Déplorons a priori cette expression « dry january », ésotérique pour les non familiers de la langue de Shakespeare ; ne pourrait-on être plus clair pour être sûrs d’être compris, en n’adoptant pas la pusillanimité sémantique de certains addictologues qui ont peur des mots qui pourraient fâcher ou faire
peur.
Parlons sans ambages d’un « janvier abstinent / ou sobre / ou sans alcool ! et saluons cette initiative d’une complète pertinence.
En effet l’alcoolisme est un des drames sanitaires de notre société : 4 à 5 millions de nos concitoyens sont alcoolodépendants, c’est à dire incapables de s’abstenir de toute boisson alcoolique (ce qui inclue évidemment cidres, poirés et bières) au moins un jour par quinzaine. C’est parmi eux que figurent plusieurs centaines de milliers d’alcooliques, ne pouvant se passer de consommer quotidiennement de l’ordre d’un litre de vin, souvent plus et même beaucoup plus.
Les conséquences de l’intempérance alcoolique sont nombreuses, à commencer par les ivresses qui sont la cause fréquente d’accidents routiers et professionnels, multipliés par l’association de plus en plus fréquente au cannabis.
L’alcoolisme sépare des couples, fait éclater des familles, annihile des carrières professionnelles, conduit à des régressions sociales et même à une clochardisation. L’alcoolomanie, par les diverses pathologies qu’elle engendre est responsable annuellement de 41.000 décès en France. Cette alcoolomanie et ses conséquences dramatiques appellent de profonds changements :
- Éducatifs, qui doivent mobiliser les familles, l’Éducation nationale, les clubs sportifs, les médias. Il faut s’appliquer à démembrer ce stéréotype qui associe intimement fête et ivresse.
- Coercitifs, par l’interdiction de toute publicité (en traquant leurs formes déguisées) ; par l’augmentation du prix de toutes les boissons alcooliques et la diminution simultanée du prix des boissons non-alcooliques ; par un accès plus difficile aux boissons alcooliques ; en prohibant les Premix (conçus pour piéger les adolescents) ; en appliquant avec rigueur l’interdiction de la vente aux mineurs et des dons d’alcool dans les soirées étudiantes ;
- La campagne « Janvier sobre » pourrait, à l’intention des plus nombreux qui n’y souscrivent pas, contribuer à les faire rompre avec la banalisation commune de l’alcool, dont la seule évocation suffit souvent à les faire rire.
- On leur conseillerait de remplir, au jour le jour, une « feuille de consommation » (en libre accès dans les pharmacies et salles d’attente des médecins) sur aquelle ils consigneraient très précisément chacune de leurs consommations (exprimée en unité alcoolique (soit 10g d’alcool pur). Ils pourraient ainsi, dès le 1 er février, calculer le nombre (ou fraction) de litres d’alcool pur qu’ils auraient consommé en Janvier.
- En fonction de l’âge, du poids, du sexe, des chiffres repères seraient donnés, allumant selon les cas des feux vert, orange ou rouge…
- Les lobbies alcooliers sont parvenus à convaincre les pouvoirs publics de ne pas relayer l’initiative du Janvier sobre. L’État s’est couché en ne la relayant pas. Il se rend coupable non pas seulement d’une faute mais de crimes (42.000 décès annuels).
- Terminons par une « blagounette », j’aurais préféré au Janvier sobre , le février sobre, raccourcissant de deux jours la contrainte de l’abstinence.
- Pour preuve de bonne volonté appliquons-nous, au moins un jour par quinzaine, de ne faire aucune dévotion à Bacchus.
