à Saint-Laurent-des-Vignes, seul centre agréé du département à installer des EAD sur des véhicules légers.

Si le conducteur a dépassé le seuil d’alcool autorisé (0,5 g/l et 0,2 g/l de sang pour les permis probatoires), l’écran affiche « test non ok » et l’engin bloque l’alimentation électrique. Un nouveau test est demandé cinq minutes plus tard.

Difficile à tromper

L’éthylotest est capable de reconnaître un souffle d’adulte ou d’enfant, explique Christophe Mounet pour qui le système est « impossible à tromper ». Il fait aussi la différence entre l’alcool en bouche (un bonbon ou un gâteau à l’alcool peut fausser le test) et l’alcool dans l’air expiré. Le conducteur ivre peut toujours demander à une personne sobre de souffler à sa place. Mais pour contrer cette possibilité, un deuxième souffle est demandé lors d’un long trajet. « C’est aléatoire. Ça peut être au bout de 5 minutes comme de 30. On a alors 20 minutes pour se garer et souffler. Sinon, on repart pour un cycle de 20 minutes. Et si on ne respecte pas cette demande, prévient Christophe Mounet, le contact est coupé, la voiture est bloquée. Il faudra la ramener sur un plateau dans un centre agréé ». L’EAD n’arrête donc pas le moteur en route mais il enregistre le manquement, qui pourra être transmis aux autorités.

Voilà pour la théorie. Car en pratique, « pour l’instant, aucun particulier n’est encore venu, le dispositif est encore en cours de validation », raconte le gérant de l’entreprise, qui pose et contrôle les EAD sur les bus depuis 2012.

Dispositif en cours

En test depuis 2016 dans trois départements, l’éthylotest antidémarrage arrive désormais en Dordogne, quelques mois avant son entrée en vigueur au niveau national. Seul un recours à l’EAD a, jusqu’à présent, été prononcé par le parquet de Bergerac « il y a trois ou quatre semaines », selon le vice-procureur Charles Charollois. Une personne qui n’est pas encore passée chez Franc Diesel.

Le coût des EAD reste un frein à une généralisation : « 1 830 euros TTC à l’achat, détaille l’entrepreneur. L’achat est préconisé pour les décisions d’incarcération supérieures à 18 mois. »

Le dispositif peut également être loué, pour 136 euros par mois, après s’être acquitté de 390 euros pour la pose. L’entreprise Franc Diesel a formé trois techniciens supplémentaires pour répondre à la future demande. « Nous souhaiterions faire entre une et quatre installations par mois pour rentabiliser notre investissement », estime le gérant.

Une fois mais plus deux

Le gouvernement veut rendre obligatoire l’emploi des éthylotests anti-démarrage en cas de récidive d’infraction de conduite en état d’ivresse

Si l’efficacité de l’éthylotest anti-démarrage (EAD) pour lutter contre l’alcoolémie au volant est largement reconnue, sa sous-utilisation est avérée. Le gouvernement est bien décidé à réduire le fossé qui existe entre obligation théorique et mise en œuvre pratique. Le 9 janvier dernier, le Comité interministériel de la sécurité routière présidé par le premier ministre a proposé de favoriser son usage.

D’une part, l’EAD, accompagné d’un suivi médico-psychologique, serait rendu obligatoire en cas de récidive d’infraction de conduite en état d’ivresse. Une obligation qui, seule, serait gage d’efficacité selon certains experts. Autre avantage : la baisse significative du coût d’installation, à l’heure actuelle très élevée, ce qui constitue un frein à son utilisation.

D’autre part, un conducteur contrôlé avec un taux d’alcool supérieur à 0,8 g/l, dont le permis aurait été suspendu par décision préfectorale, pourrait quand même conduire si son véhicule est équipé du dispositif. « Il est nécessaire de prendre en compte les conséquences sociales d’une suspension de permis. Dans les départements ruraux comme la Dordogne, se faire suspendre son permis, c’est très souvent perdre travail », avait souligné le délégué interministériel à la Sécurité routière, Emmanuel Barbe, lors de sa dernière visite dans le département fin avril.

À noter que l’utilisation de l’EAD – obligatoire sur les bus et les autocars depuis le 1er septembre 2015 – n’est pas une nouveauté pour les particuliers. Depuis la loi d’orientation et de programmation pour la performance de la sécurité intérieure (Loppsi 2), adoptée en 2011, toute personne contrôlée avec plus 0,8 g/l peut se voir interdire par un juge de conduire tout véhicule qui ne soit pas équipé d’EAD, et ce, pendant cinq ans. Depuis 2011, seuls quelques dizaines d’EAD ont été installées sur l’ensemble du territoire. Faire intervenir uniquement le préfet en lieu et place d’un juge, comme l’envisage le gouvernement, devrait faciliter et multiplier l’emploi de ce dispositif.

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