Adresse au docteur O. Vérant,  promoteur à l’assemblée nationale du « cannabis thérapeutique »

Par le Professeur Costentin, Président du CNPERT

Ayant contesté précédemment l’initiative de ce député, d’habiller le cannabis en médicament,  c’est au médecin, qu’il est aussi, que s’adressent maintenant les données pharmaco-thérapeutiques qui auraient dues inspirer ses réflexions ; données qui s’inscrivent contre l’usage, comme médicament, du cannabis ou de son tétrahydrocannabinol / THC.

Le décret paru au J.O. qui «autorisait l’usage du cannabis et de ses dérivés », fut rédigé par un administratif ignorant qu’une plante,  le cannabis, n’a pas de dérivés. ll voulait vraisemblablement parler de ses constituants, tel le THC ou le cannabidiol/CBD ; à ne pas les nommer il validait la centaine de cannabinoïdes présents dans la plante, dont le THC et le CBD sont les moins méconnus…

Exit, du moins pour l’instant, les cigarettes médicamenteuses et leurs méfaits pour l’appareil respiratoire ;  la forme fumée du cannabis est exclue ; mais jusqu’à quand, puisque « ça se pratique ailleurs ».

La toxicité physique du THC comporte : tachycardie, vasodilatation ; déclenchement d’infarctus du myocarde, artérites des membres inférieurs ; accidents vasculaires cérébraux ; diminution de l’immunité et de la résistance aux infections.

Le THC perturbe la croissance ; réduit la sécrétion testiculaire de l’hormone mâle (testostérone) ; diminue la libido et la fertilité ; induit des cancers du testicule (« germinome non séminome »).

Le cannabis perturbe la grossesse ; abrège sa durée avec des bébés plus hypotrophes que le ferait la seule prématurité ; accroît le risque de mort subite inexpliquée ; retarde le développement psycho-moteur ; favorise l’hyperactivité avec déficit de l’attention.

Les individus qui exposent leurs gamètes au THC, infligent à leur progéniture, par un mécanisme épigénétique, une diminution des récepteurs dopaminergiques D2 impliqués  dans la perception du plaisir. Pour pallier ce déficit, l’adolescent recourra à des drogues, afin d’intensifier la libération de dopamine à proximité des récepteurs raréfiés (propension aux toxicomanies analysée par Hurd et coll.).

Les méfaits cérébraux du THC sont nombreux et graves :

Addictif, il piège 20% de ceux qui l’ont expérimenté (1.400.000 usagers réguliers ;  700.000 usagers quotidiens, la France championne européenne.

Il persiste dans le cerveau de nombreux jours  (« drogue  très lente »).

Il perturbe l’éveil, l’attention, la mémoire ; suscitant de graves perturbations cognitives.

Comme l’alcool, il produit une ivresse ; leur rencontre multiplie par 14 le risque d’accidents mortels de la route.

Il induit délires et hallucinations, comme ceux observés dans la schizophrénie ; Il peut déclencher une psychose cannabique; Il peut décompenser une vulnérabilité à la schizophrénie ;  affection grave dont on ne  guérit pas.

Anxiolytique, il incite l’anxieux à en user puis à en abuser ; une tolérance se développant  fait réapparaître une anxiété plus intense qu’auparavant.

Perçu comme anti dépresseur,  le déprimé en use,  en abuse ; l’effet disparaissant fait réapparaitre une dépression intense, avec son risque suicidaire.

Ses effets s’atténuant le cannabinophile y ajoute d’autres drogues (poly toxicomanie).

Les effets pharmacologiques potentiels sont multiples, ses récepteurs cérébraux   étant nombreux et présents dans toutes les structures cérébrales :

Ebriété,  sédation, anxiolyse, analgésie, myorelaxation, amnésie, élévation du seuil épileptogène, augmentation de l’appétit ; diminutions des vomissements, induction de troubles de l’équilibre et de la coordination motrice, analgésie…

La thérapeutique répugne aux « soupes végétales » associant en proportions non définies des principes actifs variés dont les effets peuvent s’épauler ou se contredire.

Un médicament doit développer un effet principal, éventuellement un ou deux effets latéraux qu’on peut parfois utiliser, mais pas plus. Avec le THC on redécouvre la thériaque. Sollicitant une analgésie,  on déplorera les autres effets servis « en prime » : ivresse, appétit accru, sédation, troubles de la coordination motrice, délires, hallucinations…, et, surtout, la dépendance rendant son utilisation indispensable pour échapper aux troubles de sa privation.

Les effets thérapeutiques potentiels sont d’une intensité assez modeste, alors qu’on dispose, pour chacun des effets développés par le THC, d’authentiques médicaments, plus efficaces, avec une bonne spécificité d’action. Ainsi, pour contrer les vomissements des chimiothérapies, les sétrons sont des molécules beaucoup plus efficaces que le THC.

L’accès à la dignité de médicament s’acquiert à partir du rapport bénéfices/risques ; Les bénéfices que le patient pourra en retirer doivent l’emporter sur les risques il encourra à l’utiliser. Ce rapport est spécialement mauvais pour le THC.

Le devenir du THC dans l’organisme est une autre préoccupation. Son exceptionnelle lipophilie le laisse persister des semaines dans les tissus riches en lipides (cerveau en particulier), d’où une durée d’action longue et imprévisible. Il interagit avec différents médicaments, par un système  impliqué dans leur excrétion, la glycoprotéine P (GpP).

On peut affirmer que le cannabis, comme son constituant psychotrope essentiel, le THC, ne satisfont pas aux critères requis pour être acceptés comme médicaments, dans les indications proposées ou anticipées.

Chercheur pharmacologue, je ne puis évidemment exclure que parmi les dizaines de cannabinoïdes que recèle le chanvre indien l’un ou plusieurs d’entre eux soient dotés  d’intéressantes propriétés pharmacologiques, sans effets adverses manifestes. Le CBD, rapidement réputé « non psychotrope », pourrait être un candidat sérieux, mais  cette assertion est prématurée.

Il n’est besoin ni de ce tapage, ni que s’en mêle la représentation nationale pour initier des études pharmaco-toxicologiques. Certains Etats « étant en pointe » sur des utilisations cliniques, prenons le temps d’analyser leurs données. Il importe de ne pas s’emballer, ni d’aborder sous un angle démagogique et/ou idéologique ce qui  touche à la santé de nos concitoyens.

Un médecin s’impliquant dans les aspects législatifs d’un médicament, doit manifester une prudence redoublée. Il ne lui sera pas pardonné, encore moins qu’à quiconque, de s’être mépris sur ce sujet aux conséquences sanitaires majeures.