Pr. Jean Costentin
Ceux qui pérorent sur les drogues dans les médias qui leur sont largement ouverts, doivent, pour y accéder, restituer une doxa « politiquement correcte » élaborée par des loges, comités, cellules, associations, partis, fédérations, tous opaques, mais apparemment reliés… Cette doxa vise à légaliser toutes les drogues, à commencer par le cannabis.
Leurs porte-paroles font état d’informations avérées, qu’ils présentent d’une façon affadie, biaisée, omettant quelques-unes pourtant essentielles. Après une longue continence ces « sachants », contraints de s’épancher sous peine d’être doublés, finissent par chuchoter quelques données qu’ils ne pouvaient plus taire, mais ils usent alors de maintes précautions oratoires. L’épaisse couche de chantilly de leur banana split fait rechercher, sans la trouver, la banane miniature qui git au fond du ravier. Ce sont des monuments de pusillanimité, de non-dits et de manipulations de l’opinion du type : « Ce n’est qu’une étude, il en faudra beaucoup d’autres pour tirer des conclusions » ; « il y a sans doute des facteurs confondants » ; « une autre approche aurait peut-être donné des résultats différents » ; « des études contradictoires ne devraient pas tarder à être publiées » ; « leur cohorte est un peu restreinte »… En bref, tout ce qui conforte la doxa est acquis et diffusé sans réserve, mais ce qui la contredit est torturé, raboté, démembré, avant d’être livré, presque méconnaissable à la connaissance du public.
Après avoir contredit puis combattu des données majeures sur les drogues, après avoir altéré les messages de prévention qu’ils auraient dû concevoir et diffuser, le bec de ces détracteurs aurait dû être clos par les confirmations multiples des faits majeurs qu’ils contestaient ou occultaient. Ce nouveau paysage ne leur a pas donné le courage « d’adorer ce qu’ils avaient brulé, ni de bruler ce qu’ils avaient adoré ». Leur reddition aurait pu leur valoir absolution. Ne la méritant pas, la société, dont ils ont aggravé l’état, serait justifiée à leur demander des comptes, surtout s’ils ont été appointés pour exercer les fonctions dans lesquelles ils ont sévi.
Trente ans après la description princeps de méfaits du cannabis devenus irréfragables, alors qu’on parle enfin des relations qu’entretient cette drogue avec les dépressions, l’anxiété, la schizophrénie, la crétinisation, le suicide, le syndrome amotivationnel, certains cancers, l’accidentalité routière ou professionnelle…, ces détracteurs des premiers jours et des jours suivants ont l’outrecuidance, le culot, d’évoquer ces faits sur l’air de « c’est nouveau, ça vient de sortir ». Avec le faciès des « ravis de la crèche », redécouvrant l’eau tiède, ils déclarent « ah, si l’on avait su ». A l’instar d’un ministre des finances qui, devant s’expliquer d’avoir « cramé la caisse » pendant sept ans, fait peser sur ses successeurs, aux manettes depuis deux mois, la responsabilité qui consiste à ne pas mettre pas en œuvre les mesures qu’il avait prévu pour éviter le naufrage.
Il y a une vingtaine d’années, j’ai effectué en France un périple pour détailler au cours d’une cinquantaine de conférences les dangers du cannabis. Elles étaient organisées par les délégations départementales ou régionales de L’Union Nationale des Familles et Amis de Malades mentaux (UNAFAM). Après chacune de ces conférences, j’étais convié à diner par les organisateurs, ce qui me permettait d’échanger avec eux. Ces parents étaient d’une grande dignité, leur caractère s’était forgé au feu du drame qu’ils vivaient, frappés dans leur affection par la schizophrénie d’un de leurs enfants, très souvent consommateur de cannabis. Ils voulaient, avec une belle abnégation, mettre en garde d’autres parents contre les risques liés à la consommation de cannabis et souligner l’importance d’une surveillance qui leur avait échappée. Beaucoup regrettaient de ne pas avoir été informés, car le message qui prévalait alors était celui de l’innocuité de cette drogue ; message véhiculé par des « addictologues », des psychiatres et même des pédopsychiatres. Certains de ces parents, dans leur détresse et leur légitime colère, envisageaient d’ester en justice pour demander des comptes à la MILDT et aux praticiens qui les avaient trompés.
Le choix des mots évolue ; ceux « de submersion migratoire », «de mexicanisation », «de narco-État », « d’ensauvagement » dont l’usage était interdit il y a quelques années, sous peine d’être scotché à l’extrême droite, évincé de « l’arc républicain », taxé de fasciste, pétainiste, raciste, antisémite, complotiste, décliniste… et autres amabilités, s’imposent devant la réalité des périls ; même des ministres y recourent ; les parias d’hier se sentent moins esseulés.
L’abondante poussière glissée au long cours sous les tapis de « l’information », déborde. Elle saute à la figure des décideurs et les fait éternuer. Feignant la surprise, et pour se justifier de n’avoir rien empêché, ils prétendent n’avoir rien vu venir. Ils ont laissé filer une immigration incontrôlée que notre Nation est incapable d’accueillir : migrants économiques, climatiques, mineurs isolés dont beaucoup ne sont pas mineurs, réfugiés de pays sans guerre, femmes et homosexuels malmenés dans leurs pays d’origine, avec près de 50 états musulmans qui constituent à cet égard un énorme réservoir. Ils ont contesté les expressions « grand remplacement » ou « invasion » estimant que ces termes résultaient d’une fausse impression, tout comme était une fausse impression la relation entre délinquance et immigration, ou la forte proportion d’immigrés incarcérés. Ces migrants concentrés dans des banlieues, en ont fait rapidement des « territoires perdus de la république ». Faute d’emplois ainsi que de formations adaptées aux quelques emplois disponibles, ne parlant souvent pas le Français, ils ignorent nos lois, us et coutumes. Ils sont moins attirés par notre civilisation qui se désagrège que par des subsides et des allocations. Celles-ci, malgré leur niveau considérable pour le budget de notre Nation, sont en deçà de l’accueil dont ils avaient rêvé et que des passeurs leur ont fait fantasmer. Leurs besoins n’étant pas assurés, ils entrent dans une lutte pour leur survie / « struggle for life », poussant certains à pratiquer différents types de délits, dont en particulier des trafics de drogues, dont le montant est estimé à plusieurs milliards d’euros.
Devant la montée du péril toxicomaniaque, l’Éducation Nationale n’a rien fait pour mettre en place une prévention qui soit quantitativement et qualitativement à la hauteur de l’importance du problème. L’Observatoire européen des drogues et toxicomanies a d’ailleurs décerné à la France le bonnet d’âne de la classe en Europe, du fait de l’absence d’enseignements dans ce domaine dans les programmes éducatifs. Pour faire semblant d’agir elle rechercherait encore les techniques pour communiquer sur ce sujet. Durant leur cursus, depuis trois décennies, nos potaches, dans le meilleur des cas, ont rencontré pendant une à deux heures, deux gendarmes en uniforme, qui leur enseignent (il parait qu’il faudrait dire leur rappellent) les lois en vigueur sur les drogues et qui leur présentent les roueries mise en œuvre par les dealers pour vendre leur « came ». Leurs interventions sont bien faites (comme je l’ai constaté à différentes reprises) mais elles sont notoirement insuffisantes, tant par leur brièveté que par leur contenu, qui élude évidemment les aspects sanitaires.
Des partis de gauche se sont mis à « surfer » sur la vague migratoire. Un « think tank » – Terra Nova-, leur a expliqué qu’ayant perdu la classe ouvrière, pour revenir au pouvoir ils devraient se constituer un nouvel électorat constitué des immigrés et de l’addition des diverses minorités. Pour ce faire ils devront les accueillir en grand nombre, les choyer, ne rien exiger d’eux, si ce n’est de la reconnaissance. Dans plusieurs communes, au prix de divers accommodements, des maires s’acoquinent avec des malfrats, des trafiquants de drogues, des délégués communautaires…. Ils ont recruté de nombreux « médiateurs » issus de ces communautés, qui justifient leurs appointements en calmant les plus agités, sans s’interdire de déclencher des épisodes d’agitation d’un niveau modéré, pour maintenir la pression.
Le sport joue un rôle important dans cette assistance, ce qui est positif pour autant qu’il ne détourne pas des formations à des fonctions économiques utiles à leur avenir et à la Nation.
Depuis que se développent ces multiples errements la progression du cannabis a évolué sur un mode pandémique. Alors que ces informations remontaient immanquablement à la connaissance de la police, de la gendarmerie, de la justice, des édiles municipaux, départementaux, nationaux, le mot d’ordre du quasi sacro-saint et très institutionnel « surtout pas de vague » a constitué la réponse dominante. Pourtant, n’en déplaise à Corneille (dans Horace) « ce n’est pas en fuyant qu’on pare de tels coups ».
On est ainsi passé de l’occultation des méfaits, à leur négation ; puis à la contradiction et avec elle au déni, on en est maintenant au constat, qui est terrifiant. Pour se dispenser d’agir d’aucuns, souvent les mêmes, déclarent que le point de non-retour étant dépassé, le plus simple serait la reddition, la légalisation des drogues. Ce qui condamnerait notre Nation, déjà bien mal en point, à l’effondrement.
Ayant été des combattants contre ces errements, dès les premières heures de Mai 1968, ayant résisté au très long cours, alors que nous étions raillés et taxés de faire dans l’exagération, notre mobilisation, spécialement dans cette période très critique ne saurait faiblir.
Que ceux qui partagent le pessimisme qu’inspire la situation, par une forte mobilisation contre les drogues, le transforment en un optimisme qui épaule les déclarations fortes du ministre de l’Intérieur. Qu’ils fassent pression pour que les intentions exprimées se traduisent par des actions produisant enfin des résultats.