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Date

6 mars 2024

Kafka, Courteline, Cannabis : aux États-Unis, l’enfer d’une légalisation chaotique

Le marché illégal du cannabis aux Etats-Uns, que la légalisation rêvait d’anéantir, a décuplé et offre désormais au milieu criminel de nouvelles opportunités pour le trafic de stupéfiants.

Xavier Raufer

Un enfer bienséant, pavé de si bonnes intentions… Et un inextricable bazar, près duquel la fa­meuse boîte de Pandore fait figure de paquet-cadeau. D’usage incapables de résister à l’assaut d’un lobby, les États-Unis libéralisent l’usage du cannabis. De gré ? De force ? Cocteau disait : « Puisque ces événements nous dépassent, feignons d’en être les organisateurs ». De fait, à di­vers stade (« Médical »… récréatif…), 41 des 50 États américains ont en cours un tel pro­cessus. Comment cela évolue-t-il ? fort mal.

D’abord, Washington refuse à ce jour de légaliser tout stupéfiant : ce qui relève du fédéral – prêts bancaires, cartes de crédit – est interdit aux boutiques vendant une drogue … légale dans huit États sur dix.

Ainsi, les États-Unis, phare libéral mondial, initient-ils l’aventure loufoque de gérer au millimètre un marché… interdit à l’échelle nationale ; contrôler au gramme près ce qu’on peut faire pousser et comment ; engrais ou pesticides licites ; fermes agréées, sous quelles conditions. Et Washington taxe lourdement un produit… dont il rejette l’existence.

Or comme les lois fédérales excluent toute substance illicite, les boutiques de can­nabis légal ven­dent tout en espèces (bonjour les braquages…) et ne peuvent déduire leurs frais ou dépenses de leur imposition, qui ainsi grimpe … jusqu’à 80% du chiffre d’affaires !

Pire : le total interdit (fédéral) d’exporter le cannabis récolté, d’un État à l’autre. L’Oklahoma et la Californie produisent dix fois plus de cannabis qu’elles n’en usent ; la ville de New York fume ± 70 tonnes de hasch par an, mais en cultive peu : entre eux, tout export est interdit ! Seule so­lution, la contrebande.

Résultat, disent les commissions officielles, le marché illégal du cannabis, que la légalisation rêvait d’anéantir, décuple de taille, offrant désormais au milieu criminel cent facilités nouvelles de trafic.

Bureaucraties tatillonnes sans moyens de contrôle… sociétés fantômes… hommes de paille… contrôle indirect du crime organisé… En peu d’années, tout cela génère une forte con­trebande intérieure. Parmi les pires nœuds au cerveau que se fait aujourd’hui Washington : comment régler le problème massif du cannabis « légal », mais vendu « illégalement » ?

Eh oui, on en est là.

Complique encore l’affaire, l’usage bien ancré outre-Atlantique d’effacer les problèmes par l' »ingénierie sociale ». Décodeur : remplacer les mots qui fâchent par d’autres, innocents. La mafia, mais non, dites « mob » ; Un cercueil (« coffin ») : affreux, mettez « casket » (coffret) à la place ; « gambling » (jeux d’argent) à Las Vegas ?

Horreur, parlez de « gaming » (comme les jeux des enfants) : tout va bien. Ainsi, les boutiques de cannabis, pures et simples fumeries, devien­nent-elles d’aimables « dispensaires ». Multiplier ces ripolinages sémantiques étant bien sûr l’idéal moyen pour que nul, en fin du compte, n’y comprenne plus rien.

S’ajoute à cela la bienséance politique, faisant de bonnes intentions initiales un ingérable ba­zar : visite démonstrative à New York. D’origine, guerre de Sécession ou pas, les États-Unis ont toujours maltraité leur population noire ; la police de New York (NYPD) a ainsi arrêté (1980-2020) environ un million d’individus pour usage/trafic de drogue (du cannabis, surtout).

Or – à toxicomanie analogue dans les diverses races – 94% de ces arrestations visaient des quartiers noirs ! D’où – acte de justice économique et sociale – l’attribution de la majorité des « dispen­saires » de drogue légale aux minorités réprimées et aux femmes. Entre en jeu en 2021, dans l’État de New York, un « Office of cannabis management » (OCM) et son programme phare « Con­ditional Adult Use Retail Dispensary », CAURD. Satisfaction générale ?

Non : d’autres minorités, anciens combattants… fermiers en faillite… s’estiment lésés et attaquent OCM-CAURD en jus­tice. Résultat : la machine se bloque et sa bureaucratie, tout autant. D’ailleurs, comment de pauvres gens pourraient-ils ouvrir des « dispensaires », sans le sou ? 200 millions de dollars de prêts sont prévus par l’État en théorie : concrètement, rien n’arrive. Et la seule de­mande d’at­tribution coûte déjà 2 000 dollars, non remboursables.

D’où, de riches bourgeois peuvent seuls lancer ces boutiques, dont les frais d’ouverture peu­vent dépasser le million de dollars. Résultat : à New York (janvier 2023) un « dispensaire » lé­gal… et 1 400 illicites : le milieu criminel a tout l’argent nécessaire et sait intimider la concur­rence. Sur 160 pâtés de maison (« Blocs ») de Manhattan, 65 boutiques illégales vendent un can­nabis qui l’est tout autant. Et la justice raciale ? À Chicago, seuls 1% des « dispensaires » appar­tiennent à des Noirs ; à New York, sans doute pas mieux.

À New York, chercher « weed stores » sur internet renvoie à 100% de boutiques illégales. L’une d’elles, pleine d’humour, s’est baptisée « Prohibition » ; certaines « épiceries » vendant la drogue illégale acceptent en paiement… des tickets-restaurant. Devant une concurrence sans règles ni limites, les « dispensaires » légaux titubent déjà au bord de la faillite. L’anarchie règne, la ville et l’État de New York se renvoient la patate chaude.

« L’enfer est pavé de bonnes intentions » : même pour les « progressistes » américains.

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Quels sont les effets de l’alcool sur notre intestin?

C’est un fait scientifiquement prouvé: la consommation excessive d’alcool est mauvaise pour notre santé. Mais quels sont les effets de cette substance sur notre flore intestinale? Dans les colonnes de HLN, le professeur Jeroen Raes, du Flemish Intestinal Flora Project, nous explique comment l’alcool peut affecter notre intestin. “Selon une récente étude, un intestin en mauvaise santé pourrait contribuer à l’état de manque ou à l’envie d’alcool.”

Inge Stiers, Elise Lucca 05-03-24

Les études scientifiques s’accordent depuis bien longtemps sur les méfaits de l’excès d’alcool. Les personnes qui boivent plus que le maximum recommandé de dix verres par semaine courent un risque accru de contracter plus de 200 maladies et problèmes de santé. Selon des études récentes, cette substance nocive affecte également notre intestin. Et cela n’est pas sans conséquences, car un microbiome sain est essentiel pour une bonne digestion, une bonne immunité et une bonne santé intestinale.

Une flore intestinale en bonne santé

Pour bien comprendre l’impact de la consommation d’alcool sur notre intestin, il faut d’abord savoir à quoi ressemble une flore intestinale saine. “Dans le cadre d’un projet scientifique, nous avons analysé la flore intestinale de quelque 5.000 Flamands afin d’en savoir plus sur la nature, la fonction et le fonctionnement des milliards de bactéries qui vivent dans nos intestins”, explique le professeur Jeroen Raes à HLN.

“Nos recherches montrent qu’il est très difficile de définir une flore intestinale saine, car il existe des variations importantes entre les individus. De nombreux facteurs influencent également la composition de cette flore intestinale, tels que l’alimentation, la prise de médicaments ou le temps de passage des aliments dans le système digestif.”

“En revanche, nous pouvons plus facilement voir à quoi ressemble une flore intestinale en mauvaise santé et quand elle est perturbée. Une flore intestinale malsaine présente une faible biodiversité, et donc peu de types de bactéries différents. En outre, on y trouve davantage de bactéries liées à l’inflammation et moins de bactéries bénignes. Les personnes dont la flore intestinale est perturbée ont également moins de bactéries par gramme de selles. En résumé, elles ont moins de bactéries, moins de types différents de bactéries et plus de mauvaises que de bonnes.”

L’effet de l’alcool sur l’intestin

“Dans le cadre de cette étude, nous avons également examiné très spécifiquement l’effet de l’alcool sur la flore intestinale, ce qui a montré que la différence entre un buveur et un non-buveur dans le cas d’une consommation modérée d’alcool était presque négligeable”, détaille le professeur. “On observe des effets majeurs sur l’intestin seulement en cas de consommation excessive d’alcool.”

Les réactions inflamma­toi­res peuvent conduire au cancer du côlon, par exemple

“Certaines études ont révélé que les personnes aux prises avec un problème d’alcool présentent souvent un déséquilibre entre les bonnes et les mauvaises bactéries intestinales. C’est ce qu’on appelle la ‘dysbiose’. Les buveurs excessifs souffrant de dysbiose présentent également un risque accru de fuite intestinale.

Dans ce cas, les cellules de la paroi intestinale ne s’emboîtent plus correctement, ce qui crée des ouvertures microscopiques. Cela permet aux toxines et aux bactéries de pénétrer dans la paroi intestinale et de s’infiltrer dans les tissus sous-jacents et dans le reste du corps. Cela peut provoquer une inflammation.”

Selon Jeroen Raes, il ne faut pas prendre cette situation à la légère. “Les réactions inflammatoires peuvent conduire au cancer du côlon, par exemple. On peut donc voir clairement qu’il existe des liens entre la flore intestinale et l’inflammation, entre l’inflammation et le cancer du côlon et entre l’inflammation et l’alcool. Mais nous n’avons pas encore suffisamment de connaissances sur l’ordre exact de tout ceci.”

Effet sur le comportement addictif?

Autre découverte étonnante: un intestin en mauvaise santé pourrait contribuer à l’état de manque ou à l’envie d’alcool. Dans une étude récente datant de 2023, des scientifiques ont examiné la flore intestinale de 71 personnes âgées de 18 à 25 ans. Les résultats, publiés dans la revue scientifique “The Lancet”, ont montré que les personnes qui s’adonnent plus fréquemment à la consommation excessive d’alcool présentaient des modifications du microbiome liées à une plus grande appétence pour l’alcool.

“Il ne s’agit que d’une seule étude, donc je ne peux pas me prononcer davantage. Mais les résultats sont intéressants”, commente Jeroen Raes. “Nous avons également découvert qu’il existe un lien entre la composition de la flore intestinale et la dépression.

Les bactéries intestinales produisent de nombreuses substances, les neurotransmetteurs. Ceux-ci ont un effet sur le fonctionnement de notre cerveau et de nos nerfs. Cela pourrait expliquer le lien avec le comportement addictif. Mais il faudra encore de nombreuses années de recherche pour découvrir exactement comment cela fonctionne.”

Il faut bien comprendre qu’il s’agit ici d’une consommati­on modérée d’alcool. Dès que l’on commence à en abuser, ces effets positifs sont annulés – Le professeur Jeroen Raes

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