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9 janvier 2024

« Tout le monde boit, l’alcool est partout et nous on boit pas » : des jeunes racontent leur vie sans alcool

Par Manon Mella Publié le lundi 8 janvier 2024

Des jeunes racontent leur vie sans alcool
Des jeunes racontent leur vie sans alcool © Radio France – Mella Manon

Certains jeunes ont choisi de vivre sans toucher à une goutte d’alcool. Une sobriété revendiquée mais pas toujours évidente à assumer. Témoignages de vingtenaires pour qui le “Dry January” dure toute l’année.

Dans la vie étudiante et sur les réseaux sociaux, l’alcool est malheureusement souvent banalisé et assimilé à quelque chose de “cool”. En 2022, 81% des jeunes de 17 ans ont déjà expérimenté l’alcool. C’était 96% il y a vingt ans.

Même si la consommation diminue chez les jeunes depuis plusieurs années, les boissons alcoolisées restent « les substances les plus répandues à l’adolescence« , selon l’OFDT (Observatoire français des drogues et des tendances addictives)Angélique, Marianne, Héloïse, Martin, Florian et Lucas ont tous moins de 30 ans. Ils expliquent pourquoi ils ont fait le choix d’une vie sans alcool et racontent ce que ça a changé dans leur vie.

“Ma grand-mère est morte à cause de l’alcool”, Martin, 21 ans

Martin, étudiant de 21 ans, n’a jamais bu une goutte d’alcool de sa vie : “À 15 ans, j’ai appris que ma grand-mère était morte à cause de l’alcool. L’alcool était marqué sur sa peau et dans son regard. Ça ne m’a pas donné envie de boire. Mes parents m’ont toujours alerté sur les dangers. Ils ont toujours refusé que je boive lors des fêtes de famille.”

Même chose pour Lucas, 23 ans et sobre depuis toujours. Lui aussi a perdu un membre de famille à cause de l’alcool, la veille de ses 16 ans. “Quand j’ai vu tout le mal que ça avait provoqué dans ma famille, je me suis fait la promesse de ne jamais boire”, se souvient-il.

Florian, 29 ans, s’autorise un demi-verre de crémant par an à Noël. Lui aussi a été marqué par un passif familial douloureux. “Dans ma famille, j’ai vu l’alcool causer des dégâts et impacter fortement les émotions de certaines personnes. Il suffisait d’un verre pour que ça parte en eau de boudin”, se souvient-il. Cela a occasionné “ un fort rejet vis-à-vis de l’alcool”, jusqu’à interdire à ses amis de venir chez lui avec des bières.

Héloïse, 25 ans, n’aime tout simplement pas le goût de l’alcool. “Ça me donne envie de vomir, je suis vite écœurée. Certains n’aiment pas les endives, moi je n’aime pas l’alcool”.

“L’alcool me faisait changer de personnalité”, Angélique, 27 ans

D’autres ont choisi d’arrêter totalement l’alcool pour soigner une dépendance. Marianne, 27 ans, est sobre depuis un an et deux mois. “J’ai arrêté de boire le 23 octobre 2022. J’ai la bien la date en tête”, lance-t-elle fièrement. Dans son cas, arrêter l’alcool a été le fruit d’un long cheminement. Comme beaucoup, elle a découvert l’alcool durant l’adolescence pour tester ses limites. “J’aimais ça, je buvais beaucoup mais ça restait dans des contextes de soirées. Je pensais que boire était une aide sociale”, se souvient-elle.

Mais vers l’âge de 20 ans, sa consommation d’alcool est devenue quotidienne : “Après le boulot, on buvait facilement un verre tous les soirs. Je sortais aussi avec un garçon qui était alcoolodépendant. J’étais devenue addict. Tout tournait autour de l’alcool. Et j’ai commencé à prendre conscience que c’était trop”.

Angélique, 27 ans, anime la chaîne YouTube “Ivre de Vie” . Comme Marianne, elle a décidé d’arrêter de boire à cause d’une consommation excessive qui engendrait des émotions disproportionnées. “L’alcool me faisait changer de personnalité. J’avais des émotions disproportionnées. Je faisais des fixettes sur des choses pas importantes et ça menait à de la colère, de la tristesse voire de la violence”, confie-t-elle.

“J’ai une meilleure estime de moi. Ça n’a pas de prix”

Bonne santé, stabilité émotionnelle, relations sociales plus saines, meilleure estime de soi…les bienfaits de l’arrêt de l’alcool sont nombreux à être mentionnés. Il y a d’abord, les améliorations physiques : “J’ai plus d’énergie. Je préfère mon corps maintenant”, confie Marianne. “Je dors mieux, je mange mieux. Mes cheveux et mes ongles ne se cassent plus. J’ai perdu du poids et ma peau est redevenue lisse”, raconte Angélique.

Il y a aussi, les bienfaits psychiques. “J’ai appris à m’aimer. Je n’ai plus de culpabilité ou de remords. Ce qui m’a marqué avec l’arrêt de l’alcool c’est la clarté mentale qu’on retrouve . Ma vie sous alcool était beaucoup moins riche d’un point de vue émotionnel alors qu’on pourrait croire l’inverse”, confie Marianne.

Pour Lucas, ne pas boire est même un avantage dans les relations amoureuses : “C’est un atout et ça renvoie une image de quelqu’un de raisonnable. Ça a pu jouer en ma faveur plusieurs fois”.

Quant à Martin, il avoue parfois se sentir seul. “Le choix que j’ai fait de ne pas boire, ça m’isole. Je ne vais plus aux soirées étudiantes. On ne m’invite plus. Le 31 décembre, je n’avais rien. Ce n’est pas normal”, confie-t-il.

Héloïse a parfois l’impression de paraître moins intéressante que les autres : “Dans certaines soirées, je peux passer pour une fille pas drôle. Je passe mon temps à me justifier alors que je n’ai pas besoin d’alcool pour danser sur une table !”, regrette-t-elle. “On a parfois l’impression de ne pas faire partie du groupe quand on est dans un bar”, reconnaît Florian.

Tous, disent se sentir fiers. “Je n’ai pas besoin d’alcool pour vivre”, dit Florian. Angélique se sent beaucoup plus libre depuis qu’elle ne boit plus. Martin revendique “une adhésion à un autre mode de vie“. Et Marianne qui conclut : “Ne pas boire dans un monde où tout le monde boit, c’est hyper punk. Ça me rend fière !

La consommation d’alcool est l’une des trois premières causes de mortalité évitable en France et provoque 41 000 décès chaque année.

Si vous avez besoin d’aide, appelez “Alcool Info Service” au 0 980 980 930.

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”C’était totalement inattendu !” : des chercheurs de l’ULB découvrent un nouveau mécanisme majeur dans l’addiction à la cocaïne

Publiée dans la revue Nature Communication, cette étude a permis d’identifier une nouvelle région clé du cerveau qui entre en jeu dans la dépendance aux drogues. De quoi ouvrir la porte à de nouvelles voies thérapeutiques.

Définie comme un “trouble chronique récurrent caractérisé par la recherche et la prise compulsive de drogues malgré les conséquences néfastes”, la dépendance aux drogues provoque chaque année presque 12 millions de morts dans le monde. Aux États-Unis, c’est même la première cause de décès chez les 18-45 ans.

Conduite par Alban de Kerchove d’Exaerde, chercheur en Faculté de Médecine, Université libre de Bruxelles et ULB Neuroscience Institute (UNI), investigateur Welbio au WEL Research Institute, une équipe vient de faire une découverte qualifiée de “majeure” dans la dépendance aux drogues.

On savait jusqu’ici que “le premier moteur de l’addiction est l’augmentation ‘artificielle’, suite à la prise de drogues, de la concentration de dopamine, le neurotransmetteur associé au système de la récompense, dans la région principale de ce système, le striatum ventral, rappellent les chercheurs. Cette augmentation artificielle piège ainsi le système de la récompense et induit des modifications dans le cerveau conduisant à l’addiction”.

On sait aussi que cette maladie psychiatrique est due à des facteurs génétiques et environnementaux, la composante génétique de la vulnérabilité d’une personne à l’addiction étant de 40 à 60 %. Celle-ci implique des gènes spécifiques liés aux neurotransmetteurs et à leurs actions, tels que la dopamine, les récepteurs opioïdes, nicotiniques et cannabinoïdes.

Le thalamus paraventriculaire

Dans une étude précédente, l’équipe de l’ULB avait démontré, grâce à des modèles murins, le rôle central d’un gène insoupçonné dans la dépendance à la cocaïne : Maged1. “Son inactivation dans l’ensemble du cerveau des souris rendait en effet celles-ci totalement insensibles à l’effet de la cocaïne”, précisent les chercheurs qui ont poursuivi leurs travaux.

Ainsi, dans une nouvelle publication qui vient de paraître dans Nature Communication, ils ont réussi à démontrer que “la région du cerveau où ce gène joue son rôle essentiel dans l’addiction était en réalité située en dehors du circuit de la récompense, ce qui était complètement inattendu”. Suite à l’identification de cette nouvelle région clé – le thalamus paraventriculaire -, les mécanismes qui sous-tendent les effets majeurs du gène Maged1 dans la dépendance à la cocaïne ont été mis à jour.

Les mécanismes identifiés sont tout aussi nouveaux que le thalamus paraventriculaire dans le phénomène de l’addiction, expliquent les auteurs de la recherche. Ils impliquent en effet des modifications épigénétiques spécifiques, soit des modifications de la structure de l’ADN et non pas des mutations”.

Quant à démontrer la pertinence chez l’homme de ces mécanismes identifiés et découverts chez la souris, en collaboration avec une équipe de psychiatres de l’Université de Paris Cité, les chercheurs ont réalisé une étude chez des patients dépendants à la cocaïne.

Elle a démontré que des modifications génétiques spécifiques des gènes Maged1 et USP7 sont associées à des conséquences très significatives sur des comportements directement liés à l’addiction à la cocaïne. De quoi laisser entrevoir de nouvelles stratégies thérapeutiques.

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