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Date

30 septembre 2021

Comment débanaliser la consommation d’alcool ?

Comment débanaliser la consommation d’alcool ?
Billion Photos/shutterstock.com © Crédit photo : destinationsante.com

Trois verres ( 27 g d’alcool pur) par jour et par habitant.

La France est parmi les pays les plus gros consommateurs d’alcool au monde. Résultat, nous payons « un lourd tribut sanitaire et social lié à la popularité de la consommation de boissons alcoolisées », indique l’Inserm dans sa dernière expertise en la matière.

Dans le détail, « en 2015, on estimait que 41 000 décès, soit 11% des décès chez les hommes et 4 % chez les femmes de 15 ans et plus, étaient attribuables à l’alcool », poursuit l’expertise. « Le coût social était estimé à 118 milliards d’euros en 2010, soit une perte de 6 % du PIB. »

Comment expliquer ce phénomène ? « La consommation d’alcool est responsable directement ou indirectement d’une soixantaine de maladies : maladies alcooliques du foie mais aussi pathologies cardiovasculaires, pancréatites, certains cancers notamment digestifs et du sein, sans compter les troubles psychiques, la dépression, les suicides et les dommages occasionnés par des accidents ».

Et contrairement à une idée reçue, « les effets délétères de l’alcool concernent tout le monde, et pas seulement les personnes qui ont une dépendance ou un trouble lié à cette substance », martèle Mickael Naassila, directeur du Groupe de recherche sur l’alcool et les pharmacodépendances. « La consommation faible mais quotidienne présente des risques ».

C’est pourquoi l’expertise de l’Inserm n’évoque plus de « seuils de risque » mais des « repères de consommation à moindre risque ». Soit 2 verres par jour et 10 verres par semaine maximum, selon les recommandations revues à la baisse en 2017 par Santé publique France.

Pourquoi l’alcoolisme ne recule pas ?

« L’alcool, et surtout sa surconsommation, sont un enjeu de santé publique majeur, paradoxalement méconnu et sous-médiatisé », souligne l’Inserm. Et ce tabou « contraste avec une image plutôt valorisée, voire valorisante, de l’alcool notamment chez les jeunes, et en tout cas une perception banalisée de sa consommation ».

Résultat, 8 % des jeunes de 17 ans déclarent avoir une consommation régulière et 40 à 50 % ont connu une alcoolisation ponctuelle importante. Chez les seniors, la consommation d’alcool survient dans un contexte de comorbidités et de traitements médicamenteux fréquents.

Malgré les messages de sensibilisation, la consommation pendant la grossesse reste fréquente. « Nos préoccupations portent notamment sur les consommations occasionnelles importantes en tout début de grossesse, pour lesquelles nous avons très peu de données », précise Marie-Josèphe Saurel-Cubizolles, épidémiologiste spécialisée sur la santé périnatale.

Un plan Alcool ?

Pour combattre ce problème grave de santé publique, l’expertise de l’Inserm propose donc un plan d’action Alcool, à l’image du plan Tabac.

Les experts préconisent notamment de « mieux encadrer la vente d’alcool en augmentant le prix et les taxes et en limitant son accessibilité, notamment pour les mineurs ».

En parallèle, ils conseillent de s’appuyer sur « la communication, la prévention et l’éducation du public, au travers d’interventions ciblées (en milieu scolaire, au travail, auprès des parents…) ou de campagnes telles que le Dry January ».

Enfin, ils insistent sur la nécessité d’instaurer « un repérage, un suivi et une prise en charge des personnes à risque ». Par exemple par les pharmaciens.

Mais au fait, c’est quoi le crack, la drogue qui gangrène Paris ?

Mais au fait, c'est quoi le crack, la drogue qui gangrène Paris ?
© Robin Tutenges / Hans Lucas / AFP

Le crack est une drogue dure et extrêmement addictive. A Paris, les autorités sont confrontées depuis plusieurs années à ce fléau dérivé de la cocaïne. Mais c’est quoi exactement le crack ? France Live a interrogé une chercheuse spécialisée en neurobiologie de l’addiction aux drogues.

Paris, sa Tour Eiffel, les quais de Seine, ses boulevards haussmanniens et ses « crackers »… On est loin de l’image de carte postale, mais depuis plusieurs années maintenant la capitale est confrontée aux ravages du crack. Les toxicomanes accros à cette substance errent dans les rues de certains quartiers. La cohabitation avec les riverains est problèmatique, certaines situations deviennent explosives.

Récemment délogé de la rue Riquet, dans le 19e arrondissement, un groupe de toxicomanes a par exemple reconstitué un campement porte de La Villette.

La mairie de Paris a créé la polémique en érigeant dans l’urgence un mur.  Baptisé « Le mur de la honte » par ses opposants, il a été construit sous un pont qui permettait de passer de la rue du Chemin-de-Fer (19e arrondissement), à Pantin (Seine-Saint-Denis).

Depuis plusieurs années, la ville de Paris est confrontée à ces consommateurs dont la présence irrite les riverains. La « colline du crack », Porte de la Chapelle, a ainsi été évacuée plus d’une quinzaine de fois.

France Live a interrogé Stéphanie Caillé-Garnier, chercheuse en neurosciences au CNRS, spécialisée dans la recherche préclinique sur les comportements et la neurobiologie de l’addiction aux drogues, afin d’expliquer ce qu’est exactement cette drogue.

Qu’est ce que le crack ?

C’est la transformation de la pâte de coca, ou de la poudre de cocaïne par ajout de bicarbonate et d’eau. On fait évaporer l’eau par chauffage, ce qui donne un résidu huileux qui prend l’aspect d’un caillou, solide et cristallin, en refroidissant.

Comment se consomme-t-il ?

Le crack peut être fumé pur dans une pipe, ou mélangé à du tabac, ou à de la marijuana. La dose moyenne, lors d’une prise, est d’environ 85 mg.

Quels sont ses effets ?

Comme la cocaïne, le crack a un impact direct sur le cerveau, notamment au niveau de la voie mésocorticolimbique, l’un des systèmes qui agit sur la dopamine. A court terme, les effets sont donc plutôt agréables pour le consommateur, avec un flash et une sensation d’euphorie.

Et à long terme ?

Ces effets euphorisants ne durent pas longtemps, ce qui pousse le consommateur à rapidement reprendre de la drogue. Il en arrive très vite à une prise compulsive, c’est-à-dire avec une perte de contrôle.

Pourquoi est-il très addictif ?

Les effets physiologiques du crack sont plus puissants que ceux de la cocaïne. En étant fumé, le crack atteint directement les capillaires au niveau des poumons, ce qui permet une absorption quasiment instantanée du produit qui rejoint très vite la circulation artérielle. L’impact de la drogue au cerveau se fait en 6/8 secondes. Ce sont ces caractéristiques pharmacodynamiques qui accroissent le pouvoir addictif du crack : plus c’est rapide et intense, plus c’est addictif

Comment s’en sort-on ?

La prise en charge par psychothérapie est l’outil le plus efficace, souvent associé à un médicament anti-craving, c’est-à-dire qui diminue l’envie urgente de drogue. Il n’y a pas de médicament spécifique à l’addiction au crack. Ensuite, il peut y avoir des adaptations en fonction des troubles comorbides, s’il y a la présence d’autres troubles psychiatriques que l’addiction par exemple.

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