Les Canadiens plus réticents au cannabis à des fins récréatives

HALIFAX — Un nouveau sondage laisse croire que les Canadiens sont plus réticents face au cannabis à des fins récréatives par rapport à ce qu’ils en pensaient avant la légalisation de la substance.

Des chercheurs de l’Université Dalhousie disent être surpris de leurs résultats, qui suggèrent également qu’un haut niveau de stigmatisation subsiste.

Alors que 68,6 pour cent des Canadiens appuyaient la légalisation du cannabis en 2017, ils ne sont que 50,1 pour cent actuellement, selon l’enquête.

Par ailleurs, le nombre de personnes qui ne sont ni en accord ni en désaccord avec la légalisation a bondi depuis deux ans, passant de 6,9 à 20,3 pour cent.

L’auteur principal de l’étude, le professeur Sylvain Charlebois, souligne que les participants ont fait part de leurs inquiétudes sur les risques du cannabis pour les enfants, les jeunes adultes et les animaux, qui ont un accès accru à la substance.

Dans le cadre de cette enquête, 1051 adultes ont été questionnés sur une période de quatre jours au mois d’avril. Le sondage a une marge d’erreur de 3,1 points de pourcentage, 19 fois sur 20. Les résultats ont été publiés jeudi.

Il s’agit du suivi d’un sondage réalisé en 2017 qui portait sur la perception des Canadiens sur le cannabis avant sa légalisation.

Méconnaissance du cannabis

«Je pense que l’étude souligne le fait que les Canadiens sont encore des « analphabètes » du cannabis, dans une certaine mesure», a analysé M. Charlebois en entrevue depuis Halifax.

«Cela dépend beaucoup du message, de la manière dont les gouvernements ont dialogué avec le public. L’accent a été mis sur la distribution, bien sûr, et sur la protection des Canadiens, je suppose, mais je dirais que Santé Canada n’a pas vraiment accompli un bon travail pour expliquer aux gens ce qu’est le cannabis, ce que sont les cannabinoïdes.»

Et il y a eu beaucoup d’histoires dans les médias sur des enfants qui ont été hospitalisés après avoir ingéré par accident du cannabis ou sur des animaux qui sont tombés malades après être entrés en contact avec la substance.

«La majorité des Canadiens sont toujours d’accord avec la légalisation du cannabis, mais pas autant (qu’avant), a-t-il expliqué. Il y a de plus en plus de gens qui ne savent pas si c’est une bonne idée

Toujours de la stigmatisation

Selon le coup de sonde, la stigmatisation entourant la consommation de cannabis est encore bien présente.

Près d’un répondant sur cinq (18,8 pour cent) dit être inquiet d’être vu en train d’acheter du cannabis. Et 26,2 pour cent des répondants ne voudraient pas que leurs collègues sachent qu’ils consomment du cannabis à des fins récréatives.

De plus, 33,8 pour cent des personnes sondées disent qu’elles ne voudraient pas travailler avec un collègue qui consomme régulièrement du cannabis à des fins récréatives.

Pourtant, plusieurs répondants ont consommé cette substance et l’ont même utilisée pour cuisiner.

Selon l’enquête, 37 pour cent d’entre eux consomment du cannabis et parmi ceux-ci, 35 pour cent le font quotidiennement — ce qui représente environ 13 pour cent de la population en général.

Près de la moitié des répondants, ou 46 pour cent, en ont consommé pour des raisons médicales, alors que 32 pour cent l’ont fait pour des motivations récréatives. Par ailleurs, 10 pour cent des répondants disent avoir consommé du cannabis pour des raisons sociales, 7 pour cent pour leur «bien-être», et 4 pour cent pour des raisons «spirituelles».

Les consommateurs en hausse

Une récente étude de Statistique Canada suggère que la consommation du cannabis augmente à travers le pays.

Environ 5,3 millions Canadiens âgés de 15 ans ou plus (18 pour cent) disent avoir consommé en janvier, février et mars 2019 — ce qui est bien plus que les 14 pour cent enregistrés l’année précédente, avant la légalisation. Le nombre de personnes qui ont consommé pour la première fois cette substance a d’ailleurs doublé pendant cette période, pour s’établir à 646 000.

Lorsqu’ils se sont fait demander s’ils voudraient cuisiner avec du cannabis, 82 pour cent des répondants ont dit qu’ils ne le feraient jamais. En revanche, 17,4 pour cent des sondés (182 personnes) avouent avoir cuisiné avec du cannabis au moins une fois dans leur vie.

Seulement 2,3 pour cent d’entre eux disent cuisiner régulièrement avec la substance.

«Les gens croient que le cannabis ou les produits comestibles servent seulement à se droguer, a indiqué M. Charlebois. Mais je vois une petite tendance de Canadiens qui voient le cannabis comme un produit bon pour la santé.»

«Les produits comestibles finiront par être normalisés socialement, mais cela prendra probablement beaucoup plus de temps que le prévoient les entreprises.»

Le marché noir toujours présent

L’autre enjeu incontournable lorsqu’il est question du cannabis, c’est le marché noir, qui n’est pas disparu, signale M. Charlebois.

Selon le sondage, 60,4 pour cent des consommateurs de cannabis ont continué de recourir au même fournisseur après la légalisation, notamment en raison du prix et de la qualité.

«Certaines de ces personnes s’attendaient peut-être à des produits de meilleure qualité, à un prix abordable, mais certains indicateurs démontrent que le prix légal est bien supérieur au prix illégal sur de nombreux marchés.»

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