Plus besoin de sécateur.
La culture du cannabis, c’est un peu comme celle des tomates: de la bonne terre, des graines, de l’eau et du soleil. Que ce soit pour sa fibre ou pour ses molécules psychoactives et thérapeutiques, la plante est à l’origine de tout ce qui intéresse l’homme dans le cannabis.
Enfin, plus pour longtemps, affirme un article de NewScientist, qui revient sur les évolutions technologiques d’un secteur en pleine expansion aux États-Unis, où il a été légalisé dans plusieurs États. Nous pouvons désormais fabriquer les molécules du cannabis sans jamais inclure les plantes au procédé.
Le procédé, qui rappelle celui des brasseries, consiste à cultiver dans des cuves des levures produisant de grandes quantités de cannabinoïdes, avec des effets bien moindres sur l’environnement que l’agriculture. «Je ne vois pas comment les plantes pourraient rivaliser une fois que nous produirons à grande échelle», affirme d’ailleurs Ben Chiarelli, fondateur de Cellibre, l’une des nombreuses start-up visant à capitaliser sur les cannabinoïdes microbiens.
Cela fait plus de cinq ans que les chercheurs produisent des cannabinoïdes en utilisant des levures issues de la bio-ingénierie, ce qui est également vrai pour le tétrahydrocannabinol (le fameux THC), responsable des effets psychoactifs du cannabis. Malgré une demande croissante, tant pour des usages thérapeutiques que récréatifs, l’industrie a du mal à décoller.
Après l’enthousiasme, le doute
Plusieurs entreprises ont récemment fait faillite et d’autres ont abandonné leurs cuves de levure. Le Covid-19 est passé par là et ses conséquences se font encore sentir aujourd’hui. Cellibre a mis sur pause la production de cannabinoïdes pour se concentrer sur d’autres produits.
Ben Chiarelli reste cependant optimiste. La culture de «cannayeasts» (mot-valise mêlant cannabis et «yeasts», «les levures») n’est pas morte. Et il prévoit que d’ici quelques décennies, 80% des cannabinoïdes seront fournis par des microbes. Pas pour les utilisateurs récréatifs, non, mais pour tout le reste, des boissons à l’alimentation animale.
La production de ces molécules grâce aux levures présente aussi des avantages dans le domaine thérapeutique. Cancers, neurodégénérescence, mais aussi troubles du sommeil, anxiété, vieillissement: tous ces maux pourraient être traités, ou tout du moins soulagés, par des cannabinoïdes dont la production en masse est bien plus facile en laboratoire qu’avec la méthode traditionnelle.
Pas sûr, donc, que rouler un joint de cannabis issu d’un laboratoire soit pour tout de suite –d’autant plus que l’on rappelle que sa consommation est toujours interdite en France–, mais les cannabrasseurs (mot-valise que vous décortiquerez bien sans notre aide) n’ont sûrement pas dit leur dernier mot.