Clara Bauer-Babef
Les bouteilles de vins et spiritueux vendus en Irlande devront bientôt afficher des messages de prévention à l’attention des consommateurs, à l’instar de ceux inscrits sur les paquets de cigarettes, d’ici mai 2026.
Alors que l’Irlande a reçu le feu vert de la Commission européenne en janvier 2023 pour afficher des messages de prévention sur ses bouteilles d’alcool, le Centre de Politique européenne (CEP) aimerait voir la règle appliquée dans tous les États membres.
Les bouteilles de vins et spiritueux vendus en Irlande devront dès mai 2026 afficher des messages de prévention à l’attention des consommateurs, à l’instar de ceux inscrits sur les paquets de cigarettes.
Les Irlandais pourront donc bientôt lire des messages comme « La consommation d’alcool provoque des maladies du foie » ou bien « Il existe un lien direct entre l’alcool et les cancers mortels ».
En Irlande, chaque année, 1 000 nouveaux cas de cancers liés à l’alcool se déclarent, selon les chiffres d’Action Alcohol Ireland.
Un bébé sur dix naît avec des troubles liés à l’alcoolisation fœtale durant la grossesse.
Si le Comité permanent des médecins européens (CPME) salue cette décision, les lobbies viticoles ne l’entendent pas de cette oreille et s’inquiètent d’une fragmentation du marché unique.
En effet, les règles de commercialisation des biens et marchandises sont uniformisées à l’échelle européenne : si un pays décide d’imposer ses propres règles, cela pourrait déséquilibrer la compétition entre producteurs européens.
« La décision de la Commission européenne est un coup de canif. Cela crée un précédent extrêmement périlleux », avait estimé la Fédération des Exportateurs de Vins & Spiritueux de France (FEVS) en juin dernier.
Mais pour le Centre de Politique Européenne (CEP), la future loi irlandaise est un exemple qui gagnerait à être appliqué dans tous les pays membres.
« Compte tenu du risque sanitaire avéré de l’alcool, il est légitime d’introduire cette nouvelle obligation d’étiquetage partout dans l’Union européenne », estime Victor Warhem, économiste et représentant du CEP en France, lors d’un entretien avec Euractiv.
Si l’étiquetage protège la santé des consommateurs, quelles conséquences pour les producteurs de vin qui y voient une menace directe pour le marché unique ?
« Les dispositions incluses dans la réglementation irlandaise en matière d’étiquetage sont incompatibles avec le droit communautaire en vigueur et constituent une entrave injustifiée et disproportionnée aux échanges dans le cadre de la législation communautaire », avait réagi le Comité européen des entreprises vins.
L’Irlande a reçu en janvier dernier le feu vert de la Commission européenne pour doter ses bouteilles d’alcool d’une étiquette sanitaire. Une décision vivement critiquée par les exportateurs de vins français qui craignent pour le marché unique.
Étiqueter pour la prospérité ?
Mais selon un rapport du CEP publié en août dernier, étiqueter toutes les bouteilles d’alcool vendues en Europe aurait, au contraire, des bienfaits économiques pour la filière des vins et spiritueux.
« Cela aurait pour effet d’éviter de multiplier les coûts d’étiquetage pour les producteurs d’alcool, notamment français, espagnols et italiens ou de conduire ces derniers à se détourner du marché irlandais avec des conséquences encore plus négatives sur la santé du secteur », peut-on lire dans le rapport.
D’autant que le marché du vin est en crise, selon Victor Warhem, qui note que si les grands producteurs de vin vont pouvoir prendre en charge ces coûts supplémentaires, pour les petits producteurs cela risque de poser problème.
Mais la France, l’Italie et l’Espagne ne l’entendent pas de cette oreille.
En réaction à la future loi irlandaise, les trois pays, qui produisent à eux seuls 47 % de l’ensemble des bouteilles de vin vendues dans le monde, ont décidé de travailler à l’élaboration d’un document commun pour contester la décision de la Commission.
À ce jour, la Commission européenne n’a pas reçu de lettre de la coalition et estime que la future législation irlandaise ne porte pas atteinte au marché unique. Mais à l’aube des élections européennes, nul doute que le dossier sera au menu des débats à Bruxelles et à l’agenda de la future Commission.
D’ici là, dès décembre 2023, les bouteilles de vin vendues dans l’UE devront tout de même indiquer les ingrédients et les valeurs nutritionnelles sur leurs étiquettes au moyen d’un QR code.
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