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30 mars 2023

Cannabis : en Californie, le marché noir prospère, malgré la légalisation

Par AFP le 29.03.2023 à 18h04 Lecture 5 min.

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Un homme entre dans un magasin illégal de cannabis à Los Angeles, le 21 décembre 2022

AFP – ROBYN BECK

Sur un boulevard de Los Angeles, Omar Buddakey passe une porte d’immeuble surmontée d’une croix verte lumineuse. Pas de vitrine, ni de devanture: rien n’indique la présence d’un commerce. Pourtant, il émerge quelques instants plus tard de cette échoppe clandestine avec un joint à la main.

Cinq ans après la légalisation complète du cannabis en Californie, ce genre de transactions illicites reste ancré dans les mœurs. Le marché noir se porte comme une fleur et défie l’industrie officielle, désavantagée par les impôts et la bureaucratie.

« Les boutiques légales sont trop chères », explique à l’AFP l’ambulancier de 27 ans, avec son pétard pré-roulé, acheté sans payer aucune taxe. En venant ici, ce consommateur régulier, qui fume pour réguler son anxiété, estime « économiser environ un salaire » par an

Son quartier populaire de l’est de Los Angeles pullule de magasins clandestins sans enseignes: souvent signalés par une simple croix verte dans la rue, ils s’affichent ouvertement en ligne, avec une page dédiée sur Google.

Toute la journée, Joe accueille ainsi les clients dans sa boutique aveugle et mal éclairée.

Personnes âgées, femmes seules, couples avec enfants, personne ne s’offusque des bocaux poussiéreux dans lesquels il stocke ses fleurs de cannabis.

Car chez lui, 30 grammes d’herbe sont facturés 100 dollars au lieu des 135 réglementaires.

« Les flics ont probablement organisé huit à dix descentes dans ce magasin », raconte l’air blasé ce vendeur d’une vingtaine d’années, qui refuse de donner son patronyme. « Ils prennent l’herbe, nos caméras et tout le cash. (…) Nous, on rouvre dans l’heure suivante ou le jour d’après. »

« Taxés à mort »

En 2016, la Californie a autorisé l’usage récréatif du cannabis — qui était déjà licite sur ordonnance médicale — en approuvant par référendum une loi qui promettait de « neutraliser le marché noir ».

Un objectif partagé par de nombreux pays partisans d’une légalisation, du Canada à l’Uruguay en passant par l’Allemagne.

Mais depuis 2018 et l’ouverture des premiers commerces légaux, le poids de l’économie souterraine reste remarquablement stable autour des 8 milliards de dollars annuels, selon Tom Adams, du cabinet Global Go Analytics.

Plus modeste, le marché légal californien est désormais à la peine, après plusieurs années d’expansion.

En 2022, les ventes officielles de cannabis ont reculé pour la première fois de 8,2%, avec 5,3 milliards de chiffre d’affaires.

« La Californie paye aujourd’hui deux erreurs fatales qu’elle a commises en concevant son plan. Elle y a mis trop d’impôts et trop de réglementations », estime M. Adams, en pointant les effets contradictoires du pouvoir laissé aux politiques locaux.

Malgré la légalisation proclamée, chaque ville ou comté a le dernier mot et presque deux tiers (61%) des exécutifs locaux n’autorisent pas la vente de cannabis dans leur juridiction. L’Etat compte donc à peine 1.100 boutiques pour 40 millions d’habitants: de quoi créer une large base de clients insatisfaits, prêts à se fournir illégalement.

Dans les zones où le commerce est permis, « nous sommes taxés à mort. Malheureusement, cela met à rude épreuve l’industrie », peste Nathan Holtz-Poole, propriétaire d’un magasin avec pignon sur rue à Venice Beach.

Entre les taxes d’accise et la TVA imposées à la fois par le gouvernement californien et la ville de Los Angeles, « le consommateur paie plus de 35% de taxes pour chaque dollar dépensé » dans sa boutique, explique-t-il.

Soigneusement décoré, son dispensaire aux airs d’herboristerie propose notamment des produits haut de gamme, de la plante à cultiver chez soi au concentré de cannabis ultra-puissant sous forme de cire.

Malgré ce positionnement, « nous survivons tout juste, au mieux nous sommes à l’équilibre », confie le quinquagénaire, qui a vu ses ventes chuter ces derniers mois.

– Sanctions minimes

« Nous sommes constamment confrontés aux vendeurs illégaux », s’agace-t-il. Le commerçant estime que cette concurrence déloyale lui fait perdre « 30% de chiffre d’affaires ».

Dans son quartier, plusieurs enseignes de CBD — la molécule non psychoactive du cannabis — vendent sous le manteau des produits psychotropes chargés en THC, sans aucune licence. Malgré ses signalements réguliers à la police, « il n’y a aucun contrôle », soupire-t-il. « Nous nous sentons complètement abandonnés. »

Les forces de l’ordre, elles, ont l’impression de vider l’océan à la petite cuillère. Car avec la légalisation, l’échelle des sanctions pour vente illicite de cannabis a été abaissée.

Résultat, lorsqu’un magasin illégal est perquisitionné, les vendeurs risquent rarement plus qu’une amende et reprennent rapidement leurs activités, résume Michael Boylls, de la brigade anti-stupéfiants de la police de Los Angeles.

« Nous travaillons d’arrache-pied, mais la loi n’a pas de mordant », regrette cet enquêteur, qui dirige l’unité dédiée au cannabis.

Ses hommes effectuent 300 à 400 perquisitions par an et font parfois murer les commerces illégaux.

Une croix verte à l'entrée d'un magasin illégal de cannabis, le 21 décembre 2022 à Los Angeles, en Californie (AFP - Robyn BECK)
Une croix verte à l’entrée d’un magasin illégal de cannabis, le 21 décembre 2022 à Los Angeles, en Californie (AFP – Robyn BECK)

Pourtant, la police recense invariablement depuis 2018 une centaine de dispensaires hors-la-loi chaque année dans la ville. Un chiffre qui monte à plusieurs centaines si l’on ajoute le territoire du comté de Los Angeles, sous l’autorité du shérif.

Face au ras-le-bol de l’industrie légale, le gouverneur de Californie Gavin Newsom a décidé l’été dernier de supprimer une taxe sur la culture du cannabis, pour inciter les producteurs à ne pas glisser vers l’économie souterraine. Une mesure jugée insuffisante par le secteur.

« On ne peut pas éliminer rapidement le marché illégal lorsqu’on handicape à ce point les acteurs légaux », juge M. Adams, l’analyste. « La raison pour laquelle le marché légal de l’alcool a pris le dessus rapidement après la prohibition, c’est que ce n’était pas autant taxé. »

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Prendre le volant sous l’emprise de stupéfiants, une conduite qui se banalise

Publié le 30/03/2023 12:02

 Durée de la vidéo : 3 min.

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Édition du jeudi 30 mars 2023

Des consommateurs de cocaïne et autres stupéfiants qui prennent le volant sans réaliser les risques qu’ils encourent ni le danger qu’ils représentent pour les autres… La conduite sous l’emprise de drogues, un fléau mis en lumière par l’affaire Palmade, tendrait à se banaliser en France. Extrait d’un reportage à voir dans « Envoyé spécial » le 30 mars 2023.

Un samedi soir, peu après l’affaire Palmade, « Envoyé spécial » a suivi le travail d’une brigade de gendarmerie déployée sur un rond-point de Seine-et Marne avec pour consigne d’intensifier les contrôles de stupéfiants. Ils scrutent l’attitude des conducteurs, à l’affût des effets visibles de leur éventuelle consommation. En cas de soupçons, ils leur feront passer un test salivaire. En quelques minutes, celui-ci permet de détecter cinq stupéfiants : cocaïne, cannabis, opiacés, amphétamines et méthamphétamines.

Avant même d’être testé, un conducteur avoue qu’il vient de fumer du cannabis. Il a aussi bu « une demi-bouteille de gin » avec un ami, précise-t-il. Stupéfiant plus alcool, un mélange à risques, qui empêche pourtant de moins en moins d’automobilistes de prendre le volant. L’homme interpellé avait bien conscience que sa conduite pouvait être altérée, mais il n’a « fait que 3 kilomètres », se défend-il. Son permis est confisqué et risque d’être suspendu. Sa voiture est mise en fourrière. Pour usage de stupéfiants au volant, il encourt deux ans de prison et 4 500 euros d’amende. 

Conduite sous l’emprise de stupéfiants : un condamné sur cinq est un récidiviste

Malgré ces sanctions, certains assument ce qui est devenu pour eux une habitude. En un mois, ce jeune homme que nous appellerons Julien a été testé deux fois positif à la cocaïne au volant. Il ne semble pas conscient de faire courir un danger aux autres usagers de la route. « Sous cocaïne, je me sens concerné par ce qui se passe sur la route, j’ai confiance en moi », affirme-t-il.

Il a écopé de 1 000 euros d’amende, quatre mois de prison avec sursis et deux mois d’annulation de permis. Pour le récupérer, il doit juste repasser le code. Une sanction légère, selon Julien lui-même, qui « estime s’en être bien sorti ». Il sera donc de retour sur la route dans quelques jours. Pense-t-il reprendre le volant en ayant consommé des stupéfiants ? « Si je ne suis vraiment que sous cocaïne et sous cannabis, je vais le faire, oui », répond-il sans hésiter.

Extrait de « Cocaïne au volant, le nouveau fléau », un reportage à voir dans « Envoyé spécial » le 30 mars 2023.

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