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Date

30 décembre 2023

Vu de l’étranger. Alcool : la France de Macron rechigne toujours à soutenir le Défi de janvier

Le journal britannique “The Guardian” se fait l’écho de la lettre d’une cinquantaine d’addictologues appelant le gouvernement à soutenir l’initiative “Dry January”. Une idée à laquelle la classe politique française ne s’est pas convertie, en particulier le président.

Publié aujourd’hui à 15h43 

Le président français au Salon de l’Agriculture à Paris, en 2020.
Le président français au Salon de l’Agriculture à Paris, en 2020. CHRISTOPHE PETIT TESSON / AFP

“Controverse en France où le gouvernement est réticent à soutenir le Dry January”, titre The GuardianLe journal britannique cite la lettre adressée au ministère de la Santé par 48 addictologues, révélée le 11 décembre, demandant au gouvernement de promouvoir ce mois d’abstinence sans alcool, également baptisé “Défi de janvier” dans l’Hexagone.

Lancé outre-Manche il y a plus de dix ans, puis en 2020 en France à l’initiative d’associations, “il a gagné en popularité”, explique le journal britannique, “mais l’appareil d’État français ne l’a pas promu et les politiciens sont réticents à monter dans le wagon”.

À commencer par Emmanuel Macron, “vu en France comme le président le plus pro-alcool depuis la Seconde Guerre mondiale, qui déclare boire chaque jour, au déjeuner et le soir, et juge ‘un peu triste’ un repas sans vin”.

Inadapté à la culture française ?

Dans un pays qui est, après les États-Unis, “le second consommateur de vin au monde”, “le puissant lobby hexagonal de l’alcool fait valoir que la France est une nation qui boit traditionnellement avec modération, de sorte que le Dry January à la britannique serait en décalage avec sa culture et mieux adapté aux buveurs excessifs du nord de l’Europe”.

Interrogée par The Guardian, Krystel Lepresle, du lobby Vin et Société, rappelle que la consommation d’alcool en France a baissé de 60 % en 60 ans.

Il y aurait néanmoins 42 000 décès par an en France liés à l’alcool, souligne Amine Benyamina, chef du département de psychiatrie et d’addictologie à l’hôpital Paul-Brousse et président de la Fédération française d’addictologie. “Nous ne voulons pas un pays sans alcool, nous voulons un pays qui énonce très nettement les risques”, lesquels “ne sont pas présentés en France”, affirme-t-il.

“Un bon et un mauvais alcool”

Dans un article de janvier 2023 sur le sujet, The Washington Post rappelait que “le gouvernement français a flirté brièvement avec l’idée de lancer une campagne Dry January en 2020, qui aurait été en ligne avec son soutien au Mois sans tabac de novembre. Cependant, les autorités ont abandonné ce projet sous la pression des viticulteurs.”

“Depuis peu ou prou deux siècles, il y a dans la culture française une croyance largement partagée mais fausse […] à savoir ‘qu’il y aurait un bon alcool et un mauvais alcool, et que le bon alcool se trouverait dans le vin’”, déclarait au journal l’historienne Kolleen Marie Guy.

Les perceptions seraient toutefois en train d’évoluer, poursuit le quotidien d’outre-Atlantique, notamment chez les jeunes, plus curieux des versions non alcoolisées du vin ou des cocktails. “Le Défi de janvier est perçu sous un jour de plus en plus positif, déclare au Guardian Bernard Basset, à la tête de l’Association Addictions France. La classe politique n’a pas compris que l’opinion publique voulait du changement.”

Source Courrier international

Alcool : pourquoi il ne faut pas sous-estimer le danger qu’il représente

L’alcool est très accepté socialement parlant. Pourtant, il est responsable de plus de 200 maladies et de plus de 40 000 morts par an.

Des bulles et des festivités vous attendent du 19 au 21 novembre 2021 à l'Hippodrome de Marcq-en-Baroeul pour le Salon du Champagne.
L’alcool est l’une des drogues les plus insidieuses. (©Adobe Stock/Illustration)

Par Martin Leduc Publié le 30 Déc 23

Difficile de dire non à une coupe de champagne lors des réveillons de Noël et du Nouvel An. Papi et mamie pourraient faire la moue car « c’est de tradition ». 

Pourtant, l’alcool est un véritable fléau des temps modernes. L’une des drogues les plus insidieuses, qui plus est l’une des plus négligées lorsque l’on en évoque l’addiction. Pourtant, il est la deuxième cause de mortalité prématurée dans notre pays. 

L’alcool attaque le corps dans son entièreté

Pourquoi l’alcool est dangereux ? Parce qu’il est profondément admis dans la sphère sociale. « La consommation de boissons alcoolisées est très liée aux pratiques culturelles », écrit-on sur le site Addict’Aide, destiné à tout ce qui concerne les addictions. « Environ un quart des adultes ont toujours une consommation qui dépasse les repères préconisés », note l’Inserm.

La société a parfois tendance à oblitérer les effets néfastes de l’alcool. Pourtant, sa consommation « entraîne des décès et des incapacités relativement tôt dans la vie. Chez les personnes âgées de 20 à 39 ans, environ 13,5 % du nombre total de décès sont attribuables à l’alcool », comme l’indique l’Organisation mondiale de la santé (OMS).

L’Inserm évoque plus de 200 maladies dont l’alcool est responsable. Et cela, c’est parce que « contrairement aux autres drogues, qui ont des effets plus ciblés, l’alcool s’attaque à tout le corps », explique à actu.fr, Philippe Binder, médecin généraliste et professeur émérite à l’université de Poitiers, également pilote du groupe de travail addiction au Collège de médecine libérale.

Attention, il ne s’agit en aucun cas de dire que les autres drogues ne sont pas dangereuses. Ce serait faux. Mais si on parle d’alcool, il n’y a qu’à voir la peau d’un alcoolique chronique et la comparer à celle d’un cocaïnomane, par exemple. Celle de celui qui boit de l’alcool est fripée, cuivrée, altérée… C’est parce que l’alcool attaque toutes les cellules. Du foie au cœur, en passant par le cerveau, la peau, les reins…Philippe BinderMédecin généraliste et professeur émérite à l’université de Poitiers

Au niveau du cerveau aussi, les problèmes peuvent être graves : atteinte de la mémoire, perte de coordination et de la vision, perturbation de l’horloge biologique… 

À lire aussi L’État doit-il augmenter le prix de l’alcool, comme il le fait pour le tabac ?

« L’alcool expose à des dysfonctionnements graves allant jusqu’à priver le concerné de ses capacités cognitives de base », résume l’institut Adios, sur son site internet. Vidéos : en ce moment sur Actu

On commence à comprendre, par ailleurs, que l’alcool est aussi responsable d’un grand nombre de cancers : bouche, gorge, œsophage, foie, sein, colon, rectum, pancréas… « Ce sont des découvertes très récentes, même si l’on s’y attendait un peu. Les complications peuvent commencer à partir d’un verre par jour. »

« Je meurs de l’alcool, mais je n’ai jamais été ivre de ma vie »

C’est aussi en ça que l’alcool est très dangereux. Contrairement à ce que l’on pourrait croire, ce n’est pas le fait de « prendre une cuite » de temps en temps qui est dangereux. Bien que cela ne soit pas recommandé, évidemment. 

L’Inserm évoque plusieurs repères à ne pas dépasser pour limiter les risques : 

  • ne pas consommer plus de 10 verres d’alcool par semaine
  • ne pas consommer plus de 2 verres par jour
  • ne pas boire d’alcool au moins 2 jours par semaine

À partir de quand est-on alcoolique ?

Difficile de quantifier une telle question. « L’alcoolisme, c’est l’addiction à l’alcool. L’addiction, c’est la maladie du cerveau, de la perte du contrôle du désir, envahi par le besoin. Lorsque vous êtes capable de dire “j’ai le désir de boire du champagne ce soir”, vous en avez le désir. Mais vous ne le faites pas parce que ce n’est pas le moment, vous n’avez pas envie d’être seul à boire, ou autre…. Là, on n’est pas sur de l’addiction. Ça reste du domaine du désir. Quand ça a glissé sur le besoin. Là, vous allez tout faire pour le faire. Une envie de faire pipi, c’est un besoin. On se retient un peu, mais pas longtemps. Car physiologiquement, ce n’est pas possible. C’est là que l’on rentre dans le domaine de l’alcoolisme », récite Philippe Binder.

Mais l’alcool au quotidien, même sans être ivre, attaque également l’organisme. Et ce, contrairement à ce qu’affirme le « french paradox ». Non : même si elle est faible, une consommation régulière entraîne bel et bien des problèmes. 

Un de mes premiers patients alcooliques était en train de mourir d’une cirrhose importante, et il m’a dit “je meurs de l’alcool mais je n’ai jamais été ivre.” Je m’en rappellerai toute ma vie.Philippe BinderMédecin généraliste et professeur émérite à l’université de Poitiers, également pilote du groupe de travail addiction au Collège de médecine libérale.

« Un autre, a fait des varices œsophagiennes. Son foie a tellement gonflé qu’un engorgement a eu lieu proche de son œsophage. Ses veines ont lâché et il est mort d’une hémorragie interne. Sans jamais avoir été ivre, encore une fois », raconte Philippe Binder. 

Du temps avant une amélioration

Et lorsque les complications se déclarent, cela peut prendre beaucoup de temps avant que le corps humain ne se régénère. Lorsque cela est possible. 

« Certains récupèrent très vite, cela dépend des gens », tient tout de même à tempérer Philippe Binder. 

C’est au bout de trois mois que l’on peut commencer à sentir des effets positifs. « L’amélioration est rapide au début, puis beaucoup plus lente. Un peu comme quand on commence la musculation », image-t-il. 

Lorsque l’on arrête de boire de l’alcool, « le foie prend enfin le temps d’éliminer les toxines accumulées », note l’institut Adios. « L’influx nerveux est d’une meilleure qualité, ce qui optimise la coordination et l’équilibre. »

Des effets notables sur la peau et le poids

De plus, les troubles psychiques liés à l’alcool diminuent, et « les sentiments de sécurité, de confiance et d’estime de soi reprennent leur force ». Des effets au niveau de la peau et du poids sont également notables.

Cependant, certains ne récupèrent jamais vraiment l’ensemble de leurs capacités. C’est « dépendant de plusieurs facteurs tels que l’âge, l’alimentation, l’hygiène de vie et l’état de santé », ajoute l’institut Adios, qui recommande, comme tous les scientifiques à ce sujet, de ne « jamais reporter un sevrage ». 

« On est toujours gagnant à interrompre sa consommation d’alcool ou à la modérer », conclut Philippe Binder. 

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