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21 janvier 2024

Tabac, alcool, cancers… comment la prévention peut faire gagner des mois de vie en plus

Par Marie-Cécile Renault Publié le 19/01/2024

DÉCRYPTAGE – Mieux dépister les cancers et lutter contre les addictions dégagerait un gain de 5 milliards à 16,7 milliards d’euros.

À peine nommée à la tête d’un vaste ministère – allant du Travail à la Santé en passant par les Solidarités -, Catherine Vautrin s’est fait critiquer pour la bannière de son compte X (ex-Twitter). La Rémoise de 63 ans y avait posté une photo de vignes de Champagne… qu’elle s’est empressée de remplacer par un cliché de sa visite à l’hôpital de Dijon, samedi dernier avec Gabriel Attal. Anecdotique certes, mais en plein « dry january », cet épisode est révélateur des enjeux de santé publique liés à l’alcool, deuxième cause évitable de mortalité par cancer, responsable chaque année de 28.000 nouveaux cas. Le sujet a d’autant plus échauffé les esprits que la prévention a disparu de l’intitulé du poste de Catherine Vautrin, là où ses prédécesseurs Aurélien Rousseau et François Braun étaient ministres de la Santé et de la Prévention. Autant dire que les acteurs du secteur attendent la nomination d’un ministre délégué – le nom d’Agnès Pannier-Runacher revient pour ce poste avec insistance – qui retrouve cette prérogative dans son périmètre.

Car dans un système de santé français essentiellement axé sur le curatif, la prévention est un enjeu majeur. D’une part, c’est un moyen d’améliorer la santé des Français, alors que l’espérance de vie à la naissance a encore augmenté : les hommes dépassant désormais la barre des 80 ans en moyenne et les femmes 85,7 ans, selon le dernier bilan démographique de l’Insee.

D’autre part, c’est un moyen de désengorger le système de soins, alors que les urgences restent asphyxiées, que des lits hospitaliers sont fermés faute de personnel, et que les médecins de ville manquent. Enfin, la prévention est un levier puissant pour réaliser des économies qui pourront être réinvesties dans le système de santé, là où il y en a le plus besoin. Une nécessité alors que les comptes de la Sécu s’enfoncent dans le rouge : de 8,8 milliards en 2023, le « trou de la Sécu » va encore se creuser à 11,2 milliards cette année et 17,5 milliards en 2027.

Or la France part de très loin en matière de prévention. Les résultats obtenus sont « globalement médiocres », malgré un effort financier comparable à celui des pays voisins, déplorait la Cour des comptes dans un récent rapport, soulignant que les programmes de prévention médicalisée (vaccination et dépistage), comme les actions de promotion de la santé, « souffrent d’une adhésion trop faible ».

Pourtant, si la France était aussi efficace sur le sujet que la moyenne des pays de l’OCDE, il serait possible de réaliser 5 milliards d’euros d’économie par an sur les dépenses de santé, tout en augmentant l’espérance de vie des Français de 8 mois sans maladie chronique ou grave terme, révèle une étude du cabinet Asterès réalisée pour l’association des acteurs de la French Care. Dans un scénario plus optimiste, où la France s’alignerait cette fois sur les pays ayant les meilleurs scores, l’économie potentielle grimperait jusqu’à 16,7 milliards d’euros tandis que l’espérance de vie en bonne santé augmenterait de 2 ans.

Haro sur le tabac et l’alcool

Pour réaliser ces modélisations, Asterès a identifié 15 indicateurs couvrant des aspects tels que les comportements à risque (alimentation, activité physique, tabagisme, consommation d’alcool, surpoids et obésité), le dépistage de certains cancers et la vaccination. Pour chaque pathologie, le cabinet a calculé les coûts associés, allant des traitements à la prise en charge hospitalière, en passant par les dépenses de l’Assurance-maladie pour chaque jour non travaillé.

Résultat, si la France apparaît mieux placée que la moyenne dans certains domaines – par exemple l’alimentation ou la vaccination contre la grippe -, elle est très en retard par exemple dans la lutte contre deux habitudes à risque : le tabac et l’alcool. Les Français sont 26 % à fumer quotidiennement (contre 16 % en moyenne dans l’OCDE) et ils consomment en moyenne 10,4 litres d’alcool par an (contre 8,4 litres). « Il y a un enjeu à mieux lutter contre la consommation de tabac et d’alcool, où nous avons de vraies marges de progression », insiste Antoine Tesnière, professeur d’anesthésie-réanimation, président des acteurs de la French Care et directeur de PariSanté Campus.

Environ 9200 nouveaux cas de cancers sont attribuables chaque année au manque de dépistage en France ainsi que 11.000 à des stades avancés, avec un coût du non-dépistage qui varie de 2400 à 6500 euros par patientAntoine Tesnière, professeur d’anesthésie-réanimation, président des acteurs de la French Care et directeur de PariSanté Campus

Des progrès seraient aussi possibles en améliorant le dépistage précoce des cancers, première cause de mortalité prématurée en France. Alors que l’Assurance-maladie propose le dépistage systématique de trois cancers (sein, col de l’utérus et colorectal) les performances sont décevantes avec une participation inférieure en France à la moyenne de l’OCDE pour deux cancers sur trois. « Environ 9200 nouveaux cas de cancers sont attribuables chaque année au manque de dépistage en France ainsi que 11.000 à des stades avancés, avec un coût du non-dépistage qui varie de 2400 à 6500 euros par patient », souligne Antoine Tesnière.

En revanche, la France, pays de Pasteur, affiche des taux de vaccination satisfaisants, exception faite de la vaccination contre le HPV. Plus de 6100 nouveaux cas de cancers sont attribuables chaque année à la faible vaccination contre le papillomavirus et la prise en charge d’un cancer attribuable au HPV coûte en moyenne 6400 euros par patient et par an, soit 6100 euros pour l’Assurance-maladie et 300 euros pour les complémentaires santé, indique l’étude. La décision de l’exécutif de généraliser le vaccin pour tous les élèves de cinquième dès la rentrée 2023, devrait ainsi permettre d’améliorer la prévention.

De même, les consultations de prévention aux âges clés de la vie, voulues par le gouvernement, commencent à se déployer depuis le début de l’année, après avoir été expérimentées entre octobre et décembre dans les Hauts-de-France. Un premier pas d’une révolution indispensable.

Source

Fringale et cannabis : le lien enfin expliqué par la science

PUBLIÉ LE 19 JAN 2024 GUYONNETHTTPS://WWW.SCIENCE-ET-VIE.COM/AUTEUR/LOUISE-GUYONNET

Des neuroscientifiques de l’université de Washington ont analysé le phénomène de “fringale” chez les consommateurs de cannabis.

Comment expliquer cette sensation de faim difficilement contrôlable chez les consommateurs de cannabis ? Selon les chercheurs, tout se joue dans l’hypothalamus… 

La sensation de faim qui fait planer 

Sensation de faim violente et pressante, la fringale est difficilement contrôlable. Cette impulsion est bien connue des adeptes du cannabis, qui décrivent cette impression souvent post-consommation. Effet secondaire connu, certes, et désormais expliqué grâce à l’initiative de neuroscientifiques de l’université de Washington, qui se sont penchés sur cet effet dévorant de la drogue douce. 

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Une étude se serait donc focalisée sur l’hypothalamus, une région du cerveau connue comme fonctionnant comme une sorte de “centre de coordination de contrôle” pour le corps. L’hypothalamus est en connexion avec la glande responsable de la production d’hormones et celles associées à l’impression de faim. Juste avant, on retrouve un amas de neurones appelé ‘arc’.

C’est cette partie de l’hypothalamus qui retient toute l’attention des scientifiques, puisqu’elle serait responsable du comportement alimentaire.  

Herbe et hypothalamus

A partir d’expériences menées sur des rongeurs, où des rats ont été exposés à des vapeurs de cannabis, les chercheurs ont découvert que le cannabis impact l’arc. Des petits groupes de neurones inclus dans l’arc contiennent en effet des récepteurs cannabinoïdes qui sont désinhibés sous l’effet de la drogue. «Lorsque les souris reçoivent du cannabis, des neurones qui ne sont généralement pas actifs s’activent », précise le neuroscientifique Jon Davis.

Ces récepteurs activés par les effluves de cannabis empêchent également les neurones de recevoir des messages d’arrêt de la part des autres neurones. Ainsi, les rongeurs cobayes de l’expérience ont eu un comportement alimentaire déréglé et se sont mis à manger davantage. A partir de ces résultats et des conclusions établies par cette expérience, il serait possible de développer des médicaments pour lutter contre des TCA spécifiques, comme l’anorexie. 

Ces récepteurs se trouvant dans l’arc n’ont pas l’apanage du sentiment de fringale : d’autres études montrent que des neurones également situés dans l’hypothalamus, les neurones POMC , à l’origine de la satiété, y jouent également un rôle prépondérant. 

Sources : Scientific Reportsnature

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