Professeur Jean Costentin
Ce n’est pas quand les toxicomanies s’emballent, qu’elles ravagent notre jeunesse et notre société, qu’il faut affaiblir les lois conçues pour les contenir.
Une légalisation du cannabis comporterait (c’est évidemment prévu) la vente d’un « cannabis d’État ». Il serait d’un prix élevé pour ne pas trop inciter à sa consommation ; comme le prix du tabac, si difficile à augmenter, et qui reste modeste, ses effets sont néanmoins annihilés par des tolérances douanières, des trafics frontaliers et la vente des cigarettes de contrebande aux portes même des débits de tabac. Ce « cannabis d’État » devrait « bien sûr » être modérément dosé en THC, pour tenter d’en réduire les méfaits.
Mais oublierait- on que c’est à la demande de ses consommateurs que les taux de tétrahydrocannabinol/THC (son principe majeur, psychotrope et toxicomanogène) se sont envolés d’un facteur 8 en un demi-siècle. Ces consommateurs ne sont sûrement pas disposés à revenir à « l’herbe », à la « fumette », à la « moquette » d’antan.
Dès lors ce « cannabis d’État » ne supporterait pas la concurrence avec celui moins cher et plus « puissant » proposé par les 220.000 dealers en exercice. Si leur chiffre d’affaire venait à baisser, ces humanistes des banlieues (« sensibles » mais pas sans cibles) élargiraient leur catalogue. Ils proposeraient d’autres drogues encore plus puissantes, dont la 3MMC, qu’un mineur (15 ans) vendait ces jours derniers à un député de La France Insoumise.
Conjuguant l’ingéniosité des trafiquants internationaux à celle des chimistes, ces drogues abondent :
dérivés hémi-synthétiques ou synthétiques du THC ; cocaïne dont la rapide expansion jette les bases de narco-états européens ; cathinone et ses nombreux dérivés synthétiques (dont la 3MMC) ; ecstasy (qu’un sénateur utilisait afin d’abuser d’une amie députée) ; amphétaminiques ; buprénorphine (détournée, à prix élevé pour les organismes sociaux, par près de 100.000 de ses bénéficiaires) et autres morphiniques (tels ceux à l’origine de la crise des opioïdes qui a tué l’an passé plus de 100.000 américains, utilisant au-delà de l’oxycodone, des fentanyloïdes et des nitazènes, qui par leur puissance confinent à des poisons de guerre. Confrontés à leur afflux, en usant des mêmes arguments que ceux utilisés pour la légalisation du cannabis, viendra la requête (déjà formulée) d’une légalisation de toutes les drogues.
Ainsi le trafic du cannabis persistera malgré sa légalisation. Son auto-culture, faisant appel à des cultivars aux taux exceptionnellement élevés de THC, continuera de se développer, alors qu’elle représente déjà 10% du cannabis consommé.
Cette légalisation serait, « bien sûr », réservée aux seuls adultes, leur offrant une occasion supplémentaire d’abdiquer leur devoir d’exemplarité vis-à-vis des jeunes. « Évidemment » on serait intransigeant sur l’interdiction de la vente de cannabis aux mineurs.
Formule qui semble conçue pour déclencher l’hilarité, quand on sait ce qu’il en est pour le tabac et pour l’alcool, consommés de plus en plus précocement ; tout comme le cannabis d’ailleurs puisqu’il sévit maintenant dès le collège.
Près de 70% des adolescents ne consomment pas de cannabis et le justifient par son interdiction et/ou par sa toxicité. Sa légalisation annihilerait ces deux barrières, faisant penser qu’un État digne de ce nom, soucieux de la santé physique et psychique de ses citoyens, ne saurait faciliter l’accès à une drogue délétère.
Le cannabis est, pour la santé physique, six fois plus toxique que le tabac, de par l’abondance de ses goudrons et de son oxyde de carbone. Rappelons que le tabac, qui piège 13 millions de français, en tue 75 000 chaque année et qu’il est à l’origine de très nombreux handicapes affectant la qualité de vie de ses victimes et obèrant les comptes sociaux.
A l’instar du tabac, le cannabis est responsable de cancers broncho-pulmonaires, d’infarctus du myocarde, d’accidents vasculaires cérébraux, d’artérites… Mais, outre sa toxicité physique, Il est responsable de méfaits cérébraux, ayant de graves conséquences sociales et sanitaires. Les conséquences sociales attendues
Le cannabis frappe les adolescents pendant la période de leur maturation cérébrale (12 à 24 ans) et la perturbe. Il réduit leur capacité d’apprendre, il induit une vulnérabilité à la schizophrénie, à l’anxiété, aux troubles dépressifs, aux toxicomanies. Il affecte leur mémoire à court terme ; cette mémoire de travail qui, « retravaillée », permet de former une mémoire à long terme, indispensable aux apprentissages, à la constitution d’une culture.
Le cannabis est la drogue de la « crétinisation ». Il participe, ce faisant, au rang déplorable (27 ième ) de nos potaches dans le classement international PISA. C’est la drogue du syndrome amotivationnel, de l’aboulie, du « j’menfoutisme ». L’expansion de sa consommation conduirait à la décroissance économique, souhaitée par ceux qui en font la promotion ; elle hâterait le décrochage de notre Nation dans la compétition internationale.
C’est la drogue de la procrastination, avec ses consommateurs tout puissants, couchés ou assis, remettant
toujours le moment de se lever pour agir ; moment qui ne viendra jamais ou bien trop tard.
Elle empêche de concevoir des projets professionnels, familiaux et génésiques, …
Dans l’esprit de « la guerre de l’opium », qui visait à asservir la Chine, certains États conçoivent les bénéfices qu’ils pourraient retirer de l’assujettissement d’États et même d’autres civilisations par les drogues, alors qu’ils s’appliquent à en préserver leurs propres citoyens.
Les conséquences sanitaires :
Le cannabis contribue notablement à l’afflux croissant des adolescents vers la pédopsychiatrie ; ce qui aggrave l’embolisation les hôpitaux psychiatriques.
Il est impliqué dans près de 600 accidents mortels de la route ; par sa rencontre avec l’alcool (dont l’abus est si fréquent dans notre pays), qui accroit d’un facteur 27 le risque attaché isolément à chacun d’eux. Il doit en aller de même pour les accidents professionnels.
Le cannabis est un facteur important du développement de la schizophrénie : 15% des 650.000 cas attendus en France lui sont imputables ; il aggrave l’affection quand elle est déclarée ; il crée une résistance aux traitements antipsychotiques (allongeant les temps de séjour en hôpital psychiatrique) ; il est souvent en cause dans les violences des patients psychotiques qui défraient la chronique.
Il est à l’origine de troubles dépressifs et des suicides qui leur sont associés. Il incite à la consommation d’autres drogues et aux polytoxicomanies qui explosent. Les méfaits du cannabis ne se limitent pas au temps (déjà très long) pendant lequel son THC est présent dans l’organisme car, pendant ce séjour, il produit des modifications épigénétiques. Elles affectent, au long cours, l’expression de divers gènes, affectant le phénotype de ses consommateurs, étant à l’origine de différentes anomalies. Qui plus est le
consommateur peut transmettre ces modifications à sa progéniture.
Parmi celles-ci, citons :
des effets tératogènes (malformations fœtales) ; des troubles du développement staturo-pondéral et neuropsychique ; une vulnérabilité à la mort subite ; à l’hyperactivité avec déficit de l’attention ; à la schizophrénie ; aux troubles dépressifs ; à l’anxiété ; à la bipolarité ; aux déficits des capacités cognitives ; aux toxicomanies ; à certaines hémopathies ; à des déficits immunitaires… ourquoi la communication qui souvent s’égare dans des broutilles, ne met-elle en garde ceux qui ont des projets génésiques des dangers que la consommation de cannabis fait courir à leurs progéniture. Un raccourci du type « Fumer du cannabis ou se reproduire, il faut choisir » marquerait opportunément les esprits.
Légaliser le cannabis serait lourd de conséquences sociales, sociétales et sanitaires.
Notre incapacité à gérer les méfaits de l’alcool et du tabac, interdit d’ajouter aux drames que recrutent ces deux drogues licites, ceux du cannabis. Sa légalisation serait suivie, dans la logique qui aurait prévalue pour la justifier, de celle de toutes les autres drogues.
Pour les raisons évoquées, la légalisation du cannabis serait criminelle. Ceux qui l’auraient permise ne pourraient se justifier en excipant du caractère inattendu des nombreux méfaits qui seraient alors constatés, puisqu’ils sont déjà connus.
Professeur Jean Costentin