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Date

30 janvier 2024

Quand les substances addictives reprogramment les gènes du cerveau

PUBLIÉ LE 28 JAN 2024 PAR MORGANE PETIT

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Les substances addictives, telles que l’alcool ou les drogues, sont capables d’entraîner des modifications dans le cerveau en modifiant la régulation et l’expression de certains gènes. Ces mécanismes pourraient être utilisés pour tenter de lutter contre les effets de dépendance.

Les substances addictives, comme l’alcool ou les drogues, entraînent souvent des phénomènes de dépendance. Les personnes vont alors ressentir des envies intolérables qui les poussent à consommer. Ces problèmes de dépendance ne sont pas des problèmes de volonté, mais ont en fait des aspects neurobiologiques et génétiques. Certains gènes du cerveau seraient notamment reprogrammés, ce qui pourrait aider à lutter contre la dépendance. Les scientifiques ont expliqué ces mécanismes dans la revue The Conversation.

Dépendance à des substances addictives, de quoi parle-t-on ?

La dépendance se définit comme « une tolérance accrue, une consommation compulsive, une perte de contrôle et un usage continu malgré des problèmes physiques et psychologiques causés ou exacerbés par la substance ».
C’est donc une envie irrépressible et incontrôlable d’une substance, qui mène à une addiction.

Contrairement à ce que l’on peut parfois penser, ce n’est absolument pas un manque de volonté. En réalité, les addictions sont de véritables pathologies cérébrales qui ont des conséquences délétères.
Les addictions concernent plusieurs millions de personnes en France. C’est le tabac qui est la substance la plus addictive.

Une addiction n’est pas nécessairement liée à la consommation de substances. On peut aussi devenir « addict » de certaines pratiques, comme le jeux, le temps passé sur les réseaux, le sexe…
Dans tous les cas, les symptômes sont les mêmes. L’addiction se traduit par une perte de contrôle du niveau de consommation ou de pratique. On observe également une modification de l’équilibre émotionnel, des troubles d’ordre médical ou encore des perturbations de la vie personnelle, professionnelle et sociale.

Plusieurs facteurs influent sur la survenue d’une addiction. Il y a notamment des aspects neurobiologiques. Ainsi, par exemple, le niveau d’activité des neurotransmetteurs, des substances qui assurent la transmission d’influx nerveux, et donc de messages, entre deux neurones, varie en fonction des individus. Or, les neurotransmetteurs régissent les fonctionnements et les comportements. Cela peut donc constituer une vulnérabilité à l’addiction chez certaines personnes.
Cette variabilité neurobiologique est principalement due à des facteurs génétiques.

Des variations génétiques expliquent également en partie la variabilité des effets ressentis par chacun face à une même drogue. Certaines vont donc favoriser l’apparition d’une addiction.
L’influence de l’environnement est également crucial. Le stress, le contexte social et amical ou encore l’existence de troubles psychiques sont autant de facteurs déterminants.

Le rôle du cerveau dans l’addiction

Aujourd’hui, on connaît de mieux en mieux les mécanismes neurobiologiques de l’addiction. Ils sont principalement liés à ce qu’on appelle le « système de récompense ». C’est un circuit du cerveau qui est responsable des sensations de plaisir que l’on ressent après certaines actions. Le simple fait de manger un aliment appètent déclenche ce circuit de la récompense.

Dans le cas des addictions, c’est ce mécanisme qui est perturbé. Cela résulte soit de la prise de substances addictives qui démultiplient la sensation de plaisir, soit d’un dysfonctionnement du cerveau qui ne régule plus correctement le système de récompense.
Si un individu présente ces deux facteurs, il peut déclencher une addiction.

Les facteurs génétiques sont de mieux en mieux identifiés. Ainsi, de précédentes études ont déjà pu mettre en évidence certains gènes en lien avec les addictions.
Les scientifiques ont notamment découvert certains gènes qui expliqueraient 14% du risque attribuable à la dépendance au tabac. De même des variants codant pour des enzymes alcool-déshydrogénases sont associés à la dépendance à l’alcool. Les chercheurs ont également découvert des gènes impliqués dans la dépendance à des substances addictives psychotropes, telles que l’héroïne.

Mieux comprendre les mécanismes moléculaires de la dépendance, en particulier au niveau des facteurs génétiques, permettent aux chercheurs d’envisager de nouveaux traitements à ces addictions.
Ce sont ces recherches que les scientifiques présentent aujourd’hui.

Comment les substances addictives peuvent influencer sur l’expression des gènes ?

De précédentes études menées chez les animaux indiquent que les substances addictives influencent directement des changements dans l’expression des gènes de certaines zones du cerveau. Il s’agit principalement de celles impliquées dans le système de récompense, dont nous avons parlé précédemment.

Ces modifications sont diverses. Les drogues (alcool et tabac compris) peuvent ainsi modifier des protéines qui se lient à l’ADN et qui ont pour rôle d’activer ou désactiver certains gènes, voire même certains segments de la molécule d’ADN. En effet, pour tenir dans le noyau des cellules, l’ADN se replie autour de protéines de structure, les histones. Plus il est replié, moins les gènes sont accessibles et donc lisibles. Des substances peuvent donc modifier ces repliements.
Cela engendre des modifications dans les processus de lecture et de traduction de l’ADN en protéines. En outre, cela modifie également certaines protéines déterminant la manière dont les cellules utilisent l’énergie pour fonctionner.

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L’ADN se replie autour de protéines de structure, les histones.

Les chercheurs ont clairement remarqué que, chez les mouches et les humains, l’alcool provoque l’expression d’une forme alternative d’un gène dans les circuits de mémoire. Cela entraîne alors des modifications des récepteurs de la dopamine et des facteurs de transcription impliqués dans la signalisation de la récompense et la fonction neuronale.
D’un autre côté, la cocaïne peut provoquer l’expression d’un certain variant d’un gène jouant un rôle dans le système de récompense des souris. Ces dernières recherchent alors davantage de cocaïne.

>> À lire aussi : ADN : mieux connaître les régions non codantes, essentielles à la régulation des gènes

Des substances addictives qui interagissent directement dans le cerveau

On ne comprend pas encore complètement les mécanismes déclenchés par les drogues. Il commence pourtant à y avoir quelques indices, notamment avec une étude de la consommation d’alcool chez la souris.
Les chercheurs ont alors observé qu’un sous-produit de la dégradation de l’alcool dans le foie, l’acétate, peut traverser la barrière hémato-encéphalique. Elle parvient alors dans le cerveau et déroule l’ADN dans les cellules des circuits de la mémoire.

Enfin, l’alcool, la nicotine, la cocaïne et les opioïdes activent également d’importantes voies de signalisation. Or, ces dernières sont des régulateurs centraux du métabolisme. Cela suggère donc qu’ils peuvent influencer sur la fonction neuronale et, plus précisément, sur les gènes spécifiques.

>> À lire aussi : La nicotine affecte-t-elle les choix et les prises de décision du fumeur ?

Inverser la modification des gènes en adaptant son mode de vie ?

Cependant, les changements engendrés dans l’expression des gènes du cerveau ne sont pas permanents. Il existe des façons de les contrer, notamment avec certains traitements, voire même en adaptant son mode de vie.

Les médicaments, comme les substances addictives, peuvent aussi modifier l’expression des gènes. C’est par exemple le cas des antidépresseurs et des stabilisateurs de l’humeur. Ainsi, l’escitalopram, couramment prescrit contre la dépression, influe sur la façon dont l’ADN s’enroule étroitement. Ceci engendre alors une modification de l’expression de gènes importants pour la plasticité cérébrale.
Le but des scientifiques est de rechercher des thérapies qui pourraient modifier les gènes pour traiter les dépendances aux substances addictives.

Les médicaments ne seraient pas les seuls façons de traiter ces dépendances. Les choix de mode de vie peuvent aussi être déterminants. En effet, eux aussi peuvent modifier les gènes du cerveau.
Par exemple, une méditation intensive, même après une seule journée, réduit l’expression des gènes impliqués dans l’inflammation.

Chez les animaux, l’exercice modifie aussi l’expression des gènes. Il agit ainsi sur les histones et sur certaines molécules directement liées à l’ADN. Ces actions augmentent l’activité de gènes importants pour l’activité et la plasticité des neurones. Cela conforte les précédents études indiquant que l’exercice améliore l’apprentissage et la mémoire et ainsi diminue les risques de démence.

Les chercheurs ne savent pas encore si ces changements de mode de vie peuvent contrer les modifications engendrées par les substances addictives.
Cependant, réduire la consommation de drogues (tabac et alcool compris) et adopter des modes de vie sains apportent des bénéfices durables à la santé physique et mentale.

Source

Drogue chez les ados : les sensibiliser et les protéger… sans paniquer

Publié le lundi 29 janvier 2024

Une maman fait un bisou sur la tête de son adolescent.

Moment de réconfort maman/fils Photo : iStock

Parler de drogues avec vos ados n’est pas simple, mais c’est important. Voici des pistes pour les sensibiliser sans les moraliser, toujours dans le but de les protéger.

Un texte de Nadine Descheneaux

Ouvrir la conversation

Si vous vous braquez, si vous êtes trop moraliste, ou encore trop autoritaire, vous risquez de ne pas être la personne à qui votre jeune se confiera. Osez poser certaines questions directement : « As-tu déjà consommé?  Comment te sentais-tu? Connais-tu tes limites? Connais-tu les effets sur la santé et aussi les conséquences sur les relations, les lois, etc.? » Au besoin, consultez Tel-Jeunes pour avoir des suggestions de sujets à aborder avec votre ado. 

Discuter de sa consommation

Discutez avec votre jeune des raisons qui le ou la poussent à consommer et vérifiez si votre enfant subit de la pression dans ses relations amicales. Vous pouvez l’amener à réfléchir sur son type de consommation (occasionnelle, exploration, quotidienne, etc.). Ensuite, vous pourrez lui parler des moyens autres que les drogues pour varier les plaisirs et des façons de développer son pouvoir d’affirmation.

Finalement, encadrez sa consommation en établissant vos limites pour vous assurer de sa sécurité et du respect des lois (interdiction qu’un camarade vienne à la maison sous l’effet de la drogue, interdiction de posséder des drogues dans la maison, etc.). 

Être calme, c’est gagnant… tout le temps! 

Quand vous parlez de drogue avec votre enfant, soyez calme même s’il ou elle démontre de la résistance. C’est un sujet émotionnel pour… tout le monde! Ne soyez pas sur la défensive. Votre attitude influence sa confiance. Si vous restez calme et l’écoutez vraiment, votre jeune sera plus porté à vous consulter. Surtout, votre enfant a envie de sentir que vous êtes là en cas de besoin!  

Être alerte! 

Divers indices peuvent vous mettre la puce à l’oreille. Certains changements à la maison comme à l’école peuvent être observés, comme la fatigue, une baisse d’appétit, l’utilisation nouvelle et intense de parfum fort ou de rince-bouche, des changements émotionnels ou comportementaux (pouffer de rire sans raison, humeur changeante, difficulté de concentration, etc.), mensonges et cachotteries, évitement de contact avec les membres de la famille, baisse du rendement scolaire, demande d’argent de poche, des médicaments en vente libre qui disparaissent, etc. De plus, certains objets peuvent être utilisés pour consommer des drogues. Pour consulter des photos de ces objets, consultez le site de la GRC.  

Chercher de l’aide

Surtout, ne vous culpabilisez pas si vous découvrez que votre enfant consomme de la drogue. Si vous croyez que sa consommation est problématique ou si vous avez des inquiétudes, allez chercher de l’aide en contactant votre médecin, un intervenant ou une intervenante à l’école, votre CLSC ou encore un centre d’aide. Des ressources en ligne et par téléphone sont accessibles aussi : 

Drogues – aide et référence : 514 527-2626 ou 1 800 265-2626

Tel-Jeunes – parents : 1 800 361-5085

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