Le « petit père des peuples » avait un goût prononcé pour l’alcool fort. Ce qui lui permettait d’humilier ses hôtes et de débusquer les traîtres…
Par Marc Fourny Publié le 17/02/2024
Si Lénine appréciait la bière, Staline, lui, préférait la vodka. Il faut dire que ses ancêtres avaient la descente facile : son père – un ouvrier cordonnier géorgien – abusait déjà de la boisson, frappait sa famille et finit par mourir dans une rixe entre ivrognes…
Impossible pour le leader soviétique de partager un repas sans les traditionnels toasts à répétition qui firent parfois les cauchemars de ses hôtes, rapporte Christian Roudaut dans son livre À la table des tyrans (éd. Tallandier), un livre qui décortique avec délice les manies culinaires des dictateurs de tout poil. Pour Staline, la vodka fait partie du costume politique : montrer qu’il est un chef résistant et viril en étant capable de se soûler comme un cosaque.
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Dans ses Mémoires, le général de Gaulle raconte comment le « petit père des peuples » pouvait se lever une trentaine de fois de table pour porter un toast à la santé de ses convives… Quant à Winston Churchill, pourtant habitué à l’alcool, il se souviendra longtemps de ce souper jusqu’à 3 heures du matin avec le dictateur, un soir d’août 1942 à Moscou : pour aplanir leurs différends, Staline le convie en tête à tête autour d’une table où les plats se succèdent à une cadence infernale, le tout arrosé de litres de vodka au poivre – le Premier ministre préfère s’en tenir à un pétillant du Caucase pour éviter la gueule de bois…
Mais Staline a une astuce, rapporte Christian Roudaut dans son savoureux ouvrage : il coupe son verre à moitié d’eau minérale, surtout quand il faut enchaîner les toasts lors des réceptions officielles – ce qui fait tout de même une sacrée dose à la fin. Après la guerre, l’habitude perdure, notamment quand il convie ses ministres dans sa datcha personnelle de Kountsevo, à une dizaine de kilomètres de Moscou. « L’empire était gouverné depuis la table de la salle à manger », constatait son bras droit Viatcheslav Molotov. Au menu : soupe, poisson, gibier, canard, poulet, cailles en cocotte, agneau… Et évidemment, des litres de vodka.