COLOMBIE TÉMOIGNAGES: LES RAVAGES CACHÉS DE LA COCAÏNE

Cloisons nasales perforées, impuissance, nécroses cutanées: la cocaïne génère des maladies et effets secondaires méconnus

Destruction de cloison nasale, problèmes cardiaques ou neurologiques, impuissance sexuelle, nécroses: la cocaïne génère maladies et effets secondaires méconnus et honteusement dissimulés. Des ex-toxicomanes et drogués rencontrés en Colombie, premier producteur de ce stupéfiant, témoignent.

La sortie du confinement, imposé pour enrayer la propagation du nouveau coronavirus, risque de se traduire par une hausse des surdoses avec une reprise de la consommation après des mois de sevrage, craignent des experts.

Risque de surdose

«Les gens, qui ont réduit leur consommation durant la quarantaine, ne peuvent prendre ce qu’ils prenaient avant, parce que cela pourrait provoquer une surdose», avertit Julian Quintero, directeur de l’institut d’action technique sociale (ATS) à Bogota, la capitale colombienne confinée depuis le 20 mars.

Quelque 500’000 toxicomanes meurent chaque année dans le monde et 35 millions d’entre eux souffrent de «troubles» consécutifs à leur addiction, selon un rapport de l’Office des Nations unies contre la drogue et le crime (UNODC), publié en mai.

Difficulté de traiter ces effets secondaires

«Les gens vont difficilement chez le médecin pour une addiction à la cocaïne et ils ne pensent pas que cela cause d’autres affections», explique Efren Martinez, directeur scientifique du centre de désintoxication de la fondation Colectivo Aqui y Ahora, en soulignant la difficulté de traiter ces effets secondaires, dont les patients parlent avec réticence.

Voici trois témoignages, recueillis par l’AFP, sur le calvaire de ces maladies, nées de l’inhalation de cocaïne.

Les saignements n’empêchaient pas Nicolas Merizalde de «sniffer» du «perico», nom populaire de la cocaïne en Colombie. «Avec un mouchoir, avec n’importe quoi, je nettoyais le sang. J’attendais que cela sèche un peu, puis je m’en remettais encore et encore jusqu’à saigner», raconte cet homme de 47 ans.

Cloison en platine

Pas de trace visible de chirurgie, bien que sa cloison nasale ait été remplacée par du platine. Les dégâts au septum du nez sont générés par une consommation effrénée de longue date, dans son cas depuis ses 14 ans.

«Les acides que contient la cocaïne ont le pouvoir de dévorer l’os, littéralement», souligne M. Martinez. Et, «le plus grave, ce sont les micro-infarctus cérébraux», quand la cloison nasale est perforée, la poudre montant au cerveau.

Impuissance sexuelle

De l’alcool et la marijuana, Nicolas Merizalde est passé très vite à la «neige» et de «façon plus obsessive» que ses amis: «Eux sniffaient une ligne, moi deux». Sa vie est partie en vrille. Il a volé, frappé sa petite amie, passé de la drogue au Pérou, s’est laissé tripoter par un «dealer» de drogue en échange de sa dose.

Au bout du rouleau, il s’est enfermé dans un motel pour en finir d’une surdose. Mais il a échoué et s’est retrouvé hospitalisé. Depuis 1995, il est «clean» et dirige depuis dix ans un centre de réhabilitation.

Alberto attribue la rupture avec sa femme à sa dysfonction érectile. «Amoureux» de la cocaïne, il n’imaginait pas qu’elle le trahirait au lit. «C’est ce qui peut arriver de pire… c’est ce qui a déclenché notre séparation, car mon corps, ma vie, tout dépendait de la drogue», a raconté ce quadragénaire dans un couloir de l’hôpital universitaire San José à Bogota.

Erection perturbée

Il y a été opéré d’une ischémie cérébrale, causée par la poudre blanche. Ses difficultés d’érection ont commencé il y a plus de vingt ans. Il en avait 22, dont huit à se droguer quotidiennement. Il s’est marié, a eu deux enfants, sans renoncer à la «coke». Son épouse l’a toléré, jusqu’à ce qu’il puise dans le budget familial.

Et leur relation intime s’est étiolée. «Quand tu […] es dépendant de la drogue, cela annule souvent le plaisir sexuel», dit-il. La cocaïne forme des caillots de graisse dans les vaisseaux sanguins, perturbant l’irrigation du pénis, donc l’érection, explique le toxicologue Miguel Tolosa, qui a suivi Alberto.

Nécrose cutanée

Mais l’impuissance était un problème mineur face à d’autres troubles: infarctus cérébral, problèmes hépatiques, coronariens et rénaux. «La drogue a été la pire décision de ma vie. Elle a tout gâché», admettait Alberto, avant de cesser d’aller aux contrôles médicaux et que l’hôpital perde sa trace.

Jorge Rodriguez montre son torse, son dos, ses bras. Sa peau témoigne de l’«enfer» de la nécrose cutanée due à une cocaïne frelatée: elle est parsemée de cicatrices de la taille de lentilles. «Les démangeaisons ne me laissaient rien faire, ni lire, ni écrire, ni l’amour […] Cela empoisonne la vie», se souvient cet homme de 50 ans, chez lui dans le centre de Bogota.

«Travailler reclus»

«Le lit tâché de sang, les chemises… C’est une maladie honteuse». A la fin des années 2010, son corps s’est couvert de boutons, transformés en lésions. «Pour aller à une réunion, je devais me passer des calmants sur la peau», explique-t-il. «J’ai dû cesser d’avoir une vie professionnelle publique [comme chercheur et consultant, ndlr] et travailler reclus». Consommateur de cocaïne depuis un quart de siècle, il a commencé à souffrir après avoir changé de dealer. Cinq amis ont ensuite présenté les mêmes symptômes.

Des médecins ont évoqué la gale ou des acariens. Les traitements ne les soulageaient que quelques jours, jusqu’à ce que l’institut d’action technique sociale (ATS) analyse la cocaïne. Pour plus de profit, les narcos l’avaient mélangée à du Levamisol, un antiparasitaire vétérinaire.

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Alcool : comment le cerveau des femmes les rend plus vulnérables

La sécrétion d’une hormone modifiant la réponse neuronale chez les femmes pourrait expliquer pourquoi celles-ci sont plus vulnérables que les hommes face à l’alcool.

Alcool : comment le cerveau des femmes les rend plus vulnérablesLITTLEBEE80/ISTOCK

L’ESSENTIEL
  • Les femmes sont plus vulnérables face à l’alcool que les hommes.
  • Cela pourrait s’expliquer par des forts niveaux d’œstrogènes dans leur cerveau.
  • Les œstrogènes activeraient la dopamine, liée au circuit de récompense dans le cerveau.

En France, l’alcool tue environ 41 000 personnes par an. Pourtant, si au pays du vin, la consommation tend globalement à diminuer, celle des femmes rejoint peu à peu celles des hommes. Force est de constater que les deux sexes ne sont pas égaux face à l’alcool. Non seulement les femmes qui boivent sont socialement moins bien vues, mais l’alcool affecte également plus leur organisme. Il a notamment été prouvé que l’alcoolémie apparaissait plus élevée chez une femme que chez un homme à quantité égale absorbée. L’élimination de l’alcool est également plus lente chez les femmes. Si un foie plus petit et une corpulence moins importante peuvent expliquer ces phénomènes, les mécanismes biologiques en jeu demeureraient flous. Aujourd’hui, une nouvelle étude parue dans The Journal of Neuroscience montre que la sécrétion d’une hormone modifiant la réponse neuronale chez les femmes pourrait expliquer cette différence.

Pour leur étude, les chercheurs ont travaillé sur des souris, dont les cerveaux sont assez similaires à ceux des humains. Ils ont activé les récepteurs d’oestrogènes (groupe de stéroïdes, dont la fonction, à l’état naturel, est d’être une hormone sexuelle femelle primaire) dans l’aire tegmentale ventrale (ATV, groupe de neurones situé en plein centre du cerveau) de souris mâles et femelles. Ils ont alors pu observer que l’activation du récepteur d’œstrogène ERα enflamme les neurones en réponse à l’alcool.

Le taux d’oestradiol (E2) augmente et altère le système de la dopamine, un neurotransmetteur dans plusieurs voies du système nerveux, dont celle de la récompense. Quand les taux de E2 sont hauts, les neurones de l’ATV réagissent plus intensément à la présence d’éthanol et libèrent de la dopamine. Les abus sont alors plus probables, la consommation d’alcool étant plus “récompensée” par le système nerveux des souris femelles que celui des mâles.

“Les femmes passent plus rapidement à un trouble de la consommation d’alcool”

Les scientifiques ont ensuite bloqué certains récepteurs (ERa et ERb) dans l’ATV des souris. Si cela a diminué l’abus d’alcool chez les souris femelles, cela n’a eu aucun effet sur les mâles, bien que leur cerveau contienne également des oestrogènes. Il est donc possible que, chez les femelles, les récepteurs d’oestrogènes soient plus sensibles à l’activation quand les niveaux changent, avancent les chercheurs. Ainsi, l’oestrogène aurait des “effets puissants” sur le système de dopamine et augmenterait la vulnérabilité des femmes à développer une dépendance à l’alcool. 

“Ces résultats indiquent que différents mécanismes cérébraux provoquent la consommation excessive d’alcool chez les femmes et les hommes, explique Amy Lasek, psychiatre à l’université de l’Illinois (Etats-Unis) et co-autrice de l’étude. Si la consommation d’alcool est plus importante durant les périodes où les niveaux d’œstrogène sont élevés, cela peut contribuer à la fois à des risques pour la santé liés à l’alcool mais aussi augmenter les risques de développer des problèmes d’alcoolisme sévères”, explique-t-elle au site Inverse. “Les femmes passent plus rapidement d’une consommation problématique d’alcool à un trouble de la consommation d’alcool et souffrent des effets négatifs de l’alcool sur la santé, tels qu’un risque accru de cancer, de lésions hépatiques, de maladies cardiaques et de lésions cérébrales », poursuit-elle.

Il a notamment déjà été prouvé qu’à consommation égale d’alcool, les femmes gardaient plus de séquelles à long terme. Elles souffrent davantage d’atteintes neurologiques (polynévrites périphériques à l’origine de douleurs ou de troubles de la sensibilité des extrémités) et développent plus tôt que les hommes une stéatose (foie gras), une fibrose hépatique ou encore une cirrhose (5 à 7 ans avant en moyenne).

Une approche basée sur le sexe dans le traitement de l’alcoolisme ?

“C’est important car cela signifie que des approches différentes pourraient être nécessaires pour réduire la consommation excessive d’alcool chez les hommes et les femmes », développe Amy Lasek. Ainsi, à terme, ces résultats pourraient conduire à des traitements innovants basés sur le sexe pour l’alcoolisme.

Actuellement, il existe déjà des médicaments bloquant les récepteurs d’œstrogènes. Connus sous le nom de modulateurs sélectifs des récepteurs d’œstrogènes (SERMS), ils sont utilisés pour traiter le cancer du sein. “Cependant, les SERMS ont des effets secondaires importants comme des bouffées de chaleur, de la fatigue et des sautes d’humeur, donc, malheureusement, utiliser un SERM pour bloquer les récepteurs d’œstrogènes chez des femmes par ailleurs en bonne santé afin de réduire la consommation d’alcool n’est pas une bonne option », explique Amy Lasek.

Reste donc à trouver des voies de signalisation spécifiques par lesquelles les récepteurs d’œstrogènes agissent dans le cerveau, entraînant une augmentation de la consommation excessive d’alcool et du sentiment de récompense chez les femmes. Cela pourrait permettre de mettre au point une méthode plus ciblée pour réduire la consommation excessive d’alcool chez elles. Et ce, sans effets secondaires, espèrent les chercheurs.

Quelle consommation en France ?

On parle de consommation ponctuelle immodérée d’alcool quand une personne a un taux d’alcoolémie à 0,08 g/dl ou plus, soit généralement cinq verres ou plus pour les hommes ou quatre verres ou plus pour les femmes en environ deux heures.

En France, les autorités sanitaires recommandent quelques jours sans alcool dans une semaine et, les jours où l’on en consomme, de ne pas dépasser les deux verres dits standards. Globalement, il est conseillé de ne pas consommer plus de 10 verres standards par semaine.

Malgré tout, selon une enquête de Santé publique France menée en 2017, à cette époque, 9,7% des Français de 18-75 ans déclaraient avoir bu plus de dix verres d’alcool au cours des sept derniers jours. Par ailleurs, 7,9% disaient avoir en avoir consommé plus de cinq jours sur sept. “Cela représente environ 10,5 millions d’adultes qui boivent trop. Ils boivent en tout cas dans une proportion qui augmente les risques pour leur santé notamment les risques à moyen et long terme : cancers, hypertension, hémorragies cérébrales, certaines maladies cardiovasculaires…”, commentait alors Viet Nguyen-Thanh, responsable de l’unité addiction de Santé publique France à l’AFP.

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