NON, la cigarette électronique n’est pas le moyen idéal pour cesser de fumer

Lors de son introduction, il y une dizaine d’années, la cigarette électronique (e-cigarette) a été présentée comme un outil formidable pour obtenir des fumeurs de cigarettes combustibles qu’ils cessent progressivement de fumer. Depuis, son usage n’a cessé de se développer, encouragé par  les producteurs commerciaux qui se sont engouffrés dans ce nouveau marché.

Mais aucune preuve scientifique sérieuse n’était  venue attester que l’e-cigarette n’était pas nocive, ou beaucoup moins nocive que la cigarette combustible. Toutefois, cela n’empêchait pas certains psychiatres addictologues de vanter les mérites du produit et d’en faire un outil essentiel pour cesser de fumer, en prétendant qu’il n’y a pas dans la vapoteuse « ce qui tue », à savoir de l’oxyde de carbone et des goudrons. Mais, depuis quelque temps, une certaine méfiance ne cessait de s’accroître parmi la population et des doutes s’élevaient sur  les vertus de l’e-cigarette.

Or, de nouvelles études viennent d’être publiées qui établissent très nettement que les liquides produits par le vapotage se montrent très dommageables au niveau cellulaire. Ces travaux ont conduit l’OMS a déclarer, dans son rapport du 26 Juillet sur l’épidémie du tabac, que la cigarette électronique est incontestablement nocive pour l’organisme, et à recommander une régulation de ce produit. Dans le même temps, on apprend que San Francisco vient d’en interdire l’usage sur son territoire. La Chine envisagerait également de prendre des mesures dans ce sens.

Une première étude, menée par des chercheurs de Stanford (1), montre que des cultures de cellules-souches vasculo-endothéliales exposées aux liquides de l’e-cigarette (e-liquids) ou au sérum de vapoteurs réagissent par une viabilité réduite, une production accrue de formes  réactives d’oxygène, une activation du stress oxydatif, et une inhibition de la faculté de former des tubes vasculaires et de migrer, une spécificité de ce type cellulaire.

Ceci confirme un dysfonctionnement endothélial. De plus, le milieu conditionné de ces cultures ainsi traitées induit chez des macrophages un état pro-inflammatoire, caractérisé par la production d’interleukines-1ß et -6, deux cytokines qui induisent le stress oxydatif. L’exposition des cultures au sérum des vapoteurs induit également les mêmes phénomènes, perturbant le fonctionnement des cellules endothéliales, en particulier leur aptitude à former des vaisseaux (capacité pro-angiogénique). Les chercheurs ont également observé une production accrue des cytokines inflammatoires dans le sérum des fumeurs de e-cigarettes. Globalement ce tableau correspond aux troubles qui précèdent les maladies cardiovasculaires.

Certes, il s’agit là d’une étude « in vitro », technique qui comporte des limites bien connues. Mais ces résultats ont été confirmés par une autre recherche, menée cette fois chez des souris (2). Celles-ci ont été exposées pendant 3  jours ou 4 semaines à l’air ambiant (contrôles), ou à la vapeur de cigarette électronique contenant soit un mélange de propylène glycol et glycérol végétal, soit ce même mélange plus de la nicotine, soit le mélange avec nicotine et des parfums, ou à la fumée de cigarettes combustibles.

Le stress oxydatif, l’inflammation et la mécanique pulmonaire ont été évalués. Les résultats montrent que la vapeur de l’e-cigarette, spécialement celle contenant l’ensemble des composants accroît le nombre de cellules retrouvées dans le liquide de lavage bronchio-alvéolaire, ainsi que les marqueurs du stress oxydatif, ceci au moins de façon comparable, et dans beaucoup de cas même supérieure à la fumée de cigarette combustible. Le taux de protéine présent dans le liquide de lavage bronchio-alvéolaire était uniquement élevé chez le groupe exposé à la vapeur contenant l’ensemble des composants, pour tous les temps observés. Ces données montrent que l’exposition à la vapeur de cigarette électronique peut déclencher des réponses inflammatoires et affecter le système respiratoire de manière négative. De plus,, dans beaucoup de cas, les parfums ajoutés dans l’e-cigarette exacerbent ces effets néfastes.

Comme on le voit, il n’est plus possible de prétendre que la cigarette électronique peut constituer un moyen idéal de transition pour cesser de fumer. D’ailleurs, les statistiques montrent que 75% des vapoteurs continuent de fumer des cigarettes combustibles. De plus, on constate que bon nombre d’adolescents se mettent à vapoter, pensant que c’est moins risqué, mais comme l’e-cigarette contient toujours de la nicotine, ils deviennent vite accrocs et se mettent à fumer des cigarettes combustibles. Donc, le vapotage contribue également à accroître le tabagisme chez nos jeunes.

Tout ceci devrait inciter certains addictologues à se montrer plus circonspects à l’avenir et à prendre conscience de la responsabilité qu’ils prennent, par leurs déclarations publiques,  vis-à-vis de nos jeunes adolescents.

  1. Journal of the American College of Cardiology 2019, 73, issue 21
  2. American Journal of Physiology. Lung Cellular and Molecular Physiology 2018, 315, Issue 5, L667-L672

Jean-Pierre PUJOL Professeur de Biochimie 

Membre du CNPERT (Centre National de Prévention, d’Etudes et de Recherches sur les Toxicomanies)

 

 

 

 

 

 

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