Professeur Jean Costentin, Président du Centre National de Prévention, d’Etudes et de Recherches sur les Toxicomanies (CNPERT)
Il n’y a de trafic de drogues que s’il y a des consommateurs. Ce truisme d’une grande banalité, même s’il paraît niais ne peut être nié, et moins encore contesté. Faut-il qu’il dérange, pour que certains s’élèvent contre cet élémentaire au bon sens ?
Exprimant ce constat commun, le ministre de l’Intérieur, monsieur G. Darmanin, affirme sa résolution de réduire le désastre des toxicomanies, en renforçant les actions contre les trafiquants et les dealers ; et d’ajouter qu’il faut aussi s’en prendre aux consommateurs.
Au cours des cinq décennies écoulées depuis la loi de 1970 prohibant la consommation des drogues, dont celle du cannabis, nombre de politiques ont, d’une façon démagogique, progressivement affadi les sanctions qui visaient les consommateurs ; cette loi, jamais appliquée, prévoyait des sanctions pouvant aller jusqu’à 3.500 € d’amende et même un emprisonnement d’une année, avec inscription au casier judiciaire.
La justice, qui revendique le droit de ne pas appliquer systématiquement les sanctions prévues par la loi, a le plus souvent renoncé à poursuivre les contrevenants que lui présentait la police (classement sans suite) ; sans infliger une sanction intermédiaire entre ce tout et ce rien.
L’Éducation nationale a fait une impasse totale sur la prévention des toxicomanies de l’école jusqu’à l’université.
La Mission interministérielle de lutte contre les drogues et toxicomanies (MILDT, devenue MILDECA) a eu à sa tête des présidents qui militaient insidieusement pour la légalisation du cannabis (Nicole Maestracci, Didier Jayle, Danièle Jourdain-Menninger) à l’instar du directeur de l’Observatoire Français des Drogues et Toxicomanies (J.-M. Costes).
Aucune campagne télévisée digne de ce nom n’a été développée contre le cannabis. Au mieux des messages rares, brefs et abscons, auxquels faisaient bientôt suite de longues émissions télé qui banalisaient le cannabis et où la parole n’était donnée qu’à des défenseurs de la légalisation du cannabis (J.-P. Couteron, W. Lowenstein, A. Benyamina…).
Et immanquablement survint ce qui avait été si systématiquement préparé : la France promue tout premier consommateur de cannabis en Europe ; la drogue s’infiltrant en tous points du territoire national ; une crétinisation galopante ; une multiplication des pathologies psychiatriques; une guerre des gangs pour la maîtrise des territoires de deal avec 220.000 dealers ; des zones de non droit (« territoires perdus de la République ») ; une très importante économie souterraine ; une accidentalité routière et professionnelle élevée et, de connaissance plus récente et aux conséquences très graves, le développement des effets épigénétiques du cannabis.
Ces effets affectent ses consommateurs (très au-delà du séjour de son principe actif, le THC, dans leur organisme). Ils peuvent les transmettre à leur progéniture, avec pour conséquences une vulnérabilité : aux malformations congénitales, aux troubles anxieux et/ou dépressifs, à l’autisme, à la schizophrénie, aux addictions, à des déficits cognitifs, à des déficits de l’immunité…
Un ressaisissement est impératif et urgent. La cible doit être celle prônée par le ministre de l’Intérieur – les consommateurs, cible négligée par les politiques passées.
Oui mais, un collectif regroupant plusieurs associations dont AIDES, SOS Addiction, le syndicat de la magistrature, la Fédération Addictions, la ligue des droits de l’Homme, s’en prend au ministre de l’Intérieur (26 septembre) : déclarant « qu’il tente de cacher l’échec de sa politique des drogues en stigmatisant les consommateurs ». Le grand mot « stigmatisation » est lâché.
Responsabiliser n’est pas stigmatiser. Les consommateurs doivent être rappelés à leurs responsabilités qui, dans ce drame des toxicomanies, sont majeures, même si elles ne sont pas exclusives.
Ces associations « vent debout » contre ce rappel de bon sens du ministre de l’;Intérieur, devraient cesser de souffler sur les braises des toxicomanies. On attend d’elles un investissement fort dans la prévention ; or leur activité à cet égard est nulle voire même négative. Ne serait-ce en fait leur fonds de commerce qu’elles s’appliquent à préserver et même à amplifier ?